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	<title>Les Lettres bleues</title>
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		<title>Les Lettres bleues</title>
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		<title>Chapitre 5 - Juin : le bilan final</title>
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		<dc:date>2010-06-30T11:02:13Z</dc:date>
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&lt;p&gt;La chaleur de la derni&#232;re r&#233;union de l'ann&#233;e du collectif Je lis, j'&#233;cris 2009/2010, le 28 juin, ne tenait sans doute pas seulement &#224; la temp&#233;rature estivale, &#224; la proximit&#233; des vacances, ou &#224; la couleur profonde du Pomerol 1985 dans nos coupes. Pour les membres du collectif comme pour les auteurs de l'ouvrage, le sentiment du travail bien fait contribuait largement au plaisir d'&#234;tre l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt; L'avancement du travail &lt;br class='autobr' /&gt;
Une majorit&#233; de ma&#238;tres auront termin&#233; l'ouvrage, la derni&#232;re le&#231;on (le&#231;on (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;02 Je lis, j'&#233;cris-CP : r&#233;cit d'une exp&#233;rimentation collective&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L121xH150/arton92-fdcc5.png?1790432655' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La chaleur de la derni&#232;re r&#233;union de l'ann&#233;e du collectif Je lis, j'&#233;cris 2009/2010, le 28 juin, ne tenait sans doute pas seulement &#224; la temp&#233;rature estivale, &#224; la proximit&#233; des vacances, ou &#224; la couleur profonde du Pomerol 1985 dans nos coupes. Pour les membres du collectif comme pour les auteurs de l'ouvrage, le sentiment du travail bien fait contribuait largement au plaisir d'&#234;tre l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'avancement du travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une majorit&#233; de ma&#238;tres auront termin&#233; l'ouvrage, la derni&#232;re le&#231;on (le&#231;on 52) ayant &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e l'avant-derni&#232;re semaine de l'ann&#233;e, ou la derni&#232;re. Quelques ma&#238;tres n'auront pas le temps d'&#233;tudier les cinq ou six derni&#232;res le&#231;ons (qui n'abordent toutefois que des graph&#232;mes peu fr&#233;quents dans la langue, et qu'une partie des &#233;l&#232;ves, prenant par curiosit&#233; et go&#251;t de la lecture de l'avance sur leur classe, auront explor&#233; par eux-m&#234;mes). Il s'agit parfois de coll&#232;gues qui ont &#233;t&#233; remplac&#233;s &#224; un moment ou l'autre de l'ann&#233;e, et dont les rempla&#231;ants se sont content&#233;s de proc&#233;der &#224; des r&#233;visions ; ou qui ont consacr&#233; beaucoup de temps &#224; d&#233;velopper des animations culturelles autour des le&#231;ons du manuel ; ou qui, face &#224; des classes comprenant un grand nombre d'&#233;l&#232;ves pour qui les apprentissages n'allaient pas de soi, ont pr&#233;f&#233;r&#233; insister sur les bases de la lecture et de l'&#233;criture et s'assurer de leur bonne int&#233;gration plut&#244;t que d'avancer plus vite en laissant certains d'entre eux au bord du chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ach&#232;vement majoritaire de l'ouvrage a un peu surpris, le bilan d'&#233;tape du deuxi&#232;me trimestre ne le laissant pas forc&#233;ment pr&#233;sager (cf. le chapitre 4 dans cette rubrique). L'explication en est simple : sur la base d'acquis solides et de qualit&#233;, le passage d'une le&#231;on &#224; l'autre a pu s'effectuer de plus en plus vite. Plusieurs ma&#238;tres ont signal&#233; &#224; cet &#233;gard que leurs &#233;l&#232;ves leur demandaient, dans les derni&#232;res semaines, de sauter la barre d'apprentissage pour aborder directement le vocabulaire de la le&#231;on, ou bien s'amusaient &#224; concourir &#224; la d&#233;chiffrer le plus vite possible sans tr&#233;bucher. Comme le note Isabelle qui est arriv&#233;e au bout avec pourtant 28 &#233;l&#232;ves, &#171; &#224; partir de P&#226;ques on a nettement acc&#233;l&#233;r&#233;, passant parfois &#224; trois le&#231;ons par semaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;sultat le plus important&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'appr&#233;ciation port&#233;e sur les textes de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; confirme pleinement le sentiment exprim&#233; dans les bilans d'&#233;tape pr&#233;c&#233;dents, s'agissant de la capacit&#233; de la quasi totalit&#233; des &#233;l&#232;ves &#224; s'en approprier le vocabulaire et le sens, et d'en go&#251;ter le sel (histoires de la brebis, du parapluie, de Fifi, du h&#233;ron, etc.), l'int&#233;r&#234;t r&#233;flexif (texte des m&#233;taphores, le&#231;on 39), ou la po&#233;sie. A propos de cette capacit&#233; de compr&#233;hension, Isabelle rapporte qu'apr&#232;s avoir fait lire individuellement &#224; ses &#233;l&#232;ves l'histoire du h&#233;ron malheureux (le&#231;on 47), et avant toute discussion collective, elle leur a demand&#233; de r&#233;pondre &#224; quatre questions qui ont r&#233;v&#233;l&#233; une compr&#233;hension tr&#232;s satisfaisante des &#233;pisodes et du sens g&#233;n&#233;ral du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux po&#232;mes proprement dits, ils furent massivement appr&#233;ci&#233;s, m&#234;me quand leur humour est surr&#233;aliste (&#171; Monsieur est parti en bateau &#187;, de Tardieu, le&#231;on 43), ou r&#233;flexif (&#171; Pour faire une table &#187;, de Rodari, le&#231;on 44). Les deux versions du &#171; B&#339;uf et de la grenouille &#187; par Rodari (le&#231;on 51) est peut-&#234;tre ce qui a laiss&#233; les &#233;l&#232;ves plus perplexes. Comme s'ils avaient du mal &#224; prendre la distance suffisante par rapport &#224; un r&#233;cit pour en appr&#233;cier la d&#233;construction et l'exercice qui consiste &#224; d&#233;cliner les diff&#233;rents d&#233;veloppements possibles d'une situation de d&#233;part donn&#233;e. Mais il est vrai aussi que peu d'enseignants du collectif, en cette ann&#233;e inaugurale, se sont lanc&#233;s dans ce type d'exercice, encore &#233;loign&#233; aujourd'hui de ce qu'il est habituel de demander &#224; des &#233;l&#232;ves de CP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, la preuve est faite d&#233;sormais qu'il est possible de proposer &#224; la lecture des &#233;l&#232;ves de CP des textes qui ne les infantilisent pas, en franche rupture avec ce qu'il est ordinairement consid&#233;r&#233; comme politiquement correct de leur donner. Non seulement c'est possible, mais &#231;a marche ! Ces jeunes &#233;l&#232;ves sont int&#233;ress&#233;s, curieux de d&#233;couvrir de nouveaux mots, de nouvelles id&#233;es, de nouveaux domaines de pens&#233;e, de nouvelles formes d'expression artistique. Ils se sentent pris au s&#233;rieux. Et cela se v&#233;rifie pour tous les &#233;l&#232;ves, quel que soit le bain culturel dont ils b&#233;n&#233;ficient dans leur famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; tr&#232;s certainement le r&#233;sultat le plus important de l'exp&#233;rience de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;. Non pas que le constat de l'efficacit&#233; technique de la d&#233;marche graph&#233;mique en mati&#232;re d'apprentissage de la lecture soit sans int&#233;r&#234;t, bien au contraire. Mais d'autres recherches et d'autres exp&#233;riences ont valid&#233; cette efficacit&#233;. Par contre la vis&#233;e culturelle de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, qui consiste &#224; prendre au s&#233;rieux l'intelligence d'un enfant de six ans, &#224; tabler sur sa disponibilit&#233; &#224; l'effort intellectuel, &#224; faire confiance &#224; son go&#251;t pour les jeux du langage, pour la compr&#233;hension du monde, pour une expression graphique de haute tenue esth&#233;tique, cette vis&#233;e-l&#224; est radicalement originale. Or l'exp&#233;rimentation men&#233;e cette ann&#233;e 2009-2010 la valide pleinement, de fa&#231;on d'autant plus convaincante qu'une majorit&#233; des &#171; exp&#233;rimentateurs &#187; &#233;taient plut&#244;t sceptiques &#224; son &#233;gard en d&#233;but d'ann&#233;e, et se sont convaincus au fur et &#224; mesure de sa pertinence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience nous apprend ainsi deux choses essentielles. D'abord que l'&#233;cole peut &#234;tre exigeante intellectuellement &#224; l'&#233;gard d'un enfant de six ans, &#224; condition bien s&#251;r qu'on mette r&#233;ellement &#224; sa disposition les moyens d'affronter les difficult&#233;s d'apprentissage ; et que cette exigence, loin de d&#233;courager les &#233;l&#232;ves, stimulera leur int&#233;r&#234;t : c'est m&#234;me le moyen le plus s&#251;r de lutter contre l'ennui &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me le&#231;on : ce qui vient d'&#234;tre dit vaut pour tous les &#233;l&#232;ves, quel que soit leur milieu socioculturel. L&#224; o&#249;, ordinairement, le principe de la diff&#233;renciation voire de l'individualisation de l'enseignement se traduit par une adaptation par le bas, et aboutit &#224; donner moins &#224; ceux qui ont moins, l'exp&#233;rience de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; d&#233;montre &#224; l'inverse qu'il est possible de donner plus &#224; ceux qui ont moins et d'&#234;tre tr&#232;s ambitieux intellectuellement avec les &#233;l&#232;ves les moins familiers, de par leur milieu familial, avec la culture &#233;crite &#233;labor&#233;e. Et que l'&#233;cole a les moyens, par suite, de compenser les in&#233;galit&#233;s culturelles qui traversent le corps social, plut&#244;t que de les accompagner et de les valider en in&#233;galit&#233;s scolaires, comme c'est massivement le cas aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bilan qu'elle &#233;tablit pour sa classe, Josie r&#233;sume &#224; sa mani&#232;re ces deux constats :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une grande curiosit&#233; de la part des enfants au niveau du vocabulaire et de l'orthographe. Un enrichissement culturel certain et pour tous les enfants ( m&#234;me ceux qui sont d'un milieu culturel plus favoris&#233; ont beaucoup appris), donc &#224; mon avis l'enjeu &#171; &#233;galitaire et d&#233;mocratique &#187; de cette m&#233;thode de lecture est ind&#233;niable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicole, dont la classe de ZEP compte 95% d'&#233;l&#232;ves d'origine populaire, observe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La m&#233;thode &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; est d'autant plus int&#233;ressante qu'elle ne conforte pas les enfants en difficult&#233;s dans leurs difficult&#233;s, elle les tire au contraire vers le haut, leur apportant une richesse tant sur le plan linguistique que culturel (les illustrations en sont un exemple frappant, les enfants se plaisent &#224; essayer de chercher dans l'index d'o&#249; elles proviennent et ce qu'elles peuvent signifier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne laisse pas les &#233;l&#232;ves qui ne sont pas sollicit&#233;s par leur entourage dans une pauvret&#233; intellectuelle et leur offre l'opportunit&#233; de partir sur les m&#234;mes bases culturelles et notionnelles que ceux dont les connaissances sont d&#233;j&#224; &#233;tay&#233;es par l'ext&#233;rieur&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les apprentissages du lire-&#233;crire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si les &#233;l&#232;ves ont pu aussi massivement appr&#233;cier l'ambition culturelle de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, c'est bien entendu qu'ils ont massivement&#8230; appris &#224; &lt;strong&gt;lire&lt;/strong&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;valuations demand&#233;es &#224; cet &#233;gard aux membres du collectif sont assez homog&#232;nes, variant relativement peu avec la composition sociale de leur public d'&#233;l&#232;ves. La quasi totalit&#233; de ces derniers a normalement appris &#224; lire. Les coll&#232;gues distinguent ceux qui lisent tr&#232;s bien, &#171; couramment &#187;, d&#233;chiffrant le texte &#224; vitesse de lecture normale sans tr&#233;bucher et en mettant le ton ; et ceux qui tout en n'ayant pas de probl&#232;me de d&#233;chiffrage et en comprenant ce qu'ils lisent, ont encore besoin d'un peu plus de temps que les pr&#233;c&#233;dents : par exemple qui peuvent lire un texte &#224; voix haute parfaitement si on leur laisse le temps de le parcourir en silence une premi&#232;re fois. D'une classe &#224; l'autre, les premiers repr&#233;sentent entre 60 et 80% des &#233;l&#232;ves, les seconds donc entre 15 et 30-35%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces donn&#233;es varient peu selon le milieu social des &#233;l&#232;ves, c'est que les r&#233;sultats sont... tr&#232;s bons dans les quartiers populaires. Ainsi dans la classe de Tristan (21 &#233;l&#232;ves, &#233;cole ZEP) : 90% d'&#233;l&#232;ves d'origine populaire et 71% de bons lecteurs en fin d'ann&#233;e. Dans celle d'In&#232;s (CP renforc&#233;, 25 &#233;l&#232;ves, 8 sont arriv&#233;s en d&#233;but d'ann&#233;e sans parler fran&#231;ais) : 92% d'&#233;l&#232;ves des milieux populaires, 64% de bons lecteurs. Dans celle de Nicole (ZEP, 20 &#233;l&#232;ves) : 95% d'enfants des classes populaires, 80% de bons lecteurs en fin d'ann&#233;e, aucun &#233;l&#232;ve en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore qu'en lecture, c'est peut-&#234;tre dans le domaine de &lt;strong&gt;l'&#233;criture&lt;/strong&gt; et de l'acquisition de l'orthographe que les acquis de l'ann&#233;e sont les plus remarquables. &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; conjugue le travail de l'&#233;criture &#224; celui de la lecture d&#232;s les toutes premi&#232;res le&#231;ons, et associe une dict&#233;e &#224; l'&#233;tude de chaque graph&#232;me, dict&#233;e dont le niveau d'exigence est parfois d'ailleurs jug&#233; un peu trop &#233;lev&#233; par certains coll&#232;gues. Dans ces conditions les membres du collectif ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; consacrer une bonne partie du temps d'apprentissage du lire-&#233;crire au travail d'&#233;criture et notamment &#224; la pr&#233;paration et &#224; la r&#233;alisation des dict&#233;es. Les r&#233;sultats surprendraient plus d'un observateur. On trouvera en annexe &#224; la fin de ce chapitre, pour illustrer la qualit&#233; du travail r&#233;alis&#233;, l'exemple d'une dict&#233;e (dont le vocabulaire a &#233;t&#233; pr&#233;alablement &#233;tudi&#233; mais qui n'a pas fait l'objet d'une pr&#233;paration sp&#233;cifique) dans la classe d'Isabelle, qui compte 28 &#233;l&#232;ves, et cela &#224; l'occasion de la le&#231;on 43 et de l'&#233;tude difficile des graph&#232;mes &#171; ien &#187;, &#171; ey &#187;, &#171; ein &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#233;l&#232;ves en &#233;chec ? Des enfants en grande difficult&#233; clinique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que les douze classes de CP ne comptent, en cette fin d'ann&#233;e, aucun &lt;i&gt;&#233;l&#232;ve&lt;/i&gt; en difficult&#233; dans l'apprentissage de la lecture. Ou plus pr&#233;cis&#233;ment, que les &#233;l&#232;ves qu'on pourrait qualifier ainsi, un ou deux dans certaines classes, sont aussi, et sans doute d'abord, des &lt;i&gt;enfants&lt;/i&gt; en difficult&#233;. Leur cas a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; dans le pr&#233;c&#233;dent bilan d'&#233;tape (chapitre 4). On soulignera &#224; nouveau trois constats importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une part&lt;/strong&gt; un certain nombre d'&#233;l&#232;ves qui s'annon&#231;aient, ou &#233;taient annonc&#233;s en d&#233;but d'ann&#233;e comme de futurs &#233;l&#232;ves en difficult&#233;&#8230; ne le sont aucunement en fin d'ann&#233;e. Ainsi Isabelle rel&#232;ve que la ma&#238;tresse de grande section lui avait signal&#233; deux &#233;l&#232;ves &#224; la rentr&#233;e, lui indiquant une forte probabilit&#233; du redoublement du CP : &#171; en fait, dit-elle, &#231;a a tr&#232;s bien march&#233; &#187;. Myriam avait deux &#233;l&#232;ves en grande difficult&#233; en d&#233;but d'ann&#233;e : l'un des deux continue &#224; manifester de grosses difficult&#233;s &#224; l'&#233;crit ; mais il a appris &#224; lire et comprend ce qu'il lit. Chlo&#233; a connu elle aussi un cas d'&#233;l&#232;ve qui paraissait tr&#232;s inqui&#233;tant en d&#233;but d'ann&#233;e, et qui s'est compl&#232;tement r&#233;gl&#233; par la suite. On pourrait prendre d'autres exemples, ces cas nous apprenant deux choses. Qu'il ne faut jamais partir battu et assigner les &#233;l&#232;ves au statut d'&#233;l&#232;ve en difficult&#233;, dont on se rel&#232;ve difficilement, et les adresser aux sp&#233;cialistes des &#171; maladies &#187; scolaires, avant d'avoir &#233;puis&#233; toutes les ressources d'une bonne p&#233;dagogie. Et que c'est avec les &#233;l&#232;ves qui peinent &#224; apprendre &#224; lire que la syllabique et le principe graph&#233;mique, comme l'ont remarqu&#233; tous les coll&#232;gues du collectif, manifestent au mieux leur efficacit&#233; : d'autres &#233;l&#232;ves se d&#233;brouillent en effet pour apprendre, certainement parce qu'ils sont capables de reconstituer mentalement le code par