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	<title>Les Lettres bleues</title>
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		<title>Les Lettres bleues</title>
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		<title>R&#233;ponse &#224; Roland Goigoux</title>
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		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les notes de service et le guide Pour enseigner la lecture et l'&#233;criture au CP publi&#233;s par le ministre de l'&#201;ducation nationale ont suscit&#233; des r&#233;actions dont la virulence a cru pouvoir remplacer la critique s&#233;rieuse. &#171; Injonctions &#187;, &#171; mise au pas &#187;, &#171; insultes aux enseignants &#187;, &#171; oukases &#187;, &#171; recettes simplistes &#187;, &#171; prescriptions r&#233;trogrades &#187;&#8230; c'est un peu court face aux enjeux consid&#233;rables de l'apprentissage de la lecture et de l'&#233;criture au CP, en s&#233;rieuse difficult&#233;. Roland Goigoux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/arton113-19a43.png?1790432657' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les notes de service et le guide &lt;i&gt;Pour enseigner la lecture et l'&#233;criture au CP&lt;/i&gt; publi&#233;s par le ministre de l'&#201;ducation nationale ont suscit&#233; des r&#233;actions dont la virulence a cru pouvoir remplacer la critique s&#233;rieuse. &#171; Injonctions &#187;, &#171; mise au pas &#187;, &#171; insultes aux enseignants &#187;, &#171; oukases &#187;, &#171; recettes simplistes &#187;, &#171; prescriptions r&#233;trogrades &#187;&#8230; c'est un peu court face aux enjeux consid&#233;rables de l'apprentissage de la lecture et de l'&#233;criture au CP, en s&#233;rieuse difficult&#233;. Roland Goigoux de son c&#244;t&#233; a voulu r&#233;pondre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caf&#233; p&#233;dagogique du 10 mai 2018.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; ses coll&#232;gues formateurs qui lui ont pos&#233; une s&#233;rie de questions, suite aux publications du ministre. Une autre tonalit&#233; guide ses r&#233;ponses qui appellent certaines remarques de fond.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la libert&#233; p&#233;dagogique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le rapport de la vaste enqu&#234;te &lt;i&gt;Lire et &#201;crire&lt;/i&gt; (2016) que Roland Goigoux a dirig&#233;, nous pouvons lire ces objectifs qu'elle s'&#233;tait fix&#233;s : &#171; Nous pensions que nos r&#233;sultats pourraient alimenter la r&#233;flexion sur le pilotage du syst&#232;me scolaire et sur les contenus de la formation initiale et continue des enseignants. &#187; L'auteur semble donc consid&#233;rer que l'on peut utiliser les r&#233;sultats de la recherche pour piloter le syst&#232;me scolaire et la formation des enseignants&#8230; sans pour autant porter atteinte &#224; leur libert&#233; p&#233;dagogique. C'est que tout le monde reconnait, et d'abord les enseignants, que la libert&#233; p&#233;dagogique n'a rien &#224; voir avec une sorte de libert&#233; de faire &#224; son gr&#233;, ind&#233;pendamment de l'intelligence des raisons pour lesquelles certains choix didactiques et p&#233;dagogiques sont &#224; privil&#233;gier, comme le montre&lt;i&gt; Lire et &#201;crire&lt;/i&gt;. Les enseignants ont toujours &#233;t&#233; et sont toujours (plus que jamais !) demandeurs d'une formation exigeante qui puisse leur permettre de bien faire leur m&#233;tier, et d'assumer de fa&#231;on responsable, instruite, la l&#233;gitime libert&#233; p&#233;dagogique qui est la leur. Aujourd'hui, ce sont les ambitions d'une telle formation que &#171; le pilotage du syst&#232;me scolaire &#187; se doit d'inscrire dans son cahier des charges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation des ma&#238;tres n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; des choix didactiques et p&#233;dagogiques. Sous la responsabilit&#233; premi&#232;re des ESPE et des circonscriptions, cette formation passe aussi par l'&#233;dition de documents d'accompagnement ou d'application des programmes, de ressources pour faire la classe, de guides pour choisir un manuel, relevant d'initiatives minist&#233;rielles ou acad&#233;miques, qui contiennent des recommandations, des fiches &#224; utiliser, des exemples de pratiques dont il est souhaitable de s'inspirer, jamais per&#231;us jusqu'&#224; ce jour comme des mises au pas, des injonctions, voire des recettes simplistes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Syllabique vs mixte &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; du guide minist&#233;riel porte largement sur ce que la syllabique peut apporter &#224; l'apprentissage de la lecture, confront&#233; &#224; de graves difficult&#233;s. Une responsable syndicale d&#233;clarait r&#233;cemment : &#171; C'est la compr&#233;hension des textes qui fait difficult&#233;, pas le d&#233;chiffrage. &#187; On a quelque peine &#224; supposer que le d&#233;chiffrage ne ferait pas difficult&#233;, quand l'enqu&#234;te dirig&#233;e par Roland Goigoux, r&#233;alis&#233;e &#224; partir d'un &#233;chantillon tr&#232;s important : 131 classes, 2.507 &#233;l&#232;ves (toutes origines sociales confondues), montre le contraire. Elle montre en effet qu'&#224; la fin du CP, en juin 2014, 10% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisaient correctement 4 mots en moyenne en une minute &#224; partir d'un texte (8 mots maximum). 20% lisaient 8 mots en moyenne (15 mots maximum) ; 30%, 11 mots en moyenne (21 mots maximum) ; 50%, 18 mots en moyenne (34 mots maximum). Quelle compr&#233;hension des textes travailler avec des difficult&#233;s de d&#233;chiffrage aussi importantes ? Comment, face &#224; de tels r&#233;sultats, ne pas s'interroger sur des modalit&#233;s d'apprentissage finissant trop souvent par &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme allant de soi, fa&#231;onn&#233;es et impos&#233;es au fil de d&#233;cennies de rejet de la syllabique dite &#171; stricte &#187;, alors que les professeurs de cette enqu&#234;te &#233;taient tous exp&#233;riment&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Goigoux le reconnaissait lui-m&#234;me lorsqu'il &#233;crivait avec Sylvie C&#232;be : &#171; Toutes les recherches conduites en sciences cognitives montrent l'influence d&#233;terminante de la qualit&#233; du d&#233;codage en compr&#233;hension. Lorsqu'il est insuffisamment automatis&#233;, le d&#233;codage repr&#233;sente une op&#233;ration co&#251;teuse et contraignante qui prive les &#233;l&#232;ves de leurs ressources attentionnelles, au d&#233;triment des traitements cognitifs de haut niveau permettant l'acc&#232;s au sens. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lectorino &amp; Lectorinette CE1 CE2. Apprendre &#224; comprendre des textes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Quelles cons&#233;quences tirer de ce r&#244;le du d&#233;codage, largement valid&#233; par la recherche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat globale vs syllabique n'a plus de sens aujourd'hui o&#249; la r&#233;flexion se centre sur les diff&#233;rences majeures entre ce qu'il convient d'appeler la m&#233;thode mixte, tr&#232;s largement pratiqu&#233;e, et la m&#233;thode syllabique. M&#234;me de fa&#231;on in&#233;gale, tous les ma&#238;tres travaillent le code, il n'est pas question de revenir l&#224;-dessus. Mais ils le font le plus souvent en y adjoignant d'autres strat&#233;gies d'identification des mots : la reconnaissance de mots appris en entier, la recherche d'analogies entre des parties de mots, l'usage du contexte, du dessin ou de l'illustration pour deviner le mot susceptible d'&#234;tre le bon. Aux &#233;l&#232;ves de trouver le &#171; car &#187; de &#171; carnaval &#187; dans &#171; carnivore &#187;, et le &#171; di &#187; de &#171; mardi &#187; dans &#171; &#233;tourdi &#187;, puisque &#171; c'est comme dans&#8230; &#187;. &#192; eux aussi de deviner le mot qu'ils ne savent pas d&#233;coder, &#224; partir de l'histoire lue par l'enseignant ou de l'illustration. Ces diverses tentatives d'identification des mots contrarient in&#233;luctablement la n&#233;cessaire qualit&#233; du d&#233;codage automatis&#233; dont Roland Goigoux et Sylvie C&#232;be pensent, &#224; juste titre, qu'elle a une influence d&#233;terminante en compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que devient la qualit&#233; du d&#233;codage quand des &#233;l&#232;ves lisent &#171; habit &#187;, &#171; s'amuse &#187;, &#171; lavabo &#187; ou &#171; pris &#187;, &#224; la place de &#171; manteau &#187;, &#171; joue &#187;, &#171; lavande &#187; ou &#171; pire &#187; ? Faire &#171; feu de tout bois pour identifier les mots &#187; comme le pr&#233;conise Roland Goigoux, ne peut que conduire les &#233;l&#232;ves &#224; des recherches hasardeuses qui ralentissent la lecture et la rendent chaotique, erron&#233;e, d&#233;motivante. Nous sommes loin de l'automatisation n&#233;cessaire d'un d&#233;codage de qualit&#233; qui soit habile, pr&#233;cis et rapide, pour pouvoir atteindre &#171; des traitements cognitifs de haut niveau permettant l'acc&#232;s au sens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les 100% d&#233;chiffrables&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon Roland Goigoux, le guide se livrerait &#224; &#171; l'apologie d'une m&#233;thode syllabique radicale &#187;. Dans d'autres interventions il parle de syllabique &#171; stricte &#187;, qui impose des interdits, des diktats. Ne proposer aux &#233;l&#232;ves que des mots, des textes 100% d&#233;chiffrables, serait extr&#233;miste et rel&#232;verait d'une &#171; exigence radicale infond&#233;e &#187;. Pass&#233; l'exemple peu s&#233;rieux de la date et des pr&#233;noms des enfants pour brocarder la radicalit&#233; de la syllabique qui interdirait de les identifier sans d&#233;codage, est-il pensable de sortir de la d&#233;chiffrabilit&#233; exigeante de ce que l'on donne &#224; lire aux &#233;l&#232;ves, &#224; l'accent pr&#232;s, &#224; la virgule pr&#232;s, si on est convaincu du lien si &#233;troit entre la qualit&#233; du d&#233;codage et la compr&#233;hension ? Je ne le pense pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que tout soit d&#233;chiffrable dans chaque le&#231;on, &#224; partir de la progression syst&#233;matique dans l'&#233;tude des combinaisons syllabiques, permet aux &#233;l&#232;ves de d&#233;chiffrer tous les mots afin de pouvoir les lire de fa&#231;on s&#251;re et autonome, de comprendre d'embl&#233;e ceux qu'ils connaissent et de poser la question de la signification des autres. Nous avons l&#224; la base d'un riche travail sur le vocabulaire pouvant alors engager celui de la compr&#233;hension, qui bien &#233;videmment ne s'arr&#234;te pas aux seules significations lexicales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; (Les Lettres bleues)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En tant que co-auteur de ce manuel largement cit&#233; dans les r&#233;ponses de Roland Goigoux &#224; ses coll&#232;gues pour en d&#233;noncer les textes, je souhaite apporter une pr&#233;cision. Parler de &#171; cons&#233;quences n&#233;fastes de l'un des principes de la m&#233;thode syllabique radicale &#187; qu'est l'absence de mots appris par c&#339;ur, &#224; partir de phrases cit&#233;es dans les premi&#232;res le&#231;ons, n'a rien de convaincant. A la neuvi&#232;me le&#231;on (sur les 52 du manuel), on peut lire effectivement : &#171; La lune rousse, sur l'all&#233;e, sourit et nous rassure. &#187; J'ai pu voir dans une classe en REP+ le riche travail de recherche de sens sans mots appris par c&#339;ur ou devin&#233;s, sans connecteurs mots-outils. L'absence m&#234;me de ces connecteurs accentue l'implicite qui mobilise la recherche d'interpr&#233;tation et le travail de l'imaginaire. Dans un manuel de la mixte, &#224; la deuxi&#232;me semaine de l'ann&#233;e, les &#233;l&#232;ves sont cens&#233;s lire : &#171; Il y a des filles et des gar&#231;ons &#224; l'&#233;cole. &#187;, apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; cinq graph&#232;mes. Combien de mots appris par c&#339;ur ? Pour quel travail motivant sur la compr&#233;hension ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, Roland Goigoux pr&#233;cise : &#171; Exit aussi le recours &#224; la litt&#233;rature de jeunesse &#187;. Pour &#171; lire &#187; des textes que l'on ne d&#233;chiffre pas ? Il est vrai qu'&#224; la quatri&#232;me le&#231;on de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; on devra se &#171; contenter &#187; de &#171; Lila alla &#224; Lille. &#187;, qui permet malgr&#233; tout d'apprendre ce que sont une phrase et un premier signe de ponctuation ; mais, tr&#232;s vite, les &#233;l&#232;ves peuvent lire vraiment des textes qui n'ont pas &#224; rougir devant la litt&#233;rature de jeunesse. Ils peuvent m&#234;me acc&#233;der, avant la fin du CP, &#224; la lecture de po&#232;mes de Desnos, Hugo, Rimbaud, Rodari, Neruda&#8230; et faire la rencontre de Doisneau, Magritte, Picasso, Hokusai&#8230; Mozart et le jazz&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Caf&#233; p&#233;dagogique du 10 mai 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lectorino &amp; Lectorinette CE1 CE2. &lt;i&gt;Apprendre &#224; comprendre des textes narratifs&lt;/i&gt;. Retz, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>D&#233;chiffrer pour comprendre</title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article112</link>
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		<dc:date>2016-12-24T16:26:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te Lire et &#233;crire (d&#233;sign&#233;e ici ELE) coordonn&#233;e par Roland Goigoux, vient de faire l'objet d'un rapport dont la richesse et la pr&#233;cision de l'observation des pratiques d'enseignement de la lecture constitue un atout majeur pour d&#233;velopper et approfondir nos connaissances en la mati&#232;re. L'&#233;chantillon est important : il concerne 2507 &#233;l&#232;ves r&#233;partis dans 14 acad&#233;mies et131 classes o&#249; les enqu&#234;teurs se sont rendus pendant trois semaines diff&#233;rentes au long de l'ann&#233;e scolaire 2013-2014, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L150xH129/arton112-07710.png?1790363861' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='129' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'enqu&#234;te &lt;i&gt;Lire et &#233;crire&lt;/i&gt; (d&#233;sign&#233;e ici ELE) coordonn&#233;e par Roland Goigoux, vient de faire l'objet d'un rapport dont la richesse et la pr&#233;cision de l'observation des pratiques d'enseignement de la lecture constitue un atout majeur pour d&#233;velopper et approfondir nos connaissances en la mati&#232;re. L'&#233;chantillon est important : il concerne 2507 &#233;l&#232;ves r&#233;partis dans 14 acad&#233;mies et131 classes o&#249; les enqu&#234;teurs se sont rendus pendant trois semaines diff&#233;rentes au long de l'ann&#233;e scolaire 2013-2014, munis de grilles d'observations et d'outils de mesure tr&#232;s substantiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rappel des intentions &#224; l'origine de cette recherche l'indique clairement : &#171; Nous voulions identifier les caract&#233;ristiques didactiques de celles [les mani&#232;res de faire des enseignants] qui s'av&#232;rent les plus efficaces et les plus &#233;quitables. (&#8230;) Nous pensions que nos r&#233;sultats pourraient alimenter la r&#233;flexion sur le pilotage du syst&#232;me scolaire (&#8230;) et sur les contenus de la formation initiale et continue des enseignants. &#187; (p.22) Ainsi, l'ambition de connaissance de cette enqu&#234;te se double ouvertement de la perspective de produire des effets importants sur l'enseignement de la lecture y compris au niveau institutionnel, ce qui situe bien la hauteur des enjeux de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre Terrail le souligne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'enqu&#234;te ELE vient conforter les enseignements d'autres enqu&#234;tes et notamment ceux du &lt;i&gt;National Reading Panel&lt;/i&gt; (USA, 1999), qui insistent sur l'importance d&#233;cisive de la ma&#238;trise du code dans l'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension. Apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies de volont&#233; de refuser d'admettre ce lien &#233;troit, le voir r&#233;affirm&#233; au travers d'une enqu&#234;te s&#233;rieuse riche d'enseignements, cr&#233;e une situation in&#233;dite qui fait appel &#224; la poursuite de la r&#233;flexion sur des points saillants des principes m&#233;thodologiques en jeu dans les apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel apprentissage efficace du d&#233;chiffrage ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Insister sur le fait que lire c'est comprendre ne r&#232;gle pas, sans examen serr&#233;, la