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	<title>Les Lettres bleues</title>
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		<title>Les Lettres bleues</title>
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		<title>Les qualit&#233;s p&#233;dagogiques de &#034;Je lis, j'&#233;cris&#034; valoris&#233;es par la recherche</title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Les manuels de lecture pour le CP qui proposent un apprentissage syllabique strict, sans aucun mot-outil et sans aucun mot &#224; deviner, sont les moins utilis&#233;s en France (5% des enseignants). Ce sont pourtant, comme le montre l'enqu&#234;te Formalect portant sur 9 000 classes, les plus efficaces en mati&#232;re de fluence comme de compr&#233;hension : leur sup&#233;riorit&#233; &#233;tant plus manifeste encore dans les quartiers populaires et avec les &#233;l&#232;ves fragiles. Choisi parmi les rares manuels pratiquant la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L137xH150/capture_d_e_cran_2026-09-28_a_18.46_43-74bcb.png?1790614741' class='spip_logo spip_logo_right' width='137' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Les manuels de lecture pour le CP qui proposent un apprentissage syllabique strict, sans aucun mot-outil et sans aucun mot &#224; deviner, sont les moins utilis&#233;s en France (5% des enseignants). Ce sont pourtant, comme le montre l'enqu&#234;te Formalect portant sur 9 000 classes, les plus efficaces en mati&#232;re de fluence comme de compr&#233;hension : leur sup&#233;riorit&#233; &#233;tant plus manifeste encore dans les quartiers populaires et avec les &#233;l&#232;ves fragiles. Choisi parmi les rares manuels pratiquant la syllabique stricte pour la rigueur de sa d&#233;marche et la richesse de son vocabulaire et de ses textes, &#034;Je lis, j'&#233;cris&#034; est maintenant l'objet d'une exp&#233;rimentation qui compare les apprentissages conduits dans 25 classes utilisant &#034;Je lis, j'&#233;cris&#034; et dans 25 autres classes qui se sont port&#233;es volontaires. Les premiers r&#233;sultats sont sans appel : d&#232;s janvier, la proportion d'&#233;l&#232;ves &#171; fragiles &#187; est r&#233;duite de moiti&#233; l&#224; o&#249; on utilise &#034;Je lis, j'&#233;cris&#034;. Responsables de ces recherches, J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia &#233;voquent, dans cet article initialement paru dans la revue &#034;The Conversation-France&#034;, les enseignements de leurs investigations.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'essentiel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8226;	&lt;/strong&gt;	Apprendre les correspondances entre les lettres et les sons, c'est le meilleur point de d&#233;part vers la lecture.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8226;	&lt;/strong&gt;	Si la recherche valide cette m&#233;thode phonique, comment la mettre en &#339;uvre efficacement dans les classes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#8226;	&lt;/strong&gt;	Alors que le niveau des &#233;l&#232;ves se d&#233;grade, des &#233;tudes ouvrent des pistes pour am&#233;liorer l'enseignement de la lecture&lt;br class='autobr' /&gt; ------------------------------------------------------------------------------------&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur les m&#233;thodes d'enseignement de la lecture est vif depuis plus d'un demi-si&#232;cle. Il a &#233;t&#233; nourri par une accumulation sans pr&#233;c&#233;dent de donn&#233;es et d'analyses, qui ont donn&#233; naissance &#224; un champ de recherche sp&#233;cifique : la science de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces recherches ont produit des r&#233;sultats tr&#232;s solides, sans pour autant avoir conduit &#224; une am&#233;lioration sensible de l'efficacit&#233; de l'enseignement dans de nombreux pays&#8230; dont la France. &#192; l'entr&#233;e au CE1, plus d'un &#233;l&#232;ve sur deux n'atteint pas le niveau de lecture attendu, et plus d'un sur cinq rencontre d&#233;j&#224; des difficult&#233;s importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on dire aujourd'hui des diff&#233;rences d'efficacit&#233; entre les m&#233;thodes d'enseignement de la lecture ? Et peut-on d&#233;gager des voies susceptibles d'am&#233;liorer la situation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;tudes r&#233;centes, appuy&#233;es sur les donn&#233;es des &#233;valuations nationales exhaustives conduites par la direction de l'&#233;valuation, de la prospective et de la performance (DEPP) du minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale, permettent d'apporter des r&#233;ponses pr&#233;cises &#224; ces deux questions, alors que les r&#233;sultats de l'enqu&#234;te internationale PISA rappellent les difficult&#233;s persistantes des jeunes Fran&#231;ais en lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;thodes d'enseignement : ce que l'on sait de leur efficacit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat scientifique sur les m&#233;thodes d'enseignement de la lecture &#233;merge dans plusieurs pays &#224; partir des ann&#233;es 1960. La question pos&#233;e est alors la suivante : faut-il faire entrer les &#233;l&#232;ves dans la lecture par l'enseignement des correspondances entre les lettres et les sons, selon une approche dite &#171; phonique &#187;, ou commencer par faire m&#233;moriser et reconna&#238;tre visuellement des mots entiers, selon une approche d&#233;sign&#233;e en France sous le nom de &#171; m&#233;thode globale &#187; ou &#171; id&#233;ovisuelle &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats des recherches conduites depuis un demi-si&#232;cle sont sans &#233;quivoque : les m&#233;thodes phoniques sont plus efficaces que les m&#233;thodes &#224; d&#233;part global. Ce constat constitue aujourd'hui l'un des r&#233;sultats les plus solidement &#233;tablis par la science de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour apprendre &#224; lire dans un syst&#232;me alphab&#233;tique, les &#233;l&#232;ves doivent b&#233;n&#233;ficier d'un enseignement syst&#233;matique du code qui relie les graph&#232;mes, lettres ou groupes de lettres, aux phon&#232;mes, les plus petites unit&#233;s sonores de la langue. L'automatisation progressive du d&#233;codage leur permet ensuite d'identifier seuls des mots nouveaux, de reconna&#238;tre de plus en plus rapidement les mots &#233;crits et d'acc&#233;der &#224; la compr&#233;hension des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question porte d&#233;sormais sur la mani&#232;re de mettre en &#339;uvre cette approche phonique. Faut-il, pendant les premiers mois d'apprentissage, s'en tenir strictement &#224; l'apprentissage du d&#233;codage et ne proposer aux &#233;l&#232;ves que des textes enti&#232;rement d&#233;codables construits &#224; partir des correspondances entre lettres et sons d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233;es ? Ou peut-on y associer d'embl&#233;e la m&#233;morisation visuelle de mots non d&#233;codables et l'identification de mots &#224; partir du contexte ou des illustrations ? La premi&#232;re approche sera qualifi&#233;e de &#171; phonique stricte &#187;, la seconde de &#171; phonique mixte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette distinction est particuli&#232;rement importante dans le cas fran&#231;ais. La m&#233;thode globale au sens strict a pratiquement disparu des classes depuis longtemps, mais les approches mixtes restent tr&#232;s pr&#233;sentes. Elles ont profond&#233;ment marqu&#233; la formation des enseignants et continuent d'occuper une place centrale dans la culture professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente, nous ne disposions toutefois que de peu de donn&#233;es permettant de mesurer rigoureusement leur diffusion et de comparer leurs effets &#224; ceux d'un enseignement phonique strict. Une vaste enqu&#234;te statistique, r&#233;alis&#233;e en 2021, permet d&#233;sormais d'apporter des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse solides &#224; ces deux questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;codage et m&#233;morisation visuelle : sur le terrain, la pr&#233;dominance des approches mixtes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te Formalect repose sur un dispositif in&#233;dit par son ampleur. Ses principaux r&#233;sultats ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s dans une note du Conseil scientifique de l'&#233;ducation nationale et sont &#224; para&#238;tre prochainement dans la revue internationale &lt;i&gt;Learning and Instruction&lt;/i&gt;. Au total, 9 340 enseignants de CP, soit pr&#232;s d'un enseignant sur cinq en France, ont r&#233;pondu &#224; un questionnaire d&#233;taill&#233; sur leurs pratiques d'enseignement de la lecture durant les premiers mois de l'ann&#233;e. Leurs r&#233;ponses ont &#233;t&#233; appari&#233;es, de fa&#231;on enti&#232;rement anonymis&#233;e, aux r&#233;sultats obtenus aux &#233;valuations nationales par leurs 139 288 &#233;l&#232;ves. La production r&#233;guli&#232;re de donn&#233;es exhaustives sur les acquis des &#233;l&#232;ves rend ainsi possible en France l'&#233;tude &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle des effets des pratiques d'enseignement.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enqu&#234;te permet d'abord de mesurer la diffusion des diff&#233;rentes m&#233;thodes. Les manuels phoniques stricts ne sont utilis&#233;s que dans 5 % des classes &#233;quip&#233;es d'un manuel. Dans les 95 % restants, les manuels associent, &#224; des degr&#233;s divers, l'apprentissage du d&#233;codage &#224; la m&#233;morisation visuelle de mots non d&#233;codables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pratiques d&#233;clar&#233;es par les enseignants confirment la pr&#233;dominance de cette approche mixte : l'enseignement des correspondances entre lettres et sons est tr&#232;s largement pr&#233;sent, mais plus de neuf enseignants sur dix d&#233;clarent parall&#232;lement faire m&#233;moriser globalement des mots entiers d&#232;s le d&#233;but de l'ann&#233;e ou faire lire des textes qui ne sont pas enti&#232;rement d&#233;codables. L'approche mixte reste donc tr&#232;s largement dominante dans les classes au d&#233;but des ann&#233;es 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te permet &#233;galement de comparer l'efficacit&#233; de ces m&#233;thodes. &#192; niveau initial des &#233;l&#232;ves, recrutement social des &#233;coles et exp&#233;rience des enseignants comparables, les &#233;l&#232;ves b&#233;n&#233;ficiant d'un enseignement phonique strict obtiennent de meilleurs r&#233;sultats que ceux qui apprennent avec les diff&#233;rentes variantes de la m&#233;thode mixte. Cet avantage concerne aussi bien la vitesse de lecture des mots (la &#171; fluence &#187;) que la compr&#233;hension des textes &#233;crits. Il appara&#238;t d&#232;s janvier de l'ann&#233;e de CP et demeure visible au d&#233;but de l'ann&#233;e de CE1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cart entre les m&#233;thodes n'est cependant pas identique pour tous les &#233;l&#232;ves. Il est plus important pour les &#233;l&#232;ves dont les comp&#233;tences sont les plus faibles &#224; l'entr&#233;e au CP et pour ceux qui sont scolaris&#233;s dans des &#233;coles au recrutement social populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#233;l&#232;ves qui cumulent ces deux caract&#233;ristiques, les mod&#232;les estiment une vitesse moyenne de lecture de 12 mots par minute en janvier de l'ann&#233;e de CP avec une m&#233;thode mixte, contre 18 avec une m&#233;thode phonique stricte, alors que la DEPP fixe &#224; 14 mots par minute le seuil en dessous duquel les &#233;l&#232;ves sont consid&#233;r&#233;s comme fragiles &#224; cette p&#233;riode de l'ann&#233;e. Les &#233;l&#232;ves les plus fragiles en d&#233;but d'ann&#233;e sont donc aussi ceux dont les apprentissages d&#233;pendent le plus &#233;troitement de la m&#233;thode mise en &#339;uvre en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transformer les pratiques d'enseignement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;sultats livrent une autre indication essentielle : les pratiques ne varient pas seulement d'une classe &#224; l'autre, elles pr&#233;sentent aussi de fortes variations territoriales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de l'enqu&#234;te Formalect, l'usage d'une m&#233;thode phonique stricte, tr&#232;s minoritaire en moyenne, est fortement concentr&#233; dans certaines circonscriptions scolaires. Dans 304 des 369 circonscriptions &#233;tudi&#233;es, aucun enseignant ne d&#233;clare utiliser une telle m&#233;thode. Sa diffusion reste inf&#233;rieure &#224; 10 % dans 47 autres circonscriptions et ne d&#233;passe ce seuil que dans 18 d'entre elles. De tels &#233;carts sugg&#232;rent que l'encadrement p&#233;dagogique de proximit&#233; joue un r&#244;le d&#233;cisif dans la diffusion des m&#233;thodes d'enseignement de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hypoth&#232;se est actuellement mise &#224; l'&#233;preuve dans le cadre d'une exp&#233;rimentation conduite dans l'acad&#233;mie d'Aix-Marseille et pilot&#233;e par AMPIRIC, p&#244;le pilote France 2030. Celle-ci vise &#224; d&#233;terminer si un dispositif associant un accompagnement p&#233;dagogique de proximit&#233; et l'usage d'un manuel phonique strict peut modifier les pratiques des enseignants et am&#233;liorer les r&#233;sultats de leurs &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux conseillers p&#233;dagogiques de circonscription (CPC), exp&#233;riment&#233;s dans l'accompagnement de l'enseignement de la lecture, ont &#233;t&#233; mobilis&#233;s. Ils travaillent depuis plusieurs ann&#233;es avec le m&#234;me manuel phonique strict et son guide p&#233;dagogique. Parmi les 47 enseignants volontaires, la moiti&#233; a &#233;t&#233; affect&#233;e par tirage au sort au groupe trait&#233;. Pendant l'ann&#233;e 2025-2026, ces enseignants ont &#233;t&#233; accompagn&#233;s par les deux CPC et l'&#233;quipe de recherche, dans le seul cadre des 18 heures annuelles de formation obligatoire. L'autre moiti&#233; constitue le groupe t&#233;moin et b&#233;n&#233;ficiera du m&#234;me accompagnement en 2026-2027.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants accompagn&#233;s ont effectivement modifi&#233; leurs pratiques en adoptant une m&#233;thode phonique stricte. Les effets mesur&#233;s sur les r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves sont importants. Quatre mois apr&#232;s la rentr&#233;e, la proportion d'&#233;l&#232;ves consid&#233;r&#233;s comme fragiles aux &#233;valuations nationales de janvier est presque divis&#233;e par deux dans le groupe trait&#233; (25 %, contre 45 % dans le groupe t&#233;moin). En fin d'ann&#233;e, l'&#233;l&#232;ve m&#233;dian lit 34 mots par minute dans le groupe trait&#233;, contre 25 dans le groupe t&#233;moin. Surtout, le bas de la distribution des r&#233;sultats est nettement relev&#233; : trois &#233;l&#232;ves sur quatre lisent au moins 19 mots par minute dans le groupe trait&#233;, contre seulement 12 mots par minute dans le groupe t&#233;moin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces premiers r&#233;sultats indiquent qu'un accompagnement assur&#233; par des conseillers p&#233;dagogiques ma&#238;trisant les enjeux de l'enseignement de la lecture, associ&#233; &#224; un manuel de qualit&#233;, peut transformer sensiblement les pratiques et am&#233;liorer les apprentissages, tout particuli&#232;rement pour les &#233;l&#232;ves les plus fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouveaux programmes insistent d&#233;sormais sur la mise en &#339;uvre d'une approche phonique plus stricte pendant les premiers mois d'apprentissage. Cette orientation constitue une premi&#232;re &#233;tape, mais elle ne suffira pas &#224; elle seule. Le passage &#224; grande &#233;chelle suppose &#233;galement d'agir sur la qualit&#233; des manuels et sur la formation de l'encadrement p&#233;dagogique de proximit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sortir du fatalisme face aux troubles du langage &#233;crit</title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article172</link>
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		<description>
&lt;p&gt;[Aur&#233;lie P&#233;riot est orthophoniste et psychologue. Elle dresse bri&#232;vement ci-dessous le tableau de la situation actuelle de sa profession et de ses interventions en milieu scolaire. Puis, &#224; partir de sa propre activit&#233; quotidienne de r&#233;&#233;ducation des troubles du lire/&#233;crire, elle &#233;voque l'impact consid&#233;rable des modalit&#233;s de l'apprentissage de la lecture &#224; l'&#233;cole.] &lt;br class='autobr' /&gt; La pr&#233;valence des troubles de la lecture et de l'orthographe, actuellement en France, questionne les actions possibles, de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L150xH116/arton172-149cf.png?1790363860' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Aur&#233;lie P&#233;riot est orthophoniste et psychologue. Elle dresse bri&#232;vement ci-dessous le tableau de la situation actuelle de sa profession et de ses interventions en milieu scolaire. Puis, &#224; partir de sa propre activit&#233; quotidienne de r&#233;&#233;ducation des troubles du lire/&#233;crire, elle &#233;voque l'impact consid&#233;rable des modalit&#233;s de l'apprentissage de la lecture &#224; l'&#233;cole.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La pr&#233;valence des troubles de la lecture et de l'orthographe, actuellement en France, questionne les actions possibles, de la pratique p&#233;dagogique au CP &#224; la r&#233;&#233;ducation &#224; l'&#226;ge adulte, et nous oblige &#224; sortir des clivages entre enseignement et r&#233;&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La place des troubles du langage &#233;crit dans la r&#233;&#233;ducation orthophonique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le champ d'intervention des orthophonistes est tr&#232;s large et recouvre tous les &#226;ges de la vie. Les demandes et les suivis concernent des domaines aussi divers que les troubles de l'oralit&#233;, les troubles du langage ou de la communication dans le cadre de l&#233;sions c&#233;r&#233;brales, la d&#233;glutition&#8230; Le code de la sant&#233; publique d&#233;finit la profession d'orthophoniste dans les termes suivants : &#171; La pratique de l'orthophonie comporte la promotion de la sant&#233;, la pr&#233;vention, le bilan orthophonique et le traitement des troubles de la communication, du langage dans toutes ses dimensions, de la cognition math&#233;matique, de la parole, de la voix et des fonctions oromyofaciales. L'orthophoniste dispense des soins &#224; des patient.es de tous &#226;ges pr&#233;sentant des troubles cong&#233;nitaux, d&#233;veloppementaux ou acquis. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de l'article du 21 mai 2023 du Code de la sant&#233; Publique, titre IV, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le diagnostic et le traitement en langage &#233;crit ne concernent donc qu'un des vastes champs de comp&#233;tences de notre profession et pourtant ce type de r&#233;&#233;ducation prend une place majeure. Si l'on ne prend en compte que les &#226;ges scolaires, en 2019, pr&#232;s d'un enfant sur dix a eu recours &#224; un.e orthophoniste lib&#233;ral.e. Si l'on cible davantage les &#226;ges concern&#233;s par l'apprentissage de la lecture et de l'orthographe (&#224; partir de 6 ans), nous pouvons constater la pr&#233;pond&#233;rance des prises en charge concernant le langage &#233;crit parmi les consultations : la plus fr&#233;quente &#224; partir de l'&#226;ge de 8 ans (voir tableau ci-dessous). Ainsi, &#171; parmi les jeunes de 11 &#224; 17 ans qui ont consult&#233; au moins une fois un.e orthophoniste en 2019, 57 % ont comme motif principal de recours une pathologie du graphisme et du langage &#233;crit telle que la dyslexie ou la dysorthographie. Les pathologies du langage oral se trouvent rel&#233;gu&#233;es au deuxi&#232;me rang, loin derri&#232;re, avec moins de 13 % des adolescents pris en charge &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Guignon, Vianney Costemalle, Muriel Moisy (DREES) en collaboration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce chiffre est pourtant tr&#232;s probablement minor&#233; par le fait qu'en cas de comorbidit&#233; avec des pathologies du langage oral ou de handicaps moteurs, sensoriels ou de d&#233;ficiences intellectuelles, les actes ne seront pas cot&#233;s en langage &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L500xH303/capture_d_e_cran_2025-11-18_a_10.39.29-dbcf6.png?1790432657' width='500' height='303' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es, la profession vit, pour de multiples raisons, une situation extr&#234;mement tendue en termes d'acc&#232;s au soin pour les patient.es : des d&#233;lais d'attente de plus en plus longs avant un bilan et un traitement, des soins souvent moins intensifs afin de pouvoir prendre en charge davantage de patient.es. Ces d&#233;lais d'attente participent notamment &#224; l'aggravation des troubles chez les patient.es, &#224; l'absence de soins orthophoniques pour certain.es et &#224; une pression psychologique de plus en plus forte pour les professionnel.les de sant&#233;. Des d&#233;buts de solution et d'adaptation ont &#233;t&#233; apport&#233;s par la FNO (F&#233;d&#233;ration Nationale des Orthophonistes) et les URPS orthophonistes (Union R&#233;gionale des Professionnel.les de Sant&#233;) avec la mise en place d'une liste d'attente commune, apportant entre autres un aiguillage plus facile pour les patient.es vers les orthophonistes de leur secteur g&#233;ographique. Cette liste d'attente commune permet par ailleurs d'avoir un reflet partiel (car d'autres listes d'attente existent) de l'ampleur du probl&#232;me : en 2024, en un an et sur la seule r&#233;gion Ile de France, 46 358 demandes ont &#233;t&#233; enregistr&#233;es sur ce site d&#233;passant d'environ 18 fois le nombre d'orthophonistes sur cette m&#234;me r&#233;gion et correspondant &#224; plus du double de la d&#233;mographie des orthophonistes sur la France enti&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la r&#233;gion Ile de France, en un an (2024), la liste d'attente commune &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces chiffres refl&#232;tent relativement bien la pression extr&#234;me s'exer&#231;ant sur cette profession de sant&#233; et peuvent sugg&#233;rer quelques inqui&#233;tudes sur l'intervention des orthophonistes en langage &#233;crit : compte tenu de la demande, combien de patient.es ne peuvent pas b&#233;n&#233;ficier d'un soin dans ce domaine ? &#192; l'heure actuelle, la profession est-elle toujours en mesure de prendre en charge la vague de troubles du langage &#233;crit lorsque les &#233;l&#232;ves sont en &#233;cole &#233;l&#233;mentaire ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enseignement et pathologies&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette situation dans le champ de la r&#233;&#233;ducation questionne aussi le domaine de l'enseignement et celui des p&#233;dagogies suivies en CP. Mais ces questionnements sont parfois per&#231;us comme une remise en cause des enseignant.es ou de la l&#233;gitimit&#233; d'une intervention orthophonique. Il convient d'aborder l'influence des p&#233;dagogies sur la ma&#238;trise de la litt&#233;ratie sans tomber dans cet &#233;cueil. Si l'existence de causes neurobiologiques dans la dyslexie ne fait aucun doute, ces facteurs ne doivent pas &#234;tre plac&#233;s en d&#233;terminisme g&#233;n&#233;tique total niant l'implication de facteurs p&#233;dagogiques sur la comp&#233;tence des &#233;l&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Stanislas Dehaene, Les neurones de la lecture, Paris, Odile Jacob, 2007.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Prendre en consid&#233;ration le r&#244;le des p&#233;dagogies dans l'apprentissage des &#233;l&#232;ves n'est pas nier l'existence de troubles du neurod&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de fragilit&#233;s en d&#233;but de CP pouvant conduire &#224; des troubles du neurod&#233;veloppement devrait &#234;tre per&#231;ue comme une contrainte &#224; prendre en compte dans les choix p&#233;dagogiques de l'enseignant.e. Comme l'ont montr&#233; J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, l'utilisation d&#232;s le CP d'une p&#233;dagogie phonique synth&#233;tique stricte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le manuel phonique synth&#233;tique strict d&#233;signe, dans l'&#233;tude de J&#233;r&#244;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est la plus efficiente pour les &#233;l&#232;ves, d'autant plus pour ceux qui sont fragiles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette m&#233;thode permet de limiter l'impact, au-del&#224; de la dyslexie, d'un trouble du langage oral, d'un trouble m&#233;taphonologique, de difficult&#233;s de m&#233;moire de travail, d'un trouble attentionnel&#8230; sur l'acquisition de la lecture et de l'orthographe. Les fragilit&#233;s que pr&#233;sentent les &#233;l&#232;ves en entrant en CP vont entrer en interaction avec les p&#233;dagogies employ&#233;es par les enseignant.es, ce qui conduit &#224; un continuum en termes de ma&#238;trise de la litt&#233;ratie allant de l'&#233;chec majeur &#224; la lecture experte. Comment reprocher aux professeur.es d'avoir appliqu&#233; la p&#233;dagogie &#224; laquelle ils et elles ont &#233;t&#233; form&#233;.es ? L'influence de la m&#233;thode id&#233;ovisuelle sur les p&#233;dagogies suivies en CP ne se limite pas au seul domaine de l'&#233;ducation et ne se restreint pas &#224; la France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Petite histoire de la lecture et de son enseignement, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : elle a &#233;galement impr&#233;gn&#233; des pratiques utilis&#233;es en orthophonie et de nombreux outils p&#233;dagogiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les cons&#233;quences du non-acc&#232;s &#224; la litt&#233;ratie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'apprentissage de la lecture en France garde en ligne de mire l'objectif de &#171; lire pour comprendre &#187; : qui pourrait s'opposer &#224; un tel dessein ? Les observations que nous pouvons faire dans nos cabinets d'orthophonie sont que beaucoup d'&#233;l&#232;ves ont une ma&#238;trise si faible de la litt&#233;ratie que cela entra&#238;ne avant tout le non-acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension &#233;crite : les troubles du langage &#233;crit ne se limitent pas &#224; lire lentement ou &#224; ne pas ma&#238;triser l'orthographe, l'impact s'&#233;tendant bien au-del&#224; sur le plan cognitif. Nos patient.es sont souvent dans l'incapacit&#233; de d&#233;coder un mot qu'ils ne connaissent pas ; pire, et beaucoup plus fr&#233;quent, ils adaptent leur d&#233;codage graphophonologique &#224; leur vocabulaire. Ainsi carpe devient cape, mare se transforme en mer, amiral devient animal d&#232;s lors que les seconds termes leur sont plus familiers que les premiers&#8230; Lorsque nous les encourageons &#224; reprendre leur d&#233;codage de carpe lu cape pour se corriger, certain.es patient.es vont jusqu'&#224; s'offusquer : &#171; Mais, enfin, carpe n'existe pas ! &#187;. Nous comprenons alors que le principe de d&#233;codage est utilis&#233; avec une grande m&#233;fiance, ce qui place la compr&#233;hension bien au-dessus de toute r&#232;gle de correspondance graph&#232;me-phon&#232;me. De telles strat&#233;gies de lecture conduisent &#224; &#233;touffer l'accroissement du vocabulaire, la lecture ne consistant qu'&#224; retrouver des mots d&#233;j&#224; connus par le lecteur ; progressivement, au cours des classes &#233;l&#233;mentaires, puis au coll&#232;ge, au lyc&#233;e et dans la vie d'adulte, le langage oral s'appauvrit, entravant &#233;galement le raisonnement de ces patient.es. Au cours du cycle 2, les sympt&#244;mes en langage, en dehors de la lecture et transcription, se limitent souvent au d&#233;ficit en conscience phon&#233;mique, puis en cycle 3 ils atteignent les aspects lexicaux avec des difficult&#233;s &#224; acc&#233;der &#224; un vocabulaire pr&#233;cis, quelques d&#233;formations phonologiques ; progressivement l'atteinte affecte le stock lexical voire la compr&#233;hension orale de phrases. L'alt&#233;ration sp&#233;cifique &#224; l'acquisition de la langue &#233;crite va alors infiltrer et d&#233;t&#233;riorer l'ensemble des aspects du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les dommages ne s'arr&#234;tent malheureusement pas qu'aux aspects lexicaux : le d&#233;codage grapho-phonologique n'&#233;tant utilis&#233; que tr&#232;s partiellement pour lire, la compr&#233;hension sera fortement d&#233;pendante des inf&#233;rences &#233;mises sur ce qui est &#233;crit. Ainsi, les illustrations auront plus de poids sur la compr&#233;hension que ce qui est lu, les premiers mots lus feront l'objet d'inf&#233;rences &#224; outrance&#8230; L'origine sociale va encore accentuer les diff&#233;rences de niveaux de lecture, ceux et celles issu.es des milieux les plus pr&#233;caires &#233;tant bien plus s&#233;v&#232;rement condamn&#233;.es. Ces m&#233;canismes pathologiques en compr&#233;hension &#233;crite vont progressivement infiltrer la compr&#233;hension orale, rendant les sujets incapables d'identifier ce qu'ils ne savent pas, trop habitu&#233;s &#224; devoir supposer, inventer pour comprendre. Ainsi nos patient.es sont-ils comme