eux-m&#234;mes, avec n'importe quelle m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me observation&lt;/strong&gt; sur les cas difficiles, certains &#233;l&#232;ves qu'on dit pourtant &#171; en difficult&#233; &#187; ne sont pas des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; intellectuelle. Ainsi du cas de cette &#233;l&#232;ve dont Christa, qui l'&#233;voque, dit &#171; Je ne comprends pas comment elle fonctionne. Elle ne sait pas &#234;tre &#233;l&#232;ve, elle parle fort, elle boude tout le temps. Elle a quand m&#234;me appris &#224; lire, et elle est tr&#232;s bonne en maths. Mais elle ne travaille jamais seule, elle g&#234;ne tout le monde &#187;. De telles inadaptations comportementales peuvent on le sait bien grever lourdement la bonne marche de la classe enti&#232;re. En m&#234;me temps l&#224; aussi la qualification d'&#233;l&#232;ve en difficult&#233; est lourde de danger pour l'int&#233;ress&#233;e, son comportement risquant d'occulter la vivacit&#233; de son intelligence (elle ne travaille jamais seule, et pourtant elle apprend tout &#224; fait normalement) et de l'enfermer dans un statut de mauvaise &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me observation&lt;/strong&gt;. Une fois &#233;limin&#233;s les cas &#171; difficiles &#187; qui s'en sortent n&#233;anmoins et les &#233;l&#232;ves agit&#233;s mais qui apprennent, il ne reste alors qu'un tout petit nombre d'enfants en r&#233;elle difficult&#233; intellectuelle. Ils n'appartiennent pas n&#233;cessairement aux cat&#233;gories sociales les moins favoris&#233;es, tel &#171; l'&#233;l&#232;ve en difficult&#233; &#187; de la classe de Josie qui l'&#233;voque ainsi : &#171; Son probl&#232;me est davantage d'ordre psychologique (un refus g&#233;n&#233;ral pour tout apprentissage cod&#233; qui demande un effort). Cet enfant est pourtant issu d'un milieu tr&#232;s favoris&#233; culturellement (parents : cin&#233;aste et chanteuse lyrique). Il a beaucoup de vocabulaire et de culture g&#233;n&#233;rale &#187;. Mais pour ceux-l&#224; les parents prennent souvent l'initiative d'un traitement en-dehors de l'&#233;cole, ou s'orientent vers l'enseignement priv&#233;. L'&#233;cole publique, elle, doit affronter des cas difficiles d'&#233;l&#232;ves souvent issus de famille elles-m&#234;mes en grandes difficult&#233;s &#224; la fois sociales et psychologiques. Myriam &#233;voque cet &#233;l&#232;ve passionn&#233; du code, qui d&#233;chiffre parfaitement et reprend parfois ses camarades, mais qui reste un pur technicien du d&#233;chiffrage : il ne comprend pas ce qu'il lit, pas plus d'ailleurs, et c'est logique, qu'il ne comprend si la m&#234;me histoire lui est racont&#233;e. Tristan a un &#233;l&#232;ve redoublant le CP et orient&#233; en CLIS l'an prochain, qui ne reconna&#238;t pas les sons. Isabelle propose pour le maintien en CP un &#233;l&#232;ve qui ne m&#233;morise pas, ce que confirment les tests pass&#233;s par la psychologue, qui est travailleur mais n'a aucune autonomie, bien qu'il ait fait quelques progr&#232;s. Chlo&#233; avait un redoublant qui n'a fait aucun progr&#232;s en lecture, alors qu'il &#171; a une compr&#233;hension tr&#232;s fine des textes &#187; qu'il entend lire par ses camarades, etc. Tous ces &#233;l&#232;ves sont en difficult&#233; dans tous les secteurs des apprentissages, et ont &#233;videmment ici besoin d'une intervention sp&#233;cialis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ils terminent l'ann&#233;e satisfaits&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;l&#232;ves qui ont commenc&#233; &#224; se constituer une capacit&#233; de navigation autonome dans la culture &#233;crite et en ont d&#233;couvert les plaisirs. Ils ont acquis des bases qui leur serviront la vie durant, et d'abord pendant leur scolarit&#233;. Ils ont aim&#233; leur manuel et sont &#171; tristes d'apprendre qu'ils ne pourraient pas le garder et l'emmener chez eux &#187;, rapporte Myriam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des parents, parfois r&#233;ticents en d&#233;but d'ann&#233;e &#224; l'&#233;gard de ce m&#234;me manuel, trouvant qu'en lecture &#231;a n'avan&#231;ait pas assez vite, et en m&#234;me temps appr&#233;hendant un vocabulaire trop diversifi&#233; et des textes difficiles, puis enchant&#233;s des progr&#232;s observ&#233;s et soutenant fortement la d&#233;marche : ce qui a facilit&#233; le travail des coll&#232;gues, notent-elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ma&#238;tres et ma&#238;tresses qui &#233;prouvent un r&#233;el bonheur professionnel en constatant l'efficacit&#233; de leurs investissements p&#233;dagogiques, et sont impressionn&#233;s par l'int&#233;r&#234;t et la qualit&#233; des r&#233;flexions qu'ils-elles ont pu mener avec leurs &#233;l&#232;ves &#224; partir des textes de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;coles qui ont b&#233;n&#233;fici&#233; de l'op&#233;ration : des &#233;l&#232;ves de CP sont venus lire des textes et des po&#232;mes du manuel &#224; la f&#234;te de fin d'ann&#233;e ; d'autres ont chant&#233; des po&#232;mes mis en musique ; les intervenants en arts plastiques ont travaill&#233; avec les &#339;uvres reproduites dans l'ouvrage ; dans l'&#233;cole (ZEP) de Nicole, Muriel et Tristan, 600 &#8364; ont &#233;t&#233; investis, afin d'embellir les lieux, dans l'achat &#224; Beaubourg de 30 reproductions grand format d'&#339;uvres pr&#233;sent&#233;es dans &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Annexes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1- Une dict&#233;e dans la classe d'Isabelle (d&#233;but juin, le&#231;on 43)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle travaille avec ses &#233;l&#232;ves la le&#231;on 43 qui porte sur les graph&#232;mes ein, ey, ien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes d&#233;but juin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les combinaisons de graph&#232;mes ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;es et les mots, lus. A l'oral les &#233;l&#232;ves doivent trouver des mots qui contiennent les graph&#232;mes du jour, ce qu'ils r&#233;ussissent pleinement. Puis nous passons &#224; une dict&#233;e de mots dans le cahier d'essais et quelques &#233;l&#232;ves sont invit&#233;s &#224; venir les &#233;crire un &#224; un au tableau, ce qui permet une correction collective des erreurs (tr&#232;s peu nombreuses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite la dict&#233;e dont voici le texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il peint une belle toile. Elle va bien. Il &#233;teint la lumi&#232;re. Un indien galope sur son cheval noir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 &#233;l&#232;ves n'ont fait aucune erreur. Voici la copie des dict&#233;es des autres, qui reproduit scrupuleusement les erreurs de chacun :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle toille. [pas d'erreur dans la suite] Cette erreur concerne deux &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle touoille. [pas d'erreur dans la suite]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pein une belle toile. [pas d'erreur dans la suite]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle toile. Elle vas bient. Il &#233;tein la lumi&#232;re. Un indien galope sur son cheval noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle toile. Elle va bien. Il &#233;teint la lumi&#232;re. Un indiein galope sur son chevale noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle toille. Elle va bien. Il &#233;teint la lumi&#232;re. Un indien galop sur son cheval noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle toile. Elle va bient. Il &#233;teint la lumi&#232;re. Un indien galope sur son chevale noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une bell toile. Elle va bien. Il &#233;tein la lumi&#232;re. Un indien galope sur son cheval noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle toile. Elle va bien. Il &#233;tein la lumi&#232;re. Un indiein galop sur son cheval noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle toile. Elle va bien. Il &#233;teint la lumi&#232;re. Un indien galope sur son chevale noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle toil. Elle va pein. Il &#233;tein la lumi&#232;re. Un indien galope sur son cheval noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pein une belle toile. Elle va bien. Il &#233;tein la lumier. Un eindien galope sur son cheval noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle toile. Elle vas bien. Il eytein la lumi&#232;re. Un indien galope sur son cheval noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle touoil. Elle va bien. Il &#233;teint la lumi&#232;re. Un indien galope sur son geval noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle toille. Elle va biun. Il &#233;teint la lumi&#232;re. Un indien galope sur son cheval noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une bell toile. Elle va bien. Il &#233;teint la l'mi&#232;re. Un indien galop sur son cheval noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint une belle toile. il &#233;teint la numi&#232;re. Un dien galope sur son cheval noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pin surtla elle &#233;tlantier in nein calop sur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 - Construire et &#233;crire une phrase&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la le&#231;on 42 (celle des graph&#232;mes ell, eff, emm&#8230;) Isabelle demande aux &#233;l&#232;ves d'&#233;crire une phrase avec chacun des mots suivants : tennis, belle, interroge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici quelques textes que nous avons pu recopier. Il s'agit d'un premier jet sur l'ardoise qui sera repris avec la ma&#238;tresse avant d'&#234;tre r&#233;crit dans le cahier du jour. (Les erreurs d'orthographe ou de ponctuation sont reproduites).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma copine fait du tennis et du golf et de la gymnastique. J'ai vu une belle robe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je joue au tennis. La ma&#238;tresse interroge l'&#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;tresse interroge les enfants qui leivent le doigt et qui sont sage. Moi je fai du tennis &#224; Toulouse. Mon papa trouve que ma maman est belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi j'ai vu une femme tr&#232;s belle. J'aime le tennis. J'interroge un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;tresse ne m'interroge pas souvent. Mon papa regarde le tennis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma maman est belle et ma s&#339;ur aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne est belle. b&#233;n&#233;dicte interroge. Val&#233;rie est ex&#231;llente en tennis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour j'ai fait du tennis et j'ai &#233;t&#233; fort. interroge un petit gar&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je joue au tennis et j'ador sa. Mon p&#232;re m acheter une arme &#224; bille. La mtresse m a interrog&#233; et j'ai r&#233;pondu juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai fait du tennis. Ma maman m interroge pour un mot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma maman est belle. Mon papa fait du tennis. La ma&#238;tresse interroge Lila.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon papa fait du tennis. La ma&#238;tresse m'interroge dans la classe. Ma maman est si belle avec sa robe !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chapitre 4. Avril : comment &#231;a va au printemps ?</title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article90</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article90</guid>
		<dc:date>2010-05-05T07:54:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s les vacances de No&#235;l, les &#233;changes et r&#233;unions entre les membres du collectif se sont spectaculairement ralentis. Les uns et les autres sont d&#233;sormais tr&#232;s rassur&#233;s, en ce qui concerne tout &#224; la fois le travail des &#233;l&#232;ves, l'efficacit&#233; de Je lis, j'&#233;cris, et la fa&#231;on dont ils conduisent les apprentissages. Aucun doute possible : l&#224; est la raison essentielle de la rar&#233;faction de leurs &#233;changes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fin janvier, apr&#232;s la reprise &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 30 janvier, Mathieu indique sa satisfaction &#171; de voir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;02 Je lis, j'&#233;cris-CP : r&#233;cit d'une exp&#233;rimentation collective&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L121xH150/arton90-5e0c8.png?1790432655' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s les vacances de No&#235;l, les &#233;changes et r&#233;unions entre les membres du collectif se sont spectaculairement ralentis. Les uns et les autres sont d&#233;sormais tr&#232;s rassur&#233;s, en ce qui concerne tout &#224; la fois le travail des &#233;l&#232;ves, l'efficacit&#233; de Je lis, j'&#233;cris, et la fa&#231;on dont ils conduisent les apprentissages. Aucun doute possible : l&#224; est la raison essentielle de la rar&#233;faction de leurs &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fin janvier, apr&#232;s la reprise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 30 janvier, Mathieu indique sa satisfaction &#171; de voir les m&#244;mes progresser en lecture, car ils progressent tous ! (&#224; part mon &#171; cas &#187;, usant de chez usant, tr&#232;s tr&#232;s perturbant pour les autres, mais c'est une autre histoire&#8230;). Ils semblent prendre de plus en plus plaisir &#224; s'approprier les rudiments du d&#233;chiffrage et de l'&#233;criture. J'en suis &#224; la le&#231;on du eu-eur, et apr&#232;s entra&#238;nement &#224; l'&#233;cole puis &#224; la maison la plupart arrivent &#224; lire les textes, m&#234;me si c'est encore hach&#233; voire tr&#232;s hach&#233; entre les mots pour beaucoup. Depuis deux semaines environ, cependant, les progr&#232;s en fluidit&#233; sont assez remarquables. Chez les plus fragiles, plus d'inversions, mais encore des confusions d/b, v/f, voire b/p. Les dict&#233;es sont lues en classe (on entend ce qu'on va devoir &#233;crire et on remarque les irr&#233;gularit&#233;s du type consonnes doubles, terminaisons li&#233;es au genre ou au nombre, etc.) puis elles sont pr&#233;par&#233;es &#224; la maison ; ils font peu de fautes au final quand on passe sur le cahier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 f&#233;vrier se tient la cinqui&#232;me r&#233;union du collectif. Extraits du compte-rendu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ambiance est plut&#244;t d&#233;tendue. Beaucoup de coll&#232;gues ont le sentiment de commencer &#224; bien ma&#238;triser l'usage de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; (&#8230;). Les &#233;l&#232;ves progressent r&#233;guli&#232;rement et plus rapidement, on en est selon les classes de la le&#231;on 19 &#224; la le&#231;on 24, au rythme d'environ trois jours pour une le&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s d'&#233;criture occupent toujours une bonne partie du temps de travail, mais l&#224; aussi les progr&#232;s sont sensibles ; d'ailleurs les dict&#233;es propos&#233;es par le manuel paraissent d&#233;sormais moins difficiles. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale la dict&#233;e est pr&#233;par&#233;e la veille de fa&#231;on collective, en rep&#233;rant soigneusement les difficult&#233;s en classe, de fa&#231;on &#224; s'assurer que ceux qui ne les revoient ni &#224; l'&#233;tude ni le soir chez eux les aient n&#233;anmoins travaill&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant la lecture, certains coll&#232;gues signalent qu'ils sont attentifs &#224; faire passer tous leurs &#233;l&#232;ves en lecture individuelle : soit en faisant passer chaque jour la moiti&#233; d'entre eux, soit en les faisant tous passer chaque jour en leur faisant lire des phrases pas trop longues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une activit&#233; nouvelle en travail autonome se d&#233;veloppe depuis la fin du premier trimestre pour certains coll&#232;gues qui la font pratiquer d&#233;sormais tous les jours, ou commence seulement &#224; &#234;tre pratiqu&#233;e par d'autres : l'invention et l'&#233;criture de phrases par les &#233;l&#232;ves, qui sont appel&#233;s &#224; les lire publiquement (et fi&#232;rement !) chacun leur tour : les mots comprenant des graph&#232;mes non encore &#233;tudi&#233;s &#233;tant transcrits approximativement, comme on peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant la lecture des textes, les uns les font lire directement sur le manuel ; d'autres pr&#233;f&#232;rent, pour le premier moment de d&#233;couverte, commencer par les transcrire au tableau et en diriger la lecture collective avec une baguette, ce qui permet de mieux soutenir l'attention, de rep&#233;rer tout de suite les erreurs, d'aider &#224; scander les bonnes syllabes. Concernant le travail sur le sens du texte, l'habitude est maintenant strictement prise de toujours commencer par le d&#233;chiffrage (bien que le sens d'au moins une partie des mots &#171; difficiles &#187; ait &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; lors de la lecture du vocabulaire sur la page de gauche). La question du sens est-elle pos&#233;e apr&#232;s lecture de l'ensemble du texte ou apr&#232;s lecture de chaque phrase ? Apparemment il n'y a pas de r&#232;gle g&#233;n&#233;rale &#224; cet &#233;gard, mais une adaptation &#224; la longueur du texte et &#224; sa &#171; difficult&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux &#171; Articulons &#187;, enfin, ils sont souvent appris par c&#339;ur et leur succ&#232;s ne se d&#233;ment pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mi-avril : comment &#231;a avance ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme janvier le laissait pressentir, les apprentissages ont pris un cours tranquille en f&#233;vrier et mars, n&#233;cessitant un minimum d'&#233;changes et de concertation. La r&#233;union du collectif, le 15 avril, permet de faire le point &#224; la veille des vacances de printemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque ma&#238;tre a avanc&#233; &#224; son rythme, c'est-&#224;-dire au rythme rendu possible par l'aisance des &#233;l&#232;ves et les contraintes de leur nombre. Ces derni&#232;res se comprennent ais&#233;ment : quand on tient &#224; faire lire tous les &#233;l&#232;ves individuellement, quand on v&#233;rifie chacune des dict&#233;es, quand on prend soin des plus lents, le nombre d'&#233;l&#232;ves a une influence directe sur le temps pass&#233; sur une le&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi les &#233;carts se sont-ils creus&#233;s entre l'avance des uns et des autres, certaines classes en &#233;tant &#224; la le&#231;on 37, d'autres encore &#224; la le&#231;on 27. La majorit&#233; des classes en sont entre la le&#231;on 33 et la le&#231;on 37. Il appara&#238;t possible cependant que la le&#231;on 52 ne soit pas atteinte &#224; la fin de l'ann&#233;e dans les classes au public le plus populaire et le plus nombreux. L'inqui&#233;tude toutefois n'est pas de mise : les &#233;l&#232;ves concern&#233;s n'en auront pas moins appris &#224; lire, les graph&#232;mes &#233;tudi&#233;s dans les derni&#232;res le&#231;ons ne sont pas les plus usit&#233;s de la langue &#233;crite, et pourront &#234;tre rapidement assimil&#233;s par la suite &#224; partir de bases solidement acquises.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;chiffrage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La situation est claire, et le constat r&#233;current d'une classe &#224; l'autre. D'un c&#244;t&#233; il reste ici ou l&#224; un, voire deux &#233;l&#232;ves en r&#233;elle difficult&#233; : on va revenir sp&#233;cifiquement ci-dessous sur ce probl&#232;me. Pour tous les autres &#233;l&#232;ves, l'affaire est entendue : d&#233;sormais, on sait lire. On notera &#224; ce propos que l'effort tenace d&#233;ploy&#233; par les membres du collectif, depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, pour d&#233;barrasser leurs &#233;l&#232;ves des habitudes de devinette acquises avant le CP, le cas &#233;ch&#233;ant, a fini par payer, dans la quasi totalit&#233; des cas : ils n'inventent plus, ils ne pratiquent plus la &#171; prise d'indices &#187;, ils lisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes la vitesse du d&#233;chiffrage n'est pas encore la m&#234;me pour tous les &#233;l&#232;ves. Certains d&#233;chiffrent de fa&#231;on un peu moins rapide et ais&#233;e, mais aucun n'&#226;nonne. Voil&#224; quelques exemples de ce qu'en disent les coll&#232;gues concern&#233;s :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mathieu : sauf un, tous lisent de fa&#231;on plus ou moins fluide
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Christa : tous ses CP sauf un lisent &#171; tr&#232;s bien &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Myriam : sur vingt et un : dix lisent &#171; parfaitement &#187;, dix lisent bien, un peu plus lentement, mais sans &#226;nonner
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Catherine : sur vingt-sept, vingt-cinq d&#233;chiffrent normalement, de mani&#232;re un peu plus ou un peu moins fluide
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Isabelle : sur vingt-sept, vingt-six lisent &#171; sans &#226;nonner, chaque mot est lu d'une traite, il n'y a pas de lecture lente et hach&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le t&#233;moignage peut-&#234;tre le plus frappant de ce succ&#232;s se trouve dans la fa&#231;on de traiter les textes. En janvier encore, pour bien des ma&#238;tres, leur longueur inqui&#233;tait, on les transcrivait au tableau pour guider leur lecture collective, afin de maintenir l'attention et de soutenir l'effort. On les prenait phrase par phrase, puis paragraphe par paragraphe. On est pass&#233; maintenant, le plus souvent, &#224; une lecture adulte : les textes sont lus d'embl&#233;e sur le manuel, chacun les d&#233;chiffrant individuellement, &#224; sa table, et d'un bout &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'intelligence des textes
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s logiquement, la fluidit&#233; acquise du d&#233;chiffrage ouvre sans probl&#232;me l'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension. Tous les membres du collectif notent que m&#234;me ceux de leurs &#233;l&#232;ves dont le d&#233;chiffrage est moins rapide, parce qu'ils ne hachent pas les mots pour autant, qu'ils pr&#234;tent attention aux accents et respectent la ponctuation, comprennent ce qu'ils lisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que chaque le&#231;on est l'occasion de d&#233;couvrir des mots nouveaux et d'en interroger le sens, qu'apprendre &#224; lire et am&#233;liorer sa connaissance de la langue vont de pair, et maintenant bien int&#233;gr&#233;e. C'est quelque chose qui va de soi, et qui fait partie du plaisir d'apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appropriation des mots nouveaux se fait &#224; travers la discussion collective de leur sens, la recherche de synonymes et d'antonymes, la construction de phrases et de petits textes utilisant des mots s&#233;lectionn&#233;s. &#034;Les &#233;l&#232;ves sont toujours aussi enthousiastes et nous commen&#231;ons &#224; obtenir des phrases vraiment &#233;labor&#233;es en expression &#233;crite&#034;, indique Chlo&#233;. Certains coll&#232;gues utilisent &#224; cette fin la disposition r&#233;currente du vocabulaire propos&#233; &#224; chaque le&#231;on par &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, dans laquelle les noms communs succ&#232;dent aux adjectifs, puis les verbes et adverbes, et enfin les noms propres. Ils-elles demandent &#224; leurs &#233;l&#232;ves de construire leur phrase &#224; partir du choix, dans la liste du jour, d'un nom commun, d'un adjectif, d'un verbe, voire d'un adverbe et d'un compl&#233;ment, l'exercice prenant parfois l'allure d'un jeu de cadavre exquis aux effets des plus cocasses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail sur les textes se fait essentiellement &#224; travers un &#233;change collectif sur leur sens, leur port&#233;e, leurs interpr&#233;tations possibles. &#171; On discute beaucoup sur les textes &#187;, notent de fa&#231;on r&#233;currente les membres du collectif, et le type de textes que propose &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; s'y pr&#234;te particuli&#232;rement. Comme pour la d&#233;couverte de mots nouveaux, la confrontation aux micro-univers de sens port&#233; par chaque texte est un plaisir sans cesse renouvel&#233;, que certains anticipent en tentant de lire d'avance les textes des le&#231;ons &#224; venir. Les &#233;l&#232;ves appr&#233;cient notamment ceux qui, comme les &#171; Articulons &#187;, jouent des sonorit&#233;s de la langue (tel &#171; La pendule &#187;, selon Gamarra, le&#231;on 30) ; ceux qui &#233;voquent le go&#251;t de l'enfance pour les r&#233;cits (&#171; J'aime les histoires &#187;, le&#231;on 34) ; ceux qui marient dialogues et imaginaire po&#233;tique (&#171; Le luthier &#187;, le&#231;on 33). Leur sensibilit&#233; au registre po&#233;tique ne se d&#233;ment pas, et ils se r&#233;galent d'expressions telles &#171; l'immobilit&#233; du l&#233;zard &#187; (&#171; Zo&#233; aime &#187;, le&#231;on 24) ou &#171; l'immensit&#233; marine &#187; (&#171; L'anchois dispara&#238;t &#187;, le&#231;on 28). Mais ils peuvent aussi se passionner pour des textes plus &#171; philosophiques &#187;. Ainsi l'histoire de &#171; l'empereur sup&#233;rieur &#187;, qui propose une amorce de r&#233;flexion sur la question du pouvoir (le&#231;on 29), ou celle de &#171; Jason &#187;, qui contraste biens mat&#233;riels et biens culturels (le&#231;on 27), ont suscit&#233; dans certaines classes (chez Myriam, Isabelle, Christa par exemple), un fort int&#233;r&#234;t et des discussions anim&#233;es, alors m&#234;me qu'ils sont jug&#233;s tr&#232;s difficiles par d'autres coll&#232;gues (Tristan, Nicole, In&#232;s) qui les ont peu exploit&#233;s dans leur classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines coll&#232;gues (Christa, Chlo&#233;) notent que parall&#232;lement elles ont commenc&#233; &#224; faire lire de petits albums &#224; leurs &#233;l&#232;ves qui se r&#233;jouissent d'y parvenir sans probl&#232;me particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces constats viennent ainsi confirmer la pertinence de l'ambition lexicale et textuelle port&#233;e par &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris,&lt;/i&gt; et dont les membres du collectif avaient commenc&#233; de se convaincre d&#232;s la fin du premier trimestre. La difficult&#233; des apprentissages propos&#233;s ne s'av&#232;re pas un obstacle, mais un stimulant qui maintient le d&#233;sir et le plaisir d'apprendre, d&#232;s lors que l'on donne r&#233;ellement aux &#233;l&#232;ves les moyens d'en venir &#224; bout. L'on v&#233;rifie &#224; cet &#233;gard combien l'effort sans concession pour parvenir &#224; une lecture fluide bannissant toute lecture devinette est justifi&#233; : quel &#233;l&#232;ve aurait pu deviner &#171; l'immensit&#233; marine &#187; ou &#171; l'immobilit&#233; du l&#233;zard &#187; ? Et en se rappelant que les &#233;l&#232;ves de huit de nos douze classes de CP viennent quasi exclusivement de familles socialement peu favoris&#233;es, on se dit que le service public d'&#233;ducation nationale est bien dans son r&#244;le quand il permet &#224; ces enfants de partager des richesses culturelles dont ils auraient pu &#224; jamais rester &#224; l'&#233;cart (l'iconographie de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; &#233;tant elle-m&#234;me le plus souvent mise au service de cet objectif, l'habitude &#233;tant prise, &#224; chaque le&#231;on, d'aller consulter en fin d'ouvrage la rubrique indiquant la nature et l'origine des &#339;uvres reproduites, occasion pour le ma&#238;tre de proposer quelques &#233;clairages sur l'histoire de l'art).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les dict&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On sait que &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; associe &#233;troitement l'&#233;criture &#224; la lecture, et on se souvient que les membres du collectif consacraient, au premier trimestre, un temps important au travail de l'&#233;crit et &#224; la dict&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque coll&#232;gue membre du collectif a maintenant sa m&#233;thode bien arr&#234;t&#233;e de pr&#233;parer la dict&#233;e. Ainsi Myriam la pr&#233;pare sur trois jours. Le premier, elle l'&#233;crit au tableau et conduit l'&#233;tude collective de ses difficult&#233;s. Le deuxi&#232;me jour on revoit la structure de la phrase et sa ponctuation. Ainsi, dans la dict&#233;e de la le&#231;on 36 (&#171; Le louveteau saute en vain : le corbeau sur le bouleau est si haut ! &#187;), on rappelle le L majuscule du premier Le, les deux points, le point d'exclamation final. Puis on travaille l'orthographe des mots, notamment le jeu sur les trois graph&#232;mes du son o : le o de corbeau, le au de saute, le eau de louveteau (&#171; J'&#233;cris au tableau, je cache, ils &#233;crivent sur l'ardoise &#187;. Le soir &#224; l'&#233;tude ou chez eux les &#233;l&#232;ves sont invit&#233;s &#224; &#233;crire les mots sur leur cahier brouillon. Le troisi&#232;me jour on proc&#232;de &#224; la dict&#233;e. D'autres coll&#232;gues effectuent une pr&#233;paration du m&#234;me ordre, mais l'ensemble du processus, pr&#233;paration et dict&#233;e, se d&#233;roule sur deux jours seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'observe Isabelle, &#171; le niveau de soin de l'&#233;criture est remarquable, parce qu'on les fait &#233;crire tous les jours &#187;. Et il en va de m&#234;me de l'orthographe : dans sa classe, apr&#232;s les diff&#233;rentes &#233;tapes de pr&#233;paration (dict&#233;e des syllabes ; copie des mots en rep&#233;rant les difficult&#233;s ; dict&#233;e sur l'ardoise ; passage au tableau, &#233;criture des mots, on r&#233;p&#232;te s'il y a un probl&#232;me ; et enfin dict&#233;e sur le cahier) la dict&#233;e finale de la le&#231;on 29 (&#171; Le daim est embarrass&#233; soudain par le vol d'un essaim de gu&#234;pes &#187;) a donn&#233; ce r&#233;sultat : sur 27 &#233;l&#232;ves, 24 n'ont fait aucune faute. Chez Myriam, &#224; la dict&#233;e de la le&#231;on 36 : sur 20 &#233;l&#232;ves, 3 ou 4 ont fait deux ou trois fautes. A la derni&#232;re dict&#233;e chez Catherine : 20 sur 27 n'ont aucune faute&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'indiquions pr&#233;c&#233;demment, un tout petit nombre d'&#233;l&#232;ves peine &#224; entrer comme les autres dans la lecture et l'&#233;criture et exige une attention toute particuli&#232;re. Quelques exemples donn&#233;s par les membres du collectif :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Christa : une de ses CP progresse moins vite que les autres, elle se d&#233;courage facilement car elle n'arrive &#224; lire qu'au prix d'un &#171; &#233;norme effort d'&#233;nergie &#187;, confondant les lettres tr&#232;s facilement.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Catherine : deux &#233;l&#232;ves sur vingt-sept en retard. L'une d&#233;chiffre bien, mais son habilet&#233; technique ne d&#233;bouche gu&#232;re sur l'appropriation du sens. L'autre d&#233;chiffre les graph&#232;mes simples, mais il a le plus grand mal avec les phrases, a fortiori avec les textes. Il a aussi le plus grand mal &#224; &#233;crire et &#224; faire autre chose que des boucles. &#171; La maman refuse de l'aide depuis la petite section de maternelle. Cette ann&#233;e elle a accept&#233; la ma&#238;tresse E, mais il faudrait une prise en charge plus s&#233;rieuse. Il parle tr&#232;s peu, il commence seulement &#224; avoir quelques copains &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Isabelle : un &#233;l&#232;ve sur vingt-sept fait probl&#232;me, &#171; il n'imprime pas, il a eu du mal &#224; m&#233;moriser les voyelles jusqu'en d&#233;cembre. Il n'a pourtant aucun probl&#232;me sur le sens de textes qu'il entend lire &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mathieu : &#171; Mon &#233;l&#232;ve &#171; perturb&#233; &#187; est suivi maintenant trois apr&#232;s-midi par semaine. Il s'&#233;tait tr&#232;s vite arr&#234;t&#233; dans l'ann&#233;e, il vient de s'y remettre un peu, il para&#238;t moins embarrass&#233; par ses probl&#232;mes psys mais c'est encore tr&#232;s difficile. J'ai repris la lecture au d&#233;but avec lui, il en est &#224; la le&#231;on 13, il lit les syllabes et les mots, donc il combine, mais il faut grandement l'aider &#224; soutenir son attention, et pour les phrases c'est dur &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Myriam : deux &#233;l&#232;ves &#171; en grande difficult&#233; &#187; depuis le d&#233;but. Myriam a obtenu que la ma&#238;tresse du RASED les fasse travailler selon ses indications sur &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;. Cette ma&#238;tresse &#233;tait tr&#232;s r&#233;ticente au d&#233;part &#224; l'&#233;gard du manuel et de la d&#233;marche &#171; graph&#233;mique &#187;, et ne s'est convaincue qu'&#224; l'exp&#233;rience de son efficacit&#233; (voir sur ce site dans la rubrique &#171; Ce qu'ils en disent / T&#233;moignages &#187;). De fait, pour l'un des deux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, les choses se sont d&#233;bloqu&#233;es, &#171; &#231;a y est : non seulement il lit, mais il comprend, c'est magique. L'autre d&#233;code bien, c'est m&#234;me un pro du code, mais il a du mal &#224; mettre le texte &#224; distance et &#224; en interroger le sens, comme si lire c'&#233;tait d&#233;chiffrer. C'est un enfant suivi depuis trois ans maintenant par psy et orthophoniste&#8230; &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chez Tristan un &#233;l&#232;ve n'est pas vraiment entr&#233; dans la lecture ; chez Nicole un autre a bien appris &#224; d&#233;chiffrer mais comprend peu ce qu'il lit, et un redoublant a le plus grand mal &#224; se d&#233;faire des r&#233;flexes acquis de &#034;lecture&#034; devinette et &#224; regarder vraiment ce qu'on lui demande de lire. C'est chez In&#232;s, dont l'&#233;cole est situ&#233;e dans un quartier particuli&#232;rement d&#233;favoris&#233;e, et qui a une classe de CP &#034;renforc&#233;e&#034;, que les difficult&#233;s sont les plus nombreuses : un &#233;l&#232;ve est handicap&#233; sensoriel ; un autre, redoublant, tr&#232;s lent, est suivi par un