question de la voie efficace pour y parvenir. Aussi bien les chercheurs que les enseignants reconnaissent aujourd'hui la n&#233;cessit&#233; d'apprendre &#224; d&#233;chiffrer aux apprentis lecteurs : le r&#244;le du code dans la lecture a retrouv&#233; la reconnaissance d'une importance que la r&#233;novation des ann&#233;es 1970 a failli lui faire perdre. Et pourtant il n'est pas possible de se satisfaire du flou qui r&#232;gne encore sur certains principes incontournables sans lesquels l'enseignement du d&#233;chiffrage n'est pas en mesure de construire les capacit&#233;s lectorales des &#233;l&#232;ves tendus vers la compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE s'est livr&#233;e &#224; une mesure source d'enseignements particuli&#232;rement instructifs qui touche &#224; la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes donn&#233;s &#224; lire aux &#233;l&#232;ves. &#171; Nous avons appel&#233; &#171; rendement effectif &#187; le pourcentage de graph&#232;mes d&#233;chiffrables des textes supports &#224; l'enseignement de la lecture utilis&#233;s en dixi&#232;me semaine. &#187; (p.99) Dans les classes observ&#233;es par l'enqu&#234;te, les textes propos&#233;s alors aux &#233;l&#232;ves comportent en moyenne 43% de graph&#232;mes d&#233;chiffrables, un pourcentage qui recouvre des &#233;carts tr&#232;s importants puisque cette d&#233;chiffrabilit&#233; varie de 11% &#224; 76%. Cela conduit le rapport &#224; remarquer que d'un pourcentage &#224; un autre &#171; L'activit&#233; intellectuelle demand&#233;e aux &#233;l&#232;ves, qu'elle soit individuelle ou collective, n'est donc pas du tout la m&#234;me. &#187; (p.393) Si 43% est tr&#232;s en de&#231;&#224; d'un minimum n&#233;cessaire pour tout le monde, ce taux est particuli&#232;rement p&#233;nalisant pour les &#233;l&#232;ves initialement faibles dont les progr&#232;s ont besoin de rendements effectifs sup&#233;rieurs ou &#233;gaux &#224; 57 %. Apr&#232;s un tel rapprochement entre la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes et l'activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves, il va &#234;tre difficile de continuer &#224; r&#233;duire le d&#233;chiffrage &#224; une activit&#233; de bas niveau, confin&#233;e dans des automatismes de peu de sens, ennuyeux, trop &#233;loign&#233;s des ambitions que l'&#233;cole se doit d'avoir pour ses jeunes apprentis lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais insister sur le rapport entre la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes et l'activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves ne nous donne pas encore la cl&#233; des voies d'acc&#232;s au d&#233;chiffrage des textes d&#233;chiffrables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand deviner s'invite dans les manuels&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE le confirme, la tr&#232;s grande majorit&#233; des manuels utilis&#233;s par les enseignants renvoie &#224; la logique de l'approche &#171; int&#233;grative &#187; qui inclut un travail du d&#233;codage tr&#232;s diff&#233;rent de celui de l'approche syllabique. A cet &#233;gard, le Guide p&#233;dagogique accompagnant le manuel A l'&#233;cole des albums qui re&#231;oit une mention sp&#233;ciale dans l'enqu&#234;te en raison de son tempo rapide (d&#233;fini ci-apr&#232;s), est clair sur les recommandations qu'il adresse aux enseignants. Il s'agit d'apprendre aux &#233;l&#232;ves l'utilisation, de fa&#231;on simultan&#233;e ou s&#233;par&#233;e selon les cas, de quatre strat&#233;gies de d&#233;codage : 1/ la reconnaissance d'un mot d&#233;j&#224; rencontr&#233; ; 2/ le d&#233;chiffrage total ou partiel du mot ; 3/ la compr&#233;hension du mot gr&#226;ce au contexte et sa v&#233;rification par t&#226;tonnement en recherchant des indices pour v&#233;rifier des hypoth&#232;ses ; 4/la reconnaissance d'un mot dit &#171; masqu&#233; &#187; (mot d&#233;riv&#233; ou mot ayant subi une variation morphologique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manuel qui s'appuie sur ces recommandations proc&#232;de par entr&#233;e phon&#233;mique, il va explicitement des phon&#232;mes vers les graph&#232;mes. Aussi, apr&#232;s le rep&#233;rage du phon&#232;me du jour &#224; partir de dessins, et le graph&#232;me pr&#233;sent&#233;, des combinaisons syllabiques sont enseign&#233;es, suivies de mots d&#233;chiffrables, mais les phrases et les textes offerts &#224; la lecture contiennent beaucoup de mots dont l'identification devra faire appel &#224; de la reconnaissance globale, &#224; des hypoth&#232;ses &#224; partir du contexte, &#224; de la devinette. Le taux de d&#233;chiffrabilit&#233; des supports de lecture d'&lt;i&gt;&#192; l'&#233;cole des albums&lt;/i&gt; est de 52% : l'&#233;tude des correspondances graphophonologiques sont loin de reposer sur cette syst&#233;maticit&#233; essentielle de l'approche syllabique que nous expliciterons plus loin. Brouill&#233;e par l'introduction de strat&#233;gies qui lui sont &#233;trang&#232;res, l'&#233;tude de ces correspondances devient parfaitement &#233;quivoque. Force est de constater que l'ensemble des manuels &#171; int&#233;gratifs &#187; sont dans la m&#234;me &#233;quivocit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; de la formation des ma&#238;tres&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas que les manuels et les guides p&#233;dagogiques qui proposent des d&#233;marches conduisant les &#233;l&#232;ves &#224; deviner, des lieux de formation des enseignants importants le font &#233;galement. Il importe de le rappeler ici afin de bien se repr&#233;senter les enjeux majeurs sur lesquels repose la r&#233;flexion des pratiques enseignantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T&#233;l&#233; Formation Lecture&lt;/i&gt; (TFL) est un site&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fond&#233; par Alain Bentolila. Cr&#233;&#233; &#224; partir d'un partenariat entre l'Universit&#233; Paris V et l'IUFM de Cr&#233;teil, il est destin&#233; aux formateurs, aux enseignants et aux &#233;tudiants. Un espace vid&#233;o permet de visualiser de nombreuses s&#233;ances d'apprentissage de la lecture au CP, se pr&#233;sentant comme autant d'exemples de pratiques pouvant &#234;tre valablement suivies. L'avantage de ces vid&#233;os accompagn&#233;es de commentaires explicatifs est de permettre de bien se repr&#233;senter la fa&#231;on dont concr&#232;tement l'identification des mots en vient &#224; recourir au contexte et &#224; la devinette. Qu'on en juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte d'un article de magazine sur le carnaval est reproduit au tableau. Apr&#232;s un temps de lecture silencieuse le tableau est referm&#233; et les &#233;l&#232;ves doivent dire ce qu'ils ont r&#233;ussi &#224; lire, &#224; comprendre, ce dont ils se souviennent. Le tableau est rouvert et suit une &#171; Deuxi&#232;me lecture et p&#234;che aux mots lus &#187;. Le commentaire qui accompagne la vid&#233;o indique explicitement que les &#233;l&#232;ves &#171; p&#234;chent &#187; dans le texte les mots, les expressions et les morceaux de phrases qu'ils savent lire, la t&#226;che de l'enseignante &#233;tant d'encadrer ces mots d&#233;sign&#233;s par quelques &#233;l&#232;ves venus au tableau. Pour chaque vid&#233;o le commentaire renvoie &#224; des notions analys&#233;es par ailleurs sur le site. Ici nous pouvons aller vers &#171; Reconnaissance logographique - Reconnaissance orthographique - Strat&#233;gie de lecture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vid&#233;o suivante montre le travail sur tout ce qui n'a pas &#233;t&#233; lu et pose probl&#232;me. Ainsi, les mots non lus dits difficiles &#171; sont devin&#233;s par le sens de la phrase ou analys&#233;s au cas par cas en cherchant les syllabes. &#187; Le renvoi aux notions analys&#233;es par ailleurs dirige vers &#171; Contexte &#187; - &#171; Strat&#233;gie de lecture &#187; - &#171; Construction du sens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o intitul&#233;e &#171; Arr&#234;t sur un mot qui pose probl&#232;me &#187; est accompagn&#233;e de ce commentaire : &#171; L'enseignante relit elle-m&#234;me tout ce qui a &#233;t&#233; d&#233;couvert et, gr&#226;ce au sens, elle fait deviner les mots qui restaient &#224; lire, tous collaborent. Elle rectifie les confusions. Si un mot n'est pas devin&#233; par le sens, l'enseignante s'arr&#234;te et conduit le travail d'analyse. Travail entre ce que l'on voit et ce qui s'entend. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite une &#171; 3e relecture avec le ton &#187;. &#171; Cette fois, les &#233;l&#232;ves suivent des yeux le texte lu par la ma&#238;tresse. Par sa lecture orale l'enseignante donne le ton et aide &#224; la compr&#233;hension. Elle pose des questions pour v&#233;rifier si le sens du texte est compris. &#187; La notion &#224; consulter est &#171; Lecture &#224; voix haute &#187; faite par l'enseignante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la transcription &#233;crite d'un mot dict&#233; les &#233;l&#232;ves sont invit&#233;s &#224; &#233;crire les lettres du mot en se r&#233;f&#233;rant aux mots-cl&#233;s affich&#233;s et utilis&#233;s toute l'ann&#233;e. Ils peuvent ainsi se r&#233;f&#233;rer au &#171; b &#187; de bonbon et au &#171; &#234; &#187; de p&#234;che pour &#233;crire &#171; b&#234; &#187; de &#171; b&#234;tise &#187;. De m&#234;me que dans la lecture, l'&#233;criture de la lettre n'a pas gagn&#233; son autonomie puisque l&#224; aussi un contexte de mots la contenant est requis pour la tracer. L'absence du n&#233;cessaire travail syst&#233;matique sur les correspondances graphophon&#233;miques en mesure de construire l'autonomie des &#233;l&#232;ves dans l'encodage des mots les condamne &#224; demeurer tributaires de la copie de trac&#233;s rep&#233;r&#233;s dans des mots-cl&#233;s de r&#233;f&#233;rence, comme ils &#233;taient tributaires de la lecture logographique et de la devinette dans la lecture du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces vid&#233;os et les commentaires qui les accompagnent nous &#233;clairent sur des choix de formation des enseignants que l'on retrouve dans l'ensemble de la litt&#233;rature p&#233;dagogique. Aussi n'est-il pas impossible que la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants ait quelque mal &#224; s'abstraire de ces choix, tant leur congruence se trouve affirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'incontournable syst&#233;maticit&#233; de la d&#233;marche syllabique&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes de l'&#233;chantillon de l'enqu&#234;te ELE consacrent en moyenne 7h22 &#224; l'enseignement du lire-&#233;crire au CP, ce qui n'est pas mince, mais cette moyenne renferme des disparit&#233;s importantes. &#171; Les 10% des classes qui y allouent le moins de temps y consacrent en moyenne 311 minutes hebdomadaires, soit 5h11 tandis que les 10% des classe qui y consacrent le plus de temps y allouent en moyenne 609 minutes, soit 10h09. &#187; (p.212) Le temps consacr&#233; &#224; une activit&#233; importe sans nul doute : passer comme c'est le cas ici du simple au double d'une classe &#224; l'autre pour le temps consacr&#233; au lire-&#233;crire n'est certainement pas sans effets. Toutefois, nous savons aussi combien le contenu de l'activit&#233; et ses modalit&#233;s d'exercice sont d&#233;terminants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capacit&#233;s de d&#233;chiffrage des &#233;l&#232;ves varient tout au long de l'ann&#233;e en fonction de l'avanc&#233;e dans l'&#233;tude des correspondances graphophon&#233;miques. Mais quel que soit le moment de l'ann&#233;e, il est d&#233;cisif qu'une concordance parfaite s'&#233;tablisse entre le niveau de cette &#233;tude et le taux de d&#233;chiffrabilit&#233; des textes qui, en cons&#233;quence, ne peut &#234;tre inf&#233;rieur &#224; 100% : aucun texte ne peut avoir vocation &#224; contenir des graph&#232;mes non encore &#233;tudi&#233;s. Ce principe qui unit de fa&#231;on indissociable tout travail sur la compr&#233;hension de l'&#233;crit aux possibilit&#233;s de le d&#233;chiffrer de fa&#231;on habile et pr&#233;cise est loin d'&#234;tre reconnu par tous. Bien d'autres strat&#233;gies de &#171; lecture &#187; compr&#233;hensive sont &#224; l'&#339;uvre dans les manuels, les guides p&#233;dagogiques et les recherches en didactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE mesure la vitesse &#224; laquelle le code est &#233;tudi&#233; au travers d'une variable appel&#233;e &#171; tempo &#187; qui indique le nombre de correspondances graphophon&#233;miques &#233;tudi&#233;es de mani&#232;re explicite au cours des neuf premi&#232;res semaines de classe. Le graphique 71 du rapport (p.253) montre combien les diff&#233;rences sont importantes. Les classes les plus lentes n'en &#233;tudient que 6 en moyenne quand les plus rapides en &#233;tudient 20. Or &#171; L'&#233;l&#233;vation du tempo influence significativement et positivement les performances des &#233;l&#232;ves en code et en &#233;criture. En code cette influence atteint son maximum pour un tempo de 14 ou de 15 et la valeur palier se situe &#224; 11 ou 12 en fonction du niveau initial des &#233;l&#232;ves. &#187; (p.347) Les tempos les plus lents p&#233;nalisent donc les &#233;l&#232;ves, surtout s'ils sont initialement faibles. C'est que ces &#233;l&#232;ves &#171; n'ont pas suffisamment d'&#233;l&#233;ments &#224; leur disposition pour r&#233;ussir &#224; d&#233;coder les &#233;crits propos&#233;s en classe, ils progressent moins. &#187; (p.394)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre les capacit&#233;s de d&#233;codage des &#233;l&#232;ves et leur activit&#233; intellectuelle se trouve ici confirm&#233;e. Le rapport le dit clairement : &#171; Le choix d'un tempo rapide est b&#233;n&#233;fique car il accroit la clart&#233; cognitive des &#233;l&#232;ves et leur capacit&#233; d'auto-apprentissage, tout en &#233;vitant d&#233;couragements et t&#226;tonnement hasardeux. En s&#233;lectionnant les textes supports en fonction des correspondances &#233;tudi&#233;es et en proposant des t&#226;ches de d&#233;chiffrage &#224; la port&#233;e des &#233;l&#232;ves, les enseignants favorisent leurs r&#233;ussites, mobilise leur attention et leur m&#233;morisation tout en d&#233;veloppant leur sentiment de comp&#233;tence. &#187; (p.395)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix d'un tempo rapide a donc manifestement des effets b&#233;n&#233;fiques dont il faut tenir compte, toutefois il ne saurait par ses seules vertus constituer un crit&#232;re suffisant pour juger de l'efficacit&#233; de l'enseignement car demeure enti&#232;re la question du traitement de ces correspondances, m&#234;me lorsqu'elles sont jug&#233; en nombre suffisant : la mesure quantitative de celles-ci ne cl&#244;t pas la r&#233;flexion sur leur traitement qualitatif qui nous renvoie invariablement au d&#233;bat sur le caract&#232;re incontournable de la syst&#233;maticit&#233; contenue dans le principe syllabique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'&#224; partir du ou des graph&#232;me(s) de la le&#231;on du jour on a appris la valeur sonore des syllabes, celles-ci sont sans d&#233;tour ni retard, utilis&#233;es, prises en charge dans des mots que l'on s'entraine &#224; lire &#224; haute voix (en s'appuyant &#233;galement sur les apprentissages des le&#231;ons pr&#233;c&#233;dentes). Tous les &#233;crits du jour sont ainsi parfaitement d&#233;chiffrables parce que leur lecture s'articule imm&#233;diatement et exclusivement &#224; la connaissance des combinaisons syllabiques des graph&#232;mes &#233;tudi&#233;es, sans qu'aucune autre strat&#233;gie de lecture ne vienne la concurrencer. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que ne fait pas la d&#233;marche &#171; int&#233;grative &#187; ou mixte qui donne &#224; lire aux &#233;l&#232;ves des phrases et des textes dont les mots peuvent faire l'objet d'un d&#233;chiffrage total ou simplement partiel, d'une reconnaissance globale ou d'hypoth&#232;ses construites &#224; partir du contexte linguistique ou imagier, ou encore de r&#233;miniscences de lectures o&#249; on va puiser des indices. Lorsque les &#233;l&#232;ves sont invit&#233;s &#224; lire, il leur faut &#224; chaque fois chercher le moyen qui leur parait le mieux appropri&#233; pour identifier les mots, dans le but de trouver la &#171; bonne &#187; strat&#233;gie pouvant &#171; convenir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui a &#224; voir avec l'id&#233;al constructiviste que je critique dans cet article :.