enferm&#233;.es dans leur connaissance du monde. Lorsque l'apport du milieu social permet un environnement lexical et intellectuel riche, les d&#233;g&#226;ts sont plus limit&#233;s et peuvent &#234;tre peu visibles pour le non-expert des troubles du langage &#233;crit. Mais lorsque le milieu social ne permet pas le soutien massif des aspects cognitifs, le patient glisse malgr&#233; lui dans une forme d'ignorance. La soci&#233;t&#233; condamne souvent des adultes incapables de d&#233;poser un bulletin dans une urne, de lire un panneau routier ou un document administratif ; populations vuln&#233;rables, facilement manipulables, qui sont victimes de l'impact du non-acc&#232;s &#224; la litt&#233;ratie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Viser la ma&#238;trise de la litt&#233;ratie aupr&#232;s de toute la population&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le constat de ces troubles pourrait nous faire penser que plus rien n'est possible pour ces patient.es et que seuls des m&#233;canismes de compensation sont envisageables. Il n'en est rien. Un suivi et une r&#233;&#233;ducation sp&#233;cifiques montrent que ces patient.es peuvent apprendre &#224; lire et nettement am&#233;liorer leur compr&#233;hension &#233;crite. Mes observations corroborent les analyses de Colette Ouzilou, datant maintenant de plus de 10 ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Colette Ouzilou, Dyslexie. Une vraie-fausse &#233;pid&#233;mie, Paris, Presses de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au regard de ma pratique clinique, l'utilisation d'une m&#233;thode phonique synth&#233;tique stricte laisse entrevoir des r&#233;sultats majeurs chez les patient.es en pr&#233;cision et en fluence en lecture, une nette am&#233;lioration de la compr&#233;hension &#233;crite allant souvent jusqu'&#224; la normalisation, avec d'importants b&#233;n&#233;fices lexicaux en langage oral. Les m&#233;canismes pathologiques d&#233;crits plus haut sont rem&#233;diables &#224; condition d'utiliser une trame pr&#233;cise : celle que suit une m&#233;thode phonique synth&#233;tique stricte &#224; entr&#233;e graph&#233;mique sur des textes et vocabulaire exigeants et enti&#232;rement d&#233;codables, p&#233;dagogie d&#233;crite et explicit&#233;e tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment par Janine Reichstadt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Janine Reichstadt, Enseigner explicitement la lecture et l'&#233;criture, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'efficacit&#233; de ce type de trame pour la r&#233;&#233;ducation n&#233;cessite d'&#234;tre soumise &#224; l'exp&#233;rimentation pour &#233;valuer le gain par rapport &#224; une prise en charge orthophonique classique. Elle m&#233;rite d'&#234;tre prise au s&#233;rieux d&#232;s lors que ses r&#233;sultats ouvrent la possibilit&#233; de r&#233;tablir une ma&#238;trise correcte de la litt&#233;ratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles actions envisager pour poser des bases communes au domaine de l'apprentissage et &#224; celui de la r&#233;&#233;ducation ? Si un changement p&#233;dagogique semble &#234;tre en cours pour l'apprentissage en CP, la mobilisation du champ de l'orthophonie para&#238;t incontournable pour les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;s au-del&#224; du CP, que ce soit en &#233;l&#233;mentaire, coll&#232;ge ou lyc&#233;e. Laisser seul.es les professeur.es face &#224; ces &#233;l&#232;ves ne permettra pas de modifier en profondeur leur niveau de ma&#238;trise de la litt&#233;ratie au-del&#224; du cycle 2. R&#233;ciproquement, la pr&#233;valence de ces troubles ne permet pas, au suivi individuel en orthophonie, d'en constituer la seule solution. D&#232;s lors, ne faudrait-il pas envisager de cr&#233;er dans les &#233;coles, coll&#232;ges et lyc&#233;es des &#233;changes et des groupes de prise en charge, men&#233;s avec des orthophonistes, pour les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;s dans la langue &#233;crite ? Une telle perspective permettrait de mettre en application des protocoles de r&#233;&#233;ducation intensifs, valid&#233;s par des groupes de recherche, au sein du syst&#232;me scolaire en vue d'une &#171; litt&#233;ratie pleine et universelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Morais, Lire, &#233;crire et &#234;tre libre, de l'alphab&#233;tisation &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait de l'article du 21 mai 2023 du Code de la sant&#233; Publique, titre IV, article L 4341-1, issu du livret FNO, 2025 (URL : LivretFno-2025-FINAL.docx.pdf).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nathalie Guignon, Vianney Costemalle, Muriel Moisy (DREES) en collaboration avec C&#233;line Leroy (ARS-Normandie). Pr&#232;s d'un enfant ou adolescent sur dix a eu recours &#224; un orthophoniste lib&#233;ral en 2019, avec des motifs diff&#233;renci&#233;s selon l'&#226;ge et le sexe, &lt;i&gt;DREES&lt;/i&gt;, n&#176;1293, janvier 2024 (URL : &lt;a href=&#034;https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2024-01/ER1293EMB.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2024-01/ER1293EMB.pdf&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la r&#233;gion Ile de France, en un an (2024), la liste d'attente commune &#171; inzee.care &#187; a enregistr&#233; 46 358 demandes. En 2024, 21 192 orthophonistes exer&#231;aient en lib&#233;ral en France, dont 2 495 sur l'Ile de France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Stanislas Dehaene, &lt;i&gt;Les neurones de la lecture&lt;/i&gt;, Paris, Odile Jacob, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le manuel phonique synth&#233;tique strict d&#233;signe, dans l'&#233;tude de J&#233;r&#244;me Deauvieau et de Paul Gioia, un manuel de lecture ayant un taux de d&#233;codabilit&#233; des textes strictement sup&#233;rieur &#224; 95 %, et ne proposant aucun mot non d&#233;codable &#224; apprendre globalement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, &lt;i&gt;L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de la lecture. Une enqu&#234;te sur le cas fran&#231;ais&lt;/i&gt;, recherche men&#233;e en partenariat ENS/DEPP, Centre Maurice Halbwachs, Paris, 2024 (URL : &lt;a href=&#034;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-lecture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-lecture&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Petite histoire de la lecture et de son enseignement&lt;/i&gt;, Bordeaux, &#201;ditions Le Bord de l'eau, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Colette Ouzilou, &lt;i&gt;Dyslexie. Une vraie-fausse &#233;pid&#233;mie&lt;/i&gt;, Paris, Presses de la Renaissance, 2001 et &lt;i&gt;Dyslexique&#8230; vraiment ? Et si l'on soignait l'&#233;cole&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Janine Reichstadt, &lt;i&gt;Enseigner explicitement la lecture et l'&#233;criture&lt;/i&gt;, Paris, La Librairie des Ecoles, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jos&#233; Morais, &lt;i&gt;Lire, &#233;crire et &#234;tre libre, de l'alphab&#233;tisation &#224; la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Paris, Odile Jacob, 2016, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Un regard neuf sur les avatars de la p&#233;dagogie de la lecture. Entretien du GRDS avec Jean-Pierre Terrail</title>
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		<dc:date>2025-05-06T10:11:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;GRDS : Jean-Pierre Terrail, vous &#234;tes sociologue, et vous vous int&#233;ressez particuli&#232;rement aux processus &#233;ducatifs, notamment &#224; l'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire. Vous venez &#224; cet &#233;gard de publier une Petite histoire de la lecture et de son enseignement qui propose un point de vue tout &#224; fait in&#233;dit, et &#233;clairant, sur les avatars de la p&#233;dagogie de la lecture en Occident depuis le d&#233;but du 20&#232;me si&#232;cle. Votre examen s'&#233;taye du rappel d'une &#233;vidence : toute lecture est lecture d'un &#233;crit, et donc (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L150xH106/arton171-8b46c.png?1790363860' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS : &lt;/strong&gt; Jean-Pierre Terrail, vous &#234;tes sociologue, et vous vous int&#233;ressez particuli&#232;rement aux processus &#233;ducatifs, notamment &#224; l'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire. Vous venez &#224; cet &#233;gard de publier une &lt;i&gt;Petite histoire de la lecture et de son enseignement&lt;/i&gt; qui propose un point de vue tout &#224; fait in&#233;dit, et &#233;clairant, sur les avatars de la p&#233;dagogie de la lecture en Occident depuis le d&#233;but du 20&#232;me si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Petite histoire de la lecture et de son enseignement, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Votre examen s'&#233;taye du rappel d'une &#233;vidence : toute lecture est lecture d'un &#233;crit, et donc d'une &#233;criture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Je pars en effet de cette &#233;vidence dont les cons&#233;quences sont rarement invoqu&#233;es : lire, c'est d&#233;chiffrer un texte &#233;crit. Toute lecture suppose ce pr&#233;alable : un &#233;nonc&#233; langagier a &#233;t&#233; transcrit, qui va &#234;tre reconstitu&#233; par le lecteur. La lecture est le moment retour du cycle qui va de l'oral &#224; l'oral en passant par sa transcription. Or toute mise &#224; l'&#233;crit, toute transcription suppose l'emploi d'un code qui associe les &#233;nonc&#233;s langagiers aux signes graphiques de ce qu'on appelle un syst&#232;me d'&#233;criture. La lecture associe en retour, quand elle dispose de l'aide de ce m&#234;me code, les traces graphiques de l'&#233;criture aux &#233;nonc&#233;s langagiers correspondants. La lecture est un d&#233;codage qui permet d'acc&#233;der aux sons de la langue, et par l&#224; au sens port&#233; par le texte &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS : &lt;/strong&gt; La prise au s&#233;rieux de cette &#233;vidence invite &#224; diff&#233;rencier les modes de lecture dans l'histoire humaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T : &lt;/strong&gt; L'acte de lecture conna&#238;t autant de modalit&#233;s possibles qu'il existe de modes de transcription, donc de syst&#232;mes d'&#233;criture. Les syst&#232;mes d'&#233;criture sont rest&#233;s longtemps tr&#232;s complexes. Dans le bassin m&#233;diterran&#233;en un processus mill&#233;naire de simplification des syst&#232;mes d'&#233;criture s'observe &#224; partir de leur premi&#232;re &#233;mergence vers &#8211; 3000, processus qui permet, par &#233;volutions successives, de passer d'un codage de type id&#233;ographique jusqu'&#224; un codage alphab&#233;tique. Le terme de ce processus est la mise au point de l'alphabet vocalique en Gr&#232;ce ancienne au 8&#232;me si&#232;cle av. n. e. C'est un point final, car l'alphabet vocalique permet de transcrire non plus des mots ou des id&#233;es (comme dans le cas des &#233;critures id&#233;ographiques), mais les sons de la langue ; et non plus seulement certains sons (comme dans le cas des &#233;critures consonantiques), mais tous les sons de la langue. Le d&#233;codage en devient infiniment plus facile : le gain est incommensurable. Qu'on en juge. Gr&#226;ce &#224; l'usage d'un alphabet vocalique, aujourd'hui en France, le savoir lire n'exige la m&#233;morisation que de 26 lettres, de quelques accents, et des 150 fa&#231;ons de les combiner en graph&#232;mes (ou, ch, oi, en, etc.). Ces 150 graph&#232;mes permettent de transcrire absolument tous les sons de notre langue et tous les &#233;nonc&#233;s langagiers possibles. L'effort de m&#233;morisation requis est modeste. Rappelons, &#224; titre de comparaison, qu'un futur lettr&#233; chinois devait conna&#238;tre, sous l'empire, 2 000 id&#233;ogrammes d&#232;s l'&#226;ge de 7 ans, et plusieurs dizaines de milliers &#224; l'&#226;ge adulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS : &lt;/strong&gt; L'&#233;conomie d'efforts ainsi rendue possible en mati&#232;re d'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire a eu des cons&#233;quences sociales majeures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; En rendant la ma&#238;trise du lire-&#233;crire beaucoup plus accessible, le codage alphab&#233;tique a eu un impact tout aussi consid&#233;rable sur l'organisation sociale. La Gr&#232;ce antique a pu alphab&#233;tiser une grande partie de sa population ; et cela par-del&#224; m&#234;me le cercle des hommes libres, puisque ces derniers avaient r&#233;guli&#232;rement recours &#224; des esclaves comme r&#233;p&#233;titeurs pour conduire les apprentissages de leurs enfants. La d&#233;mocratisation du lire-&#233;crire a ainsi permis d'en finir, dans l'histoire des cultures &#233;crites, avec l'existence d'une caste s&#233;par&#233;e de scribes d&#233;tenant l'exclusivit&#233; du maniement des signes graphiques. Ajoutons que la d&#233;mocratie tout court y a gagn&#233; une condition de possibilit&#233; essentielle, puisque la loi pouvait d&#233;sormais &#234;tre grav&#233;e dans la pierre, afin que nul ne l'ignore, que tous puissent en prendre connaissance et la contester le cas &#233;ch&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS :&lt;/strong&gt; Que sait-on alors de ce qu'ont &#233;t&#233;, dans les soci&#233;t&#233;s qui ont adopt&#233; l'alphabet vocalique, les p&#233;dagogies de la lecture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T : &lt;/strong&gt; L'acc&#232;s au lire-&#233;crire dans les soci&#233;t&#233;s antiques grecques et romaines d&#233;marrait logiquement avec l'&#233;tude du code : on faisait m&#233;moriser les lettres de l'alphabet, puis leurs associations possibles dans les syllabes, et l'apprentissage se poursuivait par le d&#233;chiffrage des mots &#224; une syllabe, puis &#224; deux syllabes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#234;me m&#233;thode syllabique qui sera reprise au long du processus d'alphab&#233;tisation des populations occidentales, du 16&#232;me &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle. Ce qui ressort des documents dont on dispose, notamment des manuels utilis&#233;s au fil des si&#232;cles pour l'apprentissage, c'est une relative secondarisation de la compr&#233;hension des textes, au profit de l'&#233;tude du code. On sait le poids de la guerre des religions dans la France des 16&#232;me et 17&#232;me si&#232;cles. La scolarisation est fortement marqu&#233;e par ce contexte, notamment dans les &#233;coles de paroisse pour lesquelles le but premier de l'alphab&#233;tisation de masse, accompagn&#233;e parall&#232;lement par l'enseignement du cat&#233;chisme, est de former des fid&#232;les aptes &#224; participer aux s&#233;quences d'oralisation collective des textes du rituel religieux. L'&#233;tude du code se fait en ce sens sur des supports en latin, s'agissant essentiellement des pri&#232;res catholiques les plus r&#233;currentes (Credo, Ave, Pater&#8230;). Ce n'est qu'au terme de cette formation qu'on peut aborder la lecture en fran&#231;ais et que commence &#224; se poser la question de la compr&#233;hension, avec des textes vou&#233;s &#224; la valorisation des bonnes m&#339;urs. Enfin vient, pour une minorit&#233; des &#233;l&#232;ves, l'apprentissage de l'&#233;criture et l'&#233;tude de textes plus profanes, pertinents pour la vie pratique, et l&#224; bien s&#251;r la question de la compr&#233;hension devient primordiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouvelles normes de scolarisation &#233;mergent et commencent &#224; se diffuser au long du 18&#232;me si&#232;cle, marqu&#233;es notamment par la mise en place de l'enseignement collectif simultan&#233; &#224; des &#233;l&#232;ves de m&#234;me niveau, et la substitution croissante du fran&#231;ais au latin dans le processus d'alphab&#233;tisation. Mais l'instruction chr&#233;tienne et la lecture chorale restent le support et l'objet essentiel de ce processus : la compr&#233;hension de ce qu'on apprend &#224; d&#233;chiffrer n'est toujours pas un objectif prioritaire. Le 19&#232;me est le si&#232;cle d'une alphab&#233;tisation plus profane, r&#233;alis&#233;e en fran&#231;ais. La premi&#232;re p&#233;riode de l'apprentissage, consacr&#233;e &#224; l'&#233;tude du code, est rationalis&#233;e et raccourcie&#8230; mais elle reste particuli&#232;rement cons&#233;quente. Qu'on en juge : le manuel d'apprentissage valid&#233;, impos&#233; et financ&#233; en 1831 par le minist&#232;re Guizot est compos&#233; de deux volumes &#233;quivalents. Le premier est exclusivement consacr&#233; &#224; l'apprentissage technique du code ; seuls les textes contenus dans le second initient &#224; la lecture proprement dite. L'appel &#224; la compr&#233;hension de ce qui est d&#233;chiffr&#233;, autrement dit, n'intervient qu'une fois achev&#233;s les longs exercices propos&#233;s par le premier volume. Certes, la capacit&#233; de comprendre ce qu'on a appris &#224; d&#233;chiffrer n'est plus un simple bonus pour les meilleurs. Elle est d&#233;sormais un v&#233;ritable objectif pour la masse des &#233;l&#232;ves ; mais toujours dans le cadre d'un apprentissage marqu&#233; par la s&#233;paration entre le temps du code (long) et le temps du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;paration de l'&#233;tude du code et de l'acc&#232;s au sens, de l'alphab&#233;tisation et de la lecture, si l'on peut dire, appara&#238;t ainsi comme un h&#233;ritage pluris&#233;culaire, et celui-ci devait marquer durablement la m&#233;thode syllabique et l'image qu'on s'en faisait. En t&#233;moignent les Instructions officielles de 1923, qui vont faire r&#233;f&#233;rence jusqu'aux ann&#233;es 1970 : elles maintiennent la pr&#233;f&#233;rence minist&#233;rielle pour la syllabique, et appellent les ma&#238;tres &#224; se pr&#233;occuper de la compr&#233;hension&#8230; &#224; partir du cours moyen, apr&#232;s trois ann&#233;es donc consacr&#233;es &#224; l'&#233;tude du code alphab&#233;tique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS : &lt;/strong&gt; N'est-ce pas pr&#233;cis&#233;ment cette s&#233;paration du code et du sens qui va se voir vigoureusement contest&#233;e par les tenants de la m&#233;thode globale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T :&lt;/strong&gt; Si, tout &#224; fait. La mise au point d'une m&#233;thode d'apprentissage nouvelle, dite &#171; globale &#187;, au d&#233;but du 20&#232;me si&#232;cle, et surtout la faveur de principe qu'elle s'est rapidement attir&#233;e d&#232;s les lendemains de la premi&#232;re guerre mondiale, s'&#233;clairent de ce contexte historique. L'innovation consistait &#224; faire l'impasse sur l'apprentissage du code de transcription propre &#224; l'&#233;criture alphab&#233;tique, et &#224; inviter les enfants &#224; identifier directement les mots entiers par leur image graphique. Cette fa&#231;on de faire avait de quoi surprendre, puisqu'elle traitait les caract&#232;res de la graphie alphab&#233;tique comme s'il s'agissait de logogrammes (figurations de mots entiers). Mais une telle d&#233;marche semblait dot&#233;e d'un avantage majeur : elle proposait un acc&#232;s direct au sens de l'&#233;crit dont les mots sont porteurs, alors que les &#233;l&#233;ments alphab&#233;tiques qui les composent, appr&#233;hend&#233;s isol&#233;ment, ne veulent rien dire. La m&#233;thode globale invitait bien, autrement dit, &#224; en finir avec la s&#233;paration s&#233;culaire de l'alphab&#233;tisation et de la lecture. Sachant la longueur et le caract&#232;re fastidieux jusque-l&#224; de la phase purement technique d'&#233;tude du code, la perspective d'en faire l'&#233;conomie avait tout pour s&#233;duire les p&#233;dagogues. Le principe de cette &#233;conomie allait faire son chemin dans les esprits, jusqu'&#224; devenir dans les ann&#233;es 1970/1980 le propre des politiques minist&#233;rielles, dont les Instructions officielles, en s'inscrivant sous le mot d'ordre &#171; Lire, c'est comprendre &#187;, appellent &#224; bannir toute &#233;tude s&#233;par&#233;e du code alphab&#233;tique. Non sans succ&#232;s, puisque l'apprentissage syllabique traditionnel va s'en trouver compl&#232;tement disqualifi&#233; et balay&#233; pour plusieurs d&#233;cennies de l'&#233;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS : &lt;/strong&gt; Et vous ne pensez pas que cette disqualification ait &#233;t&#233; justifi&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T : &lt;/strong&gt; Absolument pas. Je retrace dans mon livre les &#233;tapes de la guerre des m&#233;thodes qui dure depuis un si&#232;cle, affectant bien au-del&#224; de la France les diff&#233;rentes nations du monde occidental, et le lent retour en gr&#226;ce de la syllabique, qui vient d'&#234;tre valid&#233; sans appel par les r&#233;sultats de l'enqu&#234;te Formalect. Nous nous trouvons aujourd'hui au terme de trop de d&#233;cennies marqu&#233;es par un taux d'&#233;chec scolaire totalement injustifi&#233;, un terme qui peut toutefois prendre quelque temps pour se concr&#233;tiser d&#233;finitivement &#8211; si tant est qu'on ne change pas une culture professionnelle par d&#233;cret&#8230; Ce que je voudrais souligner est ceci : ce que montre la perspective historique que j'ai adopt&#233;e dans mon livre, c'est que l'aventure de la globale repose au fond sur une formidable m&#233;prise. La syllabique a &#233;t&#233; mise en &#339;uvre pendant quatre si&#232;cles dans le cadre d'une d&#233;marche p&#233;dagogique qui s&#233;parait le code et le sens. Cette s&#233;paration a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e, de ce fait, comme inh&#233;rente &#224; son principe, ce qui a justifi&#233; son abandon. Mais c'est l&#224; se laisser radicalement abuser par l'h&#233;ritage historique : en r&#233;alit&#233;, le principe de la syllabique, c'est de suspendre l'acc&#232;s au sens au d&#233;codage, et non de s&#233;parer les deux ! Pour la syllabique, l'acc&#232;s au sens est second, il n'est en rien secondaire. Au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS : &lt;/strong&gt; Que voulez-vous dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J-P T : &lt;/strong&gt; Deux choses. D'une part une p&#233;dagogie syllabique de la lecture organis&#233;e en deux temps successifs et s&#233;par&#233;s, celui du code et celui du sens, n'est en rien indispensable. L'apprentissage du d&#233;codage n'impose en rien de diff&#233;rer l'acc&#232;s au sens. Les meilleurs manuels de syllabique actuellement disponibles sur le march&#233; en t&#233;moignent : d&#232;s la deuxi&#232;me le&#231;on, quasiment donc d&#232;s la premi&#232;re semaine de l'apprentissage, l'&#233;l&#232;ve est capable de lire ses premiers mots, et donc invit&#233; &#224; entrer dans le registre de la compr&#233;hension. Il ne lit que ce qu'il a appris &#224; d&#233;coder, et cette r&#232;gle n'exclut pourtant en rien un acc&#232;s sans retard au sens. L&#224; est l'ironie de l'affaire : la syllabique ainsi pratiqu&#233;e introduit au sens et &#224; la compr&#233;hension bien avant toute autre d&#233;marche qui &#8211; au nom du sens et de la compr&#233;hension &#8211; impose une reconnaissance visuelle de mots entiers, celle-ci &#233;tant in&#233;vitablement tr&#232;s dispendieuse en temps (et de plus d'une efficacit&#233; tr&#232;s peu certaine). La syllabique appara&#238;t de ce fait la mieux plac&#233;e pour reprendre &#224; son compte l'injonction du &#171; Lire c'est comprendre &#187;, originellement vou&#233;e &#224; la chasser du syst&#232;me &#233;ducatif. Autre aspect de ce paradoxe : peu avant la premi&#232;re guerre mondiale, aux origines de la globale, cherchant &#224; &#233;pargner aux enfants &#171; irr&#233;guliers &#187; dont il s'occupait un apprentissage du d&#233;codage long, fastidieux et d&#233;pourvu de sens, Decroly formalise le recours &#224; l'identification visuelle directe des mots. Aujourd'hui, le cheminement est exactement invers&#233; : les &#233;l&#232;ves de CP en difficult&#233; face &#224; l'apprentissage conduit en classe (de type semi-global dans 95% des cas) sont envoy&#233;s chez des orthophonistes qui reprennent l'apprentissage&#8230; avec des manuels de la syllabique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second point sur lequel je voudrais insister est le suivant. Devant l'impossibilit&#233; pratique d'exiger des enfants l'identification visuelle de tous les mots, les adeptes de la globale leur demandent de d&#233;duire la signification des mots inconnus du contexte de la phrase, de l'illustration, du r&#233;cit &#224; d&#233;chiffrer dans son ensemble. Les dommages collat&#233;raux de ce recours &#224; la lecture devinette sont consid&#233;rables. On ne peut en effet deviner que ce qu'on connait d&#233;j&#224;. La cons&#233;quence est &#233;vidente : les manuels utilis&#233;s par plus de 9 ma&#238;tres sur 10 sont d'une pauvret&#233; lexicale insigne. Le contraste est vif avec le meilleur de la litt&#233;rature enfantine&#8230; Et avec ce qu'il est possible d'offrir aux &#233;l&#232;ves auxquels on apprend &#224; d&#233;coder. C'est le cas des apprentissages avec la syllabique. Celle-ci &#233;mancipe en effet les contenus propos&#233;s au d&#233;chiffrage des &#233;l&#232;ves des contraintes que leur impose la lecture devinette. D&#232;s qu'on sait d&#233;coder une syllabe, on sait la d&#233;coder dans tous les mots qui la contiennent. D&#232;s qu'on sait d&#233;coder n syllabes, on sait d&#233;coder tous les mots compos&#233;s de ces syllabes. Tr&#232;s vite, au fil des semaines, l'&#233;tendue du lexique d&#233;codable cro&#238;t de fa&#231;on exponentielle, mots qu'on prend un vif plaisir &#224; reconna&#238;tre, mots qu'on ignorait et dont on d&#233;couvre en classe la signification avec gourmandise. Et le vocabulaire des &#233;l&#232;ves cro&#238;t dans la m&#234;me mesure : n'oublions pas qu'un enfant de cet &#226;ge peut apprendre jusqu'&#224; dix mots nouveaux par jour ! Avec le retour en gr&#226;ce de la syllabique, un nouveau d&#233;bat donc va pouvoir s'ouvrir : celui de la qualit&#233; lexicale et litt&#233;raire des textes qu'on donne &#224; d&#233;chiffrer aux &#233;l&#232;ves, qualit&#233; qui ne doit plus &#234;tre r&#233;serv&#233;e aux &#171; h&#233;ritiers &#187; des familles dipl&#244;m&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Petite histoire de la lecture et de son enseignement&lt;/i&gt;, Le Bord de l'eau, Bordeaux, 2025, 12 &#8364; .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lire comme on &#233;crit ? De quelques c&#244;t&#233;s &#233;nigmatiques dans l'histoire de l'apprendre &#224; lire</title>