orthophoniste ; un troisi&#232;me a un gros retard de langage, il est quand m&#234;me arriv&#233; &#224; la le&#231;on 7 ; trois autres encore sont en retard sensible sur le gros de la classe en mati&#232;re de d&#233;chiffrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on assez manifeste ces &lt;i&gt;&#233;l&#232;ves&lt;/i&gt; en difficult&#233; sont souvent des &lt;i&gt;enfants&lt;/i&gt; en difficult&#233;. On voit cependant qu'il faut se garder d'imputer trop rapidement leurs probl&#232;mes &#224; un psychisme perturb&#233; : le cas du &#171; d&#233;blocage miraculeux &#187; de l'un des deux &#233;l&#232;ves en difficult&#233; de Myriam l'indique suffisamment. Le constat a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fait dans diff&#233;rentes enqu&#234;tes, et par bien des coll&#232;gues qui s'occupent d'&#233;l&#232;ves en difficult&#233; : la d&#233;marche graph&#233;mique permet de &#034;r&#233;cup&#233;rer&#034; des enfants dont les apprentissages paraissaient bien mal partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit aussi que le recours &#224; une intervention psy, indispensable dans d'autres cas, ne permet en aucune fa&#231;on de faire l'&#233;conomie d'un apprentissage &#171; normal &#187;. L'&#233;l&#232;ve de Catherine comme ceux de Myriam ou de Nicole, qui ont bien appris &#224; d&#233;coder mais n'en sont pas encore, pour une raison ou une autre, &#224; s'&#233;couter d&#233;coder et du coup &#224; comprendre ce qu'ils d&#233;chiffrent, ne gardent une chance de franchir ce cap d&#233;cisif que&#8230; parce qu'ils ont bien appris &#224; d&#233;coder. A l'inverse l'&#233;l&#232;ve d'Isabelle, qui comprend les textes qu'on lui lit, n'a pas d'autre solution pour apprendre &#224; lire que de continuer &#224; progresser dans sa capacit&#233; de d&#233;chiffrage, f&#251;t-ce &#224; un rythme tr&#232;s lent, comme le fait l'&#233;l&#232;ve &#171; perturb&#233; &#187; de Mathieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concluons sur ce point :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Un apprentissage s&#233;rieux et efficace de la lecture apprend &#224; lire &#224; tous les &#233;l&#232;ves d&#232;s la fin du deuxi&#232;me trimestre, &#224; l'exception d'une toute petite minorit&#233; compos&#233;e pour l'essentiel d'enfants en s&#233;rieuse difficult&#233; personnelle. Le fait de peiner &#224; entrer normalement dans la culture &#233;crite ne tient pas ici &#224; quelque &#171; handicap socioculturel &#187;, mais aux al&#233;as des existences individuelles, et &#224; leurs r&#233;percussions sensorielles, motrices, psychiques. Si c'&#233;tait l&#224; une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, il n'y aurait plus gu&#232;re lieu de parler d'&#171; in&#233;galit&#233;s scolaires &#187; au sens o&#249; on en parle aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Ces enfants en difficult&#233; personnelle ont besoin d'un soutien particulier. Ils n'ont pas besoin d'une autre p&#233;dagogie, mais qu'on passe plus de temps avec eux afin de leur permettre de r&#233;aliser &#224; leur fa&#231;on les cheminements d'apprentissage que les autres ont r&#233;alis&#233; plus ais&#233;ment. Si cette aide est apport&#233;e de l'ext&#233;rieur par un enseignant sp&#233;cialis&#233;, il est certainement essentiel, l'exemple donn&#233; par Myriam est probant &#224; cet &#233;gard, qu'elle le soit en &#233;troite concertation avec l'enseignant concern&#233;. Dans tous les cas, il est d&#233;cisif de maintenir les objectifs communs d'apprentissage, sauf &#224; transformer le soutien p&#233;dagogique en aimable consolation des perdants. Parall&#232;lement &#224; cette intervention p&#233;dagogique, une partie de ces enfants trouveront bien entendu un b&#233;n&#233;fice indispensable dans un soutien proprement psy apport&#233; par un personnel sp&#233;cialis&#233; et/ou dans une institution ad hoc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Accordons-nous le plaisir, en guise de conclusion g&#233;n&#233;rale de ce chapitre, de donner la parole &#224; Josie, la seule &#224; enseigner dans une &#233;cole rurale, dont le public toutefois est massivement constitu&#233; d'enfants d'ouvriers et d'employ&#233;s. Josie en est avec ses &#233;l&#232;ves &#224; la le&#231;on 33. Ils ont &#034;tous une lecture fluide, efficace, ils ont parfaitement le code et le sens&#034;. L'inspecteur est venu, &#034;il a &#233;t&#233; tr&#232;s impressionn&#233; par l'ambiance de la classe, &#224; la fois paisible et vive, contente d'&#234;tre l&#224;. Il a &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;tonn&#233; de ne pas voir de sons aux murs, et du niveau du lexique des &#233;l&#232;ves. C'est un &#233;l&#232;ve qui lui a appris le sens du mot &#034;r&#233;s&#233;da&#034;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'exp&#233;rience, Josie se dit convaincue du caract&#232;re &#034;vraiment d&#233;mocratique&#034; de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; : non seulement parce que l'ouvrage &#034;permet aux enfants d'origine populaire de devenir vraiment lecteur et en app&#233;tit de culture, mais aussi parce que les autres y trouvent &#233;galement leur compte (ils ne s'ennuient jamais). Ils peuvent avoir quelque avance sur le d&#233;chiffrage, et avoir quelques connaissances que les autres n'ont pas, mais de toutes fa&#231;ons ils ne savent pas tout, ils apprennent eux aussi du vocabulaire, et sur le plan culturel ils sont loin de conna&#238;tre tout ce qu'il y a dans &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;. Ils apprennent eux aussi &#233;norm&#233;ment, et &#231;a cr&#233;e dans la classe une dynamique d'&#233;mulation qui casse la s&#233;paration habituelle entre les forts et les faibles&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chapitre 2. Septembre/novembre : tirer le meilleur parti de Je lis, j'&#233;cris </title>
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		<dc:date>2010-03-16T18:42:39Z</dc:date>
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&lt;p&gt;L'historique du collectif Jlj&#233;, appelons-le ainsi, a &#233;t&#233; d&#233;crit dans le premier chapitre de cette rubrique. Les douze ma&#238;tres et ma&#238;tresses de CP qui le composent se sont r&#233;unis tout au long de l'ann&#233;e scolaire 2009/2010 en moyenne une fois par mois, plus fr&#233;quemment au d&#233;but de l'ann&#233;e. Et entre ces r&#233;unions, ils communiquaient par mails pour faire part de leurs difficult&#233;s comme des solutions qu'ils proposaient. Les comptes rendus de ces r&#233;unions, les &#233;changes par mails, ainsi que des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;02 Je lis, j'&#233;cris-CP : r&#233;cit d'une exp&#233;rimentation collective&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L121xH150/arton85-6bf11.png?1790560935' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'historique du collectif Jlj&#233;, appelons-le ainsi, a &#233;t&#233; d&#233;crit dans le premier chapitre de cette rubrique. Les douze ma&#238;tres et ma&#238;tresses de CP qui le composent se sont r&#233;unis tout au long de l'ann&#233;e scolaire 2009/2010 en moyenne une fois par mois, plus fr&#233;quemment au d&#233;but de l'ann&#233;e. Et entre ces r&#233;unions, ils communiquaient par mails pour faire part de leurs difficult&#233;s comme des solutions qu'ils proposaient. Les comptes rendus de ces r&#233;unions, les &#233;changes par mails, ainsi que des entretiens individuels enregistr&#233;s par les auteurs de Je lis, j'&#233;cris, ont constitu&#233; le mat&#233;riau &#224; partir duquel les diff&#233;rents chapitres de cette rubrique ont pu &#234;tre r&#233;dig&#233;s. L'&#233;laboration de la rubrique &#171; Le&#231;on par le&#231;on &#187;, qui conjugue livre du ma&#238;tre et cahier d'exercices, a &#233;galement b&#233;n&#233;fici&#233; de cette exp&#233;rience collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre voudrait rendre compte de quelques aspects saillants de cette exp&#233;rience, telle qu'elle s'est d&#233;roul&#233;e de la rentr&#233;e des classes aux vacances de No&#235;l. On y &#233;voquera successivement la confrontation des enseignants, puis celle des &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes, &#224; la d&#233;marche d'apprentissage propos&#233;e par Je lis, j'&#233;cris.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Enseignants : des habitudes de travail qui &#233;voluent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tous les membres du collectif, l'adoption de Je lis, j'&#233;cris a repr&#233;sent&#233; un changement significatif. En mati&#232;re d'abord de technique d'apprentissage : soit ils-elles pratiquaient jusque-l&#224; une mixte &#224; d&#233;part global ; soit ils-elles commen&#231;aient par une approche s&#233;rieuse du d&#233;chiffrage, mais sans donner au point de d&#233;part graph&#233;mique (on part du signe &#233;crit et non pas du son) l'importance syst&#233;matique que lui accorde Je lis, j'&#233;cris. Changement aussi dans la conduite de la classe, sugg&#233;r&#233;e par l'organisation de chaque le&#231;on de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, et encourag&#233;e par la diversit&#233; du vocabulaire et l'ambition des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La nouveaut&#233; soul&#232;ve ici ou l&#224; quelques r&#233;sistances&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute modification des fa&#231;ons de faire, ces changements ont parfois suscit&#233; &#233;tonnement et interrogations, et demand&#233; aux coll&#232;gues un certain temps d'adaptation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est arriv&#233; aussi que la surprise, voire l'agacement viennent d'ailleurs : de tel ou tel parent s'inqui&#233;tant que leur enfant passe tant de temps sur les toutes premi&#232;res le&#231;ons, ou de telle maman par ailleurs elle-m&#234;me institutrice estimant trop &#233;lev&#233;e l'ambition du vocabulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action la plus vive est venue fin octobre de la part des membres du RASED de l'une des &#233;coles concern&#233;es par l'exp&#233;rience, une &#233;cole de ZEP. Les arguments justifiant leur d&#233;saccord avec la m&#233;thode &#233;taient les suivants :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; la barre d'apprentissage n'a aucun sens &#187; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; le vocabulaire employ&#233; est trop difficile (exemple donn&#233; &#224; la le&#231;on 13 : &#171; torticolis &#187;) &#187; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; les noms de pays sont une h&#233;r&#233;sie. Les &#233;l&#232;ves ne peuvent absolument pas mettre du sens dans ces mots-l&#224; &#187; (exemple dans la m&#234;me le&#231;on 13 : &#171; Costa-Rica &#187;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; dans les textes il n'y a pas de personnage r&#233;current qui permettraient aux &#233;l&#232;ves de retrouver des &#233;l&#233;ments connus et qui feraient le lien entre les diff&#233;rentes le&#231;ons &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; les textes paraissent trop difficiles pour les &#233;l&#232;ves &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est frappant, c'est que dans un premier temps ces coll&#232;gues du RASED ne se sont pas demand&#233; quels &#233;taient les effets de la m&#233;thode et si les &#233;l&#232;ves concern&#233;s apprenaient &#224; lire, elles ne voyaient qu'une chose : ce n'est pas une m&#233;thode mixte, et donc ce n'est pas comme &#231;a qu'on peut apprendre &#224; lire. Laissons de c&#244;t&#233; l'obsession du sens (&#171; la barre d'apprentissage n'a aucun sens &#187; : certes, mais si c'est un outil qui permet rapidement de lire et de fa&#231;on autonome mots, phrases et textes ?). On remarque que ce qui fait le fonds commun de ces critiques, c'est la conviction implicite que des enfants de six ans ne peuvent apprendre &#224; lire qu'avec des mots d&#233;j&#224; connus (&#171; le vocabulaire employ&#233; est trop difficile &#187;) &#233;voquant un univers d&#233;j&#224; familier (o&#249; l'on retrouve de page en page les m&#234;mes personnages, &#233;voqu&#233;s dans des textes pas trop &#171; difficiles &#187;, et o&#249; l'on ne croise certainement pas le Costa Rica). Et cette conviction est renforc&#233;e par le fait qu'on est ici dans une ZEP, o&#249; les &#233;l&#232;ves ne sont pas cens&#233;s poss&#233;der les ressources intellectuelles dont ils peuvent disposer ailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arguments contraires, qui justifient le parti pris par &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, ne manquent pas. En r&#233;alit&#233; les &#233;l&#232;ves de CP de tous milieux sociaux disposent des ressources linguistiques n&#233;cessaires pour s'approprier le vocabulaire et les textes propos&#233;s, &#224; condition qu'on ne demande pas &#224; chacun de tout comprendre et de tout retenir &#224; 100% (quand on apprend &#224; parler, on ne retient pas chaque mot du premier coup ; mais les mots qu'on n'a jamais entendus ou dont on n'a jamais saisi le sens, on est s&#251;r &#224; 100% de ne jamais les retenir !). Ils adorent faire des choses difficiles pour peu qu'on leur en rende la r&#233;alisation possible. Ils sont tr&#232;s int&#233;ress&#233;s par la d&#233;couverte d'univers qui ne leur sont pas encore, pr&#233;cis&#233;ment, familiers, et s'ennuient d'autant moins &#224; l'&#233;cole. Et enfin, argument d&#233;cisif pour les auteurs de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; : comment l'&#233;cole pourrait-elle lutter contre les in&#233;galit&#233;s culturelles (qui continuent &#224; se creuser rapidement tout au long du primaire !) si elle n'a pas pour les enfants de ZEP l'ambition que leurs parents ont pour les enfants des quartiers chics ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce ne sont pas ces arguments qui ont convaincu les ma&#238;tresses du RASED, et rapidement rassur&#233; les parents : c'est le constat, qui a fini par s'imposer &#224; tous, qu'au bout du compte &#231;a marchait : non seulement les &#233;l&#232;ves apprenaient &#224; lire, mais ils prenaient grand plaisir &#224; d&#233;velopper leurs ressources linguistiques et culturelles en travaillant avec &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit il faut toujours du temps pour int&#233;grer les d&#233;mentis de l'exp&#233;rience et admettre que les choses peuvent &#234;tre autrement qu'on ne les pensait. Le 5 novembre, In&#232;s, ma&#238;tresse d'un CP renforc&#233; en ZEP, indique pour sa part sur le mail : &#171; Il semblerait que les ma&#238;tres du RASED pensent la m&#234;me chose dans mon &#233;cole &#187;. &#201;voquant cependant une ma&#238;tresse E &#171; beaucoup plus mod&#233;r&#233;e dans ses remarques &#187;, mais n&#233;anmoins r&#233;ticente, In&#232;s observe : &#171; Soit dit en passant, elle est venue dans ma classe et s'est bien amus&#233;e &#224; faire lire et &#224; trouver le sens des mots avec les &#233;l&#232;ves &#187;&#8230; Et, de fait, cette coll&#232;gue du RASED est devenue de moins en moins critique au fil du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De nouveaux principes dans la conduite des apprentissages&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les toute premi&#232;res r&#233;unions du collectif ont fait une bonne place &#224; la discussion de nouvelles r&#232;gles de conduite des apprentissages, r&#232;gles qui font partie de la charte propos&#233;e par &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, mais qui viennent bousculer des habitudes de travail &#233;tablies pour la majorit&#233; des participants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le compte rendu de la r&#233;union du 4 septembre rel&#232;ve qu'a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; le fait &#171; qu'on n'est plus dans une d&#233;marche du type : &#8216;J'entends (un son) puis je vois (comment ce son s'&#233;crit)'. Avec &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, la s&#233;quence est invers&#233;e : &#8216;Je vois (un signe &#233;crit) puis je dis (le son qu'il retranscrit)' &#187;. Ce petit ( ?) changement a une grande cons&#233;quence, qui va occuper une bonne partie de la r&#233;union. Les &#171; le&#231;ons de sons &#187; dont les participants sont familiers s'accompagnaient d'une s&#233;rie d'exercices (&#171; Pigeon vole &#187; et autres exercices de discrimination phon&#233;tique, exercices &#224; trous, etc.) connus, exp&#233;riment&#233;s, ma&#238;tris&#233;s. Que faire avec &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; ? Ne peut-on continuer &#224; utiliser les exercices de discrimination phon&#233;tique ? Certains participants inclinent &#224; les garder, d'autres estiment que l'apprentissage des distinctions phon&#233;tiques doit d&#233;sormais s'op&#233;rer &#224; partir du travail de d&#233;chiffrage des graph&#232;mes. C'est cette seconde position qui finira par s'imposer, elle est de fait dans la logique de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;. Muriel, qui a une classe de CP/CE1 en ZEP, &#233;crira ainsi le 15 octobre : &#171; Que ce soit avec les CP ou avec les CE1, je ne ressens plus le besoin dans la classe de faire des s&#233;ances de phonologie : prononcer en lisant me para&#238;t suffire. La phonologie se fait au fur et &#224; mesure