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cette d&#233;marche, la connaissance des correspondances graphophonologiques &#233;tudi&#233;es perd alors l'efficacit&#233; qu'elle peut rec&#233;ler, prise qu'elle est dans le jeu des concurrences auxquelles elle est soumise. On l'aura compris, c'est au maintien de la lecture &#224; l'&#233;cart rigoureux de ces concurrences que se manifeste la nature propre de la syllabique. Dire qu'elle n'a pas le monopole de la syllabe est parfaitement juste, &#224; condition toutefois d'ajouter qu'elle a celui des exigences qui commandent cette fa&#231;on de la traiter que nous venons d'expliciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour un objectif d'apprentissage clairement identifi&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette insistance qui est la n&#244;tre sur la n&#233;cessit&#233; de respecter l'unicit&#233; de la logique d'apprentissage de l'identification des mots rejoint ce que souligne Stanislas Dehaene lorsqu'il s'attache &#224; montrer l'importance de l'attention, de la concentration pour s'approprier efficacement des savoirs, parvenir &#224; r&#233;ussir une activit&#233;, construire une m&#233;moire de travail active. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'orienter l'attention vers l'objet &#233;tudi&#233;, le niveau pertinent, appropri&#233;, et donc laisser de c&#244;t&#233; tout ce qui d&#233;tourne l'enfant de l'objectif d'apprentissage retenu : ne pas cr&#233;er de double ou triple t&#226;che qui distrait sa concentration. Or c'est ce que font les manuels et les pratiques qui confrontent les &#233;l&#232;ves &#224; plusieurs strat&#233;gies cens&#233;es identifier les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de tr&#232;s nombreux manuels et cahiers d'exercices, y compris dans le processus m&#234;me d'apprentissage de la lecture, le dessin et l'illustration occupent une place tr&#232;s importante. Cette place se trouve regard&#233;e d'un &#339;il circonspect par Jos&#233; Morais qui &#233;crit fort justement : &#171; les images attirent l'attention visuelle des enfants beaucoup plus que les lettres. L'ab&#233;c&#233;daire traditionnel n'est certainement pas la meilleure mani&#232;re de faire conna&#238;tre les lettres aux enfants, et cela vaut pour tout mat&#233;riel qui &#233;loigne l'attention de l'enfant des caract&#233;ristiques distinctives des lettres. Le meilleur contexte pour apprendre les lettres, c'est le mot &#233;crit sans image associ&#233;e et sans ornementation. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Morais, Lire, &#233;crire et &#234;tre libre. De l'alphab&#233;tisation &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le symbolisme de l'image est &#233;tranger &#224; celui de la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les supports qui ne clarifient pas cette distinction capitale entre l'image et le mot ne peuvent que conduire les &#233;l&#232;ves &#224; s'&#233;carter de la nature m&#234;me de l'acte de lire : ils sont forc&#233;ment source de ralentissements inutiles de l'apprentissage, de confusions multiples et donc, ce qui est plus grave, d'inexactitudes dans les lectures intellectuellement n&#233;fastes, sources d'ins&#233;curit&#233; pour les &#233;l&#232;ves &#224; qui on n'offre pas les cl&#233;s incontournables de leur autonomie de lecteurs efficaces, en capacit&#233; de s'engager dans une activit&#233; scolaire exigeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Orthographe et &#233;tude de la langue&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation positive entre les activit&#233;s de d&#233;codage et d'encodage soulign&#233;e par de nombreux chercheurs, est confirm&#233;e par l'enqu&#234;te ELE. L'association des deux activit&#233;s favorise l'apprentissage des correspondances graphophonologiques et celui de l'orthographe. Toutefois cette influence demeure modeste dans les classes de l'enqu&#234;te. Les lapins courent vite, phrase dict&#233;e en fin de CP connait des r&#233;sultats tr&#232;s faibles, puisque les trois quarts des &#233;l&#232;ves ne mettent aucune marque de pluriel, que le dernier quart se partage entre marques incorrectes et marques correctes, et que &#171; seul 1% des &#233;l&#232;ves marque correctement le pluriel &#224; la fois sur le nom et le verbe. &#187; (p.405) Le marquage du pluriel n'est donc accessible qu'&#224; une fraction marginale de l'&#233;chantillon en fin de CP. &#171; En fin de CE1, les marques de nombre nominales et verbales sont ma&#238;tris&#233;es par 30% des &#233;l&#232;ves &#187;, ce qui demeure nettement insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jos&#233; Morais l'exprime tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment dans l'ouvrage pr&#233;c&#233;demment cit&#233; : &#171; Il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; qu'une faible habilet&#233; de d&#233;codage perturbe l'apprentissage orthographique, et que cette faiblesse en d&#233;codage ne peut &#234;tre compens&#233;e par des habilet&#233;s visuo-orthographiques : le niveau des choix orthographiques est toujours li&#233; au niveau de l'habilet&#233; de d&#233;codage. &#187; D'o&#249;, pouvons-nous ajouter, le r&#244;le d&#233;cisif de la lecture &#224; haute voix indispensable pour travailler et s'assurer de l'habilet&#233; de d&#233;codage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque la lecture est une activit&#233; visuelle, l'a-t-on d&#233;clar&#233;, l'interdit de la lecture &#224; haute voix a connu ses heures de gloire chez certains p&#233;dagogues &#224; partir de la r&#233;novation des ann&#233;es 1970. L'enqu&#234;te ELE confirme l'inanit&#233; d'un tel interdit de fa&#231;on claire. &#171; La dur&#233;e hebdomadaire de la lecture &#224; haute voix influence significativement et positivement les performances des &#233;l&#232;ves en code et en &#233;criture, en particulier celles des &#233;l&#232;ves initialement faibles et interm&#233;diaires. &#187; (p.351) Plus de 30 minutes par semaine est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;tude de la langue est &#233;galement observ&#233;e dans l'enqu&#234;te ELE qui conclut &#224; un effet positif du temps qui lui est consacr&#233; sur les performances des &#233;l&#232;ves : &#171; Il apparait que les classes qui consacrent plus de temps &#224; l'&#233;tude de la langue sont celles qui progressent plus en lecture- &#233;criture. &#187; (p.361) Or cet aspect important des activit&#233;s de la classe ne trouve pas toujours la place qui lui revient dans les pratiques. &#171; Un premier examen des s&#233;ances videos enregistr&#233;es dans les classes les plus efficaces, r&#233;v&#232;le que les enseignants y font preuve d'une forte vigilance m&#233;talinguistique : ils signalent explicitement le passage de l'usage de la langue &#224; son &#233;tude (&#8230;), ils utilisent avec rigueur un nombre limit&#233; de m&#233;tatermes (phrase, nom, verbe, masculin/f&#233;minin, singulier/pluriel). Ces maitres effectuent une transmission plus r&#233;flexive des savoirs que ceux des classes les moins efficaces, en s'appuyant sur les interactions entre &#233;l&#232;ves comme sur les interactions maitre-&#233;l&#232;ve. &#187; (p.407)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recueil d'informations sur cet aspect des pratiques conduit les auteurs du rapport &#224; souligner &#224; juste titre &#171; l'importance de la formation initiale et continue des enseignants pour ce qui est de l'&#233;tude de la langue. &#187; Effectivement, le sens des &#233;crits se construit dans la mat&#233;rialit&#233; de la langue qu'il est n&#233;cessaire d'enseigner explicitement comme objet d'&#233;tude, afin que les &#233;l&#232;ves puissent commencer &#224; entrer dans une repr&#233;sentation &#233;pist&#233;mique des contenus d'apprentissages. C'est l'intelligibilit&#233; m&#234;me de ces contenus qui se trouve en jeu ici dans la formation des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lecture et compr&#233;hension&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'entendu, le lu et le compris&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de l'enqu&#234;te souligne que les &#233;l&#232;ves passent beaucoup de temps &#171; &#224; traiter des t&#226;ches de lecture-compr&#233;hension de mani&#232;re individuelle et souvent hors de la pr&#233;sence de l'enseignant &#187;, alors que &#171; les moments o&#249; ils sont incit&#233;s &#224; expliquer/reformuler le sens, &#224; &#233;voquer une repr&#233;sentation mentale ou &#224; produire un rappel de r&#233;cit n'occupent que 19 minutes par semaine en moyenne. &#187; (p.400) Or les performances de tr&#232;s nombreux &#233;l&#232;ves sont insuffisantes, comme le sont les activit&#233;s de compr&#233;hension explicites auxquelles peu de temps est consacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mesures de l'enqu&#234;te ELE diff&#233;rencient la compr&#233;hension en lecture autonome des &#233;l&#232;ves et la compr&#233;hension en lecture entendue. Bien que globalement les scores en compr&#233;hension soient faibles, &#171; mieux les &#233;l&#232;ves comprennent les textes qu'on leur lit, mieux ils comprennent les textes qu'ils lisent seuls. &#187; (p. 398) Que la compr&#233;hension de l'entendu ait un effet positif sur la compr&#233;hension du lu n'est pas surprenant : la compr&#233;hension se forge dans le langage, des mots entendus ou lus et finit par s'&#233;manciper de ses origines, la parole d'autrui et/ou la lecture personnelle, pour s'actualiser, fonctionner dans l'&#233;coute des paroles, la r&#233;flexion personnelle ou la lecture de textes, sans que nous sachions le plus souvent &#224; quelles origines plus ou moins lointaines raccrocher cette compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre les textes qu'ils lisent, les &#233;l&#232;ves mettent &#224; profit tout ce qu'ils apprennent dans l'ensemble des activit&#233;s de la classe (y compris bien s&#251;r dans les lectures entendues) et par ailleurs dans la vie hors de l'&#233;cole : l'ensemble de ces apprentissages d&#233;finissent leurs connaissances, leur culture. Lorsqu'il s'agit de lire, le rapport de l'enqu&#234;te le confirme : &#171; l'&#233;preuve de compr&#233;hension autonome est tr&#232;s sensible aux comp&#233;tences acquises dans le domaine du d&#233;codage. &#187; Et il ajoute : &#171; Pour les &#233;l&#232;ves dont le niveau en compr&#233;hension est faible ou interm&#233;diaire en d&#233;but d'ann&#233;e, la ma&#238;trise du code pourrait, en partie, compenser leurs faiblesses en compr&#233;hension. &#187; (p.354)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette relation de d&#233;pendance entre la ma&#238;trise du code et la compr&#233;hension se trouve par ailleurs r&#233;affirm&#233;e par Roland Goigoux dans son intervention aux Controverses de Descartes de mars 2016 lorsqu'il dit : &#171; le d&#233;codage p&#232;se tr&#232;s lourd dans la compr&#233;hension &#187;. Et pourtant en novembre 2014, dans ses r&#233;ponses aux questions pos&#233;es par le &lt;i&gt;Conseil Sup&#233;rieur des Programmes&lt;/i&gt; en vue de contribuer &#224; l'&#233;laboration des projets de programmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il d&#233;veloppe une conception du travail de la compr&#233;hension qui ne conclut pas &#224; un tel poids du d&#233;codage dans la compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La compr&#233;hension de l'&#233;crit ind&#233;pendante du d&#233;chiffrage ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses r&#233;ponses au CSP Roland Goigoux consid&#232;re que les t&#226;ches et les supports des programmes de 2008 sont contestables pour les raisons suivantes : &#171; Elles laissaient entendre qu'au CP les &#233;l&#232;ves devaient &#171; s'entra&#238;ner &#224; lire des mots connus &#187;, c'est-&#224;-dire enti&#232;rement d&#233;chiffrables, autrement dit encore, dont l'ensemble des correspondances graphophonologiques requises avaient &#233;t&#233; pr&#233;alablement &#233;tudi&#233;es (ce qui est la d&#233;finition d'une approche exclusivement &#171; syllabique &#187;) et &#171; &#224; &#233;crire seuls des mots d&#233;j&#224; connus &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils excluaient aussi les t&#226;tonnements en &#233;criture. &#187; Cette pr&#233;sentation des programmes de 2008 se termine par ces mots : &#171; Je proposerai plus bas de supprimer ces deux id&#233;es n&#233;fastes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons que s'entra&#238;ner &#224; lire des mots connus ne signifie pas n&#233;cessairement qu'ils sont enti&#232;rement d&#233;chiffrables, ils peuvent &#234;tre reconnus globalement, mais quoi qu'il en soit, le caract&#232;re n&#233;faste de la lecture et de l'&#233;criture de mots enti&#232;rement d&#233;chiffrables est affirm&#233; ce qui semble indiquer une nette pr&#233;f&#233;rence pour une approche qui ne confie pas la compr&#233;hension &#224; la d&#233;chiffrabilit&#233; compl&#232;te des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, toujours dans cette contribution de 2014, Roland Goigoux fait r&#233;f&#233;rence &#224; la conf&#233;rence de consensus de 2003 o&#249; le jury s'&#233;tait accord&#233; &#171; pour penser que les &#233;l&#232;ves en phase d'apprentissage du code ou qui &#233;prouvent des difficult&#233;s s&#233;rieuses &#224; identifier les mots ne sont pas &#224; m&#234;me de conduire une activit&#233; de compr&#233;hension au cours m&#234;me de la lecture. &#187; (p.6) La cons&#233;quence qui semble s'imposer devant un tel consensus devrait nous conduire &#224; renforcer le travail d'identification efficace des mots. Ce n'est pas ce qu'envisage Roland Goigoux qui en tire la cons&#233;quence concr&#232;te suivante : &#171; dissocier [soulign&#233; par nous] l'enseignement de la compr&#233;hension, de la lecture autonome r&#233;alis&#233;e par les &#233;l&#232;ves au CP et en d&#233;but de CE1 &#187;, car &#171; si le travail d'automatisation des processus d'identification des mots est n&#233;cessaire, il n'est pas suffisant &#187; (p.6). Que la technique du d&#233;chiffrage pleinement acquise, automatis&#233;e, ne soit jamais une garantie absolue de compr&#233;hension, doit-il conduire &#224; s&#233;parer l'enseignement des comp&#233;tences de d&#233;codage de l'enseignement des comp&#233;tences de compr&#233;hension ? Il le semble bien puisque quelques pages plus loin nous pouvons lire : &#171; les comp&#233;tences de d&#233;codage et de compr&#233;hension contribuent de mani&#232;re significative, mais ind&#233;pendante [soulign&#233; par nous], &#224; la performance en lecture. &#187; (p.18)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ind&#233;pendance affirm&#233;e entre la compr&#233;hension et le d&#233;codage trouve une de ses justifications majeures dans la position suivante : &#171; L'enrichissement lexical, indispensable pour une &#233;cole qui veut compenser les in&#233;galit&#233;s sociales, doit donc se faire &#224; partir de l'&#233;tude de textes choisis en fonction de leur int&#233;r&#234;t symbolique, affectif, culturel et linguistique, pas en fonction de l'&#233;tude du code graphophonologique. &#187; (p.12) Comme les &#233;l&#232;ves de milieux populaires sont d&#233;clar&#233;s par ailleurs payer cher une centration trop forte sur le d&#233;codage au d&#233;triment de tout l'apport culturel scolaire dont ils ont besoin, ils devraient donc b&#233;n&#233;ficier tout particuli&#232;rement de l'apport de textes entendus et non pas lus de fa&#231;on autonome. Les faibles scores en fluence d'un fort pourcentage d'&#233;l&#232;ves de l'enqu&#234;te ELE, la faible d&#233;chiffrabilit&#233; des supports de lecture et les faibles scores en compr&#233;hension devraient plut&#244;t nous inciter &#224; proposer aux enseignants une tout autre d&#233;marche que celle du travail de la compr&#233;hension en dehors du d&#233;chiffrage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le test de fluence de la fin du CP en juin 2014 montre que 10% des &#233;l&#232;ves (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas du tout ce que pr&#233;conise Roland Goigoux qui, dans sa contribution aux travaux du CSP &#233;crit page 10 : &#171; Au cours pr&#233;paratoire, voire parfois au d&#233;but du CE1, un enseignement de la compr&#233;hension pourrait &#234;tre construit sur le mod&#232;le de celui de l'&#233;cole maternelle &#224; base de lectures r&#233;alis&#233;es &#224; haute voix par l'enseignant. Il ne faut plus faire d&#233;pendre cet enseignement de la capacit&#233; de d&#233;chiffrage des &#233;l&#232;ves : cela conduit syst&#233;matiquement les enseignants &#224; le diff&#233;rer au CE2. Bref, il faut inciter les enseignants de CP &#224; ne pas utiliser les m&#234;mes supports pour, d'une part, l'enseignement du code graphophonologique et du d&#233;chiffrage collectif de textes nouveaux et, d'autre part, pour l'enseignement explicite de la compr&#233;hension, en lien avec l'acquisition de nouvelles connaissances lexicales et encyclop&#233;diques. &#187; Cet enseignement explicite de la compr&#233;hension pourrait reposer sur des supports destin&#233;s &#224; la lecture &#224; haute voix de l'enseignant &#171; de r&#233;cits psychologiquement et culturellement pertinents &#187;.