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		<dc:date>2025-02-04T09:16:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabienne Andr&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pas besoin d'&#234;tre expert en litt&#233;racie ou p&#233;dagogue averti pour savoir (ni, bien souvent, pour avoir son avis sur la chose) que l'apprentissage de la lecture &#8211; n'y sommes-nous pas tous pass&#233;s ? &#8211; est grev&#233; par l'opposition entre syllabique et globale. Au c&#339;ur des d&#233;bats p&#233;dagogiques qui ont marqu&#233; le 20&#232;me si&#232;cle, il n'en a pas manqu&#233; et ils ne sont pas clos, le conflit a tous les atours d'une v&#233;ritable guerre, suscitant une litt&#233;rature abondante et des passions irr&#233;ductibles, souvent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L97xH150/arton170-7a832.jpg?1790432657' class='spip_logo spip_logo_right' width='97' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pas besoin d'&#234;tre expert en litt&#233;racie ou p&#233;dagogue averti pour savoir (ni, bien souvent, pour avoir son avis sur la chose) que l'apprentissage de la lecture &#8211; n'y sommes-nous pas tous pass&#233;s ? &#8211; est grev&#233; par l'opposition entre syllabique et globale. Au c&#339;ur des d&#233;bats p&#233;dagogiques qui ont marqu&#233; le 20&#232;me si&#232;cle, il n'en a pas manqu&#233; et ils ne sont pas clos, le conflit a tous les atours d'une v&#233;ritable guerre, suscitant une litt&#233;rature abondante et des passions irr&#233;ductibles, souvent d&#233;mesur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'on parle ici d'un moment crucial de la biographie de chacun : l'acc&#232;s initial &#224; la culture &#233;crite. Entre une introduction toujours appliqu&#233;e mais rapidement r&#233;ussie et gratifiante &#224; l'art de lire, et une initiation inconfortable, p&#233;nible et d&#233;moralisante, inachev&#233;e et &#226;nonnante dans le d&#233;chiffrage, ne se jouent pas seulement le parcours scolaire &#224; venir, mais toute une destin&#233;e intellectuelle, professionnelle et sociale. Quoi d'&#233;tonnant d&#232;s lors si ce qui pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une simple alternative entre techniques d'apprentissage, dont il suffirait de retenir la plus efficiente, ait fait l'objet d'investissements &#233;thico-politiques si vifs, la syllabique &#233;tant &#233;rig&#233;e en embl&#232;me de la r&#233;action p&#233;dagogique et politique dans la France des ann&#233;es 1970, et promue aujourd'hui aux &#201;tats-Unis, &#224; front renvers&#233;, par les luttes pour les droits civiques et la justice sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, &#192; Paris et &#224; New York : comment am&#233;liorer l'apprentissage de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Logiquement, les &#233;crits s'int&#233;ressant &#224; l'apprentissage de la lecture ne manquent pas. En-dehors des manuels proprement dits, nombre d'entre eux sont consacr&#233;s &#224; la valorisation de telle ou telle proc&#233;dure p&#233;dagogique, ou &#224; la comparaison de leur efficacit&#233; respective. Quelques-uns sont &#233;labor&#233;s dans une perspective principalement historiographique. C'est le cas du dernier livre de Jean-Pierre Terrail. En forme d'essai, cette &lt;i&gt;Petite histoire de la lecture et de son enseignement&lt;/i&gt; entend explorer, en adoptant le regard &#233;loign&#233; que permet l'histoire longue, quelques aspects peu connus ou encore &#233;nigmatiques des transformations qui ont marqu&#233; au fil du temps les modalit&#233;s de l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Petite histoire de la lecture et de son enseignement, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont bien s&#251;r les &#233;v&#233;nements qui ont affect&#233; l'apprentissage de la lecture &#224; l'&#233;poque moderne qui int&#233;ressent l'auteur au premier chef. Si elle remonte aux d&#233;buts du 20&#232;me si&#232;cle, la m&#233;thode globale r&#233;alise la grande perc&#233;e qui va lui permettre de balayer la syllabique en Occident dans les ann&#233;es 1960/70. Or dans les diff&#233;rents pays concern&#233;s, des voix s'&#233;l&#232;vent d&#232;s ce moment qui mettent en doute son efficacit&#233;. Des voix qui ne seront pas entendues par les int&#233;ress&#233;s, malgr&#233; la multiplication des enqu&#234;tes convergentes : plus d'un demi-si&#232;cle apr&#232;s, alors que les d&#233;g&#226;ts de la globale et de ses d&#233;riv&#233;es (dites m&#233;thodes mixtes) sont ultra av&#233;r&#233;s, et viennent d'&#234;tre d&#233;finitivement confirm&#233;s par la plus grande enqu&#234;te jamais r&#233;alis&#233;e au plan mondial, seuls 5% des enseignants fran&#231;ais sont revenus &#224; la syllabique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut certes avancer diff&#233;rents &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion susceptibles d'&#233;clairer ce d&#233;calage, qui persiste et perdure de fa&#231;on assez &#233;tonnante, entre les connaissances acad&#233;miques et la pratique des ma&#238;tres dans les classes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, Savoirs acad&#233;miques et culture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La capacit&#233; de r&#233;sistance, la force d'inertie dont t&#233;moigne dans une telle occurrence historique la culture professionnelle enseignante &#233;tablie n'en gardent pas moins un c&#244;t&#233; &#233;nigmatique, constituant un bel objet d'investigation pour les recherches &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point peu explor&#233; est celui des raisons du surgissement m&#234;me de la globale, et de la s&#233;duction massive qu'elle a exerc&#233;e au 20&#232;me si&#232;cle. Son &#233;laboration et sa promotion sont certes le fait des tenants des p&#233;dagogies nouvelles, dans un contexte de transformation du regard social jet&#233; sur l'enfance. Mais encore ? Pourquoi l'int&#233;r&#234;t de ces militants p&#233;dagogiques s'est-il particuli&#232;rement port&#233; sur l'apprentissage de la lecture, et de cette fa&#231;on-l&#224; ? C'est ce questionnement dont s'empare l'ouvrage de Jean-Pierre Terrail, qui propose &#224; son endroit un &#233;clairage in&#233;dit et suggestif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment apprenait-on &#224; lire avant l'&#233;mergence de la globale ? La question se pose bien s&#251;r pour le processus s&#233;culaire d'alphab&#233;tisation des populations occidentales, qui d&#233;marre en France avec la R&#233;forme, au d&#233;but de l'Ancien r&#233;gime, pour s'achever au si&#232;cle dernier. Et qu'en &#233;tait-il encore avant ? Et plus avant encore ? De fil en aiguille, l'interrogation devient incontournable : qu'est-ce que &#171; lire &#187; ? Impossible de se prononcer &#224; cet &#233;gard sans se demander ce qu'il en est des &#233;critures humaines, s'il est vrai qu'il n'y a pas de lecture sans d&#233;codage de ce qui a &#233;t&#233; pr&#233;alablement encod&#233;. C'est dans un chapitre intitul&#233; &lt;i&gt;Ce que la lecture doit &#224; l'&#233;criture&lt;/i&gt; que Terrail rappelle les variations des modes de lecture et des conditions de leur apprentissage au regard des grands types d'&#233;criture con&#231;us et pratiqu&#233;s par l'humanit&#233; depuis cinq mille ans. Ph&#233;nom&#232;ne saillant, sur lequel l'auteur s'arr&#234;te plus longuement : l'invention de l'alphabet vocalique par les anciens Grecs au 8&#232;me si&#232;cle avant notre &#232;re, qui va avoir deux cons&#233;quences d&#233;cisives. D'une part, en permettant de transcrire tous les sons de la langue &#224; l'aide d'un petit nombre de signes, cet alphabet simplifie consid&#233;rablement l'acquisition de la capacit&#233; &#224; d&#233;coder&#8230; au point de la rendre possible au plus grand nombre, au-del&#224; m&#234;me du cercle des hommes libres : les citoyens riches ne recrutent-ils pas des esclaves pour conduire l'apprentissage de la lecture par leurs enfants ? Ainsi, et c'est une seconde cons&#233;quence, d'impact socio-historique majeur : pour la premi&#232;re fois depuis l'invention de l'&#233;criture, plus de deux mill&#233;naires auparavant, l'acc&#232;s &#224; l'&#233;crit n'est plus r&#233;serv&#233; &#224; un cercle &#233;troit et ferm&#233; de lettr&#233;s. La caste des scribes et autres mandarins, qui occupait une place tr&#232;s particuli&#232;re dans le monde social, dispara&#238;t. L'&#233;criture a chang&#233; la lecture, et contribu&#233; par l&#224; &#224; une profonde &#233;volution des rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'alphab&#233;tisation de masse red&#233;marre au 16&#232;me si&#232;cle en Occident, apr&#232;s Gutenberg, sous l'impulsion de la R&#233;forme puis de la Contre-R&#233;forme. Elle a laiss&#233; des traces qui permettent d'en saisir des aspects essentiels, s'agissant notamment de l'&#233;largissement progressif de l'acc&#232;s &#224; l'art de lire, voire d'&#233;crire ; et s'agissant aussi, gr&#226;ce &#224; l'&#233;tude historiographique des manuels utilis&#233;s si&#232;cle apr&#232;s si&#232;cle, des fa&#231;ons de conduire les apprentissages. L'entr&#233;e dans la lecture propos&#233;e dans ces manuels est r&#233;guli&#232;rement centr&#233;e sur l'apprentissage du d&#233;codage alphab&#233;tique (par &#233;pellation et syllabation). Si une &#233;volution sensible de leur d&#233;marche peut &#234;tre enregistr&#233;e au fil du temps &#8211; une la&#239;cisation des contenus donn&#233;s &#224; d&#233;chiffrer, une conduite des apprentissages de plus en plus collective, une organisation plus rationnelle et syst&#233;matique de l'enseignement du d&#233;codage &#8211; d'autres aspects de l'apprentissage restent constants. Et ces caract&#233;ristiques des modes d'alphab&#233;tisation qui perdurent depuis les d&#233;buts de l'Ancien R&#233;gime impr&#232;gnent toujours les Instructions officielles de 1923, les derni&#232;res dans lesquelles le minist&#232;re, tout en reconnaissant l'existence d&#233;sormais d'une proposition alternative, la m&#233;thode globale, persiste &#224; recommander aux ma&#238;tres de s'en tenir &#224; la tradition syllabique, qui a fait ses preuves. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'encontre de ces constantes de longue dur&#233;e, rel&#232;ve Terrail, que s'insurgent les promoteurs de la globale, qui revendiquent un acc&#232;s direct au sens de l'&#233;crit, hors d&#233;codage : et c'est cette prise de position qui va faire le succ&#232;s de leur entreprise, aupr&#232;s des militants d'&#233;ducation nouvelle dans un premier temps, puis de l'encadrement de l'enseignement primaire, et enfin des ma&#238;tres eux-m&#234;mes. L'examen historique met ainsi en &#233;vidence un ressort explicatif tr&#232;s convaincant du surgissement de la m&#233;thode globale et de l'influence qu'elle va rapidement conqu&#233;rir, apr&#232;s des si&#232;cles d'alphab&#233;tisation syllabique : les errements de la p&#233;dagogie de la lecture au 20&#232;me si&#232;cle trouveraient leur source dans les modalit&#233;s de l'apprentissage du d&#233;codage alphab&#233;tique tel qu'il &#233;tait pratiqu&#233; jusque-l&#224;. Or, comme le remarque encore Terrail, ces modalit&#233;s ne sont pas inh&#233;rentes &#224; la m&#233;thode syllabique : on peut tr&#232;s bien centrer l'enseignement de la lecture sur le d&#233;codage alphab&#233;tique sans recourir &#224; ces formes anciennes&#8230; et en r&#233;pondant du m&#234;me coup aux pr&#233;occupations des promoteurs initiaux de la m&#233;thode globale concernant le &#171; lire, c'est comprendre &#187;. C'est l&#224; une seconde th&#232;se avanc&#233;e par l'auteur : il aurait &#233;t&#233; tout &#224; fait possible de faire l'&#233;conomie historique des si nombreuses victimes de ceux qui ont cru pouvoir proposer un apprentissage de type id&#233;ographique &#224; des enfants qui avaient la chance de disposer d'une &#233;criture alphab&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir retrac&#233; la mont&#233;e en puissance &#224; partir des ann&#233;es 1990 des interrogations concernant les m&#233;thodes mixtes, lesquelles mettent de plus en plus l'accent sur le d&#233;codage mais persistent malgr&#233; tout &#224; assumer une part d'h&#233;ritage de la globale, et apr&#232;s avoir examin&#233; les facteurs de ces mises en cause, l'ouvrage d&#233;place pour finir le regard des modes d'apprentissage aux contenus donn&#233;s &#224; lire. Au plan des connaissances scientifiques, l'efficience sup&#233;rieure de l'apprentissage syllabique est d&#233;sormais solidement &#233;tablie, et le d&#233;bat peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme clos. Le temps qui s'av&#232;rera n&#233;cessaire &#224; la mise en coh&#233;rence de la conduite effective des apprentissages reste, lui, tr&#232;s incertain. Mais le champ ainsi ouvert &#224; la transformation des pratiques d'enseignement est propice &#224; l'&#233;mergence d'un nouveau questionnement p&#233;dagogique. L'auteur fait remarquer combien la diffusion des principes de la m&#233;thode globale, et notamment la &#171; lecture devinette &#187; (l'&#233;l&#232;ve devant d&#233;couvrir le sens d'un mot qu'il est incapable de d&#233;chiffrer en s'appuyant sur le contexte de l'&#233;nonc&#233; ou sur l'illustration propos&#233;e en regard), a pu peser pour limiter drastiquement la richesse des supports lexicaux et textuels de l'apprentissage. On ne peut en effet deviner que des mots d&#233;j&#224; connus, c'est l&#224; une raison imp&#233;rative pour s'en tenir, comme le recommandent les pr&#233;conisations p&#233;dagogiques respect&#233;es par la plupart des &#233;diteurs de manuels, &#224; un lexique suppos&#233; d&#233;j&#224; familier pour tout enfant de six ans. De fait, les supports ordinaires de l'apprentissage dans notre syst&#232;me &#233;ducatif sont d'une pauvret&#233; de sens insigne : si &#171; lire, c'est comprendre &#187;, ces supports se pr&#234;tent tr&#232;s mal &#224; l'exercice, tant est peu perceptible la r&#233;sistance que leur platitude, leur transparence, pourraient offrir &#224; l'effort de compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'adoption de la syllabique invite &#224; s'&#233;manciper d'un enfermement langagier aussi drastique et infantilisant. D&#233;coder plut&#244;t que deviner permet en effet de tout d&#233;chiffrer, mots connus et mots encore inconnus dont on va d&#233;couvrir le sens. &#192; un &#226;ge o&#249; l'on est capable de s'approprier tant de mots nouveaux chaque jour, une telle &#233;mancipation peut avoir un puissant effet d&#233;mocratisant, en permettant aux enfants issus des familles les moins lettr&#233;es d'acc&#233;der &#224; une richesse langagi&#232;re et litt&#233;raire que seule l'&#233;cole peut mettre &#224; leur disposition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;&#192; Paris et &#224; New York : comment am&#233;liorer l'apprentissage de la lecture ? Un entretien avec J&#233;r&#244;me Deauvieau&lt;/i&gt;, 2024, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article358&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article358&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Petite histoire de la lecture et de son enseignement&lt;/i&gt;, &#201;ditions Le Bord de l'eau, Bordeaux, 2025, 12 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, &lt;i&gt;L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de la lecture. Une enqu&#234;te sur le cas fran&#231;ais&lt;/i&gt;, recherche men&#233;e en partenariat ENS/DEPP, Centre Maurice Halbwachs, Paris, 2024, p. 53 (&lt;a href=&#034;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-lecture&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-lecture&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Savoirs acad&#233;miques et culture enseignante. Un cas d'&#233;cole : la guerre des m&#233;thodes de lecture&lt;/i&gt;, GRDS, 2022, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328#nb8&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328#nb8&lt;/a&gt;. Voir aussi les observations de Paul Gioia, &lt;i&gt;Apprentissage de la lecture et in&#233;galit&#233;s scolaires en France&lt;/i&gt;, Th&#232;se pour le doctorat de sociologie, Universit&#233; PSL, Paris, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Paris et &#224; New-York : comment am&#233;liorer l'enseignement de la lecture ? Un entretien avec J&#233;r&#244;me Deauvieau</title>
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		<dc:date>2024-12-27T11:46:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;GRDS - J&#233;r&#244;me Deauvieau bonjour. Vous &#234;tes sociologue et professeur &#224; l'ENS Paris. Votre int&#233;r&#234;t pour les questions de l'&#233;cole est ancien : votre th&#232;se de doctorat &#233;tait d&#233;j&#224; consacr&#233;e aux pratiques enseignantes dans le secondaire. Vous &#234;tes membre du CSEN (Conseil scientifique de l'&#201;ducation nationale) ; et vous venez de r&#233;aliser avec Paul Gioia, et en partenariat avec la DEPP, une vaste enqu&#234;te sur l'apprentissage de la lecture au CP, une premi&#232;re mondiale &#224; cette &#233;chelle, l'enqu&#234;te (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L150xH105/arton168-e2a4c.png?1790363861' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS&lt;/strong&gt; - &lt;i&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau bonjour. Vous &#234;tes sociologue et professeur &#224; l'ENS Paris. Votre int&#233;r&#234;t pour les questions de l'&#233;cole est ancien : votre th&#232;se de doctorat &#233;tait d&#233;j&#224; consacr&#233;e aux pratiques enseignantes dans le secondaire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Deauvieau, Enseigner dans le secondaire , La Dispute, Paris, 2009.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Vous &#234;tes membre du CSEN (Conseil scientifique de l'&#201;ducation nationale) ; et vous venez de r&#233;aliser avec Paul Gioia, et en partenariat avec la DEPP, une vaste enqu&#234;te sur l'apprentissage de la lecture au CP, une premi&#232;re mondiale &#224; cette &#233;chelle, l'enqu&#234;te Formalect&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Vous suivez &#233;galement l'actualit&#233; de ce domaine aux USA &#8211; vous avez d'ailleurs enseign&#233; &#224; New-York. On sait que les proc&#233;dures d'alphab&#233;tisation ont suivi depuis trois si&#232;cles des &#233;volutions comparables dans ces deux pays&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Petite histoire de la lecture et de son enseignement, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Commen&#231;ons par la France : quel est actuellement ici l'&#233;tat des lieux concernant l'enseignement de la lecture ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JD&lt;/strong&gt; &#8211; On peut, on doit m&#234;me partir de l'objectif officiel fix&#233; en 2018 selon lequel, en sortant du CP, un &#233;l&#232;ve doit savoir lire cinquante mots par minute. Cet objectif est consid&#233;r&#233; comme un niveau acceptable pour la langue fran&#231;aise, qui signale une entr&#233;e correcte dans la lecture &#224; ce stade du cursus. Cet objectif est aujourd'hui atteint par un &#233;l&#232;ve sur deux &#224; peu pr&#232;s &#8211; c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas en 2018, je le note au passage. Un &#233;l&#232;ve sur cinq entre m&#234;me au CE1 avec un niveau en fluence inf&#233;rieur &#224; vingt-cinq mots minute. Une capacit&#233; de d&#233;codage aussi laborieuse augure mal de la suite : le manque d'automatisation du d&#233;codage compromet la capacit&#233; de compr&#233;hension des textes, et plus g&#233;n&#233;ralement la possibilit&#233; de r&#233;ussir dans toutes les mati&#232;res scolaires. L'objectif officiel me para&#238;t en ce sens un crit&#232;re pertinent. Un &#233;l&#232;ve sur deux ne l'atteint pas, un sur cinq en est loin ; et si on prend en compte l'origine sociale, les r&#233;sultats sont encore bien moins satisfaisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'observe, &#224; travers ma participation au CSEN, que cet objectif est pris tr&#232;s au s&#233;rieux par le minist&#232;re. Il est aussi accept&#233; et partag&#233; par l'inspection g&#233;n&#233;rale, les recteurs, etc. Je constate dans les conf&#233;rences que je donne qu'il est connu assez largement au sein de l'institution scolaire, dans un contexte d'utilisation croissante des &#233;valuations nationales. La conscience s'&#233;tend que l'enseignement du lire-&#233;crire, tel qu'il est organis&#233; entre la grande section de maternelle et surtout le CP, souffre d'une efficacit&#233; particuli&#232;rement insuffisante. De fait, d'ailleurs, les recommandations officielles et les pr&#233;conisations p&#233;dagogiques sont de plus en plus en ligne avec ce qu'il est convenu d'appeler la &#171; science de la lecture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il des pratiques enseignantes effectives ? On en savait tr&#232;s peu de choses &#224; grande &#233;chelle avant l'enqu&#234;te Formalect. Celle-ci r&#233;v&#232;le la puissance du &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; compromis mixte &#187; dans la culture professionnelle des enseignants. Un compromis qui associe la reconnaissance de la n&#233;cessit&#233; d'enseigner le d&#233;codage ; et, en h&#233;ritage de la m&#233;thode globale, la m&#233;morisation id&#233;o-visuelle de &#171; mots-outils &#187;, voire l'appel &#224; deviner par le contexte ou l'illustration des mots encore ind&#233;chiffrables. N'&#233;chappent &#224; ce compromis que deux petites minorit&#233;s d'enseignants, ceux d'un c&#244;t&#233; qui font encore peu de d&#233;codage, beaucoup d'identification visuelle des mots et de lecture devinette ; et &#224; l'autre p&#244;le, repr&#233;sentant environ 5% des enseignantes et enseignants, celles et ceux qui font du d&#233;codage syst&#233;matique, rapide, &#224; un rythme soutenu en d&#233;but d'ann&#233;e, sans aucun apprentissage de mots &#224; &#171; photographier &#187;, sans aucune lecture devinette. Ces derniers pratiquent ce que la litt&#233;rature internationale d&#233;signe comme m&#233;thode phonique synth&#233;tique stricte, et qu'on appelle traditionnellement en France m&#233;thode syllabique. Ce que montre l'enqu&#234;te Formalect, c'est que l'application d'une m&#233;thode synth&#233;tique stricte, conjuguant l'usage d'un manuel construit sur ces principes, plus des pratiques en classe en ligne avec ce manuel, ont, et de tr&#232;s loin d'ailleurs, de meilleurs r&#233;sultats que toute autre approche, &#224; la fois sur la fluence et sur la compr&#233;hension, et cela d&#232;s le mois de janvier de l'ann&#233;e de CP ; r&#233;sultats toujours visibles en septembre de l'ann&#233;e de CE1, et plus encore pour les &#233;l&#232;ves des milieux populaires, pour qui l'&#233;cart de performance et de r&#233;ussite entre les m&#233;thodes est vraiment massif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS &lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;L'enqu&#234;te Formalect atteste donc l'efficacit&#233; p&#233;dagogique tr&#232;s sensiblement &lt;br class='autobr' /&gt;
sup&#233;rieure de la m&#233;thode syllabique stricte, qui n'est pratiqu&#233;e que par 5% des professeurs des &#233;coles. Quel a &#233;t&#233; l'accueil d'un tel r&#233;sultat dans le monde &#233;ducatif fran&#231;ais et dans les m&#233;dias ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JD&lt;/strong&gt;&#8211; Parlons d'abord de ce qui s'est pass&#233; au sein du Conseil scientifique. Institu&#233; en 2018, plac&#233; sous la pr&#233;sidence de Stanislas Dehaene, le CSEN est compos&#233; de chercheurs d'ob&#233;diences disciplinaires diverses, mais pour beaucoup concern&#233;s, certains depuis fort longtemps, par les questions inh&#233;rentes &#224; la transmission des savoirs et au premier chef par l'apprentissage de la lecture. Le consensus au CSEN &#233;tait g&#233;n&#233;ral en 2018 en ce qui concerne l'exigence d'un apprentissage syst&#233;matique du d&#233;codage &#224; un rythme soutenu, ce que confirmait d'ailleurs &#224; sa fa&#231;on l'enqu&#234;te coordonn&#233;e par Roland Goigoux aupr&#232;s de 131 classes de CP (2016)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Goigoux (coord.), Rapport de l'enqu&#234;te Lire et &#233;crire, IF&#201;, mars 2016, .&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela dit, on restait un peu interrogatif quant &#224; la pertinence d'ajouter ou pas des strat&#233;gies du type apprentissage par c&#339;ur de ce qu'on appelle les mots-outils... on allait toutefois de plus en plus vers l'id&#233;e de ne pas recommander ce type d'apprentissage, de le r&#233;duire au minimum, en se disant qu'on pouvait peut-&#234;tre s'en passer. C'est cet &#233;tat de la r&#233;flexion que refl&#232;te le rapport du CSEN sorti en 2019, dressant une liste de manuels pr&#233;conisant l'apprentissage pr&#233;coce et soutenu des correspondances graph&#232;mes/phon&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux questions en fin de compte restaient &#224; cette &#233;poque plus ou moins ouvertes : celle du recours aux mots-outils ; et celle de l'effet propre du manuel, sur lesquelles la recherche paraissait encore insuffisamment concluante. Les r&#233;sultats de l'enqu&#234;te Formalect, r&#233;alis&#233;e en 2021, ont commenc&#233; &#224; &#234;tre pr&#233;sent&#233;s d&#232;s les premiers mois de 2022 au CSEN, puis de mani&#232;re r&#233;guli&#232;re les deux ann&#233;es suivantes, jusqu'&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
la publication de notre rapport de recherche en avril 2024, puis dans la foul&#233;e d'une note du CSEN en juin de la m&#234;me ann&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note_CSEN_2024_11.pdf&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le constat tir&#233; des donn&#233;es de l'enqu&#234;te Formalect, selon lequel l'usage de manuels conduisant un apprentissage phonique synth&#233;tique strict assure la meilleure efficience p&#233;dagogique, et plus encore lorsque l'enseignant en respecte les pr&#233;conisations, et a fortiori face &#224; des publics populaires, fait aujourd'hui consensus au sein du CSEN. D&#233;sormais ces r&#233;sultats sont en phase de soumission dans les revues scientifiques internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS &lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Et au-del&#224; du CSEN, quelle a &#233;t&#233; la r&#233;ception de l'enqu&#234;te ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JD&lt;/strong&gt; &#8211; Le minist&#232;re a &#233;t&#233; associ&#233; &#224; la plupart de nos pr&#233;sentations au CSEN ces deux derni&#232;res ann&#233;es. Nous avons &#233;galement r&#233;alis&#233; un certain nombre de pr&#233;sentations dans plusieurs acad&#233;mies. Une chose m'a beaucoup frapp&#233; durant ces pr&#233;sentations, qu'elles aient &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es aupr&#232;s de la hi&#233;rarchie du minist&#232;re, dans les rectorats, aupr&#232;s des inspecteurs, inspectrices de circonscription, des conseils p&#233;dagogiques, et aussi aupr&#232;s des professeurs des &#233;coles &#8211; soit des nouveaux entrants, soit de l'ensemble des enseignants qui suivaient les formations. C'est le tr&#232;s bon accueil qu'ont re&#231;u ces pr&#233;sentations, qui ne visent en aucune fa&#231;on &#224; culpabiliser les enseignants de quelque fa&#231;on que ce soit, mais seulement &#224; montrer la r&#233;alit&#233; des pratiques telles qu'elles sont aujourd'hui, leurs effets, et &#224; engager une r&#233;flexion sur la fa&#231;on d'am&#233;liorer la situation. &#192; part quelques tr&#232;s, tr&#232;s rares exceptions, l'accueil a &#233;t&#233; bon, tr&#232;s bon m&#234;me. Donc je n'ai jamais eu d'hostilit&#233; d'aucune sorte, mais plut&#244;t une conscience assez vive que l'&#233;volution de la culture professionnelle qu'il faut engager est assez importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rassure aussi quand m&#234;me les coll&#232;gues, les formateurs, les formatrices, je pense qu'il y a du chemin qui a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; parcouru depuis dix ou quinze ans. &#201;videmment on n'a pas l'&#233;quivalent de l'enqu&#234;te Formalect il y a quinze ans, donc je ne peux pas vous affirmer que l'apprentissage par c&#339;ur de mots outils et ou de reconnaissance directe, audiovisuelle, de mots ou de phrases &#233;tait plus important, mais je fais cette hypoth&#232;se-l&#224; : il y a eu une &#233;volution qui suit l'&#233;volution des recommandations, on voit certains manuels qui ont tr&#232;s fortement &#233;volu&#233; dans leur conception ces derni&#232;res ann&#233;es. Mais il y a maintenant vraiment un saut &#224; r&#233;aliser, qui doit l'&#234;tre avec un fort soutien p&#233;dagogique, et qui passe donc par une am&#233;lioration de la qualit&#233; des supports p&#233;dagogiques et par des formations approfondies &#224; l'enseignement de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Mais au-dehors m&#234;me de l'univers scolaire, quels ont &#233;t&#233; les &#233;chos de l'enqu&#234;te ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JD &#8211; Commen&#231;ons par les m&#233;dias, o&#249; les r&#233;sultats ont retenu l'attention avant m&#234;me d'&#234;tre publi&#233;s ! On a fait un certain nombre de conf&#233;rences publiques ; notamment au Coll&#232;ge de France, Paul Gioia et moi-m&#234;me, et nous avons eu &#224; chaque fois une certaine attention de la presse &#233;crite, d'une partie au moins de la presse &#233;crite, depuis 2022-2023. Il y a eu un fort int&#233;r&#234;t de la part d'un certain nombre d'organes de presse. On peut citer &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt;, je crois qu'il a fait plusieurs articles, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, peut-&#234;tre un ou deux, un je crois, et puis &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;. En regard de l'&#233;chelle politique des m&#233;dias, on peut consid&#233;rer, je crois, que la question de savoir ce qu'il faut faire aujourd'hui pour am&#233;liorer l'efficacit&#233; de la lecture est une pr&#233;occupation qui est d'abord tr&#232;s clairement affirm&#233;e par une presse qui se situe plut&#244;t au centre et &#224; droite de l'&#233;chiquier politique. J'ai eu, de fait, tr&#232;s peu de sollicitations, si ce n'est aucune, de la presse s'affirmant clairement &#224; la gauche de l'&#233;chiquier politique. Ce qui s'explique assez bien par l'histoire, puisque ce qui a &#233;t&#233; montr&#233; &#224; de multiples reprises, notamment dans les ouvrages de Jean-Pierre Terrail, c'est la politisation tr&#232;s rapide de ces questions p&#233;dagogiques, notamment autour des ann&#233;es 1970 : la presse de gauche ayant &lt;br class='autobr' /&gt;