des s&#233;ances de lecture, face &#224; la vari&#233;t&#233; des syllabes lues &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre r&#232;gle conforme &#224; la d&#233;marche de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, mais qui s'oppose &#224; toute une culture professionnelle : lire n'est pas deviner. L&#224; les choses &#233;taient tr&#232;s claires : il fallait abandonner soit la lecture devinette, soit Je lis, j'&#233;cris, qui y aurait perdu tout son sens. Le probl&#232;me c'est que si le principe est clair, les cons&#233;quences ne sont pas n&#233;gligeables. Car si on accepte le principe que lire n'est pas deviner, on &#233;limine les exercices &#224; trous, o&#249; il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de deviner les syllabes qui manquent pour lire le mot, ou bien le mot entier qui est sugg&#233;r&#233; par le reste de la phrase ou par un dessin. Or ce type d'exercices avait jou&#233; jusque-l&#224; un r&#244;le non n&#233;gligeable, en mati&#232;re d'animation collective de la classe, dans les habitudes de travail de certains membres du collectif. Tr&#232;s vite cependant tout le monde a d&#233;cid&#233; de jouer le jeu, et s'en est bien trouv&#233;, &#224; constater la rapidit&#233; des progr&#232;s de d&#233;chiffrage des &#233;l&#232;ves. Au point que l'apostrophe &#171; On n'invente pas : regarde ce qui est &#233;crit ! &#187; est devenue un mot d'ordre tr&#232;s courant dans le quotidien des classes, plusieurs ma&#238;tresses faisant remarquer qu'elles &#233;taient ainsi oblig&#233;es de combattre les r&#233;flexes de devinette acquis &#224; la maternelle pour permettre &#224; leurs &#233;l&#232;ves de progresser en lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'abandon des &#171; le&#231;ons de son &#187;, des exercices de discrimination phon&#233;tique et des exercices de devinette, Je lis, j'&#233;cris invitait encore &#224; renoncer &#224; une autre habitude de travail famili&#232;re &#224; plusieurs coll&#232;gues du collectif : celle qui consiste &#224; &#171; bricoler &#187; la progression et le contenu des le&#231;ons dans l'apprentissage du d&#233;codage, en empruntant &#224; droite &#224; gauche &#224; telle ou telle m&#233;thode, et en travaillant avec des photocopies. Les membres du collectif se sont vite rendu compte en effet que les activit&#233;s propos&#233;es par chaque le&#231;on de Je lis, j'&#233;cris repr&#233;sentent, entre le d&#233;chiffrage, la compr&#233;hension des mots et des textes, le jeu avec les assonances des &#171; Articulons &#187;, l'&#233;criture et la dict&#233;e, un temps de travail d&#233;j&#224; tr&#232;s cons&#233;quent pour les &#233;l&#232;ves. Qui plus est, suivre la progression propos&#233;e par le manuel est la seule fa&#231;on de leur permettre de lire en autonomie les &#233;nonc&#233;s de chaque le&#231;on, et donc de tirer pleinement profit de la d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La progression : probl&#232;mes de rythmes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ordre des graph&#232;mes &#233;tudi&#233;s est impos&#233; par le manuel, la vitesse de progression ne l'est pas ; et &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; invite express&#233;ment chaque ma&#238;tre &#224; s'en faire juge. Lui seul peut se rendre compte que sa classe a besoin de passer une journ&#233;e de plus sur telle le&#231;on, ou d&#233;cider d'acc&#233;l&#233;rer au contraire pour disposer de plusieurs graph&#232;mes avant de revenir en arri&#232;re pour faire le point sur tel ou tel type de difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage en m&#234;me temps insiste beaucoup sur la n&#233;cessit&#233; de n'oublier personne en route, et recommande de ne passer &#224; la le&#231;on suivante que si tous les &#233;l&#232;ves sont capables de d&#233;chiffrer les textes de la le&#231;on &#233;tudi&#233;e. Quelle que soit son insistance, dont tous les membres du collectif admettaient et acceptaient le principe, cette recommandation ne pouvait &#234;tre prise au pied de la lettre. La n&#233;cessit&#233; de trouver le meilleur compromis entre des exigences contradictoires s'est vite impos&#233;e. Ainsi, le 20 septembre, Myriam &#233;crit : &#171; Je viens de finir la le&#231;on 4. J'ai beaucoup de mal &#224; respecter le fait que tous lisent parfaitement avant de passer &#224; la suite. J'ai d&#233;cid&#233; d'avancer, et les trois &#233;l&#232;ves qui ont beaucoup de mal sont pris en petit groupe (j'ai la chance d'avoir une stagiaire pendant trois mois !). J'ai l'impression que pour eux le d&#233;clic n'est pas encore engag&#233; (je vois une lettre, cette lettre produit un son, je l'assemble avec une autre&#8230;). Je pense qu'ils ont besoin de plus de temps, mais je ne peux pas freiner tout le groupe ! &#187;. Le 7 octobre, Josie donne son point de vue : &#171; Attendre que tous soient capables ne me semble pas judicieux car on ne sait le temps que cela prendra, donc c'est risquer de d&#233;motiver ceux qui r&#233;ussissent, et m&#234;me aussi ceux qui n'y arrivent pas et qui pourraient b&#233;n&#233;ficier de l'&#233;tude d'autres graph&#232;mes du fait de la multiplication des exemples, car l'op&#233;ration mentale est la m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, si la recommandation de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; n'a pas &#233;t&#233; suivie &#224; la lettre, elle a eu un effet extr&#234;mement b&#233;n&#233;fique, en incitant les coll&#232;gues &#224; &#234;tre particuli&#232;rement attentifs aux moins rapides de leurs &#233;l&#232;ves et aux moyens de les emp&#234;cher de d&#233;crocher. Traduite par : &#171; On avance et on emm&#232;ne tout le monde &#187;, son esprit a ainsi &#233;t&#233; parfaitement respect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me se posait d&#232;s lors des moyens de faire avancer aussi ceux qui allaient moins vite : et qui pouvaient tout &#224; coup, parce qu'ils avaient compris quelque chose d'essentiel de la lecture, acc&#233;l&#233;rer et rattraper le gros de la classe, ce qu'ils n'auraient jamais fait si on les avait laiss&#233;s tomber. Il fallait leur offrir la possibilit&#233; d'un moment suppl&#233;mentaire de travail de lecture et/ou d'&#233;criture, dont les autres n'avaient pas eu besoin. Les conditions dans lesquelles les coll&#232;gues travaillent aujourd'hui ne rendent pas la chose facile. Tous les recours possibles ont &#233;t&#233; utilis&#233;s. Dans le meilleur des cas, le ma&#238;tre pouvait s'appuyer sur un coll&#232;gue surnum&#233;raire ; obtenir la collaboration d'un membre du RASED d'accord pour le relayer apr&#232;s qu'ils se soient mis d'accord sur le travail &#224; effectuer &#224; partir de Je lis, j'&#233;cris ; disposer comme Myriam l'&#233;voque ci-dessus de l'aide dans la classe d'une stagiaire. En dehors des heures de classe, il &#233;tait parfois possible de solliciter soit la contribution de la personne responsable de l'&#233;tude surveill&#233;e ; soit celle des parents, en s'assurant toutefois qu'ils disposaient du temps indispensable et des comp&#233;tences requises en fran&#231;ais. Bien souvent cependant l'enseignant a d&#251; d&#233;gager le temps n&#233;cessaire pour s'occuper lui-m&#234;me de l'&#233;l&#232;ve ou des deux ou trois &#233;l&#232;ves les plus en difficult&#233; de lecture et d'&#233;criture, soit en pendant les pauses (r&#233;cr&#233;ation, repas), soit en faisant travailler le gros de la classe en autonomie pendant ce laps de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'animation collective de la classe&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On comprend dans ces conditions que deux questions concernant la fa&#231;on de conduire les activit&#233;s de lecture soient revenues de fa&#231;on r&#233;currente dans les &#233;changes entre les membres du collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re : comment faire lire tous les &#233;l&#232;ves pris un par un, afin d'&#234;tre s&#251;r de rep&#233;rer ce qui n'est pas encore bien acquis ? La m&#233;thode du &#171; furet &#187; (chaque &#233;l&#232;ve &#224; son tour lit une partie des syllabes, du vocabulaire ou du texte, et doit suivre le reste du temps l'avanc&#233;e de la lecture s'il ne veut pas rater son entr&#233;e en sc&#232;ne) a &#233;t&#233; discut&#233;e en r&#233;union de collectif, et sa pratique s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Elle n'est pas sans d&#233;faut : chaque &#233;l&#232;ve est tenu de suivre en amont de son intervention, moins apr&#232;s ; et qu'il ait correctement interpr&#233;t&#233; sa partie ne dit pas qu'il aurait fait aussi bien sur le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi la plupart des coll&#232;gues se sont efforc&#233;s de combiner la pratique du furet avec une audition plus syst&#233;matique de chaque &#233;l&#232;ve. Beaucoup profitent pour cela des moments de d&#233;doublement de la classe, en inscrivant au tableau le texte &#224; lire et en guidant avec la baguette la lecture d'une phrase enti&#232;re par chaque &#233;l&#232;ve d&#233;sign&#233; tour &#224; tour. D'autres, ou les m&#234;mes, insistent surtout sur la lecture individuelle des &#233;l&#232;ves qui ont le plus de mal en les prenant en dehors des heures de classe. Ou au contraire font lire les plus rapides pendant la r&#233;cr&#233;ation, et s'occupent des retardataires pendant que les autres sont occup&#233;s en autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cet &#233;gard, pr&#233;cis&#233;ment, que s'est pos&#233;e une seconde question : comment faire travailler le gros de la classe en autonomie pendant que le ma&#238;tre s'occupe du petit nombre des &#233;l&#232;ves en difficult&#233; de lecture ? &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; insiste beaucoup sur l'id&#233;e que le meilleur exercice d'apprentissage de la lecture, c'est la lecture elle-m&#234;me. Mais cela ne r&#233;sout pas le probl&#232;me : on ne peut pas demander &#224; des &#233;l&#232;ves de CP de pratiquer la lecture silencieuse pendant tr&#232;s longtemps. Restent l'&#233;criture et le dessin, qui cependant pour certains membres du collectif ne peuvent se substituer totalement aux exercices. Les exercices &#224; trous ayant &#233;t&#233; abandonn&#233;s afin de ne pas encourager par la bande les r&#233;flexes de lecture devinette, ceux qui ont &#233;t&#233; retenus font travailler &#224; la fois le d&#233;chiffrage et la compr&#233;hension, tels le jeu du puzzle (phrases &#224; reconstituer &#224; partir des mots propos&#233;s en vrac), celui du bon d&#233;coupage (les mots de la phrase &#233;tant donn&#233;s dans le bon ordre mais tout attach&#233;s), de la phrase &#224; inventer en utilisant les mots du vocabulaire de la le&#231;on du jour (au minimum : article + nom + adjectif + verbe), voire l'exercice classique des questions pos&#233;es sur le texte qui permettent d'en v&#233;rifier la compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion du collectif a port&#233; parall&#232;lement sur les formes d'animation de l'ensemble de la classe en relation avec le travail de lecture-&#233;criture. Ses membres ont cherch&#233; &#224; utiliser, dans ce domaine, les possibilit&#233;s offertes par Je lis, j'&#233;cris : qu'il s'agisse d'une initiation &#224; l'histoire de l'art en exploitant, en collaboration avec l'intervenant en arts plastiques, l'iconographie de l'ouvrage ; d'une initiation &#224; la g&#233;ographie en localisant sur un planisph&#232;re les noms de pays et de villes propos&#233;s dans chaque le&#231;on (o&#249; l'on retrouve le Costa Rica et son caf&#233; !) et les aires d'utilisation des syst&#232;mes d'&#233;criture pr&#233;sent&#233;s &#224; la fin de l'ouvrage ; d'une introduction &#224; la musique en contrastant l'&#233;coute de celles de Mozart et de Miles Davis (le&#231;on 24) ; d'une familiarisation avec la litt&#233;rature en &#233;voquant l'Odyss&#233;e &#224; propos d'Ulysse (le&#231;on 5) ou les contes d'Andersen &#224; propos de la sir&#232;ne (le&#231;on 7), etc. Chaque le&#231;on propose des mots peu familiers dont on peut chercher ensemble des synonymes et des antonymes, et des textes susceptibles de servir de support &#224; la mise en activit&#233; collective du groupe classe, invit&#233; &#224; discuter de leur sens et de l'univers qu'ils &#233;voquent, &#224; inventer une suite ou une autre fin, &#224; construire des phrases ou &#224; inventer d'autres histoires &#224; partir de mots emprunt&#233;s &#224; ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces activit&#233;s collectives, enfin, peuvent elles-m&#234;mes donner naissance &#224; des activit&#233;s individuelles en autonomie, qu'il s'agisse d'inventer des phrases et de les &#233;crire sur l'ardoise ou le cahier, puis de les dessiner, de proposer une interpr&#233;tation dessin&#233;e du texte du jour, etc.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apprentis lecteurs : difficult&#233;s et plaisir de lire et d'&#233;crire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le difficile : on &#233;vite ou on affronte ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience du collectif jlj&#233; a amen&#233; tous ses protagonistes &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la notion m&#234;me de difficult&#233; d'apprentissage. En proposant une d&#233;marche qui concentre nombre de difficult&#233;s d'apprentissage d&#232;s les premi&#232;res le&#231;ons, Je lis, j'&#233;cris fait en effet d'autant plus fortement ressortir combien l'institution scolaire a ordinairement tendance &#224; l'inverse &#224; diff&#233;rer voire &#224; contourner ce qui para&#238;t difficile pour les &#233;l&#232;ves ; et &#224; inventer toute sorte d'approches de biais et de suppos&#233;s facilitateurs quand il est devenu in&#233;vitable de l'affronter. Et cette d&#233;marche d'&#233;vitement para&#238;t s'imposer plus encore dans les quartiers populaires et les ZEP, c'est assez logique puisque ici les &#233;l&#232;ves sont cens&#233;s disposer de moindres ressources intellectuelles, linguistiques, culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On observe de fait que dans les &#233;coles de quartiers plus favoris&#233;s ces pratiques d'&#233;vitement ont moins souvent cours, l'enseignement est souvent plus classiquement &#171; frontal &#187;, et les progr&#232;s des &#233;l&#232;ves sont plus effectifs et plus rapides. Ce r&#233;sultat peut &#234;tre bien s&#251;r imput&#233; au milieu social. Mais s'il devait quelque chose aux choix p&#233;dagogiques ? Chercher avec les meilleures intentions du monde &#224; &#233;pargner aux &#233;l&#232;ves le difficile des apprentissages, parce qu'on ne fait pas confiance &#224; leurs ressources intellectuelles, ou parce qu'on craint que la difficult&#233; ne les rebute, ne les d&#233;courage ou ne les ennuie, ne se retourne-t-il pas contre eux, au bout du compte ? Si la difficult&#233; est partie intrins&#232;que de l'apprentissage, tout faire pour l'&#233;viter n'emp&#234;che-t-il pas d'apprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant la lecture, c'est ce que Josie, qui avait toujours pratiqu&#233; jusqu'ici une m&#233;thode mixte, souligne &#224; sa fa&#231;on. Comme pour les autres membres du collectif, les premi&#232;res le&#231;ons de Je lis, j'&#233;cris n'ont pas &#233;t&#233; si faciles dans sa classe, mais elle per&#231;oit tr&#232;s vite que les connaissances acquises seront b&#233;n&#233;fiques pour la suite. Dans un courrier du 7 octobre, elle note ainsi &#224; propos de l'&#233;criture : &#171; Les premi&#232;res s&#233;ances ont &#233;t&#233; laborieuses (majuscules en milieu de mot par exemple ou bien mot mal coup&#233; ou toute la phrase attach&#233;e), mais toutes les notions que ce travail exige sont maintenant bien int&#233;gr&#233;es et je pense qu'ils gagneront en libert&#233; pour pouvoir rapidement &#233;crire des phrases &#187;. Et concernant la lecture, elle conclut ainsi l'&#233;vocation des probl&#232;mes qu'elle a rencontr&#233;s au cours de ces s&#233;ances : &#171; En r&#233;sum&#233;, des probl&#232;mes normaux de d&#233;but d'apprentissage de la lecture qui, dans une m&#233;thode &#224; d&#233;part global ou semi global sont repouss&#233;s &#224; plus tard. Je pense donc que la m&#233;thode Je lis, j'&#233;cris, un peu ardue au d&#233;part, pr&#233;sente l'avantage de ne pas faire croire aux enfants que lire c'est facile, et qu'elle explicite &#224; tous ce que certains d&#233;couvraient plus ou moins seuls et que d'autres, malgr&#233; des explications soutenues &#224; partir de No&#235;l, parvenaient difficilement &#224; int&#233;grer quand leur tout premier contact avec l'apprentissage s'&#233;tait fait sur le contexte, le &#171; &#231;a commence comme&#8230; &#187; ou le &#171; c'est presque comme&#8230; &#187; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, Muriel, r&#233;fl&#233;chissant dans un courrier du 15 octobre ce qui a chang&#233; dans ses propres pratiques, prend conscience des risques inh&#233;rents &#224; l'emploi de ce qu'elle appelle &#171; les processus facilitants &#187;, en l'occurrence l'emploi de lettres mobiles et le trac&#233; de &#171; cuvettes &#187; sous les mots port&#233;s au tableau pour en scander les syllabes : &#171; Nous ne travaillons plus sur lettres mobiles, et je ne syst&#233;matise plus les cuvettes sous les syllabes ni les croix