(p.11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comprendre en d&#233;chiffrant des textes ambitieux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Goigoux et Sylvie C&#232;be proposent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les cahiers p&#233;dagogiques, n&#176;516, novembre 2014.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des pistes pour travailler la compr&#233;hension telles que la recherche du r&#244;le des inf&#233;rences, des raisons d'agir des personnages, de leurs connaissances, sentiments, croyances, raisonnements, pertinentes pour interroger les textes, mais, on l'aura compris, cette pertinence n'a de sens v&#233;ritable selon nous que lorsque les &#233;l&#232;ves sont &#224; m&#234;me de conduire cette recherche en &#233;tant en possession des moyens de la lecture autonome. La compr&#233;hension en lecture ne peut que profiter amplement de tout ce qui par ailleurs est lu par l'enseignant, appris dans l'ensemble des activit&#233;s de la classe et ailleurs, mais cela n'implique pas de distinguer comme Roland Goigoux le faisait en 2014 et le repr&#233;cise lors de la Conf&#233;rence de Consensus de mars 2016, trois types d'approches : 1/ l'enseignement des correspondances graphophon&#233;miques dans des supports ad-hoc ; 2/ le travail sur les interactions d&#233;codage/ acc&#232;s au sens sur des textes simples, en grande partie d&#233;chiffrables [seulement en grande partie] ; 3/ l'enseignement de la compr&#233;hension sur des textes complexes lus &#224; haute voix par l'enseignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture &#224; haute voix entendue par les &#233;l&#232;ves mobilise forc&#233;ment la m&#233;moire. Lorsque l'&#233;l&#232;ve a oubli&#233; un aspect du texte, m&#234;me tr&#232;s factuel, qui joue un r&#244;le important dans la compr&#233;hension, il a besoin d'une r&#233;p&#233;tition de la lecture. &#192; l'&#233;chelle d'une classe qui ne concentre pas les inattentions ou les oublis sur un m&#234;me moment du texte, savoir ce qui explique les r&#233;ponses sur lesquelles il va falloir travailler pour avancer dans la compr&#233;hension devient d&#233;licat. Sommes-nous &#224; chaque fois confront&#233;s &#224; un probl&#232;me d'attention, de m&#233;morisation, de compr&#233;hension proprement dite, et dans quelles proportions ? Quand tous ont le texte sous les yeux, tous peuvent se prononcer en s'appuyant sur une m&#234;me litt&#233;ralit&#233; &#224; partir de laquelle il est possible de faire le partage entre l'inattention, l'oubli et l'incompr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE ne semble pas encourager la lecture &#224; haute voix de l'enseignant puisque &#171; De mani&#232;re paradoxale, on observe qu'un temps important allou&#233; &#224; l'&#233;coute de textes lus par le maitre produit un effet n&#233;gatif sur les performances des &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;preuve de &#171; compr&#233;hension autonome &#187; et n'a aucun effet sur la compr&#233;hension d'un texte entendu. &#187;(p.355) Ce r&#233;sultat est-il vraiment paradoxal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit nous ne pouvons que souhaiter qu'il alimente la r&#233;flexion sur le pilotage du syst&#232;me scolaire et les contenus de la formation des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un manuel qui ne donne &#224; lire que des textes enti&#232;rement d&#233;chiffrables prend au s&#233;rieux le fait que lire c'est chercher du sens aux textes lus de fa&#231;on autonome. Cette autonomie est d&#233;cisive car elle signe le statut du jeune lecteur fier de s'approprier les comp&#233;tences de la lecture. Sans elle il est condamn&#233; &#224; des bricolages couteux et st&#233;riles qui ne peuvent que d&#233;courager son d&#233;sir et son plaisir de s'emparer de la culture de l'&#233;crit. Avec des textes ambitieux effectivement lus, les &#233;l&#232;ves d&#233;veloppent leurs &#171; connaissances lexicales et encyclop&#233;diques &#187; et entrent dans des &#171; r&#233;cits psychologiquement et culturellement pertinents &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est texte en main que les &#233;l&#232;ves peuvent participer &#224; des d&#233;bats sur ce qu'ils comprennent et interpr&#232;tent d'&#233;crits exigeants. Dissocier le travail de d&#233;codage sur des textes simples de l'enseignement de la compr&#233;hension sur des textes complexes entendus n'a aucune l&#233;gitimit&#233;, car c'est priver les &#233;l&#232;ves de la d&#233;couverte par eux-m&#234;mes de la richesse lexicale, syntaxique, intellectuelle, affective, d'&#233;crits dont la lecture autonome leur est accessible. Tous les &#233;l&#232;ves ont besoin que de telles ambitions soient respect&#233;es y compris donc les &#233;l&#232;ves d'origine populaire dont on craint trop souvent qu'ils pourraient ne pas &#234;tre &#224; la hauteur. La r&#233;flexion sur leurs ressources en tant qu'&#234;tres de langage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ? La Dispute, 2013.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'exp&#233;rience montrent qu'ils sont capables de s'approprier de telles ambitions &#224; condition toutefois que l'&#233;cole se soucie de travailler l'intelligibilit&#233; de ses contenus d'apprentissages, sans rien d&#233;l&#233;guer aux familles. L'apprentissage de la lecture s'inscrit pleinement dans cette recherche g&#233;n&#233;rale de l'intelligibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie dans l'acc&#232;s au sens se construit pas &#224; pas, dans la progression des le&#231;ons. L'enseignant peut bien commencer par lire le texte que les &#233;l&#232;ves suivent des yeux, mais c'est leur lecture autonome qui va guider le travail sur la compr&#233;hension. Les apprentis lecteurs devront bien s&#251;r s'entrainer &#224; ma&#238;triser le d&#233;chiffrage du texte en respectant scrupuleusement la ponctuation dont le sens leur aura &#233;t&#233; enseign&#233; de fa&#231;on explicite. Ils devront &#233;galement &#234;tre &#224; l'aise pour poser toutes les questions relatives &#224; la signification des mots qu'ils ignorent. Pourra alors commencer tout un travail sur la compr&#233;hension du texte et les interpr&#233;tations qui rel&#232;vent d'un v&#233;ritable d&#233;bat litt&#233;raire tout &#224; fait possible avec des &#233;l&#232;ves de CP. L'exp&#233;rience montre qu'ils en sont tr&#232;s friands dans tous les milieux socio-culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Goigoux lui-m&#234;me le dit &#224; la Conf&#233;rence de Consensus de mars 2016 : &#171; Les &#233;l&#232;ves sont curieux de comprendre comment &#231;a marche (&#8230;) Les gamins, le d&#233;chiffrage &#231;a les passionne quand on arr&#234;te d'en faire une t&#226;che ennuyeuse. C'est une aventure, c'est une aventure intellectuelle, c'est une vraie curiosit&#233;. &#187; Effectivement, mais &#231;a n'est une vraie curiosit&#233;, une aventure intellectuelle, que si pr&#233;cis&#233;ment on intellectualise l'aventure en travaillant sans biais, sans d&#233;tours, les tr&#233;sors de sens que rec&#232;le le d&#233;chiffrage. En proc&#233;dant ainsi il n'est jamais une t&#226;che ennuyeuse, il mobilise l'int&#233;r&#234;t, le plaisir des &#233;coliers devenant lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE se signale par la pr&#233;cision et la richesse de la description des pratiques d'enseignement de la lecture qui peuvent lui permettre de faire autorit&#233; sur un ensemble de recommandations destin&#233;es &#224; la formation initiale et continue des enseignants. Sa &#171; philosophie g&#233;n&#233;rale &#187; de l'importance de l'enseignement du d&#233;chiffrage dans l'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension de l'&#233;crit, offre &#224; cet &#233;gard des perspectives qui peuvent nous permettre d'envisager &#224; la suite de Jean-Pierre Terrail que nous serions &#224; la fin d'un cycle historique qui a plomb&#233; cet enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faudrait toutefois pas que l'on en tire des recommandations h&#226;tives qui confieraient l'essentiel du travail de la compr&#233;hension &#224; de la lecture &#224; haute voix de l'enseignant, ou que l'on cesse de s'interroger sur les modalit&#233;s du travail de d&#233;codage, en consid&#233;rant que le nombre de correspondances graphophon&#233;miques &#233;tudi&#233;s puisse &#234;tre un crit&#232;re suffisant pour permettre aux &#233;l&#232;ves de devenir des lecteurs habiles, heureux de pouvoir comprendre ce qu'ils lisent. Tous les ma&#238;tres &#171; font du d&#233;codage &#187;, cela ne fait pas de doute, mais les r&#233;sultats alarmants en fluence montrent que nous ne pourrons pas faire l'&#233;conomie d'une r&#233;flexion approfondie sur l'in&#233;gale efficacit&#233; des mani&#232;res de conduire cet apprentissage, y compris avec les enseignants exp&#233;riment&#233;s que sont ceux de l'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier ouvrage Jos&#233; Morais &#233;crit : &#171; En fin de CP, l'&#233;l&#232;ve doit &#234;tre lecteur et scripteur autonome. C'est le premier niveau de la litt&#233;ratie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Morais, op.cit. (p.123).&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et de la d&#233;mocratie ajoute-t-il dans des d&#233;veloppements particuli&#232;rement f&#233;conds o&#249; il explique les raisons profondes pour lesquelles il a fait le choix de la d&#233;mocratie, et comment la litt&#233;ratie (appropriation et utilisation de l'&#233;crit dans l'exercice de la pens&#233;e) s'inscrit dans ce choix. C'est que le processus de d&#233;mocratisation a besoin de la pens&#233;e libre, critique, d'un haut niveau d'exigence intellectuelle dans tous les domaines de la connaissance et de la r&#233;flexion, une pens&#233;e qui &#224; son tour peut devenir garante de l'exercice de la d&#233;mocratie lorsque celle-ci a r&#233;ussi &#224; s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris, cela signifie que les exigences de la d&#233;mocratie s'appuient fondamentalement sur un peuple lettr&#233; ma&#238;trisant parfaitement les conditions premi&#232;res de l'exercice de la litt&#233;ratie, &#224; savoir le lire-&#233;crire. Il est possible aujourd'hui d'envisager sereinement une r&#233;flexion collective sur les moyens de faire en sorte que cesse l'aberration des &#233;checs d'un nombre beaucoup trop important d'&#233;coliers d&#232;s les premiers apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te &lt;i&gt;Lire et &#233;crire&lt;/i&gt; (d&#233;sign&#233;e ici ELE) coordonn&#233;e par Roland Goigoux, vient de faire l'objet d'un rapport dont la richesse et la pr&#233;cision de l'observation des pratiques d'enseignement de la lecture constitue un atout majeur pour d&#233;velopper et approfondir nos connaissances en la mati&#232;re. L'&#233;chantillon est important : il concerne 2507 &#233;l&#232;ves r&#233;partis dans 14 acad&#233;mies et131 classes o&#249; les enqu&#234;teurs se sont rendus pendant trois semaines diff&#233;rentes au long de l'ann&#233;e scolaire 2013-2014, munis de grilles d'observations et d'outils de mesure tr&#232;s substantiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rappel des intentions &#224; l'origine de cette recherche l'indique clairement : &#171; Nous voulions identifier les caract&#233;ristiques didactiques de celles [les mani&#232;res de faire des enseignants] qui s'av&#232;rent les plus efficaces et les plus &#233;quitables. (&#8230;) Nous pensions que nos r&#233;sultats pourraient alimenter la r&#233;flexion sur le pilotage du syst&#232;me scolaire (&#8230;) et sur les contenus de la formation initiale et continue des enseignants. &#187; (p.22) Ainsi, l'ambition de connaissance de cette enqu&#234;te se double ouvertement de la perspective de produire des effets importants sur l'enseignement de la lecture y compris au niveau institutionnel, ce qui situe bien la hauteur des enjeux de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre Terrail le souligne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'enqu&#234;te ELE vient conforter les enseignements d'autres enqu&#234;tes et notamment ceux du &lt;i&gt;National Reading Panel&lt;/i&gt; (USA, 1999), qui insistent sur l'importance d&#233;cisive de la ma&#238;trise du code dans l'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension. Apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies de volont&#233; de refuser d'admettre ce lien &#233;troit, le voir r&#233;affirm&#233; au travers d'une enqu&#234;te s&#233;rieuse riche d'enseignements, cr&#233;e une situation in&#233;dite qui fait appel &#224; la poursuite de la r&#233;flexion sur des points saillants des principes m&#233;thodologiques en jeu dans les apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel apprentissage efficace du d&#233;chiffrage ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Insister sur le fait que lire c'est comprendre ne r&#232;gle pas, sans examen serr&#233;, la question de la voie efficace pour y parvenir. Aussi bien les chercheurs que les enseignants reconnaissent aujourd'hui la n&#233;cessit&#233; d'apprendre &#224; d&#233;chiffrer aux apprentis lecteurs : le r&#244;le du code dans la lecture a retrouv&#233; la reconnaissance d'une importance que la r&#233;novation des ann&#233;es 1970 a failli lui faire perdre. Et pourtant il n'est pas possible de se satisfaire du flou qui r&#232;gne encore sur certains principes incontournables sans lesquels l'enseignement du d&#233;chiffrage n'est pas en mesure de construire les capacit&#233;s lectorales des &#233;l&#232;ves tendus vers la compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE s'est livr&#233;e &#224; une mesure source d'enseignements particuli&#232;rement instructifs qui touche &#224; la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes donn&#233;s &#224; lire aux &#233;l&#232;ves. &#171; Nous avons appel&#233; &#171; rendement effectif &#187; le pourcentage de graph&#232;mes d&#233;chiffrables des textes supports &#224; l'enseignement de la lecture utilis&#233;s en dixi&#232;me semaine. &#187; (p.99) Dans les classes observ&#233;es par l'enqu&#234;te, les textes propos&#233;s alors aux &#233;l&#232;ves comportent en moyenne 43% de graph&#232;mes d&#233;chiffrables, un pourcentage qui recouvre des &#233;carts tr&#232;s importants puisque cette d&#233;chiffrabilit&#233; varie de 11% &#224; 76%. Cela conduit le rapport &#224; remarquer que d'un pourcentage &#224; un autre &#171; L'activit&#233; intellectuelle demand&#233;e aux &#233;l&#232;ves, qu'elle soit individuelle ou collective, n'est donc pas du tout la m&#234;me. &#187; (p.393) Si 43% est tr&#232;s en de&#231;&#224; d'un minimum n&#233;cessaire pour tout le monde, ce taux est particuli&#232;rement p&#233;nalisant pour les &#233;l&#232;ves initialement faibles dont les progr&#232;s ont besoin de rendements effectifs sup&#233;rieurs ou &#233;gaux &#224; 57 %. Apr&#232;s un tel rapprochement entre la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes et l'activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves, il va &#234;tre difficile de continuer &#224; r&#233;duire le d&#233;chiffrage &#224; une activit&#233; de bas niveau, confin&#233;e dans des automatismes de peu de sens, ennuyeux, trop &#233;loign&#233;s des ambitions que l'&#233;cole se doit d'avoir pour ses jeunes apprentis lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais insister sur le rapport entre la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes et l'activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves ne nous donne pas encore la cl&#233; des voies d'acc&#232;s au d&#233;chiffrage des textes d&#233;chiffrables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand deviner s'invite dans les manuels&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE le confirme, la tr&#232;s grande majorit&#233; des manuels utilis&#233;s par les enseignants renvoie &#224; la logique de l'approche &#171; int&#233;grative &#187; qui inclut un travail du d&#233;codage tr&#232;s diff&#233;rent de celui de l'approche syllabique. A cet &#233;gard, le Guide p&#233;dagogique accompagnant le manuel A l'&#233;cole des albums qui re&#231;oit une mention sp&#233;ciale dans l'enqu&#234;te en raison de son tempo rapide (d&#233;fini ci-apr&#232;s), est clair sur les recommandations qu'il adresse aux enseignants. Il s'agit d'apprendre aux &#233;l&#232;ves l'utilisation, de fa&#231;on simultan&#233;e ou s&#233;par&#233;e selon les cas, de quatre strat&#233;gies de d&#233;codage : 1/ la reconnaissance d'un mot d&#233;j&#224; rencontr&#233; ; 2/ le d&#233;chiffrage total ou partiel du mot ; 3/ la compr&#233;hension du mot gr&#226;ce au contexte et sa v&#233;rification par t&#226;tonnement en recherchant des indices pour v&#233;rifier des hypoth&#232;ses ; 4/la reconnaissance d'un mot dit &#171; masqu&#233; &#187; (mot d&#233;riv&#233; ou mot ayant subi une variation morphologique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manuel qui s'appuie sur ces recommandations proc&#232;de par entr&#233;e phon&#233;mique, il va explicitement des phon&#232;mes vers les graph&#232;mes. Aussi, apr&#232;s le rep&#233;rage du phon&#232;me du jour &#224; partir de dessins, et le graph&#232;me pr&#233;sent&#233;, des combinaisons syllabiques sont enseign&#233;es, suivies de mots d&#233;chiffrables, mais les phrases et les textes offerts &#224; la lecture contiennent beaucoup de mots dont l'identification devra faire appel &#224; de la reconnaissance globale, &#224; des hypoth&#232;ses &#224; partir du contexte, &#224; de la devinette. Le taux de d&#233;chiffrabilit&#233; des supports de lecture d'&lt;i&gt;&#192; l'&#233;cole des albums&lt;/i&gt; est de 52% : l'&#233;tude des correspondances graphophonologiques sont loin de reposer sur cette syst&#233;maticit&#233; essentielle de l'approche syllabique que nous expliciterons plus loin. Brouill&#233;e par l'introduction de strat&#233;gies qui lui sont &#233;trang&#232;res, l'&#233;tude de ces correspondances devient parfaitement &#233;quivoque. Force est de constater que l'ensemble des manuels &#171; int&#233;gratifs &#187; sont dans la m&#234;me &#233;quivocit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; de la formation des ma&#238;tres&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas que les manuels et les guides p&#233;dagogiques qui proposent des d&#233;marches conduisant les &#233;l&#232;ves &#224; deviner, des lieux de formation des enseignants importants le font &#233;galement. Il importe de le rappeler ici afin de bien se repr&#233;senter les enjeux majeurs sur lesquels repose la r&#233;flexion des pratiques enseignantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T&#233;l&#233; Formation Lecture&lt;/i&gt; (TFL) est un site&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fond&#233; par Alain Bentolila. Cr&#233;&#233; &#224; partir d'un partenariat entre l'Universit&#233; Paris V et l'IUFM de Cr&#233;teil, il est destin&#233; aux formateurs, aux enseignants et aux &#233;tudiants. Un espace vid&#233;o permet de visualiser de nombreuses s&#233;ances d'apprentissage de la lecture au CP, se pr&#233;sentant comme autant d'exemples de pratiques pouvant &#234;tre valablement suivies. L'avantage de ces vid&#233;os accompagn&#233;es de commentaires explicatifs est de permettre de bien se repr&#233;senter la fa&#231;on dont concr&#232;tement l'identification des mots en vient &#224; recourir au contexte et &#224; la devinette. Qu'on en juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte d'un article de magazine sur le carnaval est reproduit au tableau. Apr&#232;s un temps de lecture silencieuse le tableau est referm&#233; et les &#233;l&#232;ves doivent dire ce qu'ils ont r&#233;ussi &#224; lire, &#224; comprendre, ce dont ils se souviennent. Le tableau est rouvert et suit une &#171; Deuxi&#232;me lecture et p&#234;che aux mots lus &#187;. Le commentaire qui accompagne la vid&#233;o indique explicitement que les &#233;l&#232;ves &#171; p&#234;chent &#187; dans le texte les mots, les expressions et les morceaux de phrases qu'ils savent lire, la t&#226;che de l'enseignante &#233;tant d'encadrer ces mots d&#233;sign&#233;s par quelques &#233;l&#232;ves venus au tableau. Pour chaque vid&#233;o le commentaire renvoie &#224; des notions analys&#233;es par ailleurs sur le site. Ici nous pouvons aller vers &#171; Reconnaissance logographique - Reconnaissance orthographique - Strat&#233;gie de lecture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vid&#233;o suivante montre le travail sur tout ce qui n'a pas &#233;t&#233; lu et pose probl&#232;me. Ainsi, les mots non lus dits difficiles &#171; sont devin&#233;s par le sens de la phrase ou analys&#233;s au cas par cas en cherchant les syllabes. &#187; Le renvoi aux notions analys&#233;es par ailleurs dirige vers &#171; Contexte &#187; - &#171; Strat&#233;gie de lecture &#187; - &#171; Construction du sens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o intitul&#233;e &#171; Arr&#234;t sur un mot qui pose probl&#232;me &#187; est accompagn&#233;e de ce commentaire : &#171; L'enseignante relit elle-m&#234;me tout ce qui a &#233;t&#233; d&#233;couvert et, gr&#226;ce au sens, elle fait deviner les mots qui restaient &#224; lire, tous collaborent. Elle rectifie les confusions. Si un mot n'est pas devin&#233; par le sens, l'enseignante s'arr&#234;te et conduit le travail d'analyse. Travail entre ce que l'on voit et ce qui s'entend. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite une &#171; 3e relecture avec le ton &#187;. &#171; Cette fois, les &#233;l&#232;ves suivent des yeux le texte lu par la ma&#238;tresse. Par sa lecture orale l'enseignante donne le ton et aide &#224; la compr&#233;hension. Elle pose des questions pour v&#233;rifier si le sens du texte est compris. &#187; La notion &#224; consulter est &#171; Lecture &#224; voix haute &#187; faite par l'enseignante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la transcription &#233;crite d'un mot dict&#233; les &#233;l&#232;ves sont invit&#233;s &#224; &#233;crire les lettres du mot en se r&#233;f&#233;rant aux mots-cl&#233;s affich&#233;s et utilis&#233;s toute l'ann&#233;e. Ils peuvent ainsi se r&#233;f&#233;rer au &#171; b &#187; de bonbon et au &#171; &#234; &#187; de p&#234;che pour &#233;crire &#171; b&#234; &#187; de &#171; b&#234;tise &#187;. De m&#234;me que dans la lecture, l'&#233;criture de la lettre n'a pas gagn&#233; son autonomie puisque l&#224; aussi un contexte de mots la contenant est requis pour la tracer. L'absence du n&#233;cessaire travail syst&#233;matique sur les correspondances graphophon&#233;miques en mesure de construire l'autonomie des &#233;l&#232;ves dans l'encodage des mots les condamne &#224; demeurer tributaires de la copie de trac&#233;s rep&#233;r&#233;s dans des mots-cl&#233;s de r&#233;f&#233;rence, comme ils &#233;taient tributaires de la lecture logographique et de la devinette dans la lecture du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces vid&#233;os et les commentaires qui les accompagnent nous &#233;clairent sur des choix de formation des enseignants que l'on retrouve dans l'ensemble de la litt&#233;rature p&#233;dagogique. Aussi n'est-il pas impossible que la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants ait quelque mal &#224; s'abstraire de ces choix, tant leur congruence se trouve affirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'incontournable syst&#233;maticit&#233; de la d&#233;marche syllabique&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes de l'&#233;chantillon de l'enqu&#234;te ELE consacrent en moyenne 7h22 &#224; l'enseignement du lire-&#233;crire au CP, ce qui n'est pas mince, mais cette moyenne renferme des disparit&#233;s importantes. &#171; Les 10% des classes qui y allouent le moins de temps y consacrent en moyenne 311 minutes hebdomadaires, soit 5h11 tandis que les 10% des classe qui y consacrent le plus de temps y allouent en moyenne 609 minutes, soit 10h09. &#187; (p.212) Le temps consacr&#233; &#224; une activit&#233; importe sans nul doute : passer comme c'est le cas ici du simple au double d'une classe &#224; l'autre pour le temps consacr&#233; au lire-&#233;crire n'est certainement pas sans effets. Toutefois, nous savons aussi combien le contenu de l'activit&#233; et ses modalit&#233;s d'exercice sont d&#233;terminants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capacit&#233;s de d&#233;chiffrage des &#233;l&#232;ves varient tout au long de l'ann&#233;e en fonction de l'avanc&#233;e dans l'&#233;tude des correspondances graphophon&#233;miques. Mais quel que soit le moment de l'ann&#233;e, il est d&#233;cisif qu'une concordance parfaite s'&#233;tablisse entre le niveau de cette &#233;tude et le taux de d&#233;chiffrabilit&#233; des textes qui, en cons&#233;quence, ne peut &#234;tre inf&#233;rieur &#224; 100% : aucun texte ne peut avoir vocation &#224; contenir des graph&#232;mes non encore &#233;tudi&#233;s. Ce principe qui unit de fa&#231;on indissociable tout travail sur la compr&#233;hension de l'&#233;crit aux possibilit&#233;s de le d&#233;chiffrer de fa&#231;on habile et pr&#233;cise est loin d'&#234;tre reconnu par tous. Bien d'autres strat&#233;gies de &#171; lecture &#187; compr&#233;hensive sont &#224; l'&#339;uvre dans les manuels, les guides p&#233;dagogiques et les recherches en didactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE mesure la vitesse &#224; laquelle le code est &#233;tudi&#233; au travers d'une variable appel&#233;e &#171; tempo &#187; qui indique le nombre de correspondances graphophon&#233;miques &#233;tudi&#233;es de mani&#232;re explicite au cours des neuf premi&#232;res semaines de classe. Le graphique 71 du rapport (p.253) montre combien les diff&#233;rences sont importantes. Les classes les plus lentes n'en &#233;tudient que 6 en moyenne quand les plus rapides en &#233;tudient 20. Or &#171; L'&#233;l&#233;vation du tempo influence significativement et positivement les performances des &#233;l&#232;ves en code et en &#233;criture. En code cette influence atteint son maximum pour un tempo de 14 ou de 15 et la valeur palier se situe &#224; 11 ou 12 en fonction du niveau initial des &#233;l&#232;ves. &#187; (p.347) Les tempos les plus lents p&#233;nalisent donc les &#233;l&#232;ves, surtout s'ils sont initialement faibles. C'est que ces &#233;l&#232;ves &#171; n'ont pas suffisamment d'&#233;l&#233;ments &#224; leur disposition pour r&#233;ussir &#224; d&#233;coder les &#233;crits propos&#233;s en classe, ils progressent moins. &#187; (p.394)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre les capacit&#233;s de d&#233;codage des &#233;l&#232;ves et leur activit&#233; intellectuelle se trouve ici confirm&#233;e. Le rapport le dit clairement : &#171; Le choix d'un tempo rapide est b&#233;n&#233;fique car il accroit la clart&#233; cognitive des &#233;l&#232;ves et leur capacit&#233; d'auto-apprentissage, tout en &#233;vitant d&#233;couragements et t&#226;tonnement hasardeux. En s&#233;lectionnant les textes supports en fonction des correspondances &#233;tudi&#233;es et en proposant des t&#226;ches de d&#233;chiffrage &#224; la port&#233;e des &#233;l&#232;ves, les enseignants favorisent leurs r&#233;ussites, mobilise leur attention et leur m&#233;morisation tout en d&#233;veloppant leur sentiment de comp&#233;tence. &#187; (p.395)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix d'un tempo rapide a donc manifestement des effets b&#233;n&#233;fiques dont il faut tenir compte, toutefois il ne saurait par ses seules vertus constituer un crit&#232;re suffisant pour juger de l'efficacit&#233; de l'enseignement car demeure enti&#232;re la question du traitement de ces correspondances, m&#234;me lorsqu'elles sont jug&#233; en nombre suffisant : la mesure quantitative de celles-ci ne cl&#244;t pas la r&#233;flexion sur leur traitement qualitatif qui nous renvoie invariablement au d&#233;bat sur le caract&#232;re incontournable de la syst&#233;maticit&#233; contenue dans le principe syllabique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'&#224; partir du ou des graph&#232;me(s) de la le&#231;on du jour on a appris la valeur sonore des syllabes, celles-ci sont sans d&#233;tour ni retard, utilis&#233;es, prises en charge dans des mots que l'on s'entraine &#224; lire &#224; haute voix (en s'appuyant &#233;galement sur les apprentissages des le&#231;ons pr&#233;c&#233;dentes). Tous les &#233;crits du jour sont ainsi parfaitement d&#233;chiffrables parce que leur lecture s'articule imm&#233;diatement et exclusivement &#224; la connaissance des combinaisons syllabiques des graph&#232;mes &#233;tudi&#233;es, sans qu'aucune autre strat&#233;gie de lecture ne vienne la concurrencer. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que ne fait pas la d&#233;marche &#171; int&#233;grative &#187; ou mixte qui donne &#224; lire aux &#233;l&#232;ves des phrases et des textes dont les mots peuvent faire l'objet d'un d&#233;chiffrage total ou simplement partiel, d'une reconnaissance globale ou d'hypoth&#232;ses construites &#224; partir du contexte linguistique ou imagier, ou encore de r&#233;miniscences de lectures o&#249; on va puiser des indices. Lorsque les &#233;l&#232;ves sont invit&#233;s &#224; lire, il leur faut &#224; chaque fois chercher le moyen qui leur parait le mieux appropri&#233; pour identifier les mots, dans le but de trouver la &#171; bonne &#187; strat&#233;gie pouvant &#171; convenir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui a &#224; voir avec l'id&#233;al constructiviste que je critique dans cet article :.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cette d&#233;marche, la connaissance des correspondances graphophonologiques &#233;tudi&#233;es perd alors l'efficacit&#233; qu'elle peut rec&#233;ler, prise qu'elle est dans le jeu des concurrences auxquelles elle est soumise. On l'aura compris, c'est au maintien de la lecture &#224; l'&#233;cart rigoureux de ces concurrences que se manifeste la nature propre de la syllabique. Dire qu'elle n'a pas le monopole de la syllabe est parfaitement juste, &#224; condition toutefois d'ajouter qu'elle a celui des exigences qui commandent cette fa&#231;on de la traiter que nous venons d'expliciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour un objectif d'apprentissage clairement identifi&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette insistance qui est la n&#244;tre sur la n&#233;cessit&#233; de respecter l'unicit&#233; de la logique d'apprentissage de l'identification des mots rejoint ce que souligne Stanislas Dehaene lorsqu'il s'attache &#224; montrer l'importance de l'attention, de la concentration pour s'approprier efficacement des savoirs, parvenir &#224; r&#233;ussir une activit&#233;, construire une m&#233;moire de travail active. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'orienter l'attention vers l'objet &#233;tudi&#233;, le niveau pertinent, appropri&#233;, et donc laisser de c&#244;t&#233; tout ce qui d&#233;tourne l'enfant de l'objectif d'apprentissage retenu : ne pas cr&#233;er de double ou triple t&#226;che qui distrait sa concentration. Or c'est ce que font les manuels et les pratiques qui confrontent les &#233;l&#232;ves &#224; plusieurs strat&#233;gies cens&#233;es identifier les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de tr&#232;s nombreux manuels et cahiers d'exercices, y compris dans le processus m&#234;me d'apprentissage de la lecture, le dessin et l'illustration occupent une place tr&#232;s importante. Cette place se trouve regard&#233;e d'un &#339;il circonspect par Jos&#233; Morais qui &#233;crit fort justement : &#171; les images attirent l'attention visuelle des enfants beaucoup plus que les lettres. L'ab&#233;c&#233;daire traditionnel n'est certainement pas la meilleure mani&#232;re de faire conna&#238;tre les lettres aux enfants, et cela vaut pour tout mat&#233;riel qui &#233;loigne l'attention de l'enfant des caract&#233;ristiques distinctives des lettres. Le meilleur contexte pour apprendre les lettres, c'est le mot &#233;crit sans image associ&#233;e et sans ornementation. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Morais, Lire, &#233;crire et &#234;tre libre. De l'alphab&#233;tisation &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le symbolisme de l'image est &#233;tranger &#224; celui de la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les supports qui ne clarifient pas cette distinction capitale entre l'image et le mot ne peuvent que conduire les &#233;l&#232;ves &#224; s'&#233;carter de la nature m&#234;me de l'acte de lire : ils sont forc&#233;ment source de ralentissements inutiles de l'apprentissage, de confusions multiples et donc, ce qui est plus grave, d'inexactitudes dans les lectures intellectuellement n&#233;fastes, sources d'ins&#233;curit&#233; pour les &#233;l&#232;ves &#224; qui on n'offre pas les cl&#233;s incontournables de leur autonomie de lecteurs efficaces, en capacit&#233; de s'engager dans une activit&#233; scolaire exigeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Orthographe et &#233;tude de la langue&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation positive entre les activit&#233;s de d&#233;codage et d'encodage soulign&#233;e par de nombreux chercheurs, est confirm&#233;e par l'enqu&#234;te ELE. L'association des deux activit&#233;s favorise l'apprentissage des correspondances graphophonologiques et celui de l'orthographe. Toutefois cette influence demeure modeste dans les classes de l'enqu&#234;te. Les lapins courent vite, phrase dict&#233;e en fin de CP connait des r&#233;sultats tr&#232;s faibles, puisque les trois quarts des &#233;l&#232;ves ne mettent aucune marque de pluriel, que le dernier quart se partage entre marques incorrectes et marques correctes, et que &#171; seul 1% des &#233;l&#232;ves marque correctement le pluriel &#224; la fois sur le nom et le verbe. &#187; (p.405) Le marquage du pluriel n'est donc accessible qu'&#224; une fraction marginale de l'&#233;chantillon en fin de CP. &#171; En fin de CE1, les marques de nombre nominales et verbales sont ma&#238;tris&#233;es par 30% des &#233;l&#232;ves &#187;, ce qui demeure nettement insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jos&#233; Morais l'exprime tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment dans l'ouvrage pr&#233;c&#233;demment cit&#233; : &#171; Il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; qu'une faible habilet&#233; de d&#233;codage perturbe l'apprentissage orthographique, et que cette faiblesse en d&#233;codage ne peut &#234;tre compens&#233;e par des habilet&#233;s visuo-orthographiques : le niveau des choix orthographiques est toujours li&#233; au niveau de l'habilet&#233; de d&#233;codage. &#187; D'o&#249;, pouvons-nous ajouter, le r&#244;le d&#233;cisif de la lecture &#224; haute voix indispensable pour travailler et s'assurer de l'habilet&#233; de d&#233;codage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque la lecture est une activit&#233; visuelle, l'a-t-on d&#233;clar&#233;, l'interdit de la lecture &#224; haute voix a connu ses heures de gloire chez certains p&#233;dagogues &#224; partir de la r&#233;novation des ann&#233;es 1970. L'enqu&#234;te ELE confirme l'inanit&#233; d'un tel interdit de fa&#231;on claire. &#171; La dur&#233;e hebdomadaire de la lecture &#224; haute voix influence significativement et positivement les performances des &#233;l&#232;ves en code et en &#233;criture, en particulier celles des &#233;l&#232;ves initialement faibles et interm&#233;diaires. &#187; (p.351) Plus de 30 minutes par semaine est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;tude de la langue est &#233;galement observ&#233;e dans l'enqu&#234;te ELE qui conclut &#224; un effet positif du temps qui lui est consacr&#233; sur les performances des &#233;l&#232;ves : &#171; Il apparait que les classes qui consacrent plus de temps &#224; l'&#233;tude de la langue sont celles qui progressent plus en lecture- &#233;criture. &#187; (p.361) Or cet aspect important des activit&#233;s de la classe ne trouve pas toujours la place qui lui revient dans les pratiques. &#171; Un premier examen des s&#233;ances videos enregistr&#233;es dans les classes les plus efficaces, r&#233;v&#232;le que les enseignants y font preuve d'une forte vigilance m&#233;talinguistique : ils signalent explicitement le passage de l'usage de la langue &#224; son &#233;tude (&#8230;), ils utilisent avec rigueur un nombre limit&#233; de m&#233;tatermes (phrase, nom, verbe, masculin/f&#233;minin, singulier/pluriel). Ces maitres effectuent une transmission plus r&#233;flexive des savoirs que ceux des classes les moins efficaces, en s'appuyant sur les interactions entre &#233;l&#232;ves comme sur les interactions maitre-&#233;l&#232;ve. &#187; (p.407)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recueil d'informations sur cet aspect des pratiques conduit les auteurs du rapport &#224; souligner &#224; juste titre &#171; l'importance de la formation initiale et continue des enseignants pour ce qui est de l'&#233;tude de la langue. &#187; Effectivement, le sens des &#233;crits se construit dans la mat&#233;rialit&#233; de la langue qu'il est n&#233;cessaire d'enseigner explicitement comme objet d'&#233;tude, afin que les &#233;l&#232;ves puissent commencer &#224; entrer dans une repr&#233;sentation &#233;pist&#233;mique des contenus d'apprentissages. C'est l'intelligibilit&#233; m&#234;me de ces contenus qui se trouve en jeu ici dans la formation des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lecture et compr&#233;hension&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'entendu, le lu et le compris&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de l'enqu&#234;te souligne que les &#233;l&#232;ves passent beaucoup de temps &#171; &#224; traiter des t&#226;ches de lecture-compr&#233;hension de mani&#232;re individuelle et souvent hors de la pr&#233;sence de l'enseignant &#187;, alors que &#171; les moments o&#249; ils sont incit&#233;s &#224; expliquer/reformuler le sens, &#224; &#233;voquer une repr&#233;sentation mentale ou &#224; produire un rappel de r&#233;cit n'occupent que 19 minutes par semaine en moyenne. &#187; (p.400) Or les performances de tr&#232;s nombreux &#233;l&#232;ves sont insuffisantes, comme le sont les activit&#233;s de compr&#233;hension explicites auxquelles peu de temps est consacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mesures de l'enqu&#234;te ELE diff&#233;rencient la compr&#233;hension en lecture autonome des &#233;l&#232;ves et la compr&#233;hension en lecture entendue. Bien que globalement les scores en compr&#233;hension soient faibles, &#171; mieux les &#233;l&#232;ves comprennent les textes qu'on leur lit, mieux ils comprennent les textes qu'ils lisent seuls. &#187; (p. 398) Que la compr&#233;hension de l'entendu ait un effet positif sur la compr&#233;hension du lu n'est pas surprenant : la compr&#233;hension se forge dans le langage, des mots entendus ou lus et finit par s'&#233;manciper de ses origines, la parole d'autrui et/ou la lecture personnelle, pour s'actualiser, fonctionner dans l'&#233;coute des paroles, la r&#233;flexion personnelle ou la lecture de textes, sans que nous sachions le plus souvent &#224; quelles origines plus ou moins lointaines raccrocher cette compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre les textes qu'ils lisent, les &#233;l&#232;ves mettent &#224; profit tout ce qu'ils apprennent dans l'ensemble des activit&#233;s de la classe (y compris bien s&#251;r dans les lectures entendues) et par ailleurs dans la vie hors de l'&#233;cole : l'ensemble de ces apprentissages d&#233;finissent leurs connaissances, leur culture. Lorsqu'il s'agit de lire, le rapport de l'enqu&#234;te le confirme : &#171; l'&#233;preuve de compr&#233;hension autonome est tr&#232;s sensible aux comp&#233;tences acquises dans le domaine du d&#233;codage. &#187; Et il ajoute : &#171; Pour les &#233;l&#232;ves dont le niveau en compr&#233;hension est faible ou interm&#233;diaire en d&#233;but d'ann&#233;e, la ma&#238;trise du code pourrait, en partie, compenser leurs faiblesses en compr&#233;hension. &#187; (p.354)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette relation de d&#233;pendance entre la ma&#238;trise du code et la compr&#233;hension se trouve par ailleurs r&#233;affirm&#233;e par Roland Goigoux dans son intervention aux Controverses de Descartes de mars 2016 lorsqu'il dit : &#171; le d&#233;codage p&#232;se tr&#232;s lourd dans la compr&#233;hension &#187;. Et pourtant en novembre 2014, dans ses r&#233;ponses aux questions pos&#233;es par le &lt;i&gt;Conseil Sup&#233;rieur des Programmes&lt;/i&gt; en vue de contribuer &#224; l'&#233;laboration des projets de programmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il d&#233;veloppe une conception du travail de la compr&#233;hension qui ne conclut pas &#224; un tel poids du d&#233;codage dans la compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La compr&#233;hension de l'&#233;crit ind&#233;pendante du d&#233;chiffrage ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses r&#233;ponses au CSP Roland Goigoux consid&#232;re que les t&#226;ches et les supports des programmes de 2008 sont contestables pour les raisons suivantes : &#171; Elles laissaient entendre qu'au CP les &#233;l&#232;ves devaient &#171; s'entra&#238;ner &#224; lire des mots connus &#187;, c'est-&#224;-dire enti&#232;rement d&#233;chiffrables, autrement dit encore, dont l'ensemble des correspondances graphophonologiques requises avaient &#233;t&#233; pr&#233;alablement &#233;tudi&#233;es (ce qui est la d&#233;finition d'une approche exclusivement &#171; syllabique &#187;) et &#171; &#224; &#233;crire seuls des mots d&#233;j&#224; connus &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils excluaient aussi les t&#226;tonnements en &#233;criture. &#187; Cette pr&#233;sentation des programmes de 2008 se termine par ces mots : &#171; Je proposerai plus bas de supprimer ces deux id&#233;es n&#233;fastes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons que s'entra&#238;ner &#224; lire des mots connus ne signifie pas n&#233;cessairement qu'ils sont enti&#232;rement d&#233;chiffrables, ils peuvent &#234;tre reconnus globalement, mais quoi qu'il en soit, le caract&#232;re n&#233;faste de la lecture et de l'&#233;criture de mots enti&#232;rement d&#233;chiffrables est affirm&#233; ce qui semble indiquer une nette pr&#233;f&#233;rence pour une approche qui ne confie pas la compr&#233;hension &#224; la d&#233;chiffrabilit&#233; compl&#232;te des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, toujours dans cette contribution de 2014, Roland Goigoux fait r&#233;f&#233;rence &#224; la conf&#233;rence de consensus de 2003 o&#249; le jury s'&#233;tait accord&#233; &#171; pour penser que les &#233;l&#232;ves en phase d'apprentissage du code ou qui &#233;prouvent des difficult&#233;s s&#233;rieuses &#224; identifier les mots ne sont pas &#224; m&#234;me de conduire une activit&#233; de compr&#233;hension au cours m&#234;me de la lecture. &#187; (p.6) La cons&#233;quence qui semble s'imposer devant un tel consensus devrait nous conduire &#224; renforcer le travail d'identification efficace des mots. Ce n'est pas ce qu'envisage Roland Goigoux qui en tire la cons&#233;quence concr&#232;te suivante : &#171; dissocier [soulign&#233; par nous] l'enseignement de la compr&#233;hension, de la lecture autonome r&#233;alis&#233;e par les &#233;l&#232;ves au CP et en d&#233;but de CE1 &#187;, car &#171; si le travail d'automatisation des processus d'identification des mots est n&#233;cessaire, il n'est pas suffisant &#187; (p.6). Que la technique du d&#233;chiffrage pleinement acquise, automatis&#233;e, ne soit jamais une garantie absolue de compr&#233;hension, doit-il conduire &#224; s&#233;parer l'enseignement des comp&#233;tences de d&#233;codage de l'enseignement des comp&#233;tences de compr&#233;hension ? Il le semble bien puisque quelques pages plus loin nous pouvons lire : &#171; les comp&#233;tences de d&#233;codage et de compr&#233;hension contribuent de mani&#232;re significative, mais ind&#233;pendante [soulign&#233; par nous], &#224; la performance en lecture. &#187; (p.18)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ind&#233;pendance affirm&#233;e entre la compr&#233;hension et le d&#233;codage trouve une de ses justifications majeures dans la position suivante : &#171; L'enrichissement lexical, indispensable pour une &#233;cole qui veut compenser les in&#233;galit&#233;s sociales, doit donc se faire &#224; partir de l'&#233;tude de textes choisis en fonction de leur int&#233;r&#234;t symbolique, affectif, culturel et linguistique, pas en fonction de l'&#233;tude du code graphophonologique. &#187; (p.12) Comme les &#233;l&#232;ves de milieux populaires sont d&#233;clar&#233;s par ailleurs payer cher une centration trop forte sur le d&#233;codage au d&#233;triment de tout l'apport culturel scolaire dont ils ont besoin, ils devraient donc b&#233;n&#233;ficier tout particuli&#232;rement de l'apport de textes entendus et non pas lus de fa&#231;on autonome. Les faibles scores en fluence d'un fort pourcentage d'&#233;l&#232;ves de l'enqu&#234;te ELE, la faible d&#233;chiffrabilit&#233; des supports de lecture et les faibles scores en compr&#233;hension devraient plut&#244;t nous inciter &#224; proposer aux enseignants une tout autre d&#233;marche que celle du travail de la compr&#233;hension en dehors du d&#233;chiffrage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le test de fluence de la fin du CP en juin 2014 montre que 10% des &#233;l&#232;ves (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas du tout ce que pr&#233;conise Roland Goigoux qui, dans sa contribution aux travaux du CSP &#233;crit page 10 : &#171; Au cours pr&#233;paratoire, voire parfois au d&#233;but du CE1, un enseignement de la compr&#233;hension pourrait &#234;tre construit sur le mod&#232;le de celui de l'&#233;cole maternelle &#224; base de lectures r&#233;alis&#233;es &#224; haute voix par l'enseignant. Il ne faut plus faire d&#233;pendre cet enseignement de la capacit&#233; de d&#233;chiffrage des &#233;l&#232;ves : cela conduit syst&#233;matiquement les enseignants &#224; le diff&#233;rer au CE2. Bref, il faut inciter les enseignants de CP &#224; ne pas utiliser les m&#234;mes supports pour, d'une part, l'enseignement du code graphophonologique et du d&#233;chiffrage collectif de textes nouveaux et, d'autre part, pour l'enseignement explicite de la compr&#233;hension, en lien avec l'acquisition de nouvelles connaissances lexicales et encyclop&#233;diques. &#187; Cet enseignement explicite de la compr&#233;hension pourrait reposer sur des supports destin&#233;s &#224; la lecture &#224; haute voix de l'enseignant &#171; de r&#233;cits psychologiquement et culturellement pertinents &#187;.(p.11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comprendre en d&#233;chiffrant des textes ambitieux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Goigoux et Sylvie C&#232;be proposent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les cahiers p&#233;dagogiques, n&#176;516, novembre 2014.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des pistes pour travailler la compr&#233;hension telles que la recherche du r&#244;le des inf&#233;rences, des raisons d'agir des personnages, de leurs connaissances, sentiments, croyances, raisonnements, pertinentes pour interroger les textes, mais, on l'aura compris, cette pertinence n'a de sens v&#233;ritable selon nous que lorsque les &#233;l&#232;ves sont &#224; m&#234;me de conduire cette recherche en &#233;tant en possession des moyens de la lecture autonome. La compr&#233;hension en lecture ne peut que profiter amplement de tout ce qui par ailleurs est lu par l'enseignant, appris dans l'ensemble des activit&#233;s de la classe et ailleurs, mais cela n'implique pas de distinguer comme Roland Goigoux le faisait en 2014 et le repr&#233;cise lors de la Conf&#233;rence de Consensus de mars 2016, trois types d'approches : 1/ l'enseignement des correspondances graphophon&#233;miques dans des supports ad-hoc ; 2/ le travail sur les interactions d&#233;codage/ acc&#232;s au sens sur des textes simples, en grande partie d&#233;chiffrables [seulement en grande partie] ; 3/ l'enseignement de la compr&#233;hension sur des textes complexes lus &#224; haute voix par l'enseignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture &#224; haute voix entendue par les &#233;l&#232;ves mobilise forc&#233;ment la m&#233;moire. Lorsque l'&#233;l&#232;ve a oubli&#233; un aspect du texte, m&#234;me tr&#232;s factuel, qui joue un r&#244;le important dans la compr&#233;hension, il a besoin d'une r&#233;p&#233;tition de la lecture. &#192; l'&#233;chelle d'une classe qui ne concentre pas les inattentions ou les oublis sur un m&#234;me moment du texte, savoir ce qui explique les r&#233;ponses sur lesquelles il va falloir travailler pour avancer dans la compr&#233;hension devient d&#233;licat. Sommes-nous &#224; chaque fois confront&#233;s &#224; un probl&#232;me d'attention, de m&#233;morisation, de compr&#233;hension proprement dite, et dans quelles proportions ? Quand tous ont le texte sous les yeux, tous peuvent se prononcer en s'appuyant sur une m&#234;me litt&#233;ralit&#233; &#224; partir de laquelle il est possible de faire le partage entre l'inattention, l'oubli et l'incompr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE ne semble pas encourager la lecture &#224; haute voix de l'enseignant puisque &#171; De mani&#232;re paradoxale, on observe qu'un temps important allou&#233; &#224; l'&#233;coute de textes lus par le maitre produit un effet n&#233;gatif sur les performances des &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;preuve de &#171; compr&#233;hension autonome &#187; et n'a aucun effet sur la compr&#233;hension d'un texte entendu. &#187;(p.355) Ce r&#233;sultat est-il vraiment paradoxal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit nous ne pouvons que souhaiter qu'il alimente la r&#233;flexion sur le pilotage du syst&#232;me scolaire et les contenus de la formation des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un manuel qui ne donne &#224; lire que des textes enti&#232;rement d&#233;chiffrables prend au s&#233;rieux le fait que lire c'est chercher du sens aux textes lus de fa&#231;on autonome. Cette autonomie est d&#233;cisive car elle signe le statut du jeune lecteur fier de s'approprier les comp&#233;tences de la lecture. Sans elle il est condamn&#233; &#224; des bricolages couteux et st&#233;riles qui ne peuvent que d&#233;courager son d&#233;sir et son plaisir de s'emparer de la culture de l'&#233;crit. Avec des textes ambitieux effectivement lus, les &#233;l&#232;ves d&#233;veloppent leurs &#171; connaissances lexicales et encyclop&#233;diques &#187; et entrent dans des &#171; r&#233;cits psychologiquement et culturellement pertinents &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est texte en main que les &#233;l&#232;ves peuvent participer &#224; des d&#233;bats sur ce qu'ils comprennent et interpr&#232;tent d'&#233;crits exigeants. Dissocier le travail de d&#233;codage sur des textes simples de l'enseignement de la compr&#233;hension sur des textes complexes entendus n'a aucune l&#233;gitimit&#233;, car c'est priver les &#233;l&#232;ves de la d&#233;couverte par eux-m&#234;mes de la richesse lexicale, syntaxique, intellectuelle, affective, d'&#233;crits dont la lecture autonome leur est accessible. Tous les &#233;l&#232;ves ont besoin que de telles ambitions soient respect&#233;es y compris donc les &#233;l&#232;ves d'origine populaire dont on craint trop souvent qu'ils pourraient ne pas &#234;tre &#224; la hauteur. La r&#233;flexion sur leurs ressources en tant qu'&#234;tres de langage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ? La Dispute, 2013.