classiquement pris plut&#244;t, voire m&#234;me tr&#232;s fortement et nettement position pour, disons, le versant m&#233;thode globale, si on le dit dans les termes de l'&#233;poque ; et la presse plut&#244;t marqu&#233;e &#224; droite ayant pris position pour la m&#233;thode syllabique. Aujourd'hui, on n'est pas encore sortis clairement de cette histoire. Non pas que la presse de gauche d&#233;fende explicitement les m&#233;thodes globales d'apprentissage de la lecture, ce n'est pas comme &#231;a que c'est dit : mais il s'agit plut&#244;t soit d'&#233;viter de parler du sujet ; soit, si l'on en parle, de dire qu'au fond tout &#231;a c'est d'abord, voire seulement, une affaire de moyens, de nombre d'&#233;l&#232;ves par classe par exemple, mais toujours en &#233;vitant d'affronter la question des pratiques enseignantes et de leurs effets sur les apprentissages des &#233;l&#232;ves et les in&#233;galit&#233;s scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Et dans le champ politique et syndical ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JD&lt;/strong&gt; &#8211; Au plan politique il y a eu une mission d'information port&#233;e par deux parlementaires, qui a auditionn&#233; les syndicats, les sp&#233;cialistes, un ensemble de protagonistes de l'apprentissage de la lecture, en disant qu'il faut se saisir du sujet, et qui a produit un rapport, d'ailleurs tout &#224; fait int&#233;ressant. L'initiative est l&#224; aussi venue du camp de la droite et du centre. Ce que j'ai cru voir, ou ce qui m'a &#233;t&#233; rapport&#233; des d&#233;bats en s&#233;ance, c'est pour l'essentiel que les groupes &#224; gauche du champ politique sont soit totalement d&#233;sint&#233;ress&#233;s par la question, soit estiment que ce n'est pas l&#224; que tout se joue, mais bien du c&#244;t&#233; des moyens, etc. Enfin, les m&#234;mes arguments, les m&#234;mes r&#233;flexes. Voil&#224;, si on regarde les choses en face, c'est &#231;a la situation aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en va pas tr&#232;s diff&#233;remment dans le champ syndical. Le Snuipp-FSU et le Sgen-CFDT, et tout aussi bien les autres organisations syndicales, persistent &#224; d&#233;fendre ce qui est quand m&#234;me tr&#232;s difficilement d&#233;fendable aujourd'hui, des positions tr&#232;s anciennes, selon lesquelles la centration sur le d&#233;codage n&#233;glige voire contredit la compr&#233;hension, oubliant qu'on ne peut pas comprendre sans d&#233;coder. Pour le militant de la d&#233;mocratisation scolaire que je suis, cette volont&#233; de ne pas entrer dans le d&#233;bat, d'y voir un pi&#232;ge, cette id&#233;e qu'en mettant un couvercle sur la marmite on va d&#233;fendre la fameuse libert&#233; p&#233;dagogique, qui serait donc bas&#233;e sur une forme d'ignorance plut&#244;t que sur l'appropriation r&#233;fl&#233;chie de connaissances av&#233;r&#233;es, tout cela est assez d&#233;solant. Cela dit, et ce constat ne me console pas, j'observe que plus on s'&#233;loigne des directions syndicales et plus on se rapproche du terrain, moins cette posture syndicale hors sol s'affirme de fa&#231;on tranch&#233;e : les positions sont beaucoup plus nuanc&#233;es, plus responsables et s&#233;rieuses chez ceux qui sont confront&#233;s &#224; la r&#233;alit&#233; du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS &lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Venons-en &#224; la ville de New York : quel y est l'&#233;tat du d&#233;bat sur les m&#233;thodes de lecture ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JD &#8211; Notre &#233;quipe de recherche a effectivement engag&#233; une enqu&#234;te sociologique sur le cas de la ville de New York, sur le m&#234;me sujet. Pourquoi la ville de New York, et pourquoi faire une comparaison&#8230; ou en tout cas essayer d'aller voir ailleurs ce qu'il en est &#224; la fois de la r&#233;alit&#233; des pratiques, des constats, des r&#233;sultats, et des r&#233;actions syndicales et politiques ? L'id&#233;e c'est d'aller &#233;tudier un contexte tr&#232;s diff&#233;rent du n&#244;tre. La ville de New York se caract&#233;rise par plusieurs &#233;l&#233;ments qui rendent son cas fort int&#233;ressant. On a affaire d'une part &#224; un syst&#232;me &#233;ducatif assez int&#233;gr&#233; o&#249; la municipalit&#233; a un vrai pouvoir sur ce qui s'y passe. C'est le plus grand syst&#232;me &#233;ducatif du pays, qui en effectif rassemble un peu plus d'un million d'&#233;l&#232;ves, soit environ 10% du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais. D'autre part, les r&#233;sultats en lecture sont probablement encore plus catastrophiques qu'en France, m&#234;me si la comparaison est difficile, s'agissant de langues diff&#233;rentes. Les r&#233;sultats en lecture de &#233;l&#232;ves de la ville sont consid&#233;r&#233;s comme tr&#232;s mauvais par la mairie elle-m&#234;me, avec de fortes in&#233;galit&#233;s sociales, ou raciales comme elles sont habituellement mesur&#233;es aux &#201;tats-Unis. Enfin New York, c'est aussi l'un des grands foyers de diffusion des m&#233;thodes globales &#224; la mode am&#233;ricaine. Les grands &#233;diteurs et les grands p&#233;dagogues, disons-le comme &#231;a, &#233;diteurs et &#233;ditrices de manuels, ont vraiment pignon sur rue, aux &#201;tats-Unis en g&#233;n&#233;ral, mais notamment &#224; New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas enqu&#234;t&#233; directement dans les classes, mais j'ai rep&#233;r&#233; des statistiques faisant &#233;tat, il y a quelques ann&#233;es, d'environ 40 % des classes de la ville de New York qui &#233;taient &#233;quip&#233;es de manuels qui n'existent plus en France depuis longtemps. J'en ai ramen&#233; quelques exemplaires : il s'agit de manuels ou de curriculum bas&#233;s sur une approche globale, sans aucun enseignement du d&#233;codage. L'&#233;tat du d&#233;bat &#224; New York est donc &#233;loign&#233; de ce qu'il est en France, o&#249; la reconnaissance de l'importance de l'enseignement du d&#233;codage est quand m&#234;me ancienne, et o&#249; le d&#233;bat porte sur la fa&#231;on de le mener. Ici, on est vraiment sur une opposition entre approche id&#233;ovisuelle ou approche phonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, ce qui nous a d&#233;cid&#233; &#224; &#233;tudier le cas new-yorkais, c'est le fait que, depuis maintenant cinq ou six ans, cette question de l'entr&#233;e dans la lecture est consid&#233;r&#233;e comme une grande question politique. Elle a &#233;t&#233; fortement port&#233;e &#224; New York par la mairie, notamment par le maire actuel, qui a fait de la lutte &#224; la fois contre l'illettrisme et contre les in&#233;galit&#233;s sociales et raciales en mati&#232;re d'apprentissage de la lecture un &#233;l&#233;ment important de son mandat. Tout cela est dit avec des accents progressistes qu'on retrouve par exemple du c&#244;t&#233; de la NAACP (&lt;i&gt;National Association for the Advancement of Colored People&lt;/i&gt;). Cette organisation de la communaut&#233; afro-am&#233;ricaine est la plus ancienne association de d&#233;fense des droits civiques (1909). Elle fait aujourd'hui du droit &#224; la lecture la nouvelle conqu&#234;te des droits sociaux, soutenant qu'il s'agit de la continuation de la lutte pour l'abolition de l'esclavage et de la lutte pour le droit de vote dans les ann&#233;es 1960, parce qu'il n'y a pas de libert&#233; politique quand on ne sait pas bien lire. Ses militants sont tr&#232;s mobilis&#233;s dans la mise en &#339;uvre de la campagne intitul&#233;e &#171; The Right to Read &#187;, dont le responsable explique que ne pas mettre en &#339;uvre des m&#233;thodes phoniques efficaces d&#232;s l'entr&#233;e dans la lecture, c'est condamner les &#233;l&#232;ves noirs &#8211; c'est condamner tous les &#233;l&#232;ves, mais particuli&#232;rement les Noirs, parce que ce sont eux dont les parents sont les moins &#224; m&#234;me de les aider &#224; la maison. Le droit &#224; la lecture est ainsi pos&#233; comme une grande question politique&#8230; et non seulement &#224; New York, mais aussi dans nombre d'&#201;tats et de villes aux Etats-Unis. Les militants vont dans les &#233;coles pour convaincre les enseignantes et enseignants d'adopter des m&#233;thodes d'enseignement efficaces pour tout le monde, et d'abord pour les &#233;l&#232;ves les plus d&#233;favoris&#233;s qui ne vont pas forc&#233;ment b&#233;n&#233;ficier d'une aide ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Et qu'avez-vous appris plus pr&#233;cis&#233;ment sur ce qui se passe &#224; New York ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JD&lt;/strong&gt; &#8211; Nous avons souhait&#233; comprendre comment, dans un autre contexte, une m&#234;me question peut &#234;tre prise en charge tr&#232;s diff&#233;remment par les diff&#233;rents camps politiques. Nous suivons donc actuellement la r&#233;forme propos&#233;e par le d&#233;partement de l'&#233;ducation de la ville de New York&#8230; une r&#233;forme beaucoup plus radicale que ce qu'on a vu en France ! Elle consiste &#224; demander aux &#233;coles de choisir, parmi trois ensemble de supports p&#233;dagogiques, dont chacun assure l'homog&#233;n&#233;it&#233; de la conduite des apprentissages &#233;l&#233;mentaires du CP jusqu'au CM2. La contrainte est m&#234;me plus forte que cela puisque le choix doit s'op&#233;rer au niveau du district scolaire, toutes les &#233;coles d'un m&#234;me district (l'&#233;quivalent d'une circonscription en France) devant s'&#233;quiper des m&#234;mes supports p&#233;dagogiques, et cela afin de faciliter la formation commune des enseignants, le travail collectif et les &#233;changes d'exp&#233;rience, le dispositif &#233;tant pilot&#233; &#224; ce niveau local. Ces trois ensembles de supports, tr&#232;s d&#233;taill&#233;s, fusionnant manuel et guide p&#233;dagogique, expliquant tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment pourquoi l'enseignant doit proc&#233;der comme ci ou comme &#231;a, sont assez diff&#233;rents au plan culturel ; mais au niveau du CP ils semblent globalement en ligne avec les pr&#233;conisations issues de la science de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vraiment une tr&#232;s grosse op&#233;ration. L'investissement consenti par la municipalit&#233; (on &#233;voque la somme de 70 millions de dollars, qui correspondraient donc &#224; 700 millions si on le transposait &#224; l'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais) est justifi&#233; par l'&#233;tat catastrophique d'un apprentissage de la lecture tr&#232;s fortement impr&#233;gn&#233; jusque-l&#224; par la m&#233;thode globale. La mobilisation est tr&#232;s large : de grandes institutions philanthropiques, les &#233;diteurs eux-m&#234;mes des supports s&#233;lectionn&#233;s, ont contract&#233; avec la municipalit&#233; et se consacrent &#224; la formation des enseignants. Le syndicat UFT (United Federation of Teachers, organisation syndicale des enseignants majoritaire &#224; New York, class&#233;e &#224; gauche) a lui-m&#234;me son propre centre de formation et participe &#224; l'op&#233;ration. Selon les responsables que nous avons rencontr&#233;s, il serait totalement irresponsable de leur part de ne pas le faire : le syndicat veut absolument la r&#233;ussite de l'entreprise et en finir avec des ann&#233;es pendant lesquelles on a laiss&#233; les enseignants en d&#233;sh&#233;rence, proies d'&#233;diteurs richissimes &#233;coulant des manuels compl&#233;tement inefficaces, avec des effets cognitifs d&#233;sastreux pour l'ensemble de la ville et affectant au premier chef les cat&#233;gories populaires et les minorit&#233;s ethniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GRDS&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;i&gt;Quels aspects de cette entreprise municipale vous paraissent les plus frappants ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;JD&lt;/strong&gt; &#8211; C'est d'abord la d&#233;termination de ses initiateurs, la volont&#233; politique de l'ancien maire Di Blasio, et surtout du maire actuel Adams, un maire afro-am&#233;ricain qui a &#233;t&#233; lui-m&#234;me catalogu&#233; dyslexique dans sa jeunesse. Ces responsables politiques font le lien entre difficult&#233;s en lecture, programme progressiste de la ville de New York, droit de tous les &#233;l&#232;ves quelle que soit la couleur de leur peau d'apprendre correctement &#224; lire. C'est le fait que la gauche, les minorit&#233;s ethniques, le principal syndicat enseignant, soient pleinement mobilis&#233;s pour la r&#233;ussite de la r&#233;forme&#8230; &#224; front renvers&#233;, en quelque sorte, avec ce qui se passe en France. C'est aussi l'attention l&#233;gitime apport&#233;e &#224; la formation et au soutien des enseignants, sachant l'importance de la r&#233;volution &#224; accomplir en mati&#232;re de culture professionnelle, de gestes professionnels efficients. Qu'on en juge : selon les responsables du d&#233;partement de l'&#233;ducation de la ville, ce soutien consiste &#224; envoyer des formateurs en litt&#233;ratie qui viennent dans les &#233;coles pendant plusieurs semaines, dans toutes les classes, avec des r&#233;unions hebdomadaires pour l'ensemble des enseignants en charge d'un m&#234;me niveau, etc. C'est une sorte de formation continue condens&#233;e dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soutien massif apport&#233; aux enseignants donne &#224; r&#233;fl&#233;chir. Il r&#233;pond &#224; une exigence mise en &#233;vidence par l'enqu&#234;te Formalect. La premi&#232;re condition permettant d'am&#233;liorer les apprentissages, c'est le choix du manuel : chacun d'eux propose une d&#233;marche p&#233;dagogique, et toutes, tr&#232;s loin de l&#224;, n'ont pas une efficacit&#233; &#233;quivalente. Mais il existe une seconde condition : c'est l'usage fait du manuel dans le quotidien de la classe, face aux &#233;l&#232;ves. Or l'enqu&#234;te Formalect montre que deux professeurs sur trois qui ont adopt&#233; un manuel efficace l'utilise plus ou moins &#224; contre-sens, avec des gestes professionnels inad&#233;quats, h&#233;rit&#233;s d'une culture p&#233;dagogique diff&#233;rente&#8230; et que ces deux enseignants sur trois obtiennent d&#232;s lors les m&#234;mes r&#233;sultats que leurs coll&#232;gues qui travaillent avec des manuels moins efficaces. Recommander les manuels efficaces est une chose. Aider les enseignants &#224; les utiliser de fa&#231;on efficiente en est une autre, qui suppose en effet un travail approfondi de formation et de r&#233;flexion avec eux. &#192; cet &#233;gard on pourrait souhaiter que la polyvalence des professeurs de l'enseignement &#233;l&#233;mentaire soit r&#233;examin&#233;e. Ne serait-il pas opportun, parce que l'enseignement est un art difficile, et plus encore &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire, de recruter pour ce niveau, comme le propose d'ailleurs le GRDS, deux cat&#233;gories d'enseignants : les uns &#224; formation sup&#233;rieure litt&#233;raire, experts en litt&#233;racie ; les autres &#224; formation math&#233;matique et scientifique ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau, &lt;i&gt;Enseigner dans le secondaire&lt;/i&gt; , La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, &lt;i&gt;L'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de la lecture. Une enqu&#234;te sur le cas fran&#231;ais&lt;/i&gt;, recherche men&#233;e en partenariat ENS/DEPP, Centre Maurice Halbwachs, Paris, 2024 (&lt;a href=&#034;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-&lt;/a&gt; lecture). Pour une pr&#233;sentation succincte des r&#233;sultats, voir sur ce site : Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Diffusion et efficacit&#233; des manuels de lecture, une grande premi&#232;re !&lt;/i&gt;, 2022, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php&lt;/a&gt; ? article341 ; et &lt;i&gt;Une note majeure du CSEN&lt;/i&gt;, 2024, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article355&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article355&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Petite histoire de la lecture et de son enseignement&lt;/i&gt;, Le Bord de l'eau, &#224; para&#238;tre en f&#233;vrier 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Goigoux (coord.), &lt;i&gt;Rapport de l'enqu&#234;te Lire et &#233;crire&lt;/i&gt;, IF&#201;, mars 2016, &lt;a href=&#034;https://ife.ens-lyon.fr/recherche/thematiques-de-recherche/projets/la-recherche-lire-et-ecrirecp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ife.ens-lyon.fr/recherche/thematiques-de-recherche/projets/la-recherche-lire-et-ecrirecp&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.reseau-canope.fr/fileadmin/user_upload/Projets/conseil_scientifique_education_nationale/notes_csen/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.reseau-canope.fr/fileadmin/user_upload/Projets/conseil_scientifique_education_nationale/notes_csen/&lt;/a&gt; Note_CSEN_2024_11.pdf&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une note majeure du CSEN</title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article162</link>
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		<dc:date>2024-06-18T08:03:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;La note n&#176; 11 (juin 2024) du Conseil scientifique de l'&#233;ducation nationale pr&#233;sente les r&#233;sultats de l'enqu&#234;te Formalect, laquelle fait le point sur la fa&#231;on dont on enseigne la lecture en France. Men&#233;e par J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, dans le cadre d'un partenariat entre l'&#201;cole normale sup&#233;rieure (Ulm) et la DEPP/MEN, cette enqu&#234;te se signale au plan mondial par la taille absolument in&#233;dite de son &#233;chantillon approchant les 10 000 classes de CP, comme par la rigueur du traitement des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L150xH70/arton162-bb9ab.png?1790363861' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='70' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La note n&#176; 11 (juin 2024) du &lt;i&gt;Conseil scientifique de l'&#233;ducation nationale&lt;/i&gt; pr&#233;sente les r&#233;sultats de l'enqu&#234;te Formalect, laquelle fait le point sur la fa&#231;on dont on enseigne la lecture en France. Men&#233;e par J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, dans le cadre d'un partenariat entre l'&#201;cole normale sup&#233;rieure (Ulm) et la DEPP/MEN, cette enqu&#234;te se signale au plan mondial par la taille absolument in&#233;dite de son &#233;chantillon approchant les 10 000 classes de CP, comme par la rigueur du traitement des donn&#233;es collect&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses r&#233;sultats sont particuli&#232;rement importants, puisqu'ils mettent en &#233;vidence l'ampleur de l'&#233;cart d'efficacit&#233; entre d'un c&#244;t&#233; les pratiques p&#233;dagogiques massivement dominantes aujourd'hui ; et de l'autre les pratiques les plus efficientes tant en mati&#232;re de d&#233;chiffrage que de compr&#233;hension, mais adopt&#233;es par une toute petite minorit&#233; d'enseignants. La mani&#232;re de conduire les apprentissages s'av&#232;re ainsi comme l'&#233;l&#233;ment le plus d&#233;cisif de la r&#233;ussite des &#233;l&#232;ves, bien loin devant les d&#233;doublements de classe. Les &#233;l&#232;ves issus des milieux populaires, qui b&#233;n&#233;ficient d'une aide parentale moins avertie, sont les plus sensibles aux p&#233;dagogies adopt&#233;es : au point que ceux qui apprennent &#224; lire avec une m&#233;thode efficace r&#233;ussissent mieux que les enfants venant de familles de classes moyennes ou sup&#233;rieures mais apprenant avec une m&#233;thode moins efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me &#233;ducatif est donc loin d'&#234;tre d&#233;muni face au poids de &#034;l'h&#233;ritage culturel&#034; : il dispose des moyens d'en limiter les effets, et peut r&#233;duire tr&#232;s sensiblement les in&#233;galit&#233;s scolaires... &#224; condition de mettre ces moyens en &#339;uvre. A lire donc la note du Conseil scientifique, accessible &lt;a href=&#034;https://www.reseau-canope.fr/fileadmin/user_upload/Projets/conseil_scientifique_education_nationale/notes_csen/Note_CSEN_2024_11.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. Nous en reprenons ci-dessous l'introduction et la conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Pr&#232;s d'un &#233;l&#232;ve sur deux &#224; l'entr&#233;e au CE1 lit moins de 50 mots par minute,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'objectif attendu officiellement. Et un sur cinq se situe m&#234;me tr&#232;s loin de&lt;br class='autobr' /&gt;
cet attendu en lisant moins de 25 mots par minute. Ces constats interrogent&lt;br class='autobr' /&gt;
l'efficacit&#233; des m&#233;thodes d'enseignement de la lecture actuellement en usage en&lt;br class='autobr' /&gt;
France. L'enqu&#234;te Formalect, r&#233;alis&#233;e en janvier et f&#233;vrier 2021, avait pr&#233;cis&#233;ment&lt;br class='autobr' /&gt;
pour objectif d'&#233;tudier les liens entre m&#233;thodes d'enseignement de la lecture&lt;br class='autobr' /&gt;
et r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves. 9 340 enseignant&#183;es de classes de CP &#8211; soit pr&#232;s de 20 %&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'ensemble des enseignant&#183;es de ce niveau &#8211; ont r&#233;pondu &#224; un questionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
en ligne portant sur leurs pratiques d'enseignement durant les premiers mois de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ann&#233;e scolaire. Leurs r&#233;ponses anonymis&#233;es ont ensuite &#233;t&#233; coupl&#233;es aux r&#233;sultats&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;galement anonymis&#233;s aux &#233;valuations nationales de leurs 139 288 &#233;l&#232;ves.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ensemble forme ainsi un vaste &#233;chantillon repr&#233;sentatif des classes de CP de France&lt;br class='autobr' /&gt;
qui permet de r&#233;pondre aux deux questions qui suivent. Quelles sont aujourd'hui les&lt;br class='autobr' /&gt;
modalit&#233;s d'enseignement de la lecture mises en &#339;uvre en d&#233;but d'ann&#233;e au CP en&lt;br class='autobr' /&gt;
France ? Quels sont les effets de ces diff&#233;rentes m&#233;thodes d'enseignement sur les&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;sultats des &#233;l&#232;ves ? L'objet de cette note est d'apporter une r&#233;ponse synth&#233;tique&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; ces deux questions. Un rapport de recherche d&#233;taillant les caract&#233;ristiques de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'enqu&#234;te et pr&#233;sentant l'ensemble des r&#233;sultats et analyses est disponible &#224; l'adresse&lt;br class='autobr' /&gt;
suivante (Deauvieau et Gioia, 2024) : cmh.ens.fr/publication/etudes-et-documents/&lt;br class='autobr' /&gt;
lefficacite-des-methodes-denseignement-de-la-lecture/ &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un enseignement de la lecture centr&#233; exclusivement lors des premi&#232;res semaines de l'ann&#233;e sur la d&#233;couverte du code de correspondances graph&#232;mes-phon&#232;mes*, donc sans aucune activit&#233; annexe du type m&#233;morisation ou reconnaissance globale de&lt;br class='autobr' /&gt;
mots non d&#233;codables, est plus efficace pour l'acquisition d'une bonne fluence&lt;br class='autobr' /&gt;
et pour la compr&#233;hension &#233;crite. En d'autres termes, la mise en &#339;uvre d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;thode phonique synth&#233;tique stricte produit de meilleurs r&#233;sultats qu'une&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;thode phonique mixte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;M&#233;thode phonique synth&#233;tique stricte&#034; : celle qui apprend &#224; d&#233;coder sur des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence d'efficacit&#233; est visible d&#232;s le mois de janvier de l'ann&#233;e de CP et toujours pr&#233;sente en septembre de l'ann&#233;e de CE1, et elle est encore plus prononc&#233;e pour les &#233;l&#232;ves qui ont des fragilit&#233;s en d&#233;but d'ann&#233;e de CP et pour ceux qui sont scolaris&#233;s dans les &#233;coles &#224; recrutement social populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le diff&#233;rentiel d'efficacit&#233; entre les m&#233;thodes d'enseignement de la lecture&lt;br class='autobr' /&gt;
devient alors tr&#232;s important pour cette cat&#233;gorie d'&#233;l&#232;ves. Ainsi, les &#233;l&#232;ves qui&lt;br class='autobr' /&gt;
entrent au CP avec un faible niveau de connaissance du principe alphab&#233;tique&lt;br class='autobr' /&gt;
et qui sont scolaris&#233;s dans des &#233;coles populaires lisent en moyenne 14 mots&lt;br class='autobr' /&gt;
par minute quatre mois apr&#232;s la rentr&#233;e, ce qui correspond au seuil en dessous&lt;br class='autobr' /&gt;
duquel se situe selon la DEPP le groupe des &#233;l&#232;ves dit &#171; fragiles &#187; en fluence.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'ils apprennent avec une m&#233;thode mixte en d&#233;but d'ann&#233;e, ils liront en&lt;br class='autobr' /&gt;
moyenne 12 mots par minute en janvier, mais 18 mots par minute s'ils apprennent&lt;br class='autobr' /&gt;
avec une m&#233;thode phonique synth&#233;tique stricte, leur permettant donc d'atteindre un niveau en fluence satisfaisant &#224; ce stade de l'ann&#233;e. Or, la m&#233;thode phonique synth&#233;tique stricte est &#224; l'heure actuelle tr&#232;s rarement mise en &#339;uvre dans les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marges de progression du syst&#232;me &#233;ducatif en mati&#232;re d'apprentissage de&lt;br class='autobr' /&gt;
la lecture sont donc tr&#232;s importantes. Une politique de lutte efficace contre&lt;br class='autobr' /&gt;
les in&#233;galit&#233;s dans les premiers apprentissages scolaires doit &#234;tre centr&#233;e sur&lt;br class='autobr' /&gt;
une am&#233;lioration sensible de l'efficacit&#233; de l'action p&#233;dagogique. Les r&#233;sultats&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'enqu&#234;te Formalect permettent de d&#233;gager deux niveaux d'action perti-&lt;br class='autobr' /&gt;
nents en mati&#232;re d'enseignement de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier niveau d'action concerne les supports p&#233;dagogiques. Une grande&lt;br class='autobr' /&gt;
diversit&#233; de manuels d'enseignement de la lecture sont actuellement en usage&lt;br class='autobr' /&gt;
en France, mais ceux con&#231;us selon les principes p&#233;dagogiques les plus&lt;br class='autobr' /&gt;
efficaces sont &#224; l'heure actuelle tr&#232;s peu utilis&#233;s. Plusieurs syst&#232;mes &#233;ducatifs ont&lt;br class='autobr' /&gt;
mis en place ces derni&#232;res ann&#233;es des dispositifs vari&#233;s visant &#224; mieux encadrer&lt;br class='autobr' /&gt;
le choix des manuels d'enseignement de la lecture. Quel que soit le m&#233;canisme envisag&#233;, il est peu contestable qu'une am&#233;lioration sensible de la qualit&#233; des manuels disponibles permettrait aux enseignant&#183;es d'accroitre l'efficacit&#233; de leur action p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me niveau d'action, tout &#224; fait d&#233;cisif, se situe au niveau de la formation&lt;br class='autobr' /&gt;
des enseignant&#183;es et des conseillers p&#233;dagogiques. La culture professionnelle en mati&#232;re d'enseignement de la lecture est aujourd'hui encore marqu&#233;e par des principes p&#233;dagogiques anciens qui se r&#233;v&#232;lent peu efficaces. Ce constat n'est d'ailleurs par propre au cas fran&#231;ais puisqu'il se retrouve dans de nombreux pays comparables. Seul un investissement tr&#232;s cons&#233;quent dans la formation initiale et continue des enseignant&#183;es pourrait faire &#233;voluer la situation. Les r&#233;sultats de notre enqu&#234;te le d&#233;montrent : la qualit&#233; p&#233;dagogique du manuel est importante, mais la fa&#231;on de l'utiliser l'est tout autant. Un accompagnement p&#233;dagogique renforc&#233;, nourri des r&#233;sultats de la recherche, est absolument crucial pour aider les enseignant&#183;es &#224; mettre en place des gestes professionnels efficaces en mati&#232;re d'enseignement de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettre aux enseignant&#183;es de choisir des manuels d'enseignement de qualit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;velopper des actions de formation au plus pr&#232;s des r&#233;alit&#233;s des classes et&lt;br class='autobr' /&gt;
qui s'inscrivent dans la dur&#233;e : voici sans doute les leviers qui donneraient aux&lt;br class='autobr' /&gt;
enseignant&#183;es les moyens d'exercer une libert&#233; p&#233;dagogique instruite en mati&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
d'enseignement de la lecture. L'enjeu est d&#233;cisif, en termes d'am&#233;lioration des&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;sultats du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais, mais aussi de justice sociale : trop&lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;l&#232;ves, tr&#232;s souvent issus des milieux populaires, sont aujourd'hui en difficult&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
en lecture &#224; l'issue de l'ann&#233;e de CP.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;M&#233;thode phonique synth&#233;tique stricte&#034; : celle qui apprend &#224; d&#233;coder sur des textes 100% d&#233;chiffrables, sans aucune lecture devinette et sans aucune reconnaissance globale de &#034;mots-outils&#034;. D'aucuns parlent aussi &#224; son &#233;gard de &#034;m&#233;thode syllabique stricte&#034;. Et lui reprochent de ne permettre que des textes d'une pauvret&#233; affligeante. Or sur les trois manuels pratiquant cette m&#233;thode recens&#233;s par l'enqu&#234;te, la plus diffus&#233;e (&lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, Les Lettres bleues &#233;diteur) est sous-titr&#233;e &#171; Un apprentissage culturel de la lecture &#187;, et propose aux &#233;l&#232;ves, de fait, une richesse lexicale, textuelle et artistique sans &#233;quivalent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;M&#233;thodes phoniques mixtes&#034; : celles qui enseignent les correspondances grapho-phonologiques sans d&#233;codage mais avec des &#034;le&#231;ons de sons&#034; ; qui utilisent des &#233;nonc&#233;s &#233;crits incompl&#232;tement d&#233;codables ; qui recourent &#224; l'utilisation de &#034;mots outils&#034; et &#224; la lecture devinette.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Diffusion et efficacit&#233; des manuels de lecture : une grande premi&#232;re !</title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article142</link>