sous les lettres muettes. Je passe par le tableau pour un mot &#171; dur &#187;, et fais le geste des cuvettes sans forc&#233;ment les tracer, ou je donne des indications sur les &#171; collages &#187; de lettres. Les deux ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes j'ai utilis&#233; les cuvettes et les croix assez longtemps. En apparence les &#233;l&#232;ves d&#233;chiffrent plus ais&#233;ment, plus rapidement, en fait cela reporte la difficult&#233; au moment o&#249; on les enl&#232;ve, voire cela camoufle les difficult&#233;s de certains (comme quand on garde une b&#233;quille trop longtemps et qu'on se d&#233;muscle). Je laisse les &#233;l&#232;ves aller plus lentement pour d&#233;chiffrer, je les laisse patauger, et en fait ils rebondissent. Donc je crois qu'on perd du temps pour en gagner &#187;. Et elle ajoute : &#171; Au sujet de la combinatoire, j'ai la m&#234;me impression qu'on perd du temps pour en gagner. Si, avec la le&#231;on 4 qui introduit la premi&#232;re consonne, le l, on peut avoir un sentiment de trop grande lenteur, on voit avec les le&#231;ons 5 et 6 que ce temps perdu est gagn&#233; par la suite : on ne fait pas croire aux enfants que la combinatoire se limite &#224; consonne/voyelle (le RMI de la combinatoire), on aborde de fa&#231;on assez group&#233;e en une ou deux semaines avec la le&#231;on du l (et peut-&#234;tre une ou deux autres consonnes) les difficult&#233;s et la vari&#233;t&#233; de la combinatoire &#171; riche &#187; (ui, l'a, ral/lar, ro, alu&#8230;), puis les autres le&#231;ons permettent de retravailler syst&#233;matiquement ces difficult&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Josie et Muriel tiennent ces propos, qui d'une fa&#231;on ou d'une autre traduisent l'exp&#233;rience de l'ensemble du collectif, c'est bien s&#251;r qu'elles ont constat&#233; : d'une part que si le c&#244;t&#233; un peu ardu des premi&#232;res le&#231;ons les a inqui&#233;t&#233;es au d&#233;part (et en cours de route !) leurs &#233;l&#232;ves en ont triomph&#233; sans se d&#233;courager et sans douleur excessive, heureux au contraire de voir qu'ils pouvaient progresser assez rapidement ; et d'autre part que ce qui avait &#233;t&#233; ainsi acquis constituait une base solide pour la suite, et contribuait &#224; asseoir l'autonomie des jeunes lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les difficult&#233;s du d&#233;but&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons donc rapidement les difficult&#233;s rencontr&#233;es dans les premi&#232;res semaines, sachant que les enseignements qu'en ont tir&#233; les membres du collectif ont nourri par ailleurs les commentaires de la rubrique &#171; Le&#231;on par le&#231;on &#187; sur ce site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Premi&#232;res le&#231;ons : les voyelles&lt;/i&gt;. La le&#231;on 2 surtout fait probl&#232;me, qui d&#233;cline les graph&#232;mes issus de l'accentuation du e. Le 7 septembre, Myriam &#233;crit : &#171; Je confirme les impressions de certaines, la le&#231;on e, &#233;, &#232;, &#234;, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e laborieuse. La plupart des &#233;l&#232;ves ont du mal non seulement &#224; distinguer clairement les sonorit&#233;s mais &#233;galement ils ont du mal &#224; distinguer les graphies &#187;. D'autres coll&#232;gues ont &#233;t&#233; franchement agac&#233;es, elles le diront plus tard, par ce d&#233;marrage jug&#233; insuffisamment soft. Sur le fond, c'est certainement la prise de conscience que ces difficult&#233;s &#233;taient normales, et qu'il valait mieux les affronter sans tarder pour assurer la suite, quitte pour cela &#224; prendre le temps n&#233;cessaire, qui a permis de franchir ce premier cap. La manifestation des premiers signes de succ&#232;s, la prise d'appui sur les ressources des &#233;l&#232;ves (dont la plupart distinguent bien les phon&#232;mes dans la pratique, par exemple dans &#171; &#233;l&#232;ve &#187;, il fallait les inviter &#224; mobiliser ce savoir), ainsi que l'aide apport&#233;e par le travail d'&#233;criture et l'enseignement du m&#233;talangage, y ont contribu&#233;. D&#232;s le 8 septembre, Muriel notera pour sa part : &#171; Au bout du troisi&#232;me jour sur la le&#231;on, &#231;a passe mieux (&#8230;). Je crois que l'&#233;criture les a aid&#233;s &#224; s'approprier la forme des accents, et le fait de bien nommer les accents aussi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Premi&#232;res le&#231;ons : l'&#233;criture&lt;/i&gt;. Le d&#233;marrage est d'autant plus rude qu'aux difficult&#233;s de lecture viennent s'ajouter celles de l'entr&#233;e dans l'&#233;criture, la confrontation aux diff&#233;rences entre caract&#232;res d'imprimerie et lettres cursives, entre minuscules et majuscules. Les ductus propos&#233;s par le manuel sont d'une aide pr&#233;cieuse, mais c'est tout une posture du corps, une tenue de la main, le contr&#244;le du trac&#233;, le respect de la ligne, l'orientation m&#234;me de la ligne de gauche &#224; droite, la diff&#233;rence de hauteur entre majuscule et minuscule, qu'il faut apprendre, m&#234;me si la maternelle a permis &#224; cet &#233;gard de premiers acquis. Il faut tout apprendre &#224; la fois, et cela prend du temps : mais on avait parfois l'impression que les enseignants &#233;taient plus inquiets du temps pass&#233; que les &#233;l&#232;ves, trop occup&#233;s &#224; progresser pour s'en soucier. Quant &#224; la dict&#233;e, certains membres du collectif ne croyaient pas trop au d&#233;part &#224; la possibilit&#233; de commencer d&#232;s les premi&#232;res s&#233;ances. Mais en proc&#233;dant avec progressivit&#233; : usage de l'ardoise, dict&#233;e de syllabes, puis de mots, puis de phrases, la patience s'av&#232;re vite payante. Le 20 septembre, Myriam observe : &#171; L'&#233;criture prend un temps fou (minuscules et majuscules) (&#8230;). Je pense qu'il faut continuer &#224; &#234;tre tr&#232;s rigoureux, en deux semaines je note des progr&#232;s encourageants &#187;. Et l'encouragement vient non seulement des progr&#232;s constat&#233;s en &#233;criture, mais aussi du b&#233;n&#233;fice visible que les &#233;l&#232;ves tirent de l'activit&#233; d'&#233;criture pour la lecture : s'approprier avec la main la forme des lettres facilite leur identification visuelle quand on se remet &#224; lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Le&#231;on 4&lt;/i&gt; : aborder la combinatoire. Apr&#232;s la le&#231;on 2, la le&#231;on 4 est une autre &#233;tape cruciale des acquisitions de base. Comme le fait remarquer Muriel, cette le&#231;on invite &#224; affronter &#171; plusieurs &#233;tapes de la combinatoire : les syllabes consonne/voyelle ; les syllabes inverses voyelle/consonne ; l'assemblage de deux voyelles (li&#233;, L&#233;o) ; la lecture de mots &#171; simples &#187; : Lila ; la lecture de mots commen&#231;ant par une voyelle (alla, &#201;lie) ; la lecture de mots comportant des lettres muettes &#187; ; et d&#232;s la le&#231;on 5 on voit appara&#238;tre des syllabes de trois lettres. L&#224; encore une conduite de classe organisant la progressivit&#233; des apprentissages peut aider les &#233;l&#232;ves qui ont le plus de mal &#224; affronter l'obstacle. Ainsi Muriel a choisi de faire travailler en parall&#232;le le d&#233;chiffrage de la le&#231;on 4 et de la le&#231;on 5 &#171; en suivant la progression :&lt;br class='autobr' /&gt;
1/ syllabe consonne/voyelle&lt;br class='autobr' /&gt;
2/ syllabe inverse&lt;br class='autobr' /&gt;
3/ encha&#238;nement voyelle et syllabe (ali, alu)&lt;br class='autobr' /&gt;
4/ lecture d'une syllabe de trois lettres (sal, sil)&lt;br class='autobr' /&gt;
5/ lecture d'un mot simple en signalant les lettres muettes (le&#231;on 4) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;i&gt; Lecture d'un mot&lt;/i&gt;. Voil&#224;, le 7 octobre, ce qu'en dit Josie, qui vient alors de terminer avec la le&#231;on 6 l'&#233;tude de la troisi&#232;me consonne : &#171; Globalement (pour les trois consonnes &#233;tudi&#233;es) la barre d'apprentissage est assimil&#233;e assez rapidement. La liste des mots en vrac leur pose davantage de probl&#232;mes. J'y vois deux raisons : premi&#232;rement, savoir o&#249; l'on coupe dans le mot (quelle est la longueur de la syllabe &#224; lire) ; deuxi&#232;mement, si le mot est inconnu, ils ne peuvent vraiment pas savoir seuls o&#249; couper (exemple : su/sur/re). Je les aide donc &#224; d&#233;chiffrer en faisant une petite vague sous la syllabe &#224; lire puis la suivante. Le mot est alors redit puis expliqu&#233;, et ils construisent &#224; l'oral des phrases incluant le mot nouveau &#187; (on se souvient que Muriel sugg&#232;rera quelque temps apr&#232;s de ne pas utiliser trop longtemps le syst&#232;me des &#171; petites vagues &#187; ou &#171; cuvettes &#187; qui facilitent dans un premier temps la lecture des mots).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Lecture des textes&lt;/i&gt;. La lecture en autonomie des premi&#232;res phrases, d&#232;s la le&#231;on 4, est une grande joie pour les &#233;l&#232;ves. Jusqu'&#224; la le&#231;on 13, les textes propos&#233;s par Je lis, j'&#233;cris sont courts, ils comportent deux ou trois phrases, et habituent progressivement les &#233;l&#232;ves &#224; se confronter &#224; ces petits r&#233;cits &#233;crits et &#224; en interroger le sens. C'est &#224; la le&#231;on 14 qu'on trouve le premier texte un peu long, dont l'approche a quelque peu inqui&#233;t&#233; certains enseignants du collectif. La crainte qu'il puisse rebuter ou effrayer les &#233;l&#232;ves a &#233;t&#233; l'occasion d'une discussion sur la fa&#231;on d'en conduire la lecture et l'acc&#232;s au sens. Fallait-il, par souci de mettre les &#233;l&#232;ves en app&#233;tit et ne pas les laisser se d&#233;courager, pr&#233;parer la lecture du texte par une explication de son vocabulaire et une &#233;vocation anticip&#233;e de l'univers de sens qu'il &#233;voque ? On voit bien, en m&#234;me temps, l'inconv&#233;nient radical de cette d&#233;marche &#171; soft &#187; : &#224; quoi sert de lire s'il n'y a plus rien &#224; d&#233;couvrir, si l'on a tout compris d'avance, si l'effort de lecture est coup&#233; du plaisir de la qu&#234;te du sens, de l'effort d'intelligence, de tout effet de surprise ? C'est ce second point de vue dont se sont tr&#232;s vite convaincus tous les membres du collectif. Le compte rendu de la r&#233;union du 10 d&#233;cembre rel&#232;ve par exemple, &#224; propos pr&#233;cis&#233;ment de la fa&#231;on d'aborder le texte de la le&#231;on 14 : &#171; Myriam indique qu'elle a senti quelque chose se d&#233;bloquer quand elle a bien compris que la question du sens ne peut pas se poser avant d'avoir lu. Il faut lire pour comprendre, c'est la lecture effective qui permet de savoir si l'on comprend ou pas. Cette conviction remet en cause toutes les tentatives de chercher &#224; donner &#224; comprendre, &#224; expliquer par avance les mots ou le texte avant que les &#233;l&#232;ves aient pu en faire une lecture de qualit&#233;, fluide, en respectant la ponctuation, en mettant le ton &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conclusion&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons la parole, pour conclure ce chapitre, au compte rendu de la r&#233;union du 22 octobre. Le chapitre suivant, qui fait le point sur la situation &#224; No&#235;l, nous dira si sa tonalit&#233; optimiste &#233;tait justifi&#233;e ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les participants aux deux r&#233;unions pr&#233;c&#233;dentes avaient fortement soulign&#233; les difficult&#233;s rencontr&#233;es par les &#233;l&#232;ves au cours des premi&#232;res le&#231;ons, qu'il s'agisse de l'apprentissage des voyelles (et notamment de la fameuse le&#231;on 2 qui d&#233;cline les accentuations du e), des premi&#232;res combinaisons de lettres en syllabes, de l'inversion des syllabes (il et li), du choix du l plut&#244;t que du s, du r ou du ch pour ouvrir le bal des consonnes. Il semble que moins d'inqui&#233;tude se soit exprim&#233;e au cours de cette troisi&#232;me r&#233;union. Non pas que les difficult&#233;s aient disparu. Mais celles du d&#233;but ont &#233;t&#233; pour l'essentiel surmont&#233;es. A part un nombre infime d'enfants tr&#232;s perturb&#233;s dont le cas ne para&#238;t pas relever d'abord de la p&#233;dagogie, tout le monde suit, certains sans probl&#232;mes, d'autres avec plus de mal, mais ils progressent et vont y arriver. C'est d'autant plus rassurant qu'on a pu mesurer dans les premi&#232;res le&#231;ons la r&#233;alit&#233; des obstacles &#224; surmonter. Du coup les difficult&#233;s des &#233;l&#232;ves apparaissent mieux comme une modalit&#233; normale de l'apprentissage, comme le signe qu'un v&#233;ritable travail cognitif s'op&#232;re. Qui plus est, certains coll&#232;gues ont le sentiment, c'est le cas notamment de Christa, qu'une fois pass&#233;e la p&#233;riode d&#233;licate (et d&#233;cisive) des huit premi&#232;res le&#231;ons, l'acquis r&#233;alis&#233; favorise les acquisitions ult&#233;rieures et permet d'avancer plus vite. Parmi les acquis : l'habitude prise de s'en tenir &#224; ce qui est &#233;crit, le renoncement &#224; toute devinette de ce qu'on n'a pas lu ou qu'on arrive pas &#224; lire, la capacit&#233; &#224; identifier et oraliser rapidement les syllabes rencontr&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chapitre 3. Vacances de No&#235;l : o&#249; en est-on ?</title>
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		<dc:date>2010-01-12T09:32:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



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&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves des douze CP ont donc d&#233;marr&#233; l'ann&#233;e avec Je lis, j'&#233;cris. En utilisant d'abord des photocopies. D&#233;but octobre l'ouvrage arrive : ses dimensions, sa beaut&#233; impressionnent. A la surprise heureuse de certains d'entre nous, la plupart des enfants, qui n'ont jamais mis les pieds dans un mus&#233;e, sont sensibles &#224; son esth&#233;tique. Ils &#233;prouvent le sentiment d'&#234;tre pris au s&#233;rieux et ram&#232;nent fi&#232;rement le livre chez eux&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourra prendre connaissance dans les chapitres suivants des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;02 Je lis, j'&#233;cris-CP : r&#233;cit d'une exp&#233;rimentation collective&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L121xH150/arton82-fa9a1.png?1790560935' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves des douze CP ont donc d&#233;marr&#233; l'ann&#233;e avec &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;. En utilisant d'abord des photocopies. D&#233;but octobre l'ouvrage arrive : ses dimensions, sa beaut&#233; impressionnent. A la surprise heureuse de certains d'entre nous, la plupart des enfants, qui n'ont jamais mis les pieds dans un mus&#233;e, sont sensibles &#224; son esth&#233;tique. Ils &#233;prouvent le sentiment d'&#234;tre pris au s&#233;rieux et ram&#232;nent fi&#232;rement le livre chez eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra prendre connaissance dans les chapitres suivants des &#233;pisodes marquants du d&#233;roulement des apprentissages. Ici, dans ce coup d'&#339;il initial, allons directement au r&#233;sultat. Et, pour commencer, faisons le point &#224; la fin du premier trimestre : au moment o&#249; plus de 50 000 parents chaque ann&#233;e, prenant conscience que leur enfant ne d&#233;chiffre toujours pas l'&#233;tiquette de la bo&#238;te de cacao du petit d&#233;jeuner, d&#233;cident de prendre eux-m&#234;mes les choses en main et se pr&#233;cipitent chez le libraire du coin pour commander la m&#233;thode Boscher (1906).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quatre questions pour ce premier bilan d'&#233;tape&lt;/i&gt; : au terme des treize premi&#232;res semaines de l'ann&#233;e scolaire, o&#249; en est-on dans le d&#233;roulement des le&#231;ons ? Comment se passe l'apprentissage du d&#233;chiffrage ? Celui de l'&#233;criture ? Et qu'en est-il de la compr&#233;hension des mots et des textes ?