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		<dc:date>2023-04-26T12:56:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1960/70, quand est n&#233;e en France et dans les pays anglo-saxons la guerre des m&#233;thodes de lecture, sous l'effet de la mont&#233;e en faveur de la m&#233;thode globale, nombre d'enqu&#234;tes statistiques s'attachant &#224; comparer les fa&#231;ons de conduire les apprentissages ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es. Il s'agit en g&#233;n&#233;ral d'enqu&#234;tes locales ou portant sur des &#233;chantillons nationaux de taille relativement modeste, &#224; partir desquelles ont &#233;t&#233; publi&#233;es, aux &#201;tats-Unis (2000), en Grande-Bretagne et en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L150xH148/arton142-eab8a.png?1790356259' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='148' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1960/70, quand est n&#233;e en France et dans les pays anglo-saxons la guerre des m&#233;thodes de lecture, sous l'effet de la mont&#233;e en faveur de la m&#233;thode globale, nombre d'enqu&#234;tes statistiques s'attachant &#224; comparer les fa&#231;ons de conduire les apprentissages ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es. Il s'agit en g&#233;n&#233;ral d'enqu&#234;tes locales ou portant sur des &#233;chantillons nationaux de taille relativement modeste, &#224; partir desquelles ont &#233;t&#233; publi&#233;es, aux &#201;tats-Unis (2000), en Grande-Bretagne et en Australie (2005), des &#171; m&#233;ta-enqu&#234;tes &#187; s'effor&#231;ant d'en d&#233;gager les enseignements sous une forme synth&#233;tique. Les conclusions de ces m&#233;ta-enqu&#234;tes et des enqu&#234;tes men&#233;es en France entre 2000 et 2016 convergent largement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de consensus sur la lecture tenue en France en 2016 tirera profit de ces apports, en insistant sur la n&#233;cessit&#233; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'associer le travail de discrimination phon&#233;mique pratiqu&#233; en grande section de maternelle &#224; l'identification des signes alphab&#233;tiques correspondants ;Retour ligne automatique
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de d&#233;marrer le CP par l'&#233;tude soutenue des correspondances grapho-phon&#233;miques afin de permettre au plus vite un d&#233;codage autonome ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de faire r&#233;guli&#232;rement lire les &#233;l&#232;ves &#224; voix haute ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de mener conjointement une activit&#233; d'&#233;criture r&#233;guli&#232;re ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de d&#233;velopper les capacit&#233;s de compr&#233;hension des &#233;l&#232;ves gr&#226;ce &#224; l'enrichissement de leur vocabulaire, &#224; un travail explicite et r&#233;fl&#233;chi sur la morphologie des &#233;nonc&#233;s, &#224; leur familiarisation avec les genres de l'&#233;crit et &#224; une introduction &#224; la &#171; lecture litt&#233;raire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence soutient l'exigence de &#171; faire de l'acc&#232;s aux comp&#233;tences de lecture et de compr&#233;hension un objectif prioritaire pour tous les &#233;l&#232;ves, y compris pour les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; &#187;. Et elle insiste, dans cette perspective, sur un principe essentiel : &#171; La question du d&#233;chiffrage est importante. Tout &#233;l&#232;ve, quel que soit son &#226;ge, doit poursuivre cet apprentissage tant qu'il n'est pas parvenu &#224; automatiser les proc&#233;dures d'identification des mots &#233;crits &#187;, invitant &#224; cet effet &#224; &#171; proposer un enseignement particuli&#232;rement explicite, avec des r&#233;p&#233;titions suffisamment nombreuses &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, toutes les &#233;tudes r&#233;alis&#233;es mettent en &#233;vidence une tr&#232;s forte corr&#233;lation entre fluence et compr&#233;hension &#233;crite : si &#171; Lire, c'est comprendre &#187;, la compr&#233;hension passe par l'excellence de la fluence. Et ces recherches montrent tout aussi bien que l'acquisition d'une bonne fluence passe elle-m&#234;me par un apprentissage syst&#233;matique du code des correspondances grapho-phon&#233;miques. Impossible de voir dans ces conclusions autre chose qu'une pleine r&#233;habilitation des principes de la m&#233;thode syllabique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces apports de la recherche acad&#233;mique, confirm&#233;s enqu&#234;te apr&#232;s enqu&#234;te, n'ont toutefois affect&#233; les pratiques d'enseignement que de fa&#231;on relative, les limites de leur impact sur la conduite des apprentissages m&#233;ritant r&#233;flexion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, Savoirs acad&#233;miques et culture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que, d'un c&#244;t&#233;, la diffusion de r&#233;sultats de recherche valorisant l'importance de l'&#233;tude des correspondances grapho-phon&#233;miques a favoris&#233; une &#233;volution des pratiques enseignantes au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, au b&#233;n&#233;fice d'un temps croissant consacr&#233; au d&#233;chiffrage dans les apprentissages. Mais cette &#233;volution reste fortement entrav&#233;e, en France mais aussi dans beaucoup d'autres pays, par l'inertie de la culture professionnelle qui reste dominante dans l'univers de l'enseignement primaire, et pour laquelle une mise en &#339;uvre sans r&#233;serve des principes de la m&#233;thode syllabique, stigmatis&#233;e depuis cinq d&#233;cennies, demeure une perspective insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nouvelle enqu&#234;te, &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les enqu&#234;tes statistiques &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle, permettant de saisir finement la diversit&#233; des activit&#233;s scolaires, notamment celles men&#233;es en France par la DEPP, le service d'&#233;tudes statistiques du minist&#232;re, s'int&#233;ressent aux parcours de scolarisation et aux performances des &#233;l&#232;ves, mais ne se sont donn&#233; que tr&#232;s r&#233;cemment pour objectif de saisir la r&#233;alit&#233; des pratiques d'enseignement. Les informations concernant ces derni&#232;res, provenant d&#232;s lors de recherches universitaires et non de la statistique publique, n'ont port&#233; que sur des &#233;chantillons modestes. Concernant la lecture, l'enqu&#234;te coordonn&#233;e par Roland Goigoux en 2015, et portant sur une &#233;chantillon national repr&#233;sentatif de 131 classes de CP, faisait jusqu'ici figure d'exception&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Goigoux (coordination), Lire et &#233;crire. Synth&#232;se du rapport de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te &lt;i&gt;Formalect&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233;e en 2021 par J&#233;r&#244;me Deauvieau et Paul Gioia, a &#233;t&#233; men&#233;e &#224; une tout autre &#233;chelle, sans commune mesure. Elle s'appuie sur les r&#233;ponses de 9 500 professeurs des &#233;coles, repr&#233;sentant autant de classes de CP et quelque 150 000 &#233;l&#232;ves. Travailler &#224; cette &#233;chelle &#8211; une premi&#232;re mondiale &#8211; a un double avantage : permettre de prendre en compte les pratiques les plus minoritaires ; et conf&#233;rer une grande fiabilit&#233; aux r&#233;sultats obtenus du fait d'un taux de sondage exceptionnel (ici au quart environ de la population repr&#233;sent&#233;e). Cette enqu&#234;te est en cours d'exploitation : un premier aper&#231;u, sur lequel nous nous appuyons ici, en a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; &#224; l'inspection de l'enseignement primaire le 22 mars dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs ont proc&#233;d&#233; en deux temps. Ils ont d'abord adress&#233; aux enseignants, au moyen d'un questionnaire en ligne, des questions portant sur leurs caract&#233;ristiques personnelles ; sur leurs pratiques d'enseignement du lire-&#233;crire (supports p&#233;dagogiques utilis&#233;s, et modalit&#233;s pratiques de la conduite des apprentissages : temps consacr&#233; &#224; la lecture &#224; voix haute en classe et aux dict&#233;es, enseignement de mots-outils, d&#233;chiffrabilit&#233; des textes propos&#233;s &#224; leurs &#233;l&#232;ves...) ; ainsi que sur les conditions dans lesquelles ils ont r&#233;alis&#233; les &#233;valuations p&#233;riodiques de leurs &#233;l&#232;ves (&#233;l&#232;ves s&#233;par&#233;s ou non...), et sur les formations qu'ils ont suivies durant les trois ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Puis ils ont confront&#233; les indicateurs des pratiques enseignantes avec les performances aux &#233;valuations de septembre, janvier, puis septembre suivant, des &#233;l&#232;ves concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Formalect&lt;/i&gt; permet ainsi de faire le point d'une part sur l'&#233;tat actuel des pratiques d'enseignement de la lecture en France, et d'autre part sur l'impact effectif de ces pratiques sur les apprentissages r&#233;alis&#233;s par les &#233;l&#232;ves. L'enqu&#234;te prend en consid&#233;ration les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s par les &#233;l&#232;ves (qui ont &#233;t&#233; test&#233;s &#224; l'entr&#233;e) pendant le CP lui-m&#234;me ; et tient compte de leur milieu social, en comparant les &#233;coles des quartiers populaires et celles des quartiers favoris&#233;s. L'aper&#231;u qui en a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; s'int&#233;resse aux performances en &#171; fluence &#187; (rapidit&#233; et correction du d&#233;chiffrage) mesur&#233;es par les &#233;valuations de janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques aspects des pratiques d'enseignement du lire-&#233;crire en France en 2021&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;chiffrabilit&#233; des textes donn&#233;s &#224; lire aux &#233;l&#232;ves&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question concernant la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes donn&#233;s &#224; lire est &#224; elle seule riche d'enseignements. Les r&#233;ponses mettent en &#233;vidence l'importance de l'&#233;volution des pratiques enseignantes au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Rappelons que dans les ann&#233;es 1970 les ouvrages publi&#233;s par &#201;veline Charmeux et Jean Foucambert et promouvant &#171; la m&#233;thode id&#233;ovisuelle &#187;, qui allait jusqu'&#224; bannir toute initiation au d&#233;chiffrage syllabique, &#233;taient port&#233;s au firmament de la pens&#233;e p&#233;dagogique progressiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;veline Charmeux, Lire &#224; l'&#233;cole, CEDIC, Paris, 1975 ; Jean Foucambert, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'exp&#233;rience pratique que cette variante de la m&#233;thode globale pure d&#233;bouchait sur une impasse a rapidement conduit p&#233;dagogues et enseignants &#224; une position de repli : on enseignait les bases du d&#233;chiffrage dans les &#171; le&#231;ons de sons &#187;, mais beaucoup de mots des textes propos&#233;s aux &#233;l&#232;ves devaient &#234;tre devin&#233;s en les d&#233;duisant du contexte litt&#233;raire (que dit le reste de la phrase ?) ou du contexte graphique (que nous apprend le dessin ?) Cette invitation &#224; la lecture devinette &#233;tait donn&#233;e pour essentielle au d&#233;veloppement de l'intelligence enfantine, alors que l'apprentissage du d&#233;chiffrage passait pour une contrainte dangereuse, favorisant un &#226;nonnement m&#233;canique et stupide.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L500xH110/capture_d_e_cran_2022-04-09_a_12.19.52-e4476.png?1790356259' width='500' height='110' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or le tableau 1 montre que cette position de repli est elle-m&#234;me aujourd'hui assez largement d&#233;pass&#233;e : moins de 4% des enseignants continuent &#224; pratiquer la non d&#233;chiffrabilit&#233; &#224; grande &#233;chelle ; et au total un petit tiers d'entre eux seulement proposent des textes comportant des mots &#224; deviner. Le principe d'un apprentissage syst&#233;matique du d&#233;chiffrage est donc devenu tr&#232;s majoritaire dans le corps enseignant... &#224; une r&#233;serve pr&#232;s. Deux enseignants sur trois utilisent des &#171; mots-outils &#187; pour conduire l'apprentissage de la lecture. Ces mots-outils sont des mots que les enseignants demandent aux &#233;l&#232;ves non pas de d&#233;chiffrer, mais de photographier mentalement pour en m&#233;moriser la forme globale, comme on peut le faire d'un id&#233;ogramme chinois. Le recours aux mots-outils repr&#233;sente donc la derni&#232;re &#233;tape de l'&#233;volution conduisant de la globale pure &#224; la syllabique : seul le renoncement &#224; ce recours pourrait permettre de se r&#233;clamer d'une d&#233;marche d'apprentissage relevant de la syllabique (contrairement &#224; ce que croient nombre d'enseignants utilisant des mots-outils et qui pensent faire de la syllabique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La syllabique en effet s'en tient au 100% d&#233;chiffrable, r&#233;cusant l'injonction p&#233;dagogique contradictoire propre &#224; l'usage des mots-outils, qui conduit &#224; tenir un double langage aux &#233;l&#232;ves : n'inventez rien, donnez-vous la peine d'examiner ce qui est &#233;crit &#224; la lettre pr&#232;s (d&#233;chiffrage) / regardez ces mots et retenez leur profil graphique (vous ne savez pas les d&#233;chiffrer, ne vous embarrassez pas des d&#233;tails, consid&#233;rez-les comme un dessin &#224; m&#233;moriser : ce sont les mots-outils). Derni&#232;re information de ce tableau 1 : les enseignants qui s'en tiennent au 100% d&#233;chiffrable, et pratiquent donc la syllabique, sont encore particuli&#232;rement minoritaires (3,4%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le questionnaire soumis aux enseignants demandait &#233;galement de pr&#233;ciser leur utilisation de mots-outils :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_313 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L500xH71/capture_d_e_cran_2022-04-09_a_12.20.10-69eda.png?1790356259' width='500' height='71' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, l'utilisation de mots-outils d&#233;bute d&#232;s les premi&#232;res le&#231;ons, et se poursuit tout au long de l'ann&#233;e. On voit ici que ce recours n'est pas un d&#233;tail de l'apprentissage : d&#232;s avant no&#235;l, dans une majorit&#233; des classes de CP en France, les &#233;l&#232;ves doivent avoir appris &#224; identifier de fa&#231;on globale un minimum de 20 mots, et le plus souvent nettement davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les manuels utilis&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs dizaines de manuels de CP pour l'apprentissage du lire-&#233;crire sont diffus&#233;s dans le syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais. Dans ce premier aper&#231;u de l'enqu&#234;te Formalect, les auteurs ont retenu une liste des dix manuels les plus utilis&#233;s. Cette liste appara&#238;t en compl&#232;te coh&#233;rence avec les d&#233;clarations des enseignants concernant leur conduite des apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_314 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L500xH261/capture_d_e_cran_2022-04-09_a_12.22.04-7ebd7.png?1790356259' width='500' height='261' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Trois manuels dominent tr&#232;s largement la diffusion : &lt;i&gt;Taoki&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Piano&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Pilotis&lt;/i&gt;. Ces ouvrages proposent un apprentissage syst&#233;matique du d&#233;chiffrage &#224; l'aide d'un recours tout aussi syst&#233;matique aux mots-outils, des premi&#232;res aux derni&#232;res le&#231;ons (environ 80 au total pour le champion &lt;i&gt;Taoki)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viennent ensuite dans cette liste cinq ouvrages plus traditionnels, faisant une place plus ou moins importante aux mots &#224; deviner en fonction du contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en queue de cette liste des dix ouvrages les plus diffus&#233;s, deux manuels proprement syllabiques, sans aucun recours &#224; la lecture devinette ni aux mots-outils, &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L&#233;o et L&#233;a&lt;/i&gt;, qui repr&#233;sentent &#224; eux deux moins de 4% de la diffusion totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concordance globale entre les pratiques d'enseignement et le manuel utilis&#233; est nette : une majorit&#233; absolue des enseignants (plus de 60%) se centrent sur l'apprentissage du d&#233;chiffrage en utilisant des mots-outils ; une forte minorit&#233; (le tiers environ) continuent &#224; donner la priorit&#233; &#224; l'appr&#233;hension du sens sur la reconnaissance de la lettre. Plus de neuf enseignants sur dix donc mettent en &#339;uvre une m&#233;thode d'apprentissage &#171; mixte &#187;, combinant (dans une proportion variable) l'&#233;tude des correspondances grapho-phon&#233;miques et des proc&#233;dures emprunt&#233;es &#224; la m&#233;thode globale (reconnaissance visuelle des mots, lecture devinette).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une toute petite minorit&#233; (entre 3 et 4% des enseignants) s'en tient &#224; la pr&#233;conisation syllabique du 100% d&#233;chiffrable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les effets des pratiques sur les apprentissages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;tat des apprentissages en France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons l'&#233;tat actuel de l'apprentissage de la lecture en France. Les observations de terrain de l'enqu&#234;te &lt;i&gt;Lire et &#233;crire &lt;/i&gt; coordonn&#233;e par Roland Goigoux ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es en 2013-2014 aupr&#232;s de 131 classes de CP dont les enseignants ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s pour leur exp&#233;rience professionnelle et leur confiance &#224; l'&#233;gard de leurs propres comp&#233;tences p&#233;dagogiques. Dans de telles conditions, les donn&#233;es collect&#233;es apparaissent particuli&#232;rement spectaculaires : en fin d'ann&#233;e de CP, un tiers des &#233;l&#232;ves de ces classes sont incapables de d&#233;chiffrer plus de 18 mots en une minute ; et seuls 30% d'entre eux atteignent l'objectif fix&#233; par le minist&#232;re d'un seuil minimum de 50 mots par minute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas s&#251;r que les choses se soient beaucoup am&#233;lior&#233;es aujourd'hui (sachant que les performances en d&#233;chiffrage peuvent varier un peu selon la difficult&#233; du texte propos&#233;). En 2021, 47% des &#233;l&#232;ves entrant en CE1 n'atteignaient toujours pas le seuil des 50 mots par minute. Et si l'on ne consid&#232;re que ceux qui fr&#233;quentaient les &#233;tablissements des quartiers populaires, cette proportion atteint 60%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'on sait depuis pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle que les difficult&#233;s rencontr&#233;es au CP impactent toute la suite de la scolarit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Christian Baudelot et Roger Establet, L'&#233;cole primaire divise, Masp&#233;ro, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le fait &#233;tant confirm&#233; par des &#233;tudes r&#233;centes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or dans pr&#232;s de neuf cas sur dix, ces difficult&#233;s tiennent essentiellement &#224; un retard dans l'apprentissage de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc d'une question cruciale pour l'ensemble de notre syst&#232;me &#233;ducatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que nous apprend l'enqu&#234;te &lt;i&gt;Formalect&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce premier aper&#231;u, les auteurs de l'enqu&#234;te ont confront&#233; les pratiques enseignantes et le niveau des &#233;l&#232;ves en fluence quatre mois apr&#232;s la rentr&#233;e, lors des &#233;valuations de janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est sans appel. La m&#233;thode syllabique (pratiquant donc le 100% d&#233;chiffrable sans aucun recours aux mots-outils) obtient syst&#233;matiquement les meilleurs r&#233;sultats par rapport &#224; toutes les m&#233;thodes mixtes, quelle qu'en soit la variante consid&#233;r&#233;e. L'&#233;cart est particuli&#232;rement net dans les &#233;coles &#224; recrutement populaire. Dans ces derni&#232;res en effet, en janvier, les &#233;l&#232;ves apprenant avec la m&#233;thode syllabique lisent en moyenne 5,33 mots par minute en plus par rapport &#224; ceux qui apprennent avec une m&#233;thode mixte. Autrement dit : m&#234;me quand l'apprentissage est centr&#233; sur l'&#233;tude des correspondances grapho-phonologiques, le recours aux mots-outils handicape les progr&#232;s possibles des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cart ainsi constat&#233; est consid&#233;rable. Dans ces &#233;coles populaires, la moiti&#233; des &#233;l&#232;ves lisent en effet en janvier moins d'une vingtaine de mots par minute. L'avantage de plus de cinq mots procur&#233; par l'utilisation de la m&#233;thode syllabique appara&#238;t d&#232;s lors particuli&#232;rement sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance de cet &#233;cart ressort &#233;galement de la comparaison suivante : 64% des &#233;l&#232;ves des &#233;coles populaires apprenant avec une m&#233;thode syllabique sont bien entr&#233;s dans la lecture en janvier, alors que les &#233;l&#232;ves des &#233;coles favoris&#233;es apprenant avec une m&#233;thode mixte ne sont que 57% dans ce cas. Disons-le cr&#251;ment : on voit l&#224; que l'h&#233;ritage culturel familial est loin de d&#233;terminer &#224; lui seul les performances scolaires... performances dans lesquelles la conduite des apprentissages scolaires intervient en r&#233;alit&#233; de fa&#231;on cruciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier r&#233;sultat rappelle et confirme amplement un constat mis en &#233;vidence par l'enqu&#234;te &lt;i&gt;Manuels&lt;/i&gt;, beaucoup plus modeste, de 2013 : en fin de CP, dans les &#233;coles de REP enqu&#234;t&#233;es, les &#233;l&#232;ves qui avaient appris avec le manuel de la mixte Ribambelle et dont au moins un des deux parents &#233;tait bachelier lisaient 56 mots par minute ; ceux qui avaient appris avec la syllabique &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, et dont aucun des parents n'avait le bac, en lisaient 63&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir GRDS, Lecture au CP : enfin une &#233;tude comparative, 2013, .&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan 2000-2016 et enseignements&lt;/i&gt;, GRDS, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Savoirs acad&#233;miques et culture enseignante. Un cas d'&#233;cole : la guerre des m&#233;thodes de lecture&lt;/i&gt;, GRDS, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328#nb8&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article328#nb8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Goigoux (coordination), &lt;i&gt;Lire et &#233;crire. Synth&#232;se du rapport de recherche&lt;/i&gt;, IFE, Lyon, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;veline Charmeux, &lt;i&gt;Lire &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt;, CEDIC, Paris, 1975 ; Jean Foucambert, &lt;i&gt;La Mani&#232;re d'&#234;tre lecteur&lt;/i&gt;, Paris, Sermap-OCDL, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Christian Baudelot et Roger Establet, &lt;i&gt;L'&#233;cole primaire divise&lt;/i&gt;, Masp&#233;ro, Paris, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire. Construction et &#233;volution &#187;, &lt;i&gt;France, portrait social&lt;/i&gt;, INSEE, 2006 ; Jean-paul Caille et al. &#171; A 18-19 ans, la moiti&#233; des jeunes envisagent leur avenir professionnel avec optimisme &#187;, &lt;i&gt;INSEE Premi&#232;re&lt;/i&gt;, n&#176; 1633.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir GRDS, &lt;i&gt;Lecture au CP : enfin une &#233;tude comparative&lt;/i&gt;, 2013, &lt;a href=&#034;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article174&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article174&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Enseigner explicitement la lecture et l'&#233;criture</title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article141</link>
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		<dc:date>2021-12-26T10:57:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brice Schobel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'ouvrage de Janine Reichstadt, Enseigner explicitement la lecture et l'&#233;criture, est &#233;dit&#233; par La librairie des &#233;coles, Collection Impact p&#233;dagogique, Paris, 2021, 144 P. (19,90 euros). Cet ouvrage pr&#233;sente une m&#233;thode efficace d'apprentissage de la lecture en classe de CP, &#233;clair&#233;e par les r&#233;cents apports de la recherche. Il s'adresse express&#233;ment aux professeurs des &#233;coles, aux formateurs d'enseignants et aux cadres de l'&#201;ducation Nationale. Comme le pr&#233;cise l'auteure, l'objectif est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/arton141-01b38.png?1790432657' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'ouvrage de Janine Reichstadt, Enseigner explicitement la lecture et l'&#233;criture, est &#233;dit&#233; par La librairie des &#233;coles, Collection Impact p&#233;dagogique, Paris, 2021, 144 P. (19,90 euros). Cet ouvrage pr&#233;sente une m&#233;thode efficace d'apprentissage de la lecture en classe de CP, &#233;clair&#233;e par les r&#233;cents apports de la recherche. Il s'adresse express&#233;ment aux professeurs des &#233;coles, aux formateurs d'enseignants et aux cadres de l'&#201;ducation Nationale. Comme le pr&#233;cise l'auteure, l'objectif est d'outiller les enseignants pour mener un &#171; enseignement sp&#233;cifique de la lecture, m&#233;thodiquement construit et conduit de fa&#231;on suivie. &#187;( p 8). L'ouvrage constitue une r&#233;f&#233;rence p&#233;dagogique, dans la mesure o&#249; il s'int&#233;resse &#224; l'un des apprentissages les plus exigeants de l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire et qu'il vient illustrer les principes de mise en &#339;uvre p&#233;dagogique de la m&#233;thode syllabique. Il a une finalit&#233; r&#233;solument pratique et se pr&#233;sente comme une &#171; source d'inspiration pour les professeurs lors de l'&#233;laboration de leurs le&#231;ons au CP &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son organisation est originale puisque les chapitres sont organis&#233;s selon les phases du d&#233;roulement type d'une le&#231;on de lecture : 1. Pr&#233;sentation des graph&#232;mes ; 2. &#201;tude des syllabes ; 3. &#201;tude des mots ; 4. &#201;tude des phrases et des textes. Les apprentissages de la lecture et de l'&#233;criture sont pr&#233;sent&#233;s en &#233;troite corr&#233;lation. Chaque chapitre de l'ouvrage pr&#233;sente en deux temps, les enjeux didactiques sous-jacents (sur quoi se fonder ?) et les pistes de mise en &#339;uvre p&#233;dagogique (que faire en classe ?) d'une phase de la le&#231;on type, pr&#233;sent&#233;es en plusieurs &#233;tapes selon un guidage structur&#233; et progressif. En fin d'ouvrage, plusieurs questions p&#233;dagogiques transversales, appliqu&#233;es &#224; l'apprentissage de la lecture, viennent compl&#233;ter l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 1 intitul&#233; &#171; les premi&#232;res voyelles &#187; examine, dans sa premi&#232;re partie, les enjeux du d&#233;codage et la n&#233;cessit&#233; de partir des graph&#232;mes (transcription &#233;crite de phon&#232;mes) pour construire les le&#231;ons de lecture. Il pose les principes qui fondent une m&#233;thode efficace. En parall&#232;le, ce chapitre pr&#233;sente les enjeux de l'&#233;criture manuscrite selon deux aspects majeurs : l'automatisation du trac&#233; des lettres cursives pour lib&#233;rer la planification de l'&#233;crit et la ma&#238;trise de l'&#233;criture pour mieux apprendre &#224; lire (p.26). La seconde partie de ce chapitre est appliqu&#233;e &#224; la classe. En une dizaine de pages, elle pr&#233;sente un guide de conduite d'une s&#233;ance de lecture-&#233;criture en 10 &#233;tapes, &#224; partir de la d&#233;couverte du graph&#232;me. Des conseils tr&#232;s pr&#233;cis sont apport&#233;s sur l'&#233;criture, de la bonne tenue de l'outil jusqu'aux activit&#233;s de copie et de dict&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 2 s'int&#233;resse aux syllabes. Il consacre sa premi&#232;re partie &#224; l'affirmation de la syllabe dans l'apprentissage de la lecture et d&#233;finit les fondamentaux de la m&#233;thode syllabique (p. 42, 43). En soulignant fortement l'importance de ne travailler qu'un seul graph&#232;me vocalique &#224; la fois, dans une progression en combinatoire. La partie th&#233;orique s'ach&#232;ve sur la notion de cl&#233; universelle que repr&#233;sente la lecture de la syllabe (p. 48). La partie p&#233;dagogique du chapitre d&#233;taille les phases d'une s&#233;ance type de lecture de la syllabe, puis explicite les activit&#233;s d'&#233;criture et d'encodage qui y sont li&#233;es (p.54-62).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me chapitre, le plus dense, introduit les apprentissages linguistiques morphologiques et grammaticaux mis en &#339;uvre dans la lecture et l'&#233;criture des mots. Et pr&#233;sente l'enjeu du d&#233;chiffrage int&#233;gral o&#249; 100% des graph&#232;mes propos&#233;s &#224; la lecture des &#233;l&#232;ves doivent &#234;tre int&#233;gralement d&#233;chiffrables (p. 66). L'auteure passe en revue les &#233;cueils pos&#233;s aux &#233;l&#232;ves par plusieurs m&#233;thodes de lecture et montre l'importance que doit avoir l'enfant lecteur &#224; ne se concentrer que sur une seule strat&#233;gie d'identification des mots (p 68). Tout en instant sur l'importance de proposer un lexique ambitieux aux &#233;l&#232;ves (p 78). La partie p&#233;dagogique illustre ces pr&#233;ceptes. Elle s'ins&#232;re dans la structure de la le&#231;on type au CP et montre comment le travail sur les mots s'engage &#224; la suite de l'&#233;tude des syllabes. En huit &#233;tapes, cette partie d&#233;crit comment apprendre &#224; lire puis &#233;crire des mots, travailler sur leur d&#233;finition et leur morphologie et introduire les premiers &#233;l&#233;ments grammaticaux que sont le d&#233;terminant, le genre et le nombre (p 82-90).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 4 aborde l'introduction et la lecture des textes sur lesquels les &#233;l&#232;ves vont pouvoir exercer leurs comp&#233;tences de compr&#233;hension. Ce qui va tout d'abord n&#233;cessiter un travail structur&#233; sur l'automatisation du d&#233;chiffrage : fluence et ponctuation (p.94-97). Janine Reichstadt montre toute l'efficacit&#233; qu'il y a &#224; passer de la compr&#233;hension de textes entendus &#224; la compr&#233;hension de textes en mains, lus en autonomie par l'&#233;l&#232;ve (p.100). La seconde partie du chapitre vise un travail p&#233;dagogique sur le vocabulaire et la grammaire pour favoriser la compr&#233;hension et l'interpr&#233;tation des textes. Tout en renfor&#231;ant les activit&#233;s de lecture &#224; voix haute et l'&#233;tude de la langue cibl&#233;e sur les accords au sein du groupe nominal. Des activit&#233;s de copie et de dict&#233;e viennent consolider le lien tr&#232;s &#233;troit entre la lecture et l'&#233;criture (p.104-114).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure l'ouvrage, l'auteure aborde plusieurs questions transversales : l'histoire de l'enseignement de la lecture, les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves et les r&#233;ponses p&#233;dagogiques &#224; y apporter, l'&#233;valuation...(p.115-131) Janine Reichstadt, apr&#232;s avoir analys&#233; les p&#233;dagogies pour l'apprentissage de la lecture, a fait un choix d&#233;lib&#233;r&#233; : celui de retenir la m&#233;thode syllabique comme l'outil d'apprentissage de la lecture le plus efficace pour tous les &#233;l&#232;ves, en particulier les plus fragiles. Ce choix s'inscrit dans la droite ligne trac&#233;e par les chercheurs en neurosciences et les travaux du Conseil scientifique de l'&#233;ducation nationale (CSEN). Son ouvrage est un &#171; livre du ma&#238;tre &#187; qui vient compl&#233;ter le guide minist&#233;riel Pour enseigner la lecture et l'&#233;criture au CP - le fameux guide orange &#8211; par des activit&#233;s concr&#232;tes, appliqu&#233;es &#224; la classe de CP. Un ouvrage bien argument&#233;, qui fera r&#233;f&#233;rence dans la p&#233;dagogie de la lecture . Peut-&#234;tre aurait-il &#233;t&#233; utile d'y trouver une planification annuelle - semaine apr&#232;s semaine - de l'apprentissage des graph&#232;mes pour faciliter la mise en actes, en temps contraint, de tous les conseils propos&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Syllabique : le deuxi&#232;me souffle ?</title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article118</link>
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		<dc:date>2019-02-09T17:22:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Terrail</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Enfin du mouvement sur le front de la lecture au CP ! Encourag&#233;e par les demandes patronales en faveur d'une r&#233;duction significative de l'illettrisme, la d&#233;termination du ministre b&#233;n&#233;ficie d'une conjoncture marqu&#233;e par le constat qu'un demi-si&#232;cle de rejet massif de la syllabique (pratiqu&#233;e il y a peu encore par 5 &#224; 10% des enseignants seulement) laisse chaque ann&#233;e sur le carreau un nombre impressionnant (et peu acceptable, dans un pays o&#249; l'alphab&#233;tisation de masse a d&#233;but&#233; avec la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L150xH126/arton118-5b227.png?1790363861' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='126' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Enfin du mouvement sur le front de la lecture au CP ! Encourag&#233;e par les demandes patronales en faveur d'une r&#233;duction significative de l'illettrisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Janine Reichstadt, Apprendre &#224; lire sous Blanquer,&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la d&#233;termination du ministre b&#233;n&#233;ficie d'une conjoncture marqu&#233;e par le constat qu'un demi-si&#232;cle de rejet massif de la syllabique (pratiqu&#233;e il y a peu encore par 5 &#224; 10% des enseignants seulement) laisse chaque ann&#233;e sur le carreau un nombre impressionnant (et peu acceptable, dans un pays o&#249; l'alphab&#233;tisation de masse a d&#233;but&#233; avec la R&#233;forme il y a cinq si&#232;cles) de jeunes bien peu lettr&#233;s. &#192; quoi s'ajoute la convergence d'enqu&#234;tes internationales qui, dans les deux derni&#232;res d&#233;cennies, plaident toutes (y compris celle qu'a coordonn&#233;e Roland Goigoux, grand pourfendeur de la vieille dame) en faveur des pr&#233;conisations de la syllabique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des enseignants exp&#233;riment&#233;s lass&#233;s du taux d'&#233;chec de leurs &#233;l&#232;ves, de nouveaux enseignants d&#233;couvrent cette derni&#232;re, et les r&#233;sultats pratiques qu'ils obtiennent finissent par &#234;tre remarqu&#233;s dans un milieu professionnel qui d&#233;sormais s'interroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition qui fait de la syllabique, depuis les ann&#233;es 1960/70, l'embl&#232;me de la r&#233;action p&#233;dagogique et politique, n'a pas disparu par enchantement : elle reste pr&#233;gnante et suscite une crispation majoritaire &#224; gauche. De ce c&#244;t&#233;-ci de l'&#233;chiquier, sauf &#224; risquer un d&#233;saveu des faits et une perte de cr&#233;dibilit&#233; (ce dont elles n'ont gu&#232;re besoin !), les organisations qui persistent &#224; se r&#233;clamer de la d&#233;fense des classes domin&#233;es pourraient trouver avantage &#224; y regarder de plus pr&#232;s, et &#224; ne pas esquiver le d&#233;bat de fond au pr&#233;texte du caract&#232;re autoritaire des injonctions minist&#233;rielles. Les milieux populaires ne sont-ils pas au premier chef les b&#233;n&#233;ficiaires potentiels des changements qui affectent aujourd'hui l'apprentissage de la lecture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la syllabique redevient majoritaire, ce ne sera sans doute pas purement et simplement en ses habits &#171; Troisi&#232;me R&#233;publique &#187; que symbolise si bien le manuel Boscher (1906), pourtant encore utilis&#233; massivement, et non sans efficacit&#233;, par les parents des classes moyennes. L'exp&#233;rience des cinq derni&#232;res d&#233;cennies, les d&#233;bats acharn&#233;s et les recherches qu'elle a suscit&#233;s, en permettent et, plus, en imposent, un retour r&#233;fl&#233;chi et bien mieux instruit. La syllabique a perdu son statut historique d'approche naturelle de la lecture. Ses modalit&#233;s doivent &#234;tre revisit&#233;es, justifi&#233;es &#224; nouveaux frais, sensiblement repens&#233;es le cas &#233;ch&#233;ant. Les observations qui suivent sont propos&#233;es dans cet esprit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Donn&#233;es de contexte : impact pratique et politisation de l'apprentissage de la lecture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les cons&#233;quences d'un apprentissage rat&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On subodore ais&#233;ment les cons&#233;quences d'un entr&#233;e rat&#233;e dans le lire-&#233;crire. Les donn&#233;es disponibles permettent d'en pr&#233;ciser l'intuition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est rep&#233;r&#233;e de longue date. Dans leur ouvrage &#171; L'&#233;cole primaire divise &#187;, Baudelot et Establet soulignaient d&#232;s 1975 que redoubler le CP (en ces temps o&#249; le redoublement &#233;tait un bon indicateur de la valeur scolaire) divisait par dix les chances de d&#233;crocher un bac&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Baudelot et Roger Establet, L'&#233;cole primaire divise, Masp&#233;ro, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or le redoublement du CP est d&#251;, dans plus de quatre cas sur cinq, &#224; une comp&#233;tence lectorale insuffisante ; et seuls 10% des redoublants parviendront en seconde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thierry Troncin. Le redoublement : radiographie d'une d&#233;cision &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Redoublement ou pas, le retard pris par les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; en fin de CP ne cesse de se creuser au fil des ann&#233;es. Il s'agit le plus souvent d'enfants des classes populaires : or les &#233;carts culturels et cognitifs moyens entre les enfants de cadres et les enfants d'ouvriers passent du simple au double entre l'entr&#233;e au CP et la fin du CM2&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s constitu&#233;es au long du primaire ne cessent ensuite d'exercer une influence spectaculaire et durable. Les entrants en 6&#232;me &#233;valu&#233;s dans le quart des &#233;l&#232;ves les plus faibles seront 7% &#224; acc&#233;der en seconde cinq ans apr&#232;s (sans avoir redoubl&#233; ni avoir &#233;t&#233; orient&#233;s) ; ils seront 89% s'ils appartenaient au quart des meilleurs &#233;l&#232;ves. Et les diff&#233;rences sociales ne modifient que peu ces donn&#233;es : ainsi parmi le quart des meilleurs, les enfants de cadres seront 93% &#224; acc&#233;der en seconde en cinq ans, mais ce sera aussi le cas de 85% des enfants d'ouvriers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note d'information 06-01, DEPP/Minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale, 2006.&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le poids de l'origine sociale sur le destin scolaire, si l'on pr&#233;f&#232;re, joue &#224; plein en primaire ; puis il est largement m&#233;diatis&#233;, dans la suite du parcours et ce jusque dans l'enseignement sup&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur est le fait de 14% des &#233;l&#232;ves du quartile (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par le d&#233;roulement des apprentissages &#233;l&#233;mentaires. Ce que l'INSEE souligne avec force : &#171; Le niveau des acquis en 6&#232;me joue plus sur le destin scolaire que le sexe, l'origine sociale, le lieu de r&#233;sidence, le type d'&#233;tablissement, l'&#226;ge d'entr&#233;e en 6&#232;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Caille, INSEE Premi&#232;re, n&#176;1633, 2017.&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet impact &#224; tr&#232;s longue port&#233;e des apprentissages &#233;l&#233;mentaires, qui se joue pour une part cruciale d&#232;s l'ann&#233;e de CP, lors de l'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire, m&#233;ritait d'&#234;tre rappel&#233;, n'&#233;tant sans doute pas l'un des aspects des processus de scolarisation per&#231;us avec le plus d'acuit&#233;. Dans la derni&#232;re p&#233;riode par exemple, le fait que les d&#233;fenseurs du libre acc&#232;s &#224; l'universit&#233; aient cru pouvoir r&#233;pondre aux tenants de la s&#233;lection en se r&#233;f&#233;rant aux modalit&#233;s de fonctionnement du seul enseignement sup&#233;rieur, sans jamais mettre en cause la scolarit&#233; amont, depuis le CP, des bacheliers candidats, en t&#233;moigne suffisamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La m&#233;diocrit&#233; globale des performances de notre syst&#232;me &#233;ducatif&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de leurs r&#233;percussions durables, les apprentissages &#233;l&#233;mentaires mal accomplis affectent le rendement d'ensemble du processus de scolarisation. Au p&#244;le des scolarit&#233;s les plus m&#233;diocres, 20% des &#233;l&#232;ves n'acc&#232;dent qu'&#224; une ma&#238;trise tr&#232;s minimale de la langue &#233;crite et sortent du primaire, puis du syst&#232;me scolaire lui-m&#234;me, &#171; en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit &#187;, selon les donn&#233;es convergentes de la DEPP et de PISA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de l'enqu&#234;te CEDRE de la DEPP/MEN (2015) pour ce qui est de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Entre ce p&#244;le et celui des 35% d'&#233;l&#232;ves qui parviennent &#224; se maintenir dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral jusqu'au bac, il reste une sorte de ventre mou, repr&#233;sentant pr&#232;s de la moiti&#233; des flux g&#233;n&#233;rationnels : une masse d'&#233;l&#232;ves pour lesquels une ma&#238;trise trop modeste de la langue &#233;crite va grever significativement le parcours ult&#233;rieur. Au total, on le voit, les difficult&#233;s d'entr&#233;e dans la culture &#233;crite sont le fait, dans chaque cohorte annuelle et &#224; des degr&#233;s divers, d'environ un demi-million de jeunes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que les cohortes annuelles de jeunes comptent actuellement pr&#232;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette situation n'est pas nouvelle, et elle ne va pas en s'am&#233;liorant. D'apr&#232;s une enqu&#234;te d&#233;cennale de la DEPP, les acquis cognitifs des entrants en 6&#232;me sont stables de 1987 &#224; 1997, puis se d&#233;gradent de 1997 &#224; 2007 et encore de 2007 &#224; 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces constats invitent fortement en d&#233;finitive &#224; mettre &#224; plat la fa&#231;on dont sont conduits les apprentissages &#233;l&#233;mentaires. En mati&#232;re d'entr&#233;e dans la lecture, quand plus de neuf classes de CP sur dix utilisent une m&#233;thode &#171; mixte &#187;, un tel r&#233;examen appelle d'&#233;vidence &#224; interroger le choix de la m&#233;thode d'apprentissage. Ce que confirme la r&#233;cente grande enqu&#234;te sur la lecture coordonn&#233;e par R. Goigoux. Celle-ci a concern&#233; 131 classes dont les ma&#238;tres ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s pour l'anciennet&#233; de leur exp&#233;rience d'enseignement en CP ainsi que pour leur sentiment de ma&#238;triser la p&#233;dagogie qu'ils mettent en &#339;uvre. Or leurs &#233;l&#232;ves exhibent en fin de CP le m&#234;me &#233;ventail de performances qu'au plan national. Ni la qualit&#233; de ces ma&#238;tres ni leur conscience professionnelle ne pouvant &#234;tre mises en cause dans la m&#233;diocrit&#233; des r&#233;sultats obtenus, celle-ci ne saurait d&#232;s lors se voir imput&#233;e qu'aux principes mis en &#339;uvre dans la conduite des apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une politisation indue, aux effets paradoxaux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de m&#233;thode d'apprentissage de la lecture, c'est un fait : si vous insistez sur le d&#233;chiffrage vous &#234;tes de droite, par contre manifester votre pr&#233;occupation pour la compr&#233;hension vous vaudra imm&#233;diatement un label de progressisme p&#233;dagogique et politique. Particuli&#232;rement pr&#233;gnante, cette politisation de la question d&#233;borde largement les rangs de ceux qui ont un minimum de comp&#233;tence instruite en la mati&#232;re. Elle prend naissance dans les ann&#233;es 1960, quand les enfants des classes populaires commencent &#224; entrer en masse dans le secondaire. P&#233;dagogues et responsables du syst&#232;me &#233;ducatif sont alors convaincus (ils le sont toujours, pour l'essentiel) que les apprentissages qui conviennent &#224; ces enfants doivent faire une large part au concret et au ludique. Les difficult&#233;s rencontr&#233;es par la r&#233;forme des &#171; maths modernes &#187;, dans la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 70, viendront renforcer ce pr&#233;suppos&#233; d'une incapacit&#233; des enfants du peuple &#224; s'approprier les savoirs abstraits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &#224; ce titre que la m&#233;thode syllabique sera d&#233;sormais r&#233;cus&#233;e, et les instructions officielles de 1972 portant r&#233;forme de l'enseignement du fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire en prononceront le bannissement : elles seront accueillies avec r&#233;ticence par la droite, et massivement soutenues par la gauche. La syllabique n'a cess&#233; depuis lors, aux yeux de cette derni&#232;re, de faire office de figure parfaitement embl&#233;matique de l'esprit r&#233;actionnaire et des p&#233;dagogies d'inculcation autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'affrontement entre p&#233;dagogie traditionnelle et p&#233;dagogie r&#233;nov&#233;e, entre le transmettre et l'apprendre, se soit cristallis&#233; sur la question de la lecture n'est gu&#232;re surprenant, sachant le caract&#232;re crucial de l'acc&#232;s &#224; la culture &#233;crite &#8211; sorte de seconde entr&#233;e dans le langage &#8211; dans une soci&#233;t&#233; comme la n&#244;tre. Il reste que l'&#233;tiquetage politique des m&#233;thodes d'apprentissage est totalement inappropri&#233;. C'est ce que l'on attend de l'&#233;cole &#8211; qu'elle respecte les hi&#233;rarchies sociales, ou qu'elle s&#233;lectionne les plus m&#233;ritants, ou bien qu'elle se pr&#233;occupe prioritairement de formation professionnelle et d'employabilit&#233;, ou bien encore qu'elle transmette &#224; tous une culture commune de haut niveau, etc. &#8211; c'est cela qui ressort pleinement d'une vis&#233;e d'ordre politique. La pertinence des m&#233;thodes d'apprentissage, pour sa part, d&#233;pend de leur ad&#233;quation &#224; la mission de l'institution scolaire : qui pr&#244;ne l'acc&#232;s du grand nombre aux savoirs &#233;labor&#233;s de la culture &#233;crite jugera ces m&#233;thodes sur leur efficacit&#233; cognitive, et non sur leur suppos&#233;e couleur politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politisation des m&#233;thodes de lecture est fonci&#232;rement dommageable en ce sens qu'elle fonctionne comme un argument d'autorit&#233;, un v&#233;ritable interdit de penser : la chose est jug&#233;e d'avance, inutile d'en d&#233;battre. L'attitude de la gauche p&#233;dagogique &#224; l'&#233;gard de la dynamique Blanquer est claire &#224; cet &#233;gard : le m&#233;diocre rendement actuel de notre syst&#232;me &#233;ducatif est oubli&#233;, les r&#233;sultats convergents de la recherche internationale sont ignor&#233;s, aucune r&#233;flexion de fond n'est engag&#233;e, le seul argument qui vaille est celui de la d&#233;fense de la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants (comme si depuis la loi Guizot de 1833 le pouvoir d'&#201;tat s'&#233;tait jamais d&#233;sint&#233;ress&#233; du pilotage &#224; distance de l'activit&#233; des enseignants dans leur classe !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette posture &#171; de gauche &#187; est redoutable pour ceux qui l'adoptent : ne les fait-elle pas appara&#238;tre comme ceux qui ne veulent rien changer &#224; un &#233;tat des choses pourtant d&#233;mocratiquement ind&#233;fendable, le ministre de droite faisant d&#232;s lors, lui, figure de progressiste ? La critique adress&#233;e &#224; Blanquer par R. Goigoux, expert &#233;cout&#233; par les syndicats du primaire, illustre ce paradoxe, en reprochant au ministre&#8230; une trop grande ambition en mati&#232;re de r&#233;ussite des apprentissages au CP : &#171; Depuis quand un pays donne-t-il &#224; son &#233;cole l'objectif d'atteindre les performances habituelles des 30% des meilleurs &#233;l&#232;ves ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;claration &#224; La Montagne (Clermont-Ferrand) du 15-10-2018.&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On se frotte les yeux : mais, apr&#232;s tout, est-il si illogique que ceux qui d&#233;fendent l'ordre p&#233;dagogique existant d&#233;fendent aussi les r&#233;sultats qu'il produit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La formation des ma&#238;tres&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier mot de pr&#233;ambule sur la formation des enseignants, dont la criante insuffisance est elle aussi un &#233;l&#233;ment fort du contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas parce que les premiers apprentissages de la culture &#233;crite sont dits &#171; &#233;l&#233;mentaires &#187; qu'ils sont faciles &#224; conduire, qu'il s'agisse particuli&#232;rement de l'entr&#233;e dans la lecture ou dans les maths. Leur complexit&#233; est &#224; la mesure de leur importance cruciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmer que les ma&#238;tres y sont mal pr&#233;par&#233;s est peu dire. Ils entrent dans le m&#233;tier apr&#232;s quelques heures seulement re&#231;ues &#224; l'&#201;SP&#201; concernant l'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire ou l'initiation aux math&#233;matiques ; et cela alors que leur scolarit&#233; ant&#233;rieure ne garantit gu&#232;re une solide ma&#238;trise personnelle de la langue &#233;crite ou de l'activit&#233; math&#233;matique, et encore moins une connaissance r&#233;fl&#233;chie des fondements &#233;pist&#233;mologiques de ces disciplines, si pr&#233;cieuse quand il s'agit d'y introduire les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement &#233;l&#233;mentaire est confi&#233; de longue date &#224; des enseignants polyvalents. On voit mieux aujourd'hui que leur polyvalence fait probl&#232;me, &#224; un double titre. Sans vouloir l'y r&#233;duire, il est peu contestable que l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite doit in&#233;vitablement privil&#233;gier l'acc&#232;s &#224; la pratique de la langue &#233;crite et l'initiation aux maths. Or, d'une part, s'il est fortement souhaitable que la scolarisation secondaire et sup&#233;rieure des futurs enseignants les ait s&#233;rieusement form&#233;s dans l'un de ces deux domaines, il n'est gu&#232;re envisageable que ce soit le cas pour les deux. D'autre part le temps de la formation professionnelle sp&#233;cialis&#233;e, forc&#233;ment limit&#233;, peut difficilement permettre d'assurer une pr&#233;paration s&#233;rieuse dans toutes les disciplines qu'un ma&#238;tre polyvalent doit enseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une am&#233;lioration significative de l'efficacit&#233; de notre enseignement &#233;l&#233;mentaire ne supposerait-elle pas, dans ces conditions, de mettre fin &#224; la polyvalence en introduisant le principe de deux ma&#238;tres par classe, l'un &#224; formation litt&#233;raire, l'autre &#224; formation math&#233;matique, et en r&#233;organisant la formation professionnelle en cons&#233;quence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se reportera &#224; cet &#233;gard aux propositions du GRDS en mati&#232;re de formation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La diff&#233;rence des m&#233;thodes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut maintenant entrer dans le vif du sujet, et nous commencerons par rappeler les &#233;l&#233;ments du d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait inappropri&#233;, selon certains experts, de parler de &#171; m&#233;thodes &#187; de lecture. La conduite des apprentissages &#233;tant constitu&#233;e d'une diversit&#233; de pratiques, ce serait la pertinence de chacune d'entre elles et la fa&#231;on dont elles sont mises en &#339;uvre qui r&#233;giraient l'efficacit&#233; du travail enseignant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est dans cette perspective que l'enqu&#234;te coordonn&#233;e par Roland Goigoux ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette fa&#231;on de voir m&#233;conna&#238;t &#224; notre sens la r&#233;alit&#233; de l'opposition entre deux d&#233;marches qui ont chacune leur coh&#233;rence propre, celle des &#171; m&#233;thodes mixtes &#187; et celle de la syllabique. Il est vrai que, pour l'une comme pour l'autre de ces deux d&#233;marches, les versions propos&#233;es par les manuels disponibles (on en recense 135 en France !) sont multiples ; et que les variations dans l'usage de ces manuels et dans les &#171; bricolages &#187; p&#233;dagogiques op&#233;r&#233;s par chaque enseignant ajoutent encore &#224; la diversit&#233; des pratiques observables dans chaque classe de CP. L'examen des modalit&#233;s principales de la mixte d'un c&#244;t&#233;, de la syllabique de l'autre, n'en fait pas moins ressortir leur solidarit&#233; interne respective. Le clivage principal, on va le voir, est bien celui qui s&#233;pare ces deux d&#233;marches et oppose leurs coh&#233;rences propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Modalit&#233;s de la mixte&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans neuf cas sur dix, en France, la conduite des apprentissages combine des activit&#233;s de d&#233;codage des syllabes et d'autres activit&#233;s issues de la m&#233;thode globale. Quelle que soit la diversit&#233; de ses formes, cette d&#233;marche dite &#171; mixte &#187; d'enseignement de la lecture pr&#233;sente quatre constantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'identification visuelle de mots entiers, h&#233;rit&#233;e de la globale, est plus ou moins &#233;tendue, et concerne toujours au minimum un stock initial de &#171; mots-outils &#187; dont la reconnaissance permet assez vite en principe, dans les d&#233;buts de l'apprentissage, de d&#233;chiffrer de petites phrases ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'apprentissage des correspondances phon&#232;mes/graph&#232;mes, ou &#171; &#233;tude du code &#187; s'op&#232;re au moyen de &#171; le&#231;ons de sons &#187; invitant les &#233;l&#232;ves &#224; rep&#233;rer les lettres et syllabes &#233;crites correspondant aux 36 phon&#232;mes de la langue fran&#231;aise, lesquels leur sont donn&#233;s &#224; entendre au cours de s&#233;ances de &#171; discrimination phon&#233;mique &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce rep&#233;rage s'op&#232;re sur des supports textuels plus ou moins d&#233;chiffrables, mais qui ne le sont jamais enti&#232;rement &#8211; les &#233;l&#232;ves &#233;tant alors encourag&#233;s &#224; pratiquer la &#171; lecture devinette &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; compl&#233;ter le d&#233;codage des syllabes qu'ils connaissent en faisant des hypoth&#232;ses, &#224; partir du contexte ou de l'illustration du manuel, sur le mot &#224; &#171; lire &#187; ou la phrase propos&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, au nom du principe de bon sens qui veut que &#171; lire, c'est comprendre &#187;, le travail sur la compr&#233;hension est effectu&#233; volontiers sur des textes lus par l'enseignant, et donc dans des s&#233;quences dissoci&#233;es du d&#233;codage (pour lequel on privil&#233;giera les mots les plus courants, les phrases et les textes les plus simples)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce point est d&#233;velopp&#233; in Janine Reichstadt, D&#233;chiffrer pour comprendre, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Modalit&#233;s de la syllabique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il alors de la syllabique, que ne pratique qu'un enseignant sur dix ? Celle-ci se distingue de ces constantes des m&#233;thodes mixtes sur quatre points essentiels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une approche &#171; graph&#233;mique &#187; et non plus phon&#233;mique du code : le d&#233;chiffrage, qui consiste &#224; verbaliser la prononciation des signes graphiques, remplace ici les le&#231;ons de sons ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La r&#232;gle du &#171; tout d&#233;chiffrable &#187;, qui bannit tout recours aux mots-outils et &#224; la lecture devinette. Quiconque a enseign&#233; la lecture conna&#238;t la propension des jeunes &#233;l&#232;ves &#224; se pr&#233;cipiter pour deviner, imaginer, inventer, et &#233;viter un d&#233;codage toujours p&#233;nible au d&#233;but. Plut&#244;t que d'encourager ce r&#233;flexe, comme c'est le cas de la mixte, l'apprentissage syllabique ram&#232;ne constamment et pr&#233;cis&#233;ment au texte &#233;crit, dont il propose une appropriation progressive, m&#233;thodique, syst&#233;matique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En cons&#233;quence de la r&#232;gle du tout d&#233;chiffrable, un rapport beaucoup plus autonome de l'&#233;l&#232;ve au texte &#233;crit. Celui-ci peut d&#233;chiffrer par lui-m&#234;me tout ce qu'on lui donne &#224; lire. Le lexique propos&#233; n'a plus besoin d'&#234;tre pr&#233;alablement connu : il peut &#234;tre d&#233;couvert, alors que la lecture-devinette limite par nature le vocabulaire propos&#233; aux &#233;l&#232;ves aux mots qui leur sont d&#233;j&#224; familiers. Apprendre &#224; lire peut se faire avec des mots nouveaux et des textes de qualit&#233;, le plaisir de leur appropriation venant r&#233;compenser l'effort du d&#233;chiffrage. Tous les manuels de syllabique cependant n'utilisent pas cet avantage : la grande majorit&#233; se contente de contenus de lecture &#224; l'ambition culturelle aussi modeste que celle des textes que proposent les m&#233;thodes mixtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le moment crucial de l'apprentissage syllabique est celui de l'articulation sonore de l'&#233;crit. Une pratique soutenue et pers&#233;v&#233;rante de la lecture &#224; voix haute est ici indispensable, puisque c'est au moment o&#249; l'on passe d'un d&#233;chiffrage &#226;nonnant &#224; une articulation fluide que l'&#233;l&#232;ve peut identifier le mot et reconna&#238;tre (ou interroger) son sens. Et du mot &#224; la phrase, la syllabique maintient un lien &#233;troit entre d&#233;chiffrage et compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, l'opposition entre ces deux d&#233;marches est syst&#233;matique, quasi terme &#224; terme, et appara&#238;t tr&#232;s structurante du champ des possibles en mati&#232;re d'apprentissage de la lecture. Il nous faut maintenant examiner plus pr&#233;cis&#233;ment les aspects essentiels de cette opposition.