&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le rythme d'avancement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est assez homog&#232;ne d'une classe &#224; l'autre : la derni&#232;re le&#231;on trait&#233;e dans le trimestre se situe toujours entre la 14 et la 18. Il est un peu plus rapide l&#224; o&#249; la proportion de familles favoris&#233;es est plus &#233;lev&#233;e (Myriam, le&#231;on 17) et dans les classes les moins charg&#233;es (Christa, le&#231;on 18, Josie, le&#231;on 16) ; il est naturellement un peu plus lent dans les classes les plus nombreuses et au public plus populaire. D'autant que dans ce dernier cas les coll&#232;gues peuvent d&#233;lib&#233;r&#233;ment d&#233;cider de ne pas avancer trop vite pour bien assurer les bases du lire-&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux remarques &#224; ce propos. La progression a &#233;t&#233; lente dans les premiers temps : &#224; peine une le&#231;on par semaine, loin de la moyenne de deux le&#231;ons hebdomadaires pr&#233;vue sur l'ann&#233;e. Mais le rythme va d&#233;sormais en s'acc&#233;l&#233;rant, pr&#233;cis&#233;ment parce que les fondamentaux sont assur&#233;s. Cette mod&#233;ration de l'allure n'a pourtant pas permis de respecter &#224; la lettre ce principe affich&#233; par &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; : on ne passe &#224; la le&#231;on suivante que lorsque le d&#233;chiffrage de la page est au point pour tous les &#233;l&#232;ves. Il y a toujours, dans chaque classe, un ou deux &#233;l&#232;ves qui ont besoin de plus de temps d'entra&#238;nement, tandis que les autres continuent &#224; avancer. L'int&#233;r&#234;t pour autant du principe, c'est qu'il rappelle en permanence que ces &#233;l&#232;ves-l&#224; doivent eux aussi au bout du compte rentrer pleinement dans le lire-&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;chiffrage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les membres du collectif avaient d&#233;cid&#233; de respecter scrupuleusement un autre principe de base de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; : l'acc&#232;s au sens passe par la qualit&#233; et la pr&#233;cision du d&#233;chiffrage. Et dans bien des classes le rappel &#224; l'ordre : &#171; N'invente pas ! Regarde ce qui est &#233;crit ! &#187; est devenu un leitmotiv de la conduite des apprentissages. R&#233;sultat : tous les &#233;l&#232;ves sans exception ont bien int&#233;gr&#233; le processus de la lecture : je d&#233;chiffre/je relis comme on parle/je comprends (ou je demande la signification de ce que j'ai lu). (Il arrive que l'acc&#232;s au sens (phase 3) pr&#233;c&#232;de la lecture fluide (phase 2) : &#171; &#233;-nor-me&#8230; Ah : &#233;norme ! &#187;). Et tous ont bien compris que le d&#233;chiffrage impliquait la plus grande attention &#224; la ponctuation et aux accents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme du premier trimestre, le niveau d'habilet&#233; atteint diff&#232;re bien s&#251;r d'un &#233;l&#232;ve &#224; l'autre. Selon l'&#233;valuation des douze coll&#232;gues, 40 % de leurs &#233;l&#232;ves, en moyenne, ont une lecture &#171; fluide &#187; ; 44 % &#171; avancent normalement mais le d&#233;chiffrage est encore plus ou moins h&#233;sitant &#187; ; 9 % &#171; sont en retard sur le gros de la classe mais progressent r&#233;guli&#232;rement &#187; ; 5 % &#171; sont en difficult&#233; s&#233;rieuse, avec des progr&#232;s irr&#233;guliers &#187; ; et les derniers 2 % &#171; ne sont pas encore entr&#233;s dans la lecture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres donnent un ordre de grandeur moyen et les cat&#233;gories demandent &#224; &#234;tre affin&#233;es. Ce qui est &#171; fluide &#187; pour un ma&#238;tre le sera moins pour un autre ; et le degr&#233; et la forme de lecture &#171; h&#233;sitante &#187; varient d'un &#233;l&#232;ve &#224; l'autre. On peut aussi lire ces donn&#233;es comme suit : 93 % des &#233;l&#232;ves sont bien entr&#233;s dans la lecture, 84 % avan&#231;ant normalement et 9 % un peu plus lentement. Restent 7 % d'apprentis lecteurs en difficult&#233;, dont 2 % en difficult&#233; vraiment s&#233;rieuse : la question de conditions d'apprentissage particuli&#232;res, voire d'une aide ext&#233;rieure, se pose pour eux. On sait que les conditions de travail des coll&#232;gues ne permettent pas toujours de donner la r&#233;ponse la plus satisfaisante &#224; cette question, et que la collaboration avec un ma&#238;tre surnum&#233;raire ou des ma&#238;tres RASED reste parfois un id&#233;al. Pour certains d'entre eux on peut penser que l'intervention d'un orthophoniste ou un travail en CMPP peut s'av&#233;rer utile voire indispensable. On n'oubliera pas pour autant que dans bien des cas l'entr&#233;e dans le lire-&#233;crire est susceptible de jouer un r&#244;le extr&#234;mement positif dans la correction des troubles du langage, au lieu que cette derni&#232;re soit une condition pr&#233;alable des apprentissages du lire-&#233;crire. Quoi qu'il en soit, on pr&#234;tera une attention particuli&#232;re au devenir de ces &#233;l&#232;ves qui ont plus de mal que les autres dans les mois qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;criture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre principe de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; : l'apprentissage de l'&#233;crire va de pair avec celui du lire. Tous les coll&#232;gues l'ont d'ailleurs constat&#233; : le temps que les &#233;l&#232;ves passent aux exercices d'&#233;criture contribue tr&#232;s significativement (et c'est logique !) &#224; l'int&#233;gration mentale de la forme des signes graphiques, donc &#224; l'aisance du d&#233;chiffrage&#8230; et donc &#224; l'acc&#232;s au sens ! Une bonne entr&#233;e dans le monde de l'&#233;crit suppose une mobilisation conjugu&#233;e de la vue, de la parole, de l'ou&#239;e, de la posture du corps, du geste et de la main : et une circulation constante de l'activit&#233; entre tous ces p&#244;les. Ce programme para&#238;t respect&#233; dans toutes les classes du collectif. Un gros travail est fait autour des dict&#233;es, m&#234;me si les phrases propos&#233;es dans le manuel paraissent parfois un peu longues ; et une attention particuli&#232;re est apport&#233;e aux exercices d'&#233;criture des &#233;l&#232;ves &#171; en difficult&#233; &#187;, qui se signalent en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale par le mal qu'ils ont &#224; distinguer et m&#233;moriser la forme des lettres.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'acc&#232;s au sens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce plan que la syllabique est attendue. La question se pose de fa&#231;on nouvelle dans le cas de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, car c'est ici l'ambition du vocabulaire et des textes qui peut para&#238;tre probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction du manuel d&#233;finit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la proc&#233;dure d'acc&#232;s au sens par le triptyque d&#233;chiffrage/lecture fluide/compr&#233;hension : l'oralisation des mots permettant &#224; l'apprenti lecteur de s'&#233;couter les prononcer et par l&#224; d'identifier ceux dont il conna&#238;t d&#233;j&#224; le sens ; et d'interroger le ma&#238;tre quand il ne les reconna&#238;t pas. Mais que se passe-t-il si on lui propose un vocabulaire soutenu o&#249; la proportion des mots inconnus est significative, et des &#233;nonc&#233;s, phrases et textes, qui r&#233;f&#232;rent &#224; des situations qui ne lui sont pas n&#233;cessairement famili&#232;res, ou dont la compr&#233;hension n'est pas toujours imm&#233;diate ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la diversit&#233; du vocabulaire et la nature des textes ont d&#233;cid&#233; de l'adh&#233;sion au collectif de tel ou tel coll&#232;gue, d'autres ont sursaut&#233; en les d&#233;couvrant. C'est notamment le cas l&#224; o&#249; l'immigration r&#233;cente est fortement repr&#233;sent&#233;e parmi les &#233;l&#232;ves. Ainsi Judith, qui compte plusieurs &#233;l&#232;ves venant de familles qui conjuguent analphab&#233;tisme et ignorance du fran&#231;ais, indique dans un entretien r&#233;alis&#233; en d&#233;cembre qu'au d&#233;part le niveau du vocabulaire l'avait laiss&#233;e perplexe, sinon r&#233;ticente. Chlo&#233; se rappelle pour sa part : &#171; C'est vrai que la premi&#232;re fois qu'on a ouvert le manuel, entre nous trois, on s'est dit : &#8216;Ouh l&#224; l&#224; !' &#8216;Au secours' m&#234;me ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois et demi apr&#232;s, tous les coll&#232;gues sans exception sont frapp&#233;s par les capacit&#233;s de progression linguistique que montrent leurs &#233;l&#232;ves, ainsi que par le plaisir toujours renouvel&#233; qu'ils trouvent &#224; explorer le monde des mots : beaucoup ne s'y attendaient pas vraiment. Myriam raconte : &#171; On vient de d&#233;couvrir le v avec la le&#231;on 15 : &#171; vacarme &#187; et &#171; Vassili &#187; ont fait un tabac. Ils adorent les mots nouveaux qu'ils ne connaissent pas. Ils aiment les entendre comme une musique pour leur sonorit&#233;. C'est eux qui demandent le sens des mots qui leur sont inconnus : ils le font tr&#232;s volontiers. Ensuite ils cherchent des phrases avec le mot qui leur plait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes quand une partie des &#233;l&#232;ves ne ma&#238;trise pas, ou mal, le vocabulaire fran&#231;ais de base de la vie courante, le temps que l'on doit consacrer &#224; la compr&#233;hension para&#238;t parfois lourd. Ainsi Judith : &#171; Je lis au moins deux histoires par jour. Je choisis des choses un peu difficiles, mais parfois il faut s'arr&#234;ter &#224; toutes les phrases pour expliquer et &#231;a fait un effet de lassitude (&#8230;) je lis des contes sans images pour qu'ils soient vraiment &#224; l'&#233;coute de la langue, et on dessine, on r&#233;explique, mais &#231;a reste difficile &#187;. Pour autant comment &#233;viter d'affronter cette difficult&#233; si l'on veut que l'&#233;cole puisse jouer son r&#244;le de compensation des in&#233;galit&#233;s socioculturelles ? Et &#224; l'exp&#233;rience, la difficult&#233; finit par &#234;tre surmont&#233;e. In&#232;s, dont le public d'&#233;l&#232;ves est tout &#224; fait comparable, note pour sa part : &#171; Le niveau d'exigence, je trouve &#231;a int&#233;ressant. Dans la mise en place de la classe, &#231;a prend du temps. Mais &#231;a pla&#238;t aux &#233;l&#232;ves, ils cherchent, on discute&#8230; &#187;. Et elle observe : &#171; J'ai le fils d'une coll&#232;gue dans ma classe, au d&#233;but la m&#233;thode lui paraissait dure, avec tous ces mots qu'il ne connaissait pas, et maintenant elle s'&#233;tonne qu'il arrive &#224; les lire et les comprendre &#187;. Chlo&#233; rapporte les propos d'une m&#232;re d'&#233;l&#232;ve &#171; contestataire &#187;, qui parle au nom des parents : &#171; On a tous &#233;t&#233; impressionn&#233;s au d&#233;but par le vocabulaire, et finalement &#231;a marche bien ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la difficult&#233; finit par &#234;tre surmont&#233;e, quand l'aide n&#233;cessaire est fournie, c'est que le d&#233;sir d'apprendre et le plaisir de comprendre permettent de soutenir l'effort requis. Laissons le dernier mot &#224; Chlo&#233; : &#171; Ils adorent les pays du monde, et notre projet d'&#233;cole c'est sur les arts donc on va utiliser &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, &#231;a tombe impeccable. Vraiment on est tr&#232;s contentes [ses deux coll&#232;gues de CP et elle]. M&#234;me, &#231;a nous force &#224; utiliser des mots qu'on aurait jamais utilis&#233;s avec des CP. On a hauss&#233; le niveau de vocabulaire, les enfants suivent et ils adorent &#231;a ! Et &#231;a nous tire tous en avant&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion provisoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous retenons au bout du compte de l'exp&#233;rience de ce premier trimestre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ &lt;i&gt;Une progression g&#233;n&#233;rale et tr&#232;s satisfaisante des capacit&#233;s de d&#233;chiffrage&lt;/i&gt;. Myriam note &#224; ce propos : &#171; Les coll&#232;gues qui font l'&#233;tude sont &#233;tonn&#233;s du nombre de mots que mes &#233;l&#232;ves sont capables de lire en lecture fluide. Une instit de CE1 les compare avec son propre gamin qui est en CP et fait beaucoup de &#171; lecture &#187; par c&#339;ur. Elle d&#233;plore la pauvret&#233; des textes des manuels qui se veulent au plus pr&#232;s du quotidien. Elle dit que&lt;i&gt; Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; prend les &#233;l&#232;ves au s&#233;rieux &#187;. Josie pratiquait de longue date une m&#233;thode mixte &#224; d&#233;part global. Elle note : &#171; Avec &lt;i&gt;je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, &#231;a change compl&#232;tement. Les enfants sont mis d'embl&#233;e, tout de suite, d&#232;s la rentr&#233;e, devant l'acte de lire. D&#232;s les premi&#232;res s&#233;ances ils lisent vraiment ce qu'ils ont sous les yeux. Avant ils devaient s'aider du sens de l'histoire lue par la ma&#238;tresse avant de m&#233;moriser les mots. Ils &#233;taient port&#233;s par le sens et pas par l'&#233;crit ; ils faisaient donc semblant de lire. Je pensais qu'il fallait travailler avec le sens des histoires. C'&#233;tait par opposition &#224; la mi&#232;vrerie confondante des manuels de la syllabique qui n'ont pas de sens. Je pensais que retarder l'apprentissage du d&#233;chiffrage facilitait les choses pour les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;. Je vois maintenant qu'au contraire, l'affronter tout de suite est un avantage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Comme on vient de la voir, cette rapide progression des capacit&#233;s de d&#233;chiffrage s'accompagne d'&lt;i&gt;un &#233;largissement sensible du lexique et des connaissances&lt;/i&gt;, et maintient intact le plaisir d'apprendre&#8230; Et les &#233;l&#232;ves ont bien int&#233;gr&#233; la relation intime entre le signe &#233;crit et le sens : il n'y a pas pour eux d'opposition entre un d&#233;chiffrage qui serait p&#233;nible et fastidieux, et une sph&#232;re lumineuse o&#249; l'acc&#232;s au sens s'offrirait &#224; leur entendement subjugu&#233;. Par exemple : &#171; Ils sont tr&#232;s curieux de la ponctuation. Ils demandent (le&#231;on 15) : &#171; La pie (&#8230;) elle s'&#233;chappe&#8230; &#187; pourquoi il y a trois points ? Hier, au point virgule : &#171; combien de temps je m'arr&#234;te ? &#187; (Josie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; introduit une dynamique qui engage les coll&#232;gues &#224; &lt;i&gt;modifier leurs habitudes d'enseignement et d'animation de la classe&lt;/i&gt;. Nicole : &#171; Ce manuel nous fait bouger dans notre d&#233;marche. On donne les bases aux &#233;l&#232;ves, on leur dit qu'on ne devine pas. Quand on s'est tromp&#233;, on reprend lettre par lettre, son par son, ils y arrivent. C'est g&#233;nial, rassurant &#187;. Et, sur un autre plan, Josie, encore : &#171; Je craignais de trop priver les &#233;l&#232;ves de la litt&#233;rature avec la syllabique. C'est le contraire qui s'est pass&#233;. J'ai d&#233;cupl&#233; les s&#233;ances de litt&#233;rature. Mais je fais maintenant une s&#233;paration nette entre l'apprentissage du d&#233;chiffrage et les s&#233;ances de litt&#233;rature o&#249; je leur lis des textes qui d&#233;veloppent la pens&#233;e, le plaisir de la litt&#233;rature. Donc on va &#224; fond dans les deux domaines. Et du coup on ne fait plus d'exercices. On ne fait plus de s&#233;ances de sons, les sons on les fait en m&#234;me temps qu'on lit. On fait de la copie, de la dict&#233;e et ils poursuivent les histoires. Ils ont &#233;t&#233; tr&#232;s fiers de pouvoir lire l'histoire de la le&#231;on 14 et ils ont dict&#233; une histoire o&#249; la p&#234;che n'est pas rat&#233;e ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4/ &lt;i&gt;Ces r&#233;sultats concernent aussi bien les &#233;l&#232;ves typiquement promis par la statistique &#224; l'&#233;chec scolaire&lt;/i&gt; (qui sont de toutes fa&#231;ons ici en grande majorit&#233;) que les autres. Il ne semble pas d'ailleurs que les &#233;carts de progression selon le milieu social apparaissent exag&#233;r&#233;ment marqu&#233;s. C'est l&#224; un aspect des choses auquel les auteurs de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; sont particuli&#232;rement sensibles. Certes un tout petit nombre d'&#233;l&#232;ves ont du mal, voire beaucoup de mal : et les coll&#232;gues n'ont pas toujours les moyens de les faire travailler comme il le faudrait. Mais ils parient que la plupart d'entre eux sauront quand m&#234;me lire &#224; la fin de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coll&#232;gues du collectif paraissent d&#233;cid&#233;s &#224; continuer &#224; travailler l'an prochain avec &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;. L'ann&#233;e para&#238;t bien engag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bilan &#224; suivre &#224; la fin de la prochaine &#233;tape, au moment donc des vacances de printemps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chapitre 1. La formation d'un collectif de ma&#238;tres</title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article81</link>
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		<dc:date>2010-01-12T09:31:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



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&lt;p&gt;Avant de commencer : r&#233;aliser, et mettre &#224; l'&#233;preuve. Je lis, j'&#233;cris a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; au long de l'ann&#233;e 2008/2009. Nous, les auteurs &#8211; Genevi&#232;ve Krick, Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail &#8211;, avions une conviction, et deux objectifs. &lt;br class='autobr' /&gt;
La conviction : la d&#233;mocratie scolaire pourrait progresser sensiblement, en particulier gr&#226;ce &#224; des apprentissages fondamentaux mieux assur&#233;s. Et c'est dans l'&#233;cole que les choses doivent se passer, sans compter sur les parents ou l'accompagnement scolaire. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;02 Je lis, j'&#233;cris-CP : r&#233;cit d'une exp&#233;rimentation collective&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L121xH150/arton81-52977.png?1790560935' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Avant de commencer : r&#233;aliser, et mettre &#224; l'&#233;preuve.