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#232;gle du tout d&#233;chiffrable&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout seigneur tout honneur : la r&#232;gle du tout d&#233;chiffrable est &#224; la fois le principe qui structure l'ensemble de l'approche syllabique et celui qui l'oppose le plus radicalement &#224; la mixte, c'est une v&#233;ritable pierre de touche de leur distinction. Sa justification est puissante, elle proc&#232;de d'une exigence essentielle de toute lecture, qui veut que toute trace graphique de l'&#233;crit soit d&#233;chiffr&#233;e : les lettres, les syllabes, les mots, les espaces entre les mots, et jusqu'aux signes les plus menus, marques grammaticales, ponctuation, signes diacritiques (qui pr&#233;cisent la prononciation et/ou le sens des mots : accents, c&#233;dille, tr&#233;ma).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or on ne peut d&#233;chiffrer&#8230; que ce qui est d&#233;chiffrable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une exigence forte&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait tous ces rep&#232;res graphiques, jusqu'aux plus (apparemment) insignifiants d'entre eux sont d&#233;cisifs pour la compr&#233;hension (et lire, c'est comprendre). J'en prendrai trois exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit une phrase compos&#233;e de quatre mots : Je/suis/bien/seul. Elle est tr&#232;s simple, mais redoutablement ambivalente, puisque sans changer l'ordre des mots, on peut lui faire dire une chose et son contraire exactement : qu'on d&#233;plore la solitude, ou qu'on s'en r&#233;jouit. &#192; l'oral, on pr&#233;cisera son sens avec les moyens de l'oral, en l'occurrence en pla&#231;ant l'accent tonique soit sur le mot &#171; seul &#187;, soit sur le mot &#171; bien &#187;. &#192; l'&#233;crit, faute de pouvoir jouer sur la prosodie, on utilisera les moyens de l'&#233;crit, en l'occurrence l'insertion d'une virgule entre &#171; bien &#187; et &#171; seul &#187;, pour indiquer que loin de regretter la solitude elle vous convient. Le bon d&#233;chiffrage de la phrase : &#171; Je suis bien, seul &#187;, celui qui ouvre l'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension, devra d&#232;s lors prendre en compte l'existence de la virgule en marquant un suspens entre &#171; bien &#187; et &#171; seul &#187; : suspens qui, du coup, conduit &#224; restituer l'accent tonique sur le &#171; bien &#187; : &#171; Je suis bien&#8230; seul &#187; (alors que l'absence de virgule conduira &#224; souligner &#224; l'oral le dernier mot de la phrase, &#171; seul &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une virgule, un accent, ou un pluriel. Ce sont l&#224; traces menues dont le jeune lecteur ne mesure pas ais&#233;ment l'importance et qu'il n&#233;gligera volontiers : n&#233;gligence qui, si elle n'est pas corrig&#233;e au cours de l'apprentissage, handicapera significativement et durablement son acc&#232;s &#224; la ma&#238;trise de la langue &#233;crite. Dans une &#233;tude des productions d'&#233;l&#232;ves d'un quartier populaire de Paris soumis &#224; l'&#233;preuve de fran&#231;ais lors des &#233;valuations &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me, &#201;lisabeth Bautier nous en donne deux illustrations frappantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#201;lisabeth Bautier et alii, D&#233;crochage scolaire : gen&#232;se et logique des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier texte assez simple leur &#233;tait soumis, mettant en sc&#232;ne plusieurs personnes dont un seul homme. Question pos&#233;e : &#171; &#192; qui s'adresse la phrase : &#8216;Si tu es fatigu&#233;, prend la voiture' ? &#187;. Une grande majorit&#233; d'&#233;l&#232;ves n'ont pas su y r&#233;pondre, faute de rep&#233;rer et donc de pouvoir interpr&#233;ter la marque grammaticale r&#233;v&#233;latrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un second r&#233;cit &#233;tait propos&#233; aux m&#234;mes &#233;l&#232;ves, &#233;voquant des cigognes pondant leurs &#339;ufs pendant la nuit. Question : &#171; La nuit, qui pond les &#339;ufs ? &#187;. R&#233;ponse de nombre d'&#233;l&#232;ves : &#171; Oui c'est la nuit qui pond les &#339;ufs &#187;, comme si l'insertion dans la question d'une virgule entre le suppos&#233; sujet (la nuit) et le verbe (pond) ne comptait pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conqu&#233;rir l'attention au texte&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience montre que lors de l'entr&#233;e dans la lecture, pr&#234;ter attention &#224; toutes les marques graphiques est loin d'aller de soi. Effet sans doute de la recherche du moindre effort, les jeunes lecteurs manifestent r&#233;guli&#232;rement une propension difficilement r&#233;pressible &#224; substituer l'imagination au d&#233;chiffrage : ils d&#233;chiffrent la premi&#232;re syllabe, puis se pr&#233;cipitent sur le premier mot qu'elle leur sugg&#232;re sans prendre garde &#224; ce qui est vraiment &#233;crit. Dans les premiers mois d'apprentissage, le ma&#238;tre est ainsi sans cesse amen&#233; &#224; contrecarrer les comportements spontan&#233;s de lecture devinette : &#171; On n'invente pas, on d&#233;chiffre, regarde ce qui est &#233;crit ! &#187;. L'attention requise doit &#234;tre conquise, jusqu'&#224; ce qu'elle aille de soi et devienne routine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pas de mots-outils&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut former de bonnes comp&#233;tences de d&#233;chiffrage, d'un d&#233;chiffrage ouvrant l'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension, on voit dans ces conditions que deux r&#233;quisits doivent &#234;tre satisfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier r&#233;quisit. L'indispensable demande d'attention au texte ne peut avoir de sens, aux yeux des &#233;l&#232;ves, que si le tout du texte, n'&#233;tant constitu&#233; que de graph&#232;mes et de syllabes qu'ils ont pr&#233;alablement &#233;tudi&#233;s, leur est accessible. La coh&#233;rence p&#233;dagogique, qui seule peut valoir au ma&#238;tre la confiance des &#233;l&#232;ves, implique qu'il en aille ainsi de tous les &#233;nonc&#233;s qui leur sont propos&#233;s. On ne peut leur demander une chose et son contraire, exiger un d&#233;chiffrage pr&#233;cis et rigoureux et en m&#234;me temps leur demander d'apprendre &#224; reconna&#238;tre des mots entiers qu'ils sont incapables de d&#233;chiffrer. La r&#232;gle du tout d&#233;chiffrable, en ce sens, n'est pas compatible avec un d&#233;part &#171; global &#187; proposant l'identification d'un stock de &#171; mots-outils &#187;. D'autant que la justification d'un tel d&#233;part &#8211; pouvoir former tr&#232;s vite des phrases compl&#232;tes &#8211; ne tient pas vraiment : un d&#233;marrage exclusivement syllabique d&#233;bouche &#224; l'exp&#233;rience sans probl&#232;me, d&#232;s la troisi&#232;me semaine, sur la lecture de phrases enti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;chiffrer n'est pas &#226;nonner&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second r&#233;quisit. Le d&#233;chiffrage implique certes le d&#233;codage des correspondances graph&#232;mes/phon&#232;mes&#8230; mais ne s'y r&#233;duit pas. D&#233;chiffrer, c'est oraliser l'&#233;crit en tenant compte de tout ce qui conduit au sens : les s&#233;parations entre chaque mot, la prononciation fluide du mot, le respect de la ponctuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette acception de ce que veut dire &#171; d&#233;chiffrer &#187; invalide le reproche fr&#233;quemment adress&#233; &#224; la syllabique : &#171; On a tellement insist&#233; sur le d&#233;chiffrage qu'au bout du compte (et de quelques ann&#233;es) il &#226;nonne sans rien comprendre &#224; ce qu'il lit &#187;. Si le premier abord de l'&#233;nonc&#233;, lors des d&#233;buts de l'apprentissage, a in&#233;vitablement un c&#244;t&#233; &#226;nonnant, le d&#233;chiffrage proc&#233;dant syllabe par syllabe, la demande constante de l'enseignant : &#171; Bien, et maintenant tu relis comme on parle &#187; permet aux &#233;l&#232;ves d'int&#233;grer progressivement l'exigence de fluidit&#233;, qui sera vite comprise comme la condition premi&#232;re de la compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;chiffrage ou le&#231;ons de sons ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question &#8211; l'&#233;tude du code doit-elle partir du signe &#233;crit que l'on d&#233;chiffre ou du phon&#232;me dont on identifie les transcriptions ? &#8211; peut para&#238;tre secondaire. Il suffit de mesurer le trouble et l'embarras des ma&#238;tres appel&#233;s &#224; changer de d&#233;marche &#224; cet &#233;gard pour r&#233;aliser qu'il n'en est rien. Certes l'apprentissage simultan&#233; du lire et de l'&#233;crire fait constamment passer les &#233;l&#232;ves du d&#233;chiffrage &#224; la transcription, du &#171; d&#233;codage &#187; &#224; &#171; l'encodage &#187;. Il reste qu'entrer dans la lecture par l'&#233;tude des graph&#232;mes n'est pas la m&#234;me chose que de proc&#233;der par le&#231;ons de sons, &#224; la fois parce que ces deux d&#233;marches n'ont pas la m&#234;me pertinence p&#233;dagogique propre, et parce qu'elles sont chacune de leur c&#244;t&#233; solidaires de la m&#233;thode d'apprentissage, syllabique ou mixte, dont elles rel&#232;vent. C'est ce qu'illustrent les quatre observations suivantes, qui plaident de fa&#231;on convergente en faveur de la d&#233;marche graph&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'&#233;criture n'est pas la mat&#233;rialisation de la parole &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que veut donc dire Ferdinand de Saussure, dans son &lt;i&gt;Cours de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, par cette assertion ? La transcription ne conf&#232;re-t-elle pas une tangibilit&#233; visuelle au souffle fugace des &#233;nonc&#233;s qui s'adressent &#224; l'oreille ? En r&#233;alit&#233;, pour le fondateur de la linguistique moderne, l'&#233;crit a bien une mat&#233;rialit&#233;, mais elle est trompeuse. Car, ajoute-t-il : &#171; L'&#233;crit n'est pas un v&#234;tement de la parole, mais un travestissement &#187; ; et il illustre son propos en observant par exemple que le fran&#231;ais &#233;crit &#171; oiseau &#187; l&#224; o&#249; la transcription phon&#233;tique devrait &#234;tre &#171; wazo &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fran&#231;ais, autant dire, ne s'&#233;crit pas comme il se parle. La langue orale et la langue &#233;crite ont chacune leur histoire propre, qui les &#233;carte progressivement l'une de l'autre : la premi&#232;re, emport&#233;e par le flux de la vie sociale, &#233;voluant constamment, alors que la seconde est beaucoup plus stable, changeant par &#224;-coups sous l'effet de modifications institutionnelles. Notre orthographe est encore &#233;troitement marqu&#233;e par les d&#233;cisions des grammairiens de l'Ancien R&#233;gime, qui n'avaient pas pour seul souci de noter des sons. Professionnels de l'&#233;criture latine, ils souhaitaient que l'orthographe des mots fran&#231;ais rappelle cette origine ; de plus, r&#233;mun&#233;r&#233;s &#224; la lettre, ils ne d&#233;daignaient pas les redoublements de consonnes peu justifi&#233;s. &#201;crire &#171; homme &#187; plut&#244;t que la transcription phon&#233;tique &#171; ome &#187; r&#233;pondait &#224; cette double pr&#233;occupation, culturelle et p&#233;cuniaire. Ces lettr&#233;s ont choisi de m&#234;me &#171; femme &#187; plut&#244;t que &#171; fame &#187; pour rappeler le latin &#171; femina &#187;, le redoublement du &#8216;m' attirant l'attention sur la prononciation du premier &#8216;e' qui doit se lire &#8216;a' comme dans &#8216;apparemment'&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue &#233;crite, donc, n'est pas une transcription phon&#233;tique de l'oral (m&#234;me si c'en est bien une forme de &#171; mat&#233;rialisation &#187; !). C'est une raison de principe de ne pas la traiter comme telle, &#224; l'instar de ce que sugg&#232;rent les &#171; le&#231;ons de sons &#187;, mais bien plut&#244;t de l'&#233;tudier dans sa sp&#233;cificit&#233;, en partant de ce que son histoire a fait d'elle, et en invitant les &#233;l&#232;ves &#224; l'examiner pr&#233;cis&#233;ment pour apprendre &#224; la d&#233;chiffrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La rationalit&#233; p&#233;dagogique de la d&#233;marche graph&#233;mique&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique proprement p&#233;dagogique vient appuyer la pertinence de cette raison de principe. Du fait pr&#233;cis&#233;ment de la complexit&#233; de son histoire, la langue &#233;crite en est venue &#224; coder chaque son de multiples fa&#231;ons plut&#244;t que d'une seule. La langue fran&#231;aise utilise 36 phon&#232;mes et son &#233;criture quelque 150 graph&#232;mes (qui sont les fa&#231;ons possibles de transcrire les phon&#232;mes), proposant ainsi en moyenne quatre mani&#232;res de noter un son. C'est une moyenne : le son /ou/ ne peut s'&#233;crire que &#171; ou &#187; ; mais le son /s/ de &#171; sur &#187; a sept transcriptions possibles (s, ss, sc, c, &#231;, x, t), et le son /in/ bien plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'inverse n'est pas vrai. Dans leur immense majorit&#233; (pour 94% d'entre eux pr&#233;cis&#233;ment) les graph&#232;mes ne peuvent &#234;tre d&#233;chiffr&#233;s que d'une seule fa&#231;on. Seuls 6% d'entre eux admettent deux prononciations distinctes (et deux seulement !), tel le &#171; ch &#187; de &#171; chat &#187; qui fait aussi /k/ dans &#171; ch&#339;ur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence p&#233;dagogique de cet &#233;tat de fait est assez claire. Les le&#231;ons de sons confrontent constamment les &#233;l&#232;ves au caract&#232;re multivoque des liaisons phon&#232;mes-graph&#232;mes &#224; m&#233;moriser. Avec le d&#233;chiffrage les liaisons graph&#232;mes-phon&#232;mes &#224; m&#233;moriser sont au contraire le plus souvent univoques. L'effort de m&#233;morisation requis des &#233;l&#232;ves est alors beaucoup moins lourd. D'autant que le programme de l'approche graph&#233;mique peut espacer de plusieurs semaines, dans l'ann&#233;e, l'&#233;tude du &#171; ch &#187; de chat et celle du &#171; ch &#187; de ch&#339;ur, en sorte de permettre une bonne int&#233;gration du premier &#171; ch &#187; avant d'aborder le second, et de limiter ainsi plus encore les risques de confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les le&#231;ons de sons ne vont pas sans lecture devinette&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration de la solidarit&#233; des diff&#233;rents moments de &#171; la m&#233;thode &#187; mixte, les le&#231;ons de sons (&#171; Cherche les mots comportant la lettre &#171; a &#187; du son /a/ dans cette liste &#187;) confrontent in&#233;vitablement les &#233;l&#232;ves &#224; des mots et des phrases qu'ils ne peuvent que partiellement d&#233;chiffrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces le&#231;ons de sons ont donc deux cons&#233;quences majeures. D'une part elles encouragent in&#233;vitablement la lecture devinette. D'autre part elles interdisent la progressivit&#233; et la syst&#233;maticit&#233; de l'apprentissage que permet la syllabique. Avec cette derni&#232;re l'introduction d'un nouveau graph&#232;me vient &#224; la fois valider le patrimoine de connaissances pr&#233;alablement incorpor&#233; (dont la mobilisation va s'av&#233;rer efficace pour d&#233;chiffrer les mots comprenant le nouveau graph&#232;me) et enrichir ce patrimoine : on est dans l'ordre de la cumulation progressive des connaissances et non plus dans celui de la juxtaposition d'&#233;l&#233;ments de savoir &#224; m&#233;moriser (les correspondances phon&#232;mes/graph&#232;mes &#233;tudi&#233;es successivement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Perception des diff&#233;rences phon&#233;miques et conscience des phon&#232;mes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de la prononciation du phon&#232;me pour &#233;tudier leur transcription, les le&#231;ons de sons admettent que les &#233;l&#232;ves ma&#238;trisent la composition phon&#233;mique du fran&#231;ais parl&#233; et sont dot&#233;s au d&#233;part d'une claire conscience de chaque entit&#233; phon&#233;mique. Or ce n'est pas le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il est admis aujourd'hui, de fa&#231;on &#224; peu pr&#232;s consensuelle en raison des observations convergentes de l'ethnolinguistique et de la psycholinguistique, que si la conscience syllabique est bien un ph&#233;nom&#232;ne humain universel (la syllabe &#233;tant ce qui se prononce d'une seule &#233;mission de voix, comme &#171; ta &#187;, que tout humain entend de fa&#231;on distincte), ce n'est pas le cas des phon&#232;mes (les sons &#233;l&#233;mentaires, ins&#233;cables, de la langue, tels le &#171; t &#187; et le &#171; a &#187; de &#171; ta &#187;), s'agissant en tout cas des phon&#232;mes consonantiques (les &#171; consonnes &#187; : ce qui sonne avec&#8230; les voyelles, et ne sonne qu'avec elles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes l'enfant, comme tout &#234;tre parlant, entend la diff&#233;rence entre sac, bac, lac. Mais pour passer de la conscience de la diff&#233;rence des phon&#232;mes &#224; la conscience de l'entit&#233; phon&#233;mique isol&#233;e (pour s&#233;parer distinctement le &#8216;t' du &#8216;a' dans &#171; ta &#187;), il a besoin du support visuel&#8230; de l'&#233;crit (et de fait la distinction consonne/voyelle n'existe qu'&#224; l'&#233;crit : il est impossible d'oraliser une consonne sans lui accoler quelque voyelle). C'est l'&#233;tude du d&#233;chiffrage des combinaisons syllabiques du s (qui fait /ss/) : sa, se, si, as, etc. qui permet &#224; l'&#233;l&#232;ve d'identifier sp&#233;cifiquement le phon&#232;me /ss/, de s'en former une claire conscience. Les le&#231;ons de sons m&#233;connaissent cette r&#232;gle linguistique : c'est l'&#233;crit qui permet d'analyser distinctement la composition de l'oral, et non pas l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;chiffrer et comprendre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Lire c'est comprendre&#034; : un h&#233;ritage pr&#233;gnant&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui contesterait que l'objectif de tout lecteur, et de tout apprentissage de la lecture, consiste &#224; saisir le sens de ce qui est lu ? Mais la mise en avant de la compr&#233;hension par les protagonistes de la r&#233;volution p&#233;dagogique des ann&#233;es 1960/70 visait plus sp&#233;cifiquement la fa&#231;on dont l'apprentissage conduit &#224; cet objectif, en rejetant le d&#233;chiffrage &#224; voix haute, c&#339;ur de la syllabique, au profit de l'identification visuelle (et donc silencieuse) de mots entiers, cens&#233;e permettre un acc&#232;s plus direct et imm&#233;diat au sens. &#171; La grande affaire c'est la conqu&#234;te de la lecture silencieuse &#187;, proclament les instructions officielles de 1972. Dans son prolongement, Jean Foucambert et &#201;velyne Charmeux consacrent des ouvrages &#224; la promotion de la m&#233;thode &#171; id&#233;ovisuelle &#187; gr&#226;ce &#224; laquelle les lecteurs d&#233;butants doivent apprendre &#224; comprendre avec les yeux. Cons&#233;quence logique pour ces auteurs : &#171; Le d&#233;chiffrage oral doit &#234;tre banni de l'apprentissage &#187; (&#201;. Charmeux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat de l'impasse p&#233;dagogique que constitue cette d&#233;marche ne se fera pas attendre et provoquera un reflux rapide de l'engouement qu'elle avait suscit&#233;e. Les nouvelles instructions officielles de 1985 en prennent acte et r&#233;habilitent l'&#233;tude du code. Mais elles prennent soin en m&#234;me temps de souligner que celle-ci n'est pas une fin en soi, et introduisent la formule : &#171; Lire, c'est comprendre &#187;. Ce rappel &#233;tait destin&#233; &#224; un bel avenir, servant jusqu'&#224; aujourd'hui &#224; pr&#233;venir et tenir &#224; distance tout &#233;ventuel retour en gr&#226;ce de la syllabique. Car si la majorit&#233; des experts admettent d&#233;sormais que l'&#233;tude du code doit faire partie de l'apprentissage, ce n'est certainement pas sous la forme du d&#233;chiffrage syllabique. De fa&#231;on r&#233;currente, au long des d&#233;cennies, celui-ci est d&#233;nonc&#233; comme une activit&#233; intellectuelle de bas niveau, un apprentissage m&#233;canique et passif qui ne peut qu'&#233;loigner du sens. Il est couramment admis que le d&#233;chiffrage, c'est &#171; la transformation d'un message visuel en message sonore, &lt;i&gt;sans se pr&#233;occuper du sens du message&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques et &#201;liane Fijalkow, L'Apprentissage de la lecture, Milan, Toulouse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; et que d&#232;s lors &#171; tout le danger d'un apprentissage bas&#233; sur le seul d&#233;codage r&#233;side dans la formation d'&#233;l&#232;ves d&#233;chiffreurs mais non lecteurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Demeulemeester (dir.), Guide p&#233;dagogique de Ribambelle, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette r&#233;ticence obstin&#233;e des p&#233;dagogues &#224; l'&#233;gard du d&#233;chiffrage est largement partag&#233;e par les ma&#238;tres : selon l'enqu&#234;te coordonn&#233;e par R. Goigoux, ceux-ci ne consacreraient que 38' par semaine en moyenne &#224; la lecture &#224; voix haute (le quart des ma&#238;tres les moins pratiquants n'y consacrant que 23' en moyenne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les craintes suscit&#233;es par le d&#233;chiffrage conduisent &#224; lui substituer pour une part les le&#231;ons de sons et la lecture devinette (qui passe pour une activit&#233; intellectuelle de haute intensit&#233;), et pour une autre part un travail sur la compr&#233;hension coup&#233; de tout support de lecture. Or ces craintes reposent sur le postulat que le d&#233;chiffrage et la compr&#233;hension sont deux activit&#233;s mentales diff&#233;rentes et donc s&#233;parables ; et ce postulat est particuli&#232;rement contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes il a pu &#234;tre partag&#233;, historiquement, par les tenants de l'apprentissage syllabique eux-m&#234;mes : les programmes de l'enseignement primaire ant&#233;rieurs aux ann&#233;e 1870 r&#233;servaient la compr&#233;hension aux classes de fin d'&#233;tude, admettant donc que les premi&#232;res ann&#233;es de l'apprentissage ne visaient qu'&#224; la formation d'une capacit&#233; de d&#233;chiffrage. Sous l'impulsion de Gr&#233;ard et Simon, les d&#233;buts de la Troisi&#232;me R&#233;publique associeront &#224; l'inverse apprentissage du d&#233;chiffrage et travail d'&#171; explication &#187; des mots et des phrases d&#232;s la premi&#232;re ann&#233;e du primaire. Pourtant les instructions officielles de 1923 consid&#232;reront &#224; nouveau &#171; l'apprentissage des m&#233;canismes &#187; comme un pr&#233;alable, reportant au cours moyen la lecture compr&#233;hensive et expressive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean H&#233;brard, &#171; Apprendre &#224; lire &#224; l'&#233;cole en France : un si&#232;cle de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile aujourd'hui de se faire une id&#233;e d'ensemble de la fa&#231;on dont les choses se d&#233;roulaient effectivement dans les classes, mais on peine &#224; croire que les &#233;l&#232;ves se contentaient d'&#226;nonner leur langue maternelle pendant les trois premi&#232;res ann&#233;es du primaire sans rien comprendre &#224; ce qu'ils d&#233;chiffraient, comme s'il s'agissait de latin de messe. Il est vraisemblable qu'ils ne se limitaient pas longtemps au pur &#171; apprentissage des m&#233;canismes &#187; et qu'ils acc&#233;daient assez vite au sens des mots et des phrases tr&#232;s simples qu'on leur proposait, le travail d'interpr&#233;tation de textes plus longs et plus complexes &#233;tant pour sa part report&#233; au cours moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la p&#233;dagogie officielle de l'apprentissage syllabique reste dans les ann&#233;es 1960 celle qui est d&#233;finie en 1923, l'image qu'elle en donne d'une coupure entre d&#233;chiffrage et compr&#233;hension &#233;tant alors prise au pied de la lettre par les p&#233;dagogues r&#233;formateurs. Ils en feront un motif premier de rejet de la syllabique, qui continuera &#224; faire office de repoussoir dans les d&#233;cennies suivantes. L'alternative propos&#233;e, celle d'un acc&#232;s au sens qui se passe du d&#233;chiffrage, ou qui n'accepte ce dernier que du bout des l&#232;vres, s'est av&#233;r&#233;e inappropri&#233;e. Son &#233;chec aura au moins eu le m&#233;rite de nous inviter aujourd'hui &#224; r&#233;examiner de pr&#232;s la question : si le d&#233;chiffrage est au bout du compte un moment incontournable de l'apprentissage de la lecture, comment repenser sa relation &#224; la compr&#233;hension dans la perspective d'une syllabique de nouvelle g&#233;n&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La compr&#233;hension des mots&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord que l'on ne peut poser la question de la compr&#233;hension sans distinguer l'acc&#232;s au sens des mots d'une part, des phrases et des textes de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens des mots n'est pas donn&#233; par les objets du monde, dont ils seraient comme des &#233;tiquettes, des reproductions symboliques (ce que laisse accroire, &#224; des fins de lecture devinette dans les manuels de la mixte, la mise en &#233;quivalence de l'image et du mot), mais par la langue elle-m&#234;me (dont le lexique guide, &#224; l'inverse, notre regard sur les objets du monde). Le mot, signe linguistique, r&#233;alise l'unit&#233; intime du son et du sens, ce que v&#233;rifie l'exp&#233;rience intime quotidienne : entendre le mot fait imm&#233;diatement surgir &#224; l'esprit l'id&#233;e qu'il porte, et inversement nous ne pouvons &#233;prouver l'id&#233;e qu'en l'associant int&#233;rieurement et imm&#233;diatement au mot. La cons&#233;quence de cette sp&#233;cificit&#233; du langage humain pour l'apprentissage de la lecture est assez claire, et F. de Saussure la formule ainsi : &#171; Le d&#233;chiffrage permet de reconna&#238;tre le mot &#233;crit, &lt;i&gt;en le livrant simultan&#233;ment dans son acoustique et sa signification&lt;/i&gt; &#187; (soulign&#233; par nous). Il y faut bien s&#251;r un d&#233;chiffrage (&#224; voix haute) du mot entier et non pas de ses syllabes juxtapos&#233;es, donc un d&#233;chiffrage fluide (d&#233;chiffrer n'est pas &#226;nonner : &#171; Relis comme on parle &#187;, dit le ma&#238;tre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;chiffrage permet de verbaliser tout signe &#233;crit, y compris donc des mots inconnus jusque-l&#224;. Lui seul permet d'identifier ces derniers comme mots inconnus &#8211; et l'on sait depuis Socrate (je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien) que la reconnaissance de la m&#233;connaissance est conquise contre l'ignorance &#8211;, mots inconnus dont on peut alors demander la signification au ma&#238;tre ou &#224; son voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque au d&#233;part les &#233;l&#232;ves ne connaissent les mots que par leur acoustique, l'entr&#233;e en apprentissage passe n&#233;cessairement par le d&#233;chiffrage &#224; voix haute, qui seul leur permettra d'identifier ce qu'ils lisent. Gr&#226;ce &#224; la r&#233;p&#233;tition soutenue de cet exercice et du travail d'&#233;criture, ils se constitueront progressivement un r&#233;pertoire mental des mots &#233;crits, cl&#233; de la lecture silencieuse &#8211; le passage de l'identification acoustique &#224; l'identification visuelle des mots n'emp&#234;chant d'ailleurs pas le lecteur habile de continuer &#224; articuler, mais en silence, ce qu'il d&#233;chiffre avec les yeux : ce que confirme l'imagerie c&#233;r&#233;brale, et dont chacun peut prendre conscience en y pr&#234;tant attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La compr&#233;hension des phrases et des textes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s que l'on passe du mot &#224; la phrase, la question n'est plus : qu'en dit la langue, mais : que veut dire l'auteur ? La compr&#233;hension de la phrase n'invite plus seulement &#224; la consultation du dictionnaire, mais &#224; un travail d'interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre bout &#224; bout la signification des mots qui la composent n'y suffit pas. L'ordre des mots et leur mise en relation par la syntaxe et la ponctuation contribuent pleinement &#224; la construction du sens. Introduire une virgule : Je suis bien, seul ; changer l'ordre des mots : Pierre lit le livre/Pierre livre le lit, c'est inviter &#224; une interpr&#233;tation diff&#233;rente. La mise en &#339;uvre d'un d&#233;chiffrage fluide, attentif &#224; la distinction des mots et &#224; la ponctuation, prend ici toute son importance. Il y faut encore certes une activit&#233; mentale importante, qui proc&#232;de notamment par va et vient entre la phrase prise comme un tout et chacun des mots qui la composent : la phrase d&#233;termine le sens pr&#233;cis de chaque mot, comme dans l'exemple ci-dessus, sachant que la plupart des mots sont polys&#233;miques, &#224; l'instar de &#171; livre &#187; et &#171; lit &#187; ; alors qu'&#224; l'inverse chaque mot contribue au sens de la phrase. Mais il ne s'agit l&#224; de rien d'autre que de mobiliser l'intelligence de la langue que chacun a commenc&#233; &#224; d&#233;velopper &#224; l'oral bien avant l'&#226;ge d'entrer dans la culture &#233;crite. Aussi ne s'&#233;tonnera-t-on pas du constat auquel proc&#232;de &#224; cet &#233;gard l'enqu&#234;te coordonn&#233;e par R. Goigoux : &#224; la fin du CP, &#171; la plupart des &#233;l&#232;ves sont capables de comprendre les phrases qu'ils d&#233;codent eux-m&#234;mes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport de l'enqu&#234;te &#171; Lire et &#233;crire &#187;, 2015, p. 145.&#034; id=&#034;nh6-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre l'&#233;crit exige toutefois d'autres comp&#233;tences que celles que requiert la participation aux &#233;changes oraux de la vie quotidienne. L'&#233;crit peut utiliser un lexique beaucoup plus &#233;tendu, des phrases plus longues et &#224; la syntaxe nettement plus complexe, des tournures stylistiques, des proc&#233;d&#233;s narratifs et argumentatifs d'une diversit&#233; sans limite. Bref l'&#233;crit offre une palette expressive dont la richesse appelle de la part du lecteur un travail d'interpr&#233;tation qui, d&#232;s le CP, exc&#232;de (&#224; des degr&#233;s divers, selon la difficult&#233; des textes) les ressources conjugu&#233;es du meilleur d&#233;chiffrage et de l'exp&#233;rience enfantine de la communication orale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains experts tenants de la mixte recommandent de d&#233;connecter ce travail d'interpr&#233;tation du d&#233;chiffrage, et nombre d'enseignants les suivent dans cette voie : l'entra&#238;nement au d&#233;chiffrage est men&#233; sur des textes simples au vocabulaire circonscrit, afin de limiter la charge mentale impos&#233;e aux &#233;l&#232;ves ; la compr&#233;hension se travaille &#224; partir de textes plus complexes (contes et autres r&#233;cits) lus par l'enseignant devant la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise en charge par l'enseignant d'un r&#233;cit narratif propos&#233; ensuite &#224; la discussion des &#233;l&#232;ves n'est certainement pas une activit&#233; inutile et &#224; bannir (m&#234;me si selon les enqu&#234;tes disponibles son apport aux performances de fin d'ann&#233;e de CP est relatif) : l'avantage sp&#233;cifique dont disposent les jeunes &#171; h&#233;ritiers &#187; est d'ailleurs pour une part redevable &#224; l'habitude prise par les parents de leur lire tr&#232;s t&#244;t toute sorte d'histoires. Mais il y a tout lieu de penser qu'un apprentissage syllabique revisit&#233; et actualis&#233; ne tiendrait pas ce type de pratique pour l'essentiel du travail de compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compr&#233;hension : de la communication orale &#224; la communication &#233;crite&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vocation premi&#232;re de l'institution scolaire a toujours &#233;t&#233; d'introduire ses publics au maniement de la communication &#233;crite, sans se contenter de les appeler &#224; une communication orale &#171; correcte &#187;. Pour toute une partie des &#233;l&#232;ves cette introduction n'est encore que m&#233;diocrement assur&#233;e. Sachant les exigences intellectuelles du monde de demain, il est devenu indispensable qu'elle le soit pleinement, pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communication &#233;crite a deux caract&#233;ristiques diff&#233;rentielles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est une communication diff&#233;r&#233;e, et non en face &#224; face : &#224; l'&#233;crit, les &#233;nonc&#233;s doivent fournir les cl&#233;s du message qu'ils veulent faire passer, en anticipant d'&#233;ventuelles demandes de pr&#233;cision. Leur compr&#233;hension appelle un d&#233;cryptage pr&#233;cis, dans le texte et &#224; la lettre comme &#224; la virgule pr&#232;s, ce que la seule &#233;coute de leur lecture par l'enseignant rend pratiquement impossible ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les &#233;nonc&#233;s se pr&#233;sentent sous la forme mat&#233;rialis&#233;e, visuelle, stabilis&#233;e de l'&#233;crit, et non sous la forme &#233;vanescente du r&#233;cit oral : sous la forme d'un donn&#233; scriptural objectiv&#233;, qu'on peut parcourir lentement, en revenant en arri&#232;re si besoin, et auquel on peut faire retour ult&#233;rieurement pour v&#233;rifier tel ou tel point ou r&#233;pondre &#224; telle ou telle interrogation, ce qui est &#233;videmment impossible avec un discours simplement entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la p&#233;dagogie de la compr&#233;hension au CP, la cons&#233;quence de ces observations est claire : r&#233;duire le travail sur la compr&#233;hension &#224; un &#233;change oral coup&#233; du d&#233;chiffrage, c'est priver les &#233;l&#232;ves des contraintes mais aussi des ressources de la lecture compr&#233;hensive des textes &#233;crits. Ce qui est doublement dommageable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; parce que dans la suite de leur scolarit&#233; les &#233;l&#232;ves vont &#234;tre sans arr&#234;t confront&#233;s aux exigences du maniement de la communication &#233;crite, en position de lecteur (s'agissant de savoir lire une consigne, pour commencer) ; ou en position d'auteur (les &#233;l&#232;ves &#233;tant sans cesse confront&#233;s &#224; la demande de production d'&#233;crits). Et leur valeur scolaire sera &#224; chaque instant fondamentalement &#233;valu&#233;e sur leur capacit&#233; &#224; faire face &#224; ces exigences ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; parce que couper la lecture-d&#233;chiffrage du travail de la compr&#233;hension, c'est la r&#233;duire &#224; une activit&#233; m&#233;canique, priv&#233;e de sens&#8230; comme la concevaient les instructions officielles de 1923 ! D&#233;chiffrer un &#233;crit est toujours un effort, a fortiori pour les d&#233;butants : et quel lecteur n'attend pas en retour de cet investissement les plaisirs de la d&#233;couverte, du sens &#8211; plus : de l'intelligence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment pourrait-on ne pas en conclure qu'un apprentissage de la lecture qui inaugure une bonne carri&#232;re scolaire a tout avantage &#224; s'op&#233;rer sur des textes riches, au vocabulaire diversifi&#233; : sur des supports donc dont le sens ne se livre pas n&#233;cessairement de fa&#231;on imm&#233;diate, qui m&#233;ritent d'&#234;tre interrog&#233;s et analys&#233;s ? Le ma&#238;tre dispose &#224; cet &#233;gard de multiples fa&#231;ons d'inviter ses &#233;l&#232;ves &#224; adopter la posture r&#233;flexive qu'exige la lecture compr&#233;hensive : en leur faisant raconter le texte, en les invitant &#224; d&#233;battre de ses interpr&#233;tations possibles, en les appelant &#224; une relecture expressive, en leur proposant de jouer les &#233;ventuels dialogues, en les invitant &#224; v&#233;rifier si telle ou telle interpr&#233;tation est vraie ou fausse, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je ne voudrais pas laisser accroire que je n&#233;glige la contribution r&#233;ciproque de l'apprentissage de l'&#233;crire, que je n'ai pas &#233;voqu&#233; ici, et de celui de la lecture. Je rappellerai simplement &#224; ce sujet qu'il existe aujourd'hui un large consensus, confirm&#233; par toutes les enqu&#234;tes, quant aux avantages qu'il y a &#224; mener de front l'entra&#238;nement au d&#233;chiffrage et les activit&#233;s de calligraphie, copie, dict&#233;e, un peu plus tard de production autonome d'&#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant la lecture, j'avan&#231;ais il y a deux ans, au terme d'une revue des enqu&#234;tes statistiques disponibles, l'hypoth&#232;se selon laquelle la parenth&#232;se historique constitu&#233;e par l'aventure de la globale et de ses succ&#233;dan&#233;s serait en passe de se refermer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Enqu&#234;tes sur la lecture, bilan et enseignements, 2016, .&#034; id=&#034;nh6-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La conjonction aujourd'hui entre la visibilit&#233; accrue du faible rendement des efforts p&#233;dagogiques des enseignants, la difficult&#233; croissante d'ignorer des r&#233;sultats d'enqu&#234;tes favorables de fa&#231;on convergente aux pr&#233;conisations de la syllabique (et auxquels ont contribu&#233; des tenants de la mixte), la d&#233;termination enfin d'une nouvelle &#233;quipe minist&#233;rielle, renforce la cr&#233;dibilit&#233; de cette hypoth&#232;se. Certes rien n'est jou&#233;, on ne change pas des pratiques professionnelles de masse dot&#233;es qui plus est d'un fort accompagnement id&#233;ologique par d&#233;cret, et les toute prochaines ann&#233;es seront d&#233;cisives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perdurance historique de ces pratiques ne laisse pas d'&#233;tonner l'observateur, alors que les r&#233;sultats des enqu&#234;tes men&#233;es aux USA sur les modes d'apprentissage efficaces sont connus en France depuis bient&#244;t vingt ans, et que les difficult&#233;s massives rencontr&#233;es par toute une part des publics scolaires &#224; l'entr&#233;e dans la culture &#233;crite n'ont en rien r&#233;gress&#233; depuis les ann&#233;es 1970, et vont plut&#244;t s'aggravant. N'a-t-on pas affaire &#224; une manifestation frappante d'aveuglement volontaire de masse ? Un cas d'&#233;cole sociologique que deux &#233;l&#233;ments pourraient contribuer &#224; rendre intelligible : un contexte d'affrontements id&#233;ologico-politiques assez rudes pour que l'esprit de parti en vienne &#224; inhiber le d&#233;sir de clairvoyance et l'attention aux d&#233;mentis de la r&#233;alit&#233; ; et ce que j'ai appel&#233; ailleurs la &#171; conviction d&#233;ficitariste &#187;, largement r&#233;pandue dans les classes moyennes et la noosph&#232;re p&#233;dagogique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Pierre Terrail, Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, selon laquelle les &#233;l&#232;ves des classes populaires ne disposant pas des ressources suffisantes pour entrer correctement dans la culture &#233;crite, la meilleure p&#233;dagogie peut l&#233;gitimement s'av&#233;rer relativement impuissante : pourquoi d&#232;s lors s'inqui&#233;ter de son m&#233;diocre rendement ? Je rappellerai a contrario, sur ce dernier point, que la linguistique et l'anthropologie d'une part, la psychologie cognitive de l'autre, convergent r&#233;solument pour attester la pertinence du principe de l'&#233;ducabilit&#233; universelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'approche linguistique et anthropologique, voir Jean-Pierre Terrail, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et que d&#232;s lors toute p&#233;dagogie au rendement insuffisant doit inqui&#233;ter enseignants et p&#233;dagogues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Janine Reichstadt, &lt;i&gt;Apprendre &#224; lire sous Blanquer&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article261&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article261&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enqu&#234;tes sur l'apprentissage de la lecture. Bilan 2000-2016 et enseignements&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Baudelot et Roger Establet, &lt;i&gt;L'&#233;cole primaire divise&lt;/i&gt;, Masp&#233;ro, Paris, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thierry Troncin. &lt;i&gt;Le redoublement : radiographie d'une d&#233;cision &#224; la recherche de sa l&#233;gitimit&#233;&lt;/i&gt;, Universit&#233; de Bourgogne, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, &#171; Les in&#233;galit&#233;s de r&#233;ussite &#224; l'&#233;cole &#233;l&#233;mentaire &#187;,&lt;i&gt; France, portrait social&lt;/i&gt;, INSEE, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Note d'information&lt;/i&gt; 06-01, DEPP/Minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur est le fait de 14% des &#233;l&#232;ves du quartile inf&#233;rieur lors de l'entr&#233;e en 6&#232;me, et de 77% de ceux du quartile sup&#233;rieur. Parmi les entrants dans le sup&#233;rieur, l'acc&#232;s au niveau bac+3 est le fait de 45% des membres de la moiti&#233; inf&#233;rieure &#224; l'entr&#233;e en 6&#232;me, et de 70% de ceux qui se situaient alors dans le quartile sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Caille, &lt;i&gt;INSEE Premi&#232;re&lt;/i&gt;, n&#176;1633, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de l'enqu&#234;te CEDRE de la DEPP/MEN (2015) pour ce qui est de la sortie du primaire, et des r&#233;sultats stables sur ce point des enqu&#234;tes PISA 2009/2015 aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves de 15 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que les cohortes annuelles de jeunes comptent actuellement pr&#232;s de 800 000 individus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle. Changer de paradigme p&#233;dagogique&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;claration &#224; La Montagne (Clermont-Ferrand) du 15-10-2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se reportera &#224; cet &#233;gard aux propositions du GRDS en mati&#232;re de formation des enseignants, voir GRDS, &lt;i&gt;La formation des enseignants de l'&#233;cole commune&lt;/i&gt;, 2012, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article134&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est dans cette perspective que l'enqu&#234;te coordonn&#233;e par Roland Goigoux ne compare pas des ensembles coordonn&#233;s de pratiques (&#224; la diff&#233;rence de celle qu'a dirig&#233;e J&#233;r&#244;me Deauvieau), mais interroge l'une apr&#232;s l'autre l'efficacit&#233; respective des diff&#233;rentes modalit&#233;s de l'apprentissage : d&#233;marche fructueuse &#224; certains &#233;gards, mais qui limite aussi la richesse potentielle de la comparaison entreprise, s'il est vrai comme on le soutient ci-apr&#232;s qu'on a bien affaire &#224; une opposition de m&#233;thodes qui ont chacune leur coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce point est d&#233;velopp&#233; in Janine Reichstadt, &lt;i&gt;D&#233;chiffrer pour comprendre, une question cl&#233; pour l'apprentissage de la lecture&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article229&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article229&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#201;lisabeth Bautier et alii, &lt;i&gt;D&#233;crochage scolaire : gen&#232;se et logique des parcours&lt;/i&gt;, rapport de recherche pour la DEPP/MEN, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques et &#201;liane Fijalkow, &lt;i&gt;L'Apprentissage de la lecture&lt;/i&gt;, Milan, Toulouse, 2010 (soulign&#233; par nous).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Demeulemeester (dir.), &lt;i&gt;Guide p&#233;dagogique de Ribambelle&lt;/i&gt;, Paris, Hatier, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean H&#233;brard, &#171; Apprendre &#224; lire &#224; l'&#233;cole en France : un si&#232;cle de recommandations officielles &#187;, &lt;i&gt;Langue fran&#231;aise&lt;/i&gt;, n&#176;80, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport de l'enqu&#234;te &#171; Lire et &#233;crire &#187;, 2015, p. 145.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enqu&#234;tes sur la lecture, bilan et enseignements, 2016&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Pour une &#233;cole de l'exigence intellectuelle&lt;/i&gt;, La Dispute, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour l'approche linguistique et anthropologique, voir Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt;, La Dispute, 2013 ; et pour l'approche cognitive, voir Stanislas Dehaene, que ses observations en imagerie du cerveau conduisent &#224; souligner combien les enfants (m&#234;me ceux des classes populaires !) sont &#171; de formidables petites machines &#224; apprendre &#187;, in &lt;i&gt;Les Neurones de la lecture&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;ponse &#224; Roland Goigoux</title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article113</link>
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		<dc:date>2018-05-21T17:47:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les notes de service et le guide Pour enseigner la lecture et l'&#233;criture au CP publi&#233;s par le ministre de l'&#201;ducation nationale ont suscit&#233; des r&#233;actions dont la virulence a cru pouvoir remplacer la critique s&#233;rieuse. &#171; Injonctions &#187;, &#171; mise au pas &#187;, &#171; insultes aux enseignants &#187;, &#171; oukases &#187;, &#171; recettes simplistes &#187;, &#171; prescriptions r&#233;trogrades &#187;&#8230; c'est un peu court face aux enjeux consid&#233;rables de l'apprentissage de la lecture et de l'&#233;criture au CP, en s&#233;rieuse difficult&#233;. Roland Goigoux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/arton113-19a43.png?1790432657' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les notes de service et le guide &lt;i&gt;Pour enseigner la lecture et l'&#233;criture au CP&lt;/i&gt; publi&#233;s par le ministre de l'&#201;ducation nationale ont suscit&#233; des r&#233;actions dont la virulence a cru pouvoir remplacer la critique s&#233;rieuse. &#171; Injonctions &#187;, &#171; mise au pas &#187;, &#171; insultes aux enseignants &#187;, &#171; oukases &#187;, &#171; recettes simplistes &#187;, &#171; prescriptions r&#233;trogrades &#187;&#8230; c'est un peu court face aux enjeux consid&#233;rables de l'apprentissage de la lecture et de l'&#233;criture au CP, en s&#233;rieuse difficult&#233;. Roland Goigoux de son c&#244;t&#233; a voulu r&#233;pondre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caf&#233; p&#233;dagogique du 10 mai 2018.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; ses coll&#232;gues formateurs qui lui ont pos&#233; une s&#233;rie de questions, suite aux publications du ministre. Une autre tonalit&#233; guide ses r&#233;ponses qui appellent certaines remarques de fond.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la libert&#233; p&#233;dagogique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le rapport de la vaste enqu&#234;te &lt;i&gt;Lire et &#201;crire&lt;/i&gt; (2016) que Roland Goigoux a dirig&#233;, nous pouvons lire ces objectifs qu'elle s'&#233;tait fix&#233;s : &#171; Nous pensions que nos r&#233;sultats pourraient alimenter la r&#233;flexion sur le pilotage du syst&#232;me scolaire et sur les contenus de la formation initiale et continue des enseignants. &#187; L'auteur semble donc consid&#233;rer que l'on peut utiliser les r&#233;sultats de la recherche pour piloter le syst&#232;me scolaire et la formation des enseignants&#8230; sans pour autant porter atteinte &#224; leur libert&#233; p&#233;dagogique. C'est que tout le monde reconnait, et d'abord les enseignants, que la libert&#233; p&#233;dagogique n'a rien &#224; voir avec une sorte de libert&#233; de faire &#224; son gr&#233;, ind&#233;pendamment de l'intelligence des raisons pour lesquelles certains choix didactiques et p&#233;dagogiques sont &#224; privil&#233;gier, comme le montre&lt;i&gt; Lire et &#201;crire&lt;/i&gt;. Les enseignants ont toujours &#233;t&#233; et sont toujours (plus que jamais !) demandeurs d'une formation exigeante qui puisse leur permettre de bien faire leur m&#233;tier, et d'assumer de fa&#231;on responsable, instruite, la l&#233;gitime libert&#233; p&#233;dagogique qui est la leur. Aujourd'hui, ce sont les ambitions d'une telle formation que &#171; le pilotage du syst&#232;me scolaire &#187; se doit d'inscrire dans son cahier des charges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation des ma&#238;tres n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; des choix didactiques et p&#233;dagogiques. Sous la responsabilit&#233; premi&#232;re des ESPE et des circonscriptions, cette formation passe aussi par l'&#233;dition de documents d'accompagnement ou d'application des programmes, de ressources pour faire la classe, de guides pour choisir un manuel, relevant d'initiatives minist&#233;rielles ou acad&#233;miques, qui contiennent des recommandations, des fiches &#224; utiliser, des exemples de pratiques dont il est souhaitable de s'inspirer, jamais per&#231;us jusqu'&#224; ce jour comme des mises au pas, des injonctions, voire des recettes simplistes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Syllabique vs mixte &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; du guide minist&#233;riel porte largement sur ce que la syllabique peut apporter &#224; l'apprentissage de la lecture, confront&#233; &#224; de graves difficult&#233;s. Une responsable syndicale d&#233;clarait r&#233;cemment : &#171; C'est la compr&#233;hension des textes qui fait difficult&#233;, pas le d&#233;chiffrage. &#187; On a quelque peine &#224; supposer que le d&#233;chiffrage ne ferait pas difficult&#233;, quand l'enqu&#234;te dirig&#233;e par Roland Goigoux, r&#233;alis&#233;e &#224; partir d'un &#233;chantillon tr&#232;s important : 131 classes, 2.507 &#233;l&#232;ves (toutes origines sociales confondues), montre le contraire. Elle montre en effet qu'&#224; la fin du CP, en juin 2014, 10% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisaient correctement 4 mots en moyenne en une minute &#224; partir d'un texte (8 mots maximum). 20% lisaient 8 mots en moyenne (15 mots maximum) ; 30%, 11 mots en moyenne (21 mots maximum) ; 50%, 18 mots en moyenne (34 mots maximum). Quelle compr&#233;hension des textes travailler avec des difficult&#233;s de d&#233;chiffrage aussi importantes ? Comment, face &#224; de tels r&#233;sultats, ne pas s'interroger sur des modalit&#233;s d'apprentissage finissant trop souvent par &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme allant de soi, fa&#231;onn&#233;es et impos&#233;es au fil de d&#233;cennies de rejet de la syllabique dite &#171; stricte &#187;, alors que les professeurs de cette enqu&#234;te &#233;taient tous exp&#233;riment&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Goigoux le reconnaissait lui-m&#234;me lorsqu'il &#233;crivait avec Sylvie C&#232;be : &#171; Toutes les recherches conduites en sciences cognitives montrent l'influence d&#233;terminante de la qualit&#233; du d&#233;codage en compr&#233;hension. Lorsqu'il est insuffisamment automatis&#233;, le d&#233;codage repr&#233;sente une op&#233;ration co&#251;teuse et contraignante qui prive les &#233;l&#232;ves de leurs ressources attentionnelles, au d&#233;triment des traitements cognitifs de haut niveau permettant l'acc&#232;s au sens. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lectorino &amp; Lectorinette CE1 CE2. Apprendre &#224; comprendre des textes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Quelles cons&#233;quences tirer de ce r&#244;le du d&#233;codage, largement valid&#233; par la recherche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat globale vs syllabique n'a plus de sens aujourd'hui o&#249; la r&#233;flexion se centre sur les diff&#233;rences majeures entre ce qu'il convient d'appeler la m&#233;thode mixte, tr&#232;s largement pratiqu&#233;e, et la m&#233;thode syllabique. M&#234;me de fa&#231;on in&#233;gale, tous les ma&#238;tres travaillent le code, il n'est pas question de revenir l&#224;-dessus. Mais ils le font le plus souvent en y adjoignant d'autres strat&#233;gies d'identification des mots : la reconnaissance de mots appris en entier, la recherche d'analogies entre des parties de mots, l'usage du contexte, du dessin ou de l'illustration pour deviner le mot susceptible d'&#234;tre le bon. Aux &#233;l&#232;ves de trouver le &#171; car &#187; de &#171; carnaval &#187; dans &#171; carnivore &#187;, et le &#171; di &#187; de &#171; mardi &#187; dans &#171; &#233;tourdi &#187;, puisque &#171; c'est comme dans&#8230; &#187;. &#192; eux aussi de deviner le mot qu'ils ne savent pas d&#233;coder, &#224; partir de l'histoire lue par l'enseignant ou de l'illustration. Ces diverses tentatives d'identification des mots contrarient in&#233;luctablement la n&#233;cessaire qualit&#233; du d&#233;codage automatis&#233; dont Roland Goigoux et Sylvie C&#232;be pensent, &#224; juste titre, qu'elle a une influence d&#233;terminante en compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que devient la qualit&#233; du d&#233;codage quand des &#233;l&#232;ves lisent &#171; habit &#187;, &#171; s'amuse &#187;, &#171; lavabo &#187; ou &#171; pris &#187;, &#224; la place de &#171; manteau &#187;, &#171; joue &#187;, &#171; lavande &#187; ou &#171; pire &#187; ? Faire &#171; feu de tout bois pour identifier les mots &#187; comme le pr&#233;conise Roland Goigoux, ne peut que conduire les &#233;l&#232;ves &#224; des recherches hasardeuses qui ralentissent la lecture et la rendent chaotique, erron&#233;e, d&#233;motivante. Nous sommes loin de l'automatisation n&#233;cessaire d'un d&#233;codage de qualit&#233; qui soit habile, pr&#233;cis et rapide, pour pouvoir atteindre &#171; des traitements cognitifs de haut niveau permettant l'acc&#232;s au sens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les 100% d&#233;chiffrables&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon Roland Goigoux, le guide se livrerait &#224; &#171; l'apologie d'une m&#233;thode syllabique radicale &#187;. Dans d'autres interventions il parle de syllabique &#171; stricte &#187;, qui impose des interdits, des diktats. Ne proposer aux &#233;l&#232;ves que des mots, des textes 100% d&#233;chiffrables, serait extr&#233;miste et rel&#232;verait d'une &#171; exigence radicale infond&#233;e &#187;. Pass&#233; l'exemple peu s&#233;rieux de la date et des pr&#233;noms des enfants pour brocarder la radicalit&#233; de la syllabique qui interdirait de les identifier sans d&#233;codage, est-il pensable de sortir de la d&#233;chiffrabilit&#233; exigeante de ce que l'on donne &#224; lire aux &#233;l&#232;ves, &#224; l'accent pr&#232;s, &#224; la virgule pr&#232;s, si on est convaincu du lien si &#233;troit entre la qualit&#233; du d&#233;codage et la compr&#233;hension ? Je ne le pense pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que tout soit d&#233;chiffrable dans chaque le&#231;on, &#224; partir de la progression syst&#233;matique dans l'&#233;tude des combinaisons syllabiques, permet aux &#233;l&#232;ves de d&#233;chiffrer tous les mots afin de pouvoir les lire de fa&#231;on s&#251;re et autonome, de comprendre d'embl&#233;e ceux qu'ils connaissent et de poser la question de la signification des autres. Nous avons l&#224; la base d'un riche travail sur le vocabulaire pouvant alors engager celui de la compr&#233;hension, qui bien &#233;videmment ne s'arr&#234;te pas aux seules significations lexicales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; (Les Lettres bleues)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En tant que co-auteur de ce manuel largement cit&#233; dans les r&#233;ponses de Roland Goigoux &#224; ses coll&#232;gues pour en d&#233;noncer les textes, je souhaite apporter une pr&#233;cision. Parler de &#171; cons&#233;quences n&#233;fastes de l'un des principes de la m&#233;thode syllabique radicale &#187; qu'est l'absence de mots appris par c&#339;ur, &#224; partir de phrases cit&#233;es dans les premi&#232;res le&#231;ons, n'a rien de convaincant. A la neuvi&#232;me le&#231;on (sur les 52 du manuel), on peut lire effectivement : &#171; La lune rousse, sur l'all&#233;e, sourit et nous rassure. &#187; J'ai pu voir dans une classe en REP+ le riche travail de recherche de sens sans mots appris par c&#339;ur ou devin&#233;s, sans connecteurs mots-outils. L'absence m&#234;me de ces connecteurs accentue l'implicite qui mobilise la recherche d'interpr&#233;tation et le travail de l'imaginaire. Dans un manuel de la mixte, &#224; la deuxi&#232;me semaine de l'ann&#233;e, les &#233;l&#232;ves sont cens&#233;s lire : &#171; Il y a des filles et des gar&#231;ons &#224; l'&#233;cole. &#187;, apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; cinq graph&#232;mes. Combien de mots appris par c&#339;ur ? Pour quel travail motivant sur la compr&#233;hension ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, Roland Goigoux pr&#233;cise : &#171; Exit aussi le recours &#224; la litt&#233;rature de jeunesse &#187;. Pour &#171; lire &#187; des textes que l'on ne d&#233;chiffre pas ? Il est vrai qu'&#224; la quatri&#232;me le&#231;on de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; on devra se &#171; contenter &#187; de &#171; Lila alla &#224; Lille. &#187;, qui permet malgr&#233; tout d'apprendre ce que sont une phrase et un premier signe de ponctuation ; mais, tr&#232;s vite, les &#233;l&#232;ves peuvent lire vraiment des textes qui n'ont pas &#224; rougir devant la litt&#233;rature de jeunesse. Ils peuvent m&#234;me acc&#233;der, avant la fin du CP, &#224; la lecture de po&#232;mes de Desnos, Hugo, Rimbaud, Rodari, Neruda&#8230; et faire la rencontre de Doisneau, Magritte, Picasso, Hokusai&#8230; Mozart et le jazz&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Caf&#233; p&#233;dagogique du 10 mai 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lectorino &amp; Lectorinette CE1 CE2. &lt;i&gt;Apprendre &#224; comprendre des textes narratifs&lt;/i&gt;. Retz, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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