&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; au long de l'ann&#233;e 2008/2009. Nous, les auteurs &#8211; Genevi&#232;ve Krick, Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail &#8211;, avions une conviction, et deux objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conviction : la d&#233;mocratie scolaire pourrait progresser sensiblement, en particulier gr&#226;ce &#224; des apprentissages fondamentaux mieux assur&#233;s. Et c'est dans l'&#233;cole que les choses doivent se passer, sans compter sur les parents ou l'accompagnement scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;digeant un manuel de lecture pour le CP, notre premier souci &#233;tait de proposer l'apprentissage le plus s&#251;r pour tous les &#233;l&#232;ves, en pensant notamment &#224; ceux que leurs parents &#233;taient les moins &#224; m&#234;me d'aider. Pour nous ce premier objectif impliquait l'emploi de la m&#233;thode &#171; syllabique graph&#233;mique &#187;, qui proc&#232;de par une &#233;tude syst&#233;matique des correspondances lettres/sons, en partant du d&#233;chiffrage des signes &#233;crits, les graph&#232;mes. Exp&#233;riment&#233;e de longue date par Genevi&#232;ve Krick en ITEP et CMPP, l'efficacit&#233; et la s&#233;curit&#233; de cette d&#233;marche graph&#233;mique est attest&#233;e par une diversit&#233; d'enqu&#234;tes de terrain : or son usage dans l'&#201;ducation nationale est encore relativement limit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions un second souci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs raisons nous incitaient &#224; viser haut pour les textes et l'iconographie. Il nous paraissait aberrant que la m&#233;thode syllabique puisse &#234;tre rejet&#233;e, malgr&#233; son efficacit&#233;, en raison de textes d&#233;suets ou insipides. Nous &#233;tions s&#251;rs, d'autre part, que les enfants de six ans &#233;l&#232;ves de CP &#233;taient dispos&#233;s, quelle que soit la culture de leur milieu familial, &#224; s'int&#233;resser &#224; un vocabulaire diversifi&#233; et &#171; soutenu &#187;, et capables de se l'approprier, comme de comprendre et go&#251;ter des textes &#233;vitant toute infantilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis nous ne pouvions oublier ce r&#233;sultat d'enqu&#234;te du minist&#232;re, si malheureusement spectaculaire : entre le d&#233;but du CP et la fin du CM2, les &#233;carts intellectuels et culturels moyens entre les enfants d'ouvriers et les enfants de cadres passent du simple au double ! Comment contrecarrer cette &#233;volution, au lieu de l'accompagner ou, au pire, d'y contribuer ? Il semble bien n'y avoir qu'une solution : tenir une forte exigence intellectuelle avec tous les &#233;l&#232;ves, afin de leur apporter ce qu'ils ne trouvent pas n&#233;cessairement chez eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; se devait donc d'&#234;tre intelligent et beau (en tout cas se devait d'essayer !), en n'h&#233;sitant pas &#224; confronter les apprentis lecteurs au meilleur du patrimoine litt&#233;raire et artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions bien l'intention en m&#234;me temps de ne pas mordre le trait : ne pas refuser la difficult&#233;, mais ne pas en faire un obstacle insurmontable et d&#233;courageant. Et &#224; l'inverse, rester accessible, mais sans b&#234;tifier. Bref, &#234;tre exigeant, mais en garantissant un double plaisir : celui &#171; d'y arriver &#187;, et celui des d&#233;couvertes et des r&#234;ves du monde infini des mots et des sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil de la r&#233;daction de l'ouvrage, pour nous assurer que nous-m&#234;mes &#171; y arrivions &#187; bien, les le&#231;ons de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; soumises &#224; l'&#233;preuve page &#224; page. A l'&#233;preuve des s&#233;ances de r&#233;apprentissage du lire-&#233;crire assur&#233;es au CMPP Henri Wallon d'Amiens par Genevi&#232;ve Krick. A l'&#233;preuve d'amis personnels ayant pris la charge d'apprendre &#224; lire qui &#224; un enfant, qui &#224; un petit-fils ou une petite-fille. A l'&#233;preuve, enfin et surtout, d'une classe de CP au public massivement populaire et immigr&#233;, merci Muriel qui nous invitait &#224; assister en direct au travail de ses &#233;l&#232;ves sur les textes que nous venions de r&#233;diger, et &#224; mesurer leurs r&#233;actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diverses &#233;preuves nous ont amen&#233;s &#224; ajuster ici et l&#224; le vocabulaire propos&#233; dans les le&#231;ons, nous ont rassur&#233;s quant au niveau de difficult&#233; des textes&#8230; et nous ont fait r&#233;fl&#233;chir aux conditions de mise en &#339;uvre de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; : une m&#233;thode d'apprentissage est une chose, l'usage de cette m&#233;thode dans une classe et l'animation d'un collectif d'&#233;l&#232;ves &#224; partir de cette m&#233;thode en sont une autre. Ces r&#233;flexions se retrouvent dans l'introduction du manuel, dans le &#171; guide d'utilisation &#187;, et dans les notes pour le ma&#238;tre dans la marge des le&#231;ons. Elles sont &#233;galement venues alimenter par la suite la rubrique &#171; Le&#231;on par le&#231;on &#187; du site internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers mois ont &#233;t&#233; consacr&#233;s &#224; la mise en page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite du graphisme, son caract&#232;re clair et pr&#233;cis, le calme et l'app&#233;tence qui s'en d&#233;gagent repr&#233;sentent une sensible valeur ajout&#233;e que nous devons &#224; l'&#233;quipe de graphistes dirig&#233;e par G&#233;rard Paris-Clavel, au m&#234;me titre que la beaut&#233; de l'iconographie et l'intelligence du choix d'images qui ne sont jamais redondantes ou platement illustratives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Le collectif des premiers utilisateurs&lt;/strong&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sorti des presses d&#233;but octobre 2009, &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; est en librairie le 15 du mois. Bien trop tard pour lancer la diffusion dans l'&#201;ducation nationale. Plut&#244;t que de se r&#233;signer &#224; une ann&#233;e blanche, nous avons constitu&#233; un collectif de douze ma&#238;tres et ma&#238;tresses de CP d'accord pour utiliser la m&#233;thode d&#232;s cette ann&#233;e 2009-2010. L'inconv&#233;nient de devoir d&#233;marrer l'ann&#233;e avec des photocopies des premi&#232;res le&#231;ons a paru &#224; ces coll&#232;gues largement compens&#233; par l'int&#233;r&#234;t d'une collaboration mutuelle : les fa&#231;ons de faire, les difficult&#233;s et les r&#233;ussites des uns et des autres &#233;tant partag&#233;es et r&#233;fl&#233;chies collectivement gr&#226;ce &#224; des &#233;changes spontan&#233;s sur le mail et lors d'une r&#233;union mensuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous les auteurs, le travail de ce collectif repr&#233;sentait un observatoire privil&#233;gi&#233; de la mise en &#339;uvre de la m&#233;thode par des coll&#232;gues &#224; l'exp&#233;rience professionnelle tr&#232;s diverse, et aupr&#232;s de publics d'&#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes diversifi&#233;s. Nous tenions particuli&#232;rement &#224; v&#233;rifier ce qui se passait dans les &#233;coles r&#233;put&#233;es les plus difficiles, dans les quartiers abritant une population majoritairement immigr&#233;e et marqu&#233;e par la pr&#233;carit&#233;, avec nombre de familles primo-arrivantes et/ou illettr&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement nous attendions de ce travail mati&#232;re &#224; r&#233;flexion et suggestions venant nourrir la rubrique &#171; Le&#231;on par le&#231;on &#187; du site, afin que les futurs utilisateurs de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; y trouvent, en compl&#233;ment des notes marginales de l'ouvrage, des indications et des recommandations tir&#233;es de l'exp&#233;rience pour former un substantiel &#171; Livre du ma&#238;tre &#187; : en bref une aide facilement accessible pour la conduite d'une classe &#224; partir du manuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l'int&#233;r&#234;t et la richesse de ce travail collectif qui nous a incit&#233;s &#224; ouvrir la pr&#233;sente rubrique, &#171; L'inauguration &#187;, qui en relate les modalit&#233;s et les &#233;pisodes marquants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ma&#238;tres qui ont particip&#233; &#224; l'exp&#233;rience sont r&#233;partis dans six &#233;coles, dont quatre accueillent un public urbain tr&#232;s populaire : sur l'ensemble de leurs &#233;l&#232;ves, au moins 66 % appartiennent &#224; des familles d'ouvriers et d'employ&#233;s, majoritairement immigr&#233;es. Deux ma&#238;tresses ont un public d'&#233;l&#232;ves diff&#233;rent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Josie enseigne dans une &#233;cole rurale du sud de la France ; sa classe compte 14 &#233;l&#232;ves, dont 12 (85 %) appartiennent &#224; des familles d'ouvriers et d'employ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Myriam est &#171; institutrice ma&#238;tre formatrice &#187; dans une commune plut&#244;t ais&#233;e proche de Paris ; sa classe de 21 &#233;l&#232;ves n'en compte que 8 (soit 38 %) de parents ouvriers ou employ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dix autres coll&#232;gues travaillent dans des quartiers populaires de l'agglom&#233;ration parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Isabelle, Catherine et Chlo&#233; enseignent dans l'&#233;cole la plus contrast&#233;e socialement, proche de la &#171; petite ceinture &#187;. Elles accueillent &#224; la fois des enfants de classes moyennes ais&#233;es et des enfants de familles pr&#233;caires, sans domicile, vivant en meubl&#233; ou &#233;vacu&#233;es d'un squat, et relog&#233;es par la ville de Paris entre les boulevards ext&#233;rieurs et le p&#233;riph&#233;rique. Leurs classes comptent respectivement 27, 27 et 26 &#233;l&#232;ves, dont pr&#232;s de 40 % sont issus des milieux populaires, essentiellement immigr&#233;s. Ainsi sur 27 &#233;l&#232;ves, Catherine en compte 5 dont les familles ne connaissent pas le fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; In&#232;s enseigne dans une &#233;cole class&#233;e &#171; Ambition r&#233;ussite &#187;, coinc&#233;e &#224; l'extr&#234;me limite de Paris et d'une banlieue populaire. Elle a 24 &#233;l&#232;ves, environ trois sur quatre sont immigr&#233;s ; 30 % d'entre eux ne parlent pas le fran&#231;ais chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Judith, Christa et Mathieu ne sont pas en ZEP, mais leur &#233;cole recrute exclusivement, elle, la population log&#233;e par la ville de Paris entre mar&#233;chaux et p&#233;riph&#233;rique, dans ses logements en brique ou dans un h&#244;tel bon march&#233;. Leurs classes comptent 24 &#233;l&#232;ves pour Ingrid, dont 4 dans des familles qui ne connaissent pas le fran&#231;ais ; et 22 &#233;l&#232;ves pour Mathieu. Les deux tiers environ appartiennent &#224; des familles immigr&#233;es. Christa a une classe CP/CE1, qui ne compte que 6 &#233;l&#232;ves de CP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nicole, Muriel et Tristan ont la charge des trois CP &#171; renforc&#233;s &#187; d'une &#233;cole de proche banlieue class&#233;e en ZEP (21 &#233;l&#232;ves dans les classes de Nicole et Tristan ; Muriel a une classe double de 15 &#233;l&#232;ves, dont 7 CP). La proportion d'&#233;l&#232;ves dont les familles ne parlent pas le fran&#231;ais n'est pas n&#233;gligeable (25% dans la classe de Tristan).&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La diversit&#233; des exp&#233;riences et des motivations
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'adh&#233;sion des coll&#232;gues au collectif s'est faite dans des circonstances et pour des raisons &#224; chaque fois diff&#233;rentes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Josie a 52 ans. Son compagnon, musicien, est un ami du graphiste de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;. Instit depuis 15 ans, elle a dix ans d'exp&#233;rience en CP, o&#249; elle utilisait jusque-l&#224; une m&#233;thode mixte &#224; d&#233;part fortement globale. L'esth&#233;tique et les textes de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; l'ont d&#233;cid&#233;e &#224; l'essayer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Myriam, 39 ans, n'avait jamais eu de CP et jamais enseign&#233; la lecture. Elle a d&#233;couvert &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; par une relation commune, conseill&#232;re d'orientation. L'ouvrage lui a donn&#233; envie de tenter l'aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Isabelle (43 ans), Catherine (38 ans) et Chlo&#233; (32 ans) ont en charge les trois CP de leur &#233;cole et elles ont pris l'habitude de travailler ensemble. Pour la lecture, elles pratiquaient d&#233;j&#224; la m&#233;thode syllabique. C'est Catherine, qui l'a elle-m&#234;me connu par Mathieu, qui leur a fait d&#233;couvrir &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;. Elles l'ont adopt&#233; en raison de sa qualit&#233; esth&#233;tique et de sa pr&#233;cision dans la conduite de l'apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; In&#232;s a 26 ans : c'est sa troisi&#232;me ann&#233;e d'enseignement et son second CP. Dans cette &#233;cole difficile, son premier CP avait &#233;t&#233; assez malheureux. Pour la lecture elle avait utilis&#233; une m&#233;thode &#224; d&#233;part globale l&#233;gu&#233;e par la coll&#232;gue pr&#233;c&#233;dente &#171; et tout une partie des &#233;l&#232;ves &#233;taient perdus (&#8230;) et ils le sont encore en CE1 &#187;. Elle a connu &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; par le hasard d'une autre coll&#232;gue, et s'est trouv&#233;e quatre raisons de l'utiliser : elle voulait essayer la syllabique ; les textes lui plaisaient ; l'apprentissage faisait une place importante et syst&#233;matique &#224; l'&#233;criture, ce qui n'&#233;tait pas le cas avec le manuel de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente ; et enfin, comme ses coll&#232;gues, la perspective de partager l'exp&#233;rience avec d'autres la s&#233;duisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Judith (35 ans), Christa (45 ans) et Mathieu (33 ans) ont &#233;galement en charge les trois CP de leur &#233;cole. D&#232;s avant la r&#233;alisation de Je lis, j'&#233;cris ils avaient nou&#233; des relations de r&#233;flexion et de d&#233;bat concernant la p&#233;dagogie des apprentissages fondamentaux avec les auteurs de l'ouvrage (et par l'interm&#233;diaire de ces derniers avec Stella Baruk pour l'enseignement des maths). Mathieu qui avait un CE1 a demand&#233; un CP pour tester le manuel. Judith (6 ans de CP), apr&#232;s l'exp&#233;rience d'une m&#233;thode semi-globale (&#171; Plus jamais, c'est terrible ! &#187; dit-elle en riant) pratiquait avec Christa (2 ans de CP) un d&#233;part syllabique soutenu &#171; puis on d&#233;rivait vers la lecture de petits albums &#187;. C'est donc assez naturellement qu'elles ont eu envie de voir ce que donnait &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; qui proposait &#224; la fois un apprentissage syst&#233;matique du d&#233;chiffrage et les textes correspondants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Banlieue rouge, ZEP, immigration r&#233;cente : Nicole (31 ans), Muriel (33 ans) et Tristan (27 ans) assurent les trois CP d'une &#233;cole elle aussi typiquement &#171; difficile &#187;. Muriel a laiss&#233; son CP de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente &#224; Mathieu et chang&#233; d'&#233;cole. Philosophe de formation, toujours soucieuse d'interroger sa propre pratique, elle avait beaucoup r&#233;fl&#233;chi aux difficult&#233;s de l'apprentissage de la lecture au fil de ses ann&#233;es de CP, et pris une forte distance critique &#224; l'&#233;gard de toute forme de lecture globale. Comme Christa et Judith elle bricolait &#171; sa &#187; m&#233;thode syllabique, acceptant ainsi tr&#232;s volontiers de tester les pages de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; au moment de leur conception initiale. Tristan a trois ans d'exp&#233;rience professionnelle, c'est son second CP. Il utilisait une autre m&#233;thode syllabique, et s'est ralli&#233; &#224; &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; dont il pr&#233;f&#233;rait les textes. Nicole enseigne depuis huit ans, toujours pour des remplacements longs, et elle avait toujours employ&#233; des m&#233;thodes mixtes. C'est son premier CP qu'elle prend en d&#233;but d'ann&#233;e, et elle a choisi d'essayer &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; comme ses coll&#232;gues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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