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'exp&#233;rience montrent qu'ils sont capables de s'approprier de telles ambitions &#224; condition toutefois que l'&#233;cole se soucie de travailler l'intelligibilit&#233; de ses contenus d'apprentissages, sans rien d&#233;l&#233;guer aux familles. L'apprentissage de la lecture s'inscrit pleinement dans cette recherche g&#233;n&#233;rale de l'intelligibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie dans l'acc&#232;s au sens se construit pas &#224; pas, dans la progression des le&#231;ons. L'enseignant peut bien commencer par lire le texte que les &#233;l&#232;ves suivent des yeux, mais c'est leur lecture autonome qui va guider le travail sur la compr&#233;hension. Les apprentis lecteurs devront bien s&#251;r s'entrainer &#224; ma&#238;triser le d&#233;chiffrage du texte en respectant scrupuleusement la ponctuation dont le sens leur aura &#233;t&#233; enseign&#233; de fa&#231;on explicite. Ils devront &#233;galement &#234;tre &#224; l'aise pour poser toutes les questions relatives &#224; la signification des mots qu'ils ignorent. Pourra alors commencer tout un travail sur la compr&#233;hension du texte et les interpr&#233;tations qui rel&#232;vent d'un v&#233;ritable d&#233;bat litt&#233;raire tout &#224; fait possible avec des &#233;l&#232;ves de CP. L'exp&#233;rience montre qu'ils en sont tr&#232;s friands dans tous les milieux socio-culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Goigoux lui-m&#234;me le dit &#224; la Conf&#233;rence de Consensus de mars 2016 : &#171; Les &#233;l&#232;ves sont curieux de comprendre comment &#231;a marche (&#8230;) Les gamins, le d&#233;chiffrage &#231;a les passionne quand on arr&#234;te d'en faire une t&#226;che ennuyeuse. C'est une aventure, c'est une aventure intellectuelle, c'est une vraie curiosit&#233;. &#187; Effectivement, mais &#231;a n'est une vraie curiosit&#233;, une aventure intellectuelle, que si pr&#233;cis&#233;ment on intellectualise l'aventure en travaillant sans biais, sans d&#233;tours, les tr&#233;sors de sens que rec&#232;le le d&#233;chiffrage. En proc&#233;dant ainsi il n'est jamais une t&#226;che ennuyeuse, il mobilise l'int&#233;r&#234;t, le plaisir des &#233;coliers devenant lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE se signale par la pr&#233;cision et la richesse de la description des pratiques d'enseignement de la lecture qui peuvent lui permettre de faire autorit&#233; sur un ensemble de recommandations destin&#233;es &#224; la formation initiale et continue des enseignants. Sa &#171; philosophie g&#233;n&#233;rale &#187; de l'importance de l'enseignement du d&#233;chiffrage dans l'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension de l'&#233;crit, offre &#224; cet &#233;gard des perspectives qui peuvent nous permettre d'envisager &#224; la suite de Jean-Pierre Terrail que nous serions &#224; la fin d'un cycle historique qui a plomb&#233; cet enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faudrait toutefois pas que l'on en tire des recommandations h&#226;tives qui confieraient l'essentiel du travail de la compr&#233;hension &#224; de la lecture &#224; haute voix de l'enseignant, ou que l'on cesse de s'interroger sur les modalit&#233;s du travail de d&#233;codage, en consid&#233;rant que le nombre de correspondances graphophon&#233;miques &#233;tudi&#233;s puisse &#234;tre un crit&#232;re suffisant pour permettre aux &#233;l&#232;ves de devenir des lecteurs habiles, heureux de pouvoir comprendre ce qu'ils lisent. Tous les ma&#238;tres &#171; font du d&#233;codage &#187;, cela ne fait pas de doute, mais les r&#233;sultats alarmants en fluence montrent que nous ne pourrons pas faire l'&#233;conomie d'une r&#233;flexion approfondie sur l'in&#233;gale efficacit&#233; des mani&#232;res de conduire cet apprentissage, y compris avec les enseignants exp&#233;riment&#233;s que sont ceux de l'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier ouvrage Jos&#233; Morais &#233;crit : &#171; En fin de CP, l'&#233;l&#232;ve doit &#234;tre lecteur et scripteur autonome. C'est le premier niveau de la litt&#233;ratie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Morais, op.cit. (p.123).&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et de la d&#233;mocratie ajoute-t-il dans des d&#233;veloppements particuli&#232;rement f&#233;conds o&#249; il explique les raisons profondes pour lesquelles il a fait le choix de la d&#233;mocratie, et comment la litt&#233;ratie (appropriation et utilisation de l'&#233;crit dans l'exercice de la pens&#233;e) s'inscrit dans ce choix. C'est que le processus de d&#233;mocratisation a besoin de la pens&#233;e libre, critique, d'un haut niveau d'exigence intellectuelle dans tous les domaines de la connaissance et de la r&#233;flexion, une pens&#233;e qui &#224; son tour peut devenir garante de l'exercice de la d&#233;mocratie lorsque celle-ci a r&#233;ussi &#224; s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris, cela signifie que les exigences de la d&#233;mocratie s'appuient fondamentalement sur un peuple lettr&#233; ma&#238;trisant parfaitement les conditions premi&#232;res de l'exercice de la litt&#233;ratie, &#224; savoir le lire-&#233;crire. Il est possible aujourd'hui d'envisager sereinement une r&#233;flexion collective sur les moyens de faire en sorte que cesse l'aberration des &#233;checs d'un nombre beaucoup trop important d'&#233;coliers d&#232;s les premiers apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te &lt;i&gt;Lire et &#233;crire&lt;/i&gt; (d&#233;sign&#233;e ici ELE) coordonn&#233;e par Roland Goigoux, vient de faire l'objet d'un rapport dont la richesse et la pr&#233;cision de l'observation des pratiques d'enseignement de la lecture constitue un atout majeur pour d&#233;velopper et approfondir nos connaissances en la mati&#232;re. L'&#233;chantillon est important : il concerne 2507 &#233;l&#232;ves r&#233;partis dans 14 acad&#233;mies et131 classes o&#249; les enqu&#234;teurs se sont rendus pendant trois semaines diff&#233;rentes au long de l'ann&#233;e scolaire 2013-2014, munis de grilles d'observations et d'outils de mesure tr&#232;s substantiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rappel des intentions &#224; l'origine de cette recherche l'indique clairement : &#171; Nous voulions identifier les caract&#233;ristiques didactiques de celles [les mani&#232;res de faire des enseignants] qui s'av&#232;rent les plus efficaces et les plus &#233;quitables. (&#8230;) Nous pensions que nos r&#233;sultats pourraient alimenter la r&#233;flexion sur le pilotage du syst&#232;me scolaire (&#8230;) et sur les contenus de la formation initiale et continue des enseignants. &#187; (p.22) Ainsi, l'ambition de connaissance de cette enqu&#234;te se double ouvertement de la perspective de produire des effets importants sur l'enseignement de la lecture y compris au niveau institutionnel, ce qui situe bien la hauteur des enjeux de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre Terrail le souligne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'enqu&#234;te ELE vient conforter les enseignements d'autres enqu&#234;tes et notamment ceux du &lt;i&gt;National Reading Panel&lt;/i&gt; (USA, 1999), qui insistent sur l'importance d&#233;cisive de la ma&#238;trise du code dans l'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension. Apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies de volont&#233; de refuser d'admettre ce lien &#233;troit, le voir r&#233;affirm&#233; au travers d'une enqu&#234;te s&#233;rieuse riche d'enseignements, cr&#233;e une situation in&#233;dite qui fait appel &#224; la poursuite de la r&#233;flexion sur des points saillants des principes m&#233;thodologiques en jeu dans les apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel apprentissage efficace du d&#233;chiffrage ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Insister sur le fait que lire c'est comprendre ne r&#232;gle pas, sans examen serr&#233;, la question de la voie efficace pour y parvenir. Aussi bien les chercheurs que les enseignants reconnaissent aujourd'hui la n&#233;cessit&#233; d'apprendre &#224; d&#233;chiffrer aux apprentis lecteurs : le r&#244;le du code dans la lecture a retrouv&#233; la reconnaissance d'une importance que la r&#233;novation des ann&#233;es 1970 a failli lui faire perdre. Et pourtant il n'est pas possible de se satisfaire du flou qui r&#232;gne encore sur certains principes incontournables sans lesquels l'enseignement du d&#233;chiffrage n'est pas en mesure de construire les capacit&#233;s lectorales des &#233;l&#232;ves tendus vers la compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE s'est livr&#233;e &#224; une mesure source d'enseignements particuli&#232;rement instructifs qui touche &#224; la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes donn&#233;s &#224; lire aux &#233;l&#232;ves. &#171; Nous avons appel&#233; &#171; rendement effectif &#187; le pourcentage de graph&#232;mes d&#233;chiffrables des textes supports &#224; l'enseignement de la lecture utilis&#233;s en dixi&#232;me semaine. &#187; (p.99) Dans les classes observ&#233;es par l'enqu&#234;te, les textes propos&#233;s alors aux &#233;l&#232;ves comportent en moyenne 43% de graph&#232;mes d&#233;chiffrables, un pourcentage qui recouvre des &#233;carts tr&#232;s importants puisque cette d&#233;chiffrabilit&#233; varie de 11% &#224; 76%. Cela conduit le rapport &#224; remarquer que d'un pourcentage &#224; un autre &#171; L'activit&#233; intellectuelle demand&#233;e aux &#233;l&#232;ves, qu'elle soit individuelle ou collective, n'est donc pas du tout la m&#234;me. &#187; (p.393) Si 43% est tr&#232;s en de&#231;&#224; d'un minimum n&#233;cessaire pour tout le monde, ce taux est particuli&#232;rement p&#233;nalisant pour les &#233;l&#232;ves initialement faibles dont les progr&#232;s ont besoin de rendements effectifs sup&#233;rieurs ou &#233;gaux &#224; 57 %. Apr&#232;s un tel rapprochement entre la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes et l'activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves, il va &#234;tre difficile de continuer &#224; r&#233;duire le d&#233;chiffrage &#224; une activit&#233; de bas niveau, confin&#233;e dans des automatismes de peu de sens, ennuyeux, trop &#233;loign&#233;s des ambitions que l'&#233;cole se doit d'avoir pour ses jeunes apprentis lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais insister sur le rapport entre la d&#233;chiffrabilit&#233; des textes et l'activit&#233; intellectuelle des &#233;l&#232;ves ne nous donne pas encore la cl&#233; des voies d'acc&#232;s au d&#233;chiffrage des textes d&#233;chiffrables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand deviner s'invite dans les manuels&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE le confirme, la tr&#232;s grande majorit&#233; des manuels utilis&#233;s par les enseignants renvoie &#224; la logique de l'approche &#171; int&#233;grative &#187; qui inclut un travail du d&#233;codage tr&#232;s diff&#233;rent de celui de l'approche syllabique. A cet &#233;gard, le Guide p&#233;dagogique accompagnant le manuel A l'&#233;cole des albums qui re&#231;oit une mention sp&#233;ciale dans l'enqu&#234;te en raison de son tempo rapide (d&#233;fini ci-apr&#232;s), est clair sur les recommandations qu'il adresse aux enseignants. Il s'agit d'apprendre aux &#233;l&#232;ves l'utilisation, de fa&#231;on simultan&#233;e ou s&#233;par&#233;e selon les cas, de quatre strat&#233;gies de d&#233;codage : 1/ la reconnaissance d'un mot d&#233;j&#224; rencontr&#233; ; 2/ le d&#233;chiffrage total ou partiel du mot ; 3/ la compr&#233;hension du mot gr&#226;ce au contexte et sa v&#233;rification par t&#226;tonnement en recherchant des indices pour v&#233;rifier des hypoth&#232;ses ; 4/la reconnaissance d'un mot dit &#171; masqu&#233; &#187; (mot d&#233;riv&#233; ou mot ayant subi une variation morphologique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manuel qui s'appuie sur ces recommandations proc&#232;de par entr&#233;e phon&#233;mique, il va explicitement des phon&#232;mes vers les graph&#232;mes. Aussi, apr&#232;s le rep&#233;rage du phon&#232;me du jour &#224; partir de dessins, et le graph&#232;me pr&#233;sent&#233;, des combinaisons syllabiques sont enseign&#233;es, suivies de mots d&#233;chiffrables, mais les phrases et les textes offerts &#224; la lecture contiennent beaucoup de mots dont l'identification devra faire appel &#224; de la reconnaissance globale, &#224; des hypoth&#232;ses &#224; partir du contexte, &#224; de la devinette. Le taux de d&#233;chiffrabilit&#233; des supports de lecture d'&lt;i&gt;&#192; l'&#233;cole des albums&lt;/i&gt; est de 52% : l'&#233;tude des correspondances graphophonologiques sont loin de reposer sur cette syst&#233;maticit&#233; essentielle de l'approche syllabique que nous expliciterons plus loin. Brouill&#233;e par l'introduction de strat&#233;gies qui lui sont &#233;trang&#232;res, l'&#233;tude de ces correspondances devient parfaitement &#233;quivoque. Force est de constater que l'ensemble des manuels &#171; int&#233;gratifs &#187; sont dans la m&#234;me &#233;quivocit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; de la formation des ma&#238;tres&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas que les manuels et les guides p&#233;dagogiques qui proposent des d&#233;marches conduisant les &#233;l&#232;ves &#224; deviner, des lieux de formation des enseignants importants le font &#233;galement. Il importe de le rappeler ici afin de bien se repr&#233;senter les enjeux majeurs sur lesquels repose la r&#233;flexion des pratiques enseignantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T&#233;l&#233; Formation Lecture&lt;/i&gt; (TFL) est un site&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fond&#233; par Alain Bentolila. Cr&#233;&#233; &#224; partir d'un partenariat entre l'Universit&#233; Paris V et l'IUFM de Cr&#233;teil, il est destin&#233; aux formateurs, aux enseignants et aux &#233;tudiants. Un espace vid&#233;o permet de visualiser de nombreuses s&#233;ances d'apprentissage de la lecture au CP, se pr&#233;sentant comme autant d'exemples de pratiques pouvant &#234;tre valablement suivies. L'avantage de ces vid&#233;os accompagn&#233;es de commentaires explicatifs est de permettre de bien se repr&#233;senter la fa&#231;on dont concr&#232;tement l'identification des mots en vient &#224; recourir au contexte et &#224; la devinette. Qu'on en juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte d'un article de magazine sur le carnaval est reproduit au tableau. Apr&#232;s un temps de lecture silencieuse le tableau est referm&#233; et les &#233;l&#232;ves doivent dire ce qu'ils ont r&#233;ussi &#224; lire, &#224; comprendre, ce dont ils se souviennent. Le tableau est rouvert et suit une &#171; Deuxi&#232;me lecture et p&#234;che aux mots lus &#187;. Le commentaire qui accompagne la vid&#233;o indique explicitement que les &#233;l&#232;ves &#171; p&#234;chent &#187; dans le texte les mots, les expressions et les morceaux de phrases qu'ils savent lire, la t&#226;che de l'enseignante &#233;tant d'encadrer ces mots d&#233;sign&#233;s par quelques &#233;l&#232;ves venus au tableau. Pour chaque vid&#233;o le commentaire renvoie &#224; des notions analys&#233;es par ailleurs sur le site. Ici nous pouvons aller vers &#171; Reconnaissance logographique - Reconnaissance orthographique - Strat&#233;gie de lecture &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vid&#233;o suivante montre le travail sur tout ce qui n'a pas &#233;t&#233; lu et pose probl&#232;me. Ainsi, les mots non lus dits difficiles &#171; sont devin&#233;s par le sens de la phrase ou analys&#233;s au cas par cas en cherchant les syllabes. &#187; Le renvoi aux notions analys&#233;es par ailleurs dirige vers &#171; Contexte &#187; - &#171; Strat&#233;gie de lecture &#187; - &#171; Construction du sens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o intitul&#233;e &#171; Arr&#234;t sur un mot qui pose probl&#232;me &#187; est accompagn&#233;e de ce commentaire : &#171; L'enseignante relit elle-m&#234;me tout ce qui a &#233;t&#233; d&#233;couvert et, gr&#226;ce au sens, elle fait deviner les mots qui restaient &#224; lire, tous collaborent. Elle rectifie les confusions. Si un mot n'est pas devin&#233; par le sens, l'enseignante s'arr&#234;te et conduit le travail d'analyse. Travail entre ce que l'on voit et ce qui s'entend. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite une &#171; 3e relecture avec le ton &#187;. &#171; Cette fois, les &#233;l&#232;ves suivent des yeux le texte lu par la ma&#238;tresse. Par sa lecture orale l'enseignante donne le ton et aide &#224; la compr&#233;hension. Elle pose des questions pour v&#233;rifier si le sens du texte est compris. &#187; La notion &#224; consulter est &#171; Lecture &#224; voix haute &#187; faite par l'enseignante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la transcription &#233;crite d'un mot dict&#233; les &#233;l&#232;ves sont invit&#233;s &#224; &#233;crire les lettres du mot en se r&#233;f&#233;rant aux mots-cl&#233;s affich&#233;s et utilis&#233;s toute l'ann&#233;e. Ils peuvent ainsi se r&#233;f&#233;rer au &#171; b &#187; de bonbon et au &#171; &#234; &#187; de p&#234;che pour &#233;crire &#171; b&#234; &#187; de &#171; b&#234;tise &#187;. De m&#234;me que dans la lecture, l'&#233;criture de la lettre n'a pas gagn&#233; son autonomie puisque l&#224; aussi un contexte de mots la contenant est requis pour la tracer. L'absence du n&#233;cessaire travail syst&#233;matique sur les correspondances graphophon&#233;miques en mesure de construire l'autonomie des &#233;l&#232;ves dans l'encodage des mots les condamne &#224; demeurer tributaires de la copie de trac&#233;s rep&#233;r&#233;s dans des mots-cl&#233;s de r&#233;f&#233;rence, comme ils &#233;taient tributaires de la lecture logographique et de la devinette dans la lecture du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces vid&#233;os et les commentaires qui les accompagnent nous &#233;clairent sur des choix de formation des enseignants que l'on retrouve dans l'ensemble de la litt&#233;rature p&#233;dagogique. Aussi n'est-il pas impossible que la libert&#233; p&#233;dagogique des enseignants ait quelque mal &#224; s'abstraire de ces choix, tant leur congruence se trouve affirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'incontournable syst&#233;maticit&#233; de la d&#233;marche syllabique&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes de l'&#233;chantillon de l'enqu&#234;te ELE consacrent en moyenne 7h22 &#224; l'enseignement du lire-&#233;crire au CP, ce qui n'est pas mince, mais cette moyenne renferme des disparit&#233;s importantes. &#171; Les 10% des classes qui y allouent le moins de temps y consacrent en moyenne 311 minutes hebdomadaires, soit 5h11 tandis que les 10% des classe qui y consacrent le plus de temps y allouent en moyenne 609 minutes, soit 10h09. &#187; (p.212) Le temps consacr&#233; &#224; une activit&#233; importe sans nul doute : passer comme c'est le cas ici du simple au double d'une classe &#224; l'autre pour le temps consacr&#233; au lire-&#233;crire n'est certainement pas sans effets. Toutefois, nous savons aussi combien le contenu de l'activit&#233; et ses modalit&#233;s d'exercice sont d&#233;terminants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capacit&#233;s de d&#233;chiffrage des &#233;l&#232;ves varient tout au long de l'ann&#233;e en fonction de l'avanc&#233;e dans l'&#233;tude des correspondances graphophon&#233;miques. Mais quel que soit le moment de l'ann&#233;e, il est d&#233;cisif qu'une concordance parfaite s'&#233;tablisse entre le niveau de cette &#233;tude et le taux de d&#233;chiffrabilit&#233; des textes qui, en cons&#233;quence, ne peut &#234;tre inf&#233;rieur &#224; 100% : aucun texte ne peut avoir vocation &#224; contenir des graph&#232;mes non encore &#233;tudi&#233;s. Ce principe qui unit de fa&#231;on indissociable tout travail sur la compr&#233;hension de l'&#233;crit aux possibilit&#233;s de le d&#233;chiffrer de fa&#231;on habile et pr&#233;cise est loin d'&#234;tre reconnu par tous. Bien d'autres strat&#233;gies de &#171; lecture &#187; compr&#233;hensive sont &#224; l'&#339;uvre dans les manuels, les guides p&#233;dagogiques et les recherches en didactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE mesure la vitesse &#224; laquelle le code est &#233;tudi&#233; au travers d'une variable appel&#233;e &#171; tempo &#187; qui indique le nombre de correspondances graphophon&#233;miques &#233;tudi&#233;es de mani&#232;re explicite au cours des neuf premi&#232;res semaines de classe. Le graphique 71 du rapport (p.253) montre combien les diff&#233;rences sont importantes. Les classes les plus lentes n'en &#233;tudient que 6 en moyenne quand les plus rapides en &#233;tudient 20. Or &#171; L'&#233;l&#233;vation du tempo influence significativement et positivement les performances des &#233;l&#232;ves en code et en &#233;criture. En code cette influence atteint son maximum pour un tempo de 14 ou de 15 et la valeur palier se situe &#224; 11 ou 12 en fonction du niveau initial des &#233;l&#232;ves. &#187; (p.347) Les tempos les plus lents p&#233;nalisent donc les &#233;l&#232;ves, surtout s'ils sont initialement faibles. C'est que ces &#233;l&#232;ves &#171; n'ont pas suffisamment d'&#233;l&#233;ments &#224; leur disposition pour r&#233;ussir &#224; d&#233;coder les &#233;crits propos&#233;s en classe, ils progressent moins. &#187; (p.394)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre les capacit&#233;s de d&#233;codage des &#233;l&#232;ves et leur activit&#233; intellectuelle se trouve ici confirm&#233;e. Le rapport le dit clairement : &#171; Le choix d'un tempo rapide est b&#233;n&#233;fique car il accroit la clart&#233; cognitive des &#233;l&#232;ves et leur capacit&#233; d'auto-apprentissage, tout en &#233;vitant d&#233;couragements et t&#226;tonnement hasardeux. En s&#233;lectionnant les textes supports en fonction des correspondances &#233;tudi&#233;es et en proposant des t&#226;ches de d&#233;chiffrage &#224; la port&#233;e des &#233;l&#232;ves, les enseignants favorisent leurs r&#233;ussites, mobilise leur attention et leur m&#233;morisation tout en d&#233;veloppant leur sentiment de comp&#233;tence. &#187; (p.395)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix d'un tempo rapide a donc manifestement des effets b&#233;n&#233;fiques dont il faut tenir compte, toutefois il ne saurait par ses seules vertus constituer un crit&#232;re suffisant pour juger de l'efficacit&#233; de l'enseignement car demeure enti&#232;re la question du traitement de ces correspondances, m&#234;me lorsqu'elles sont jug&#233; en nombre suffisant : la mesure quantitative de celles-ci ne cl&#244;t pas la r&#233;flexion sur leur traitement qualitatif qui nous renvoie invariablement au d&#233;bat sur le caract&#232;re incontournable de la syst&#233;maticit&#233; contenue dans le principe syllabique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'&#224; partir du ou des graph&#232;me(s) de la le&#231;on du jour on a appris la valeur sonore des syllabes, celles-ci sont sans d&#233;tour ni retard, utilis&#233;es, prises en charge dans des mots que l'on s'entraine &#224; lire &#224; haute voix (en s'appuyant &#233;galement sur les apprentissages des le&#231;ons pr&#233;c&#233;dentes). Tous les &#233;crits du jour sont ainsi parfaitement d&#233;chiffrables parce que leur lecture s'articule imm&#233;diatement et exclusivement &#224; la connaissance des combinaisons syllabiques des graph&#232;mes &#233;tudi&#233;es, sans qu'aucune autre strat&#233;gie de lecture ne vienne la concurrencer. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que ne fait pas la d&#233;marche &#171; int&#233;grative &#187; ou mixte qui donne &#224; lire aux &#233;l&#232;ves des phrases et des textes dont les mots peuvent faire l'objet d'un d&#233;chiffrage total ou simplement partiel, d'une reconnaissance globale ou d'hypoth&#232;ses construites &#224; partir du contexte linguistique ou imagier, ou encore de r&#233;miniscences de lectures o&#249; on va puiser des indices. Lorsque les &#233;l&#232;ves sont invit&#233;s &#224; lire, il leur faut &#224; chaque fois chercher le moyen qui leur parait le mieux appropri&#233; pour identifier les mots, dans le but de trouver la &#171; bonne &#187; strat&#233;gie pouvant &#171; convenir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui a &#224; voir avec l'id&#233;al constructiviste que je critique dans cet article :.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cette d&#233;marche, la connaissance des correspondances graphophonologiques &#233;tudi&#233;es perd alors l'efficacit&#233; qu'elle peut rec&#233;ler, prise qu'elle est dans le jeu des concurrences auxquelles elle est soumise. On l'aura compris, c'est au maintien de la lecture &#224; l'&#233;cart rigoureux de ces concurrences que se manifeste la nature propre de la syllabique. Dire qu'elle n'a pas le monopole de la syllabe est parfaitement juste, &#224; condition toutefois d'ajouter qu'elle a celui des exigences qui commandent cette fa&#231;on de la traiter que nous venons d'expliciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour un objectif d'apprentissage clairement identifi&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette insistance qui est la n&#244;tre sur la n&#233;cessit&#233; de respecter l'unicit&#233; de la logique d'apprentissage de l'identification des mots rejoint ce que souligne Stanislas Dehaene lorsqu'il s'attache &#224; montrer l'importance de l'attention, de la concentration pour s'approprier efficacement des savoirs, parvenir &#224; r&#233;ussir une activit&#233;, construire une m&#233;moire de travail active. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'orienter l'attention vers l'objet &#233;tudi&#233;, le niveau pertinent, appropri&#233;, et donc laisser de c&#244;t&#233; tout ce qui d&#233;tourne l'enfant de l'objectif d'apprentissage retenu : ne pas cr&#233;er de double ou triple t&#226;che qui distrait sa concentration. Or c'est ce que font les manuels et les pratiques qui confrontent les &#233;l&#232;ves &#224; plusieurs strat&#233;gies cens&#233;es identifier les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de tr&#232;s nombreux manuels et cahiers d'exercices, y compris dans le processus m&#234;me d'apprentissage de la lecture, le dessin et l'illustration occupent une place tr&#232;s importante. Cette place se trouve regard&#233;e d'un &#339;il circonspect par Jos&#233; Morais qui &#233;crit fort justement : &#171; les images attirent l'attention visuelle des enfants beaucoup plus que les lettres. L'ab&#233;c&#233;daire traditionnel n'est certainement pas la meilleure mani&#232;re de faire conna&#238;tre les lettres aux enfants, et cela vaut pour tout mat&#233;riel qui &#233;loigne l'attention de l'enfant des caract&#233;ristiques distinctives des lettres. Le meilleur contexte pour apprendre les lettres, c'est le mot &#233;crit sans image associ&#233;e et sans ornementation. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Morais, Lire, &#233;crire et &#234;tre libre. De l'alphab&#233;tisation &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le symbolisme de l'image est &#233;tranger &#224; celui de la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les supports qui ne clarifient pas cette distinction capitale entre l'image et le mot ne peuvent que conduire les &#233;l&#232;ves &#224; s'&#233;carter de la nature m&#234;me de l'acte de lire : ils sont forc&#233;ment source de ralentissements inutiles de l'apprentissage, de confusions multiples et donc, ce qui est plus grave, d'inexactitudes dans les lectures intellectuellement n&#233;fastes, sources d'ins&#233;curit&#233; pour les &#233;l&#232;ves &#224; qui on n'offre pas les cl&#233;s incontournables de leur autonomie de lecteurs efficaces, en capacit&#233; de s'engager dans une activit&#233; scolaire exigeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Orthographe et &#233;tude de la langue&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation positive entre les activit&#233;s de d&#233;codage et d'encodage soulign&#233;e par de nombreux chercheurs, est confirm&#233;e par l'enqu&#234;te ELE. L'association des deux activit&#233;s favorise l'apprentissage des correspondances graphophonologiques et celui de l'orthographe. Toutefois cette influence demeure modeste dans les classes de l'enqu&#234;te. Les lapins courent vite, phrase dict&#233;e en fin de CP connait des r&#233;sultats tr&#232;s faibles, puisque les trois quarts des &#233;l&#232;ves ne mettent aucune marque de pluriel, que le dernier quart se partage entre marques incorrectes et marques correctes, et que &#171; seul 1% des &#233;l&#232;ves marque correctement le pluriel &#224; la fois sur le nom et le verbe. &#187; (p.405) Le marquage du pluriel n'est donc accessible qu'&#224; une fraction marginale de l'&#233;chantillon en fin de CP. &#171; En fin de CE1, les marques de nombre nominales et verbales sont ma&#238;tris&#233;es par 30% des &#233;l&#232;ves &#187;, ce qui demeure nettement insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jos&#233; Morais l'exprime tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment dans l'ouvrage pr&#233;c&#233;demment cit&#233; : &#171; Il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; qu'une faible habilet&#233; de d&#233;codage perturbe l'apprentissage orthographique, et que cette faiblesse en d&#233;codage ne peut &#234;tre compens&#233;e par des habilet&#233;s visuo-orthographiques : le niveau des choix orthographiques est toujours li&#233; au niveau de l'habilet&#233; de d&#233;codage. &#187; D'o&#249;, pouvons-nous ajouter, le r&#244;le d&#233;cisif de la lecture &#224; haute voix indispensable pour travailler et s'assurer de l'habilet&#233; de d&#233;codage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque la lecture est une activit&#233; visuelle, l'a-t-on d&#233;clar&#233;, l'interdit de la lecture &#224; haute voix a connu ses heures de gloire chez certains p&#233;dagogues &#224; partir de la r&#233;novation des ann&#233;es 1970. L'enqu&#234;te ELE confirme l'inanit&#233; d'un tel interdit de fa&#231;on claire. &#171; La dur&#233;e hebdomadaire de la lecture &#224; haute voix influence significativement et positivement les performances des &#233;l&#232;ves en code et en &#233;criture, en particulier celles des &#233;l&#232;ves initialement faibles et interm&#233;diaires. &#187; (p.351) Plus de 30 minutes par semaine est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;tude de la langue est &#233;galement observ&#233;e dans l'enqu&#234;te ELE qui conclut &#224; un effet positif du temps qui lui est consacr&#233; sur les performances des &#233;l&#232;ves : &#171; Il apparait que les classes qui consacrent plus de temps &#224; l'&#233;tude de la langue sont celles qui progressent plus en lecture- &#233;criture. &#187; (p.361) Or cet aspect important des activit&#233;s de la classe ne trouve pas toujours la place qui lui revient dans les pratiques. &#171; Un premier examen des s&#233;ances videos enregistr&#233;es dans les classes les plus efficaces, r&#233;v&#232;le que les enseignants y font preuve d'une forte vigilance m&#233;talinguistique : ils signalent explicitement le passage de l'usage de la langue &#224; son &#233;tude (&#8230;), ils utilisent avec rigueur un nombre limit&#233; de m&#233;tatermes (phrase, nom, verbe, masculin/f&#233;minin, singulier/pluriel). Ces maitres effectuent une transmission plus r&#233;flexive des savoirs que ceux des classes les moins efficaces, en s'appuyant sur les interactions entre &#233;l&#232;ves comme sur les interactions maitre-&#233;l&#232;ve. &#187; (p.407)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recueil d'informations sur cet aspect des pratiques conduit les auteurs du rapport &#224; souligner &#224; juste titre &#171; l'importance de la formation initiale et continue des enseignants pour ce qui est de l'&#233;tude de la langue. &#187; Effectivement, le sens des &#233;crits se construit dans la mat&#233;rialit&#233; de la langue qu'il est n&#233;cessaire d'enseigner explicitement comme objet d'&#233;tude, afin que les &#233;l&#232;ves puissent commencer &#224; entrer dans une repr&#233;sentation &#233;pist&#233;mique des contenus d'apprentissages. C'est l'intelligibilit&#233; m&#234;me de ces contenus qui se trouve en jeu ici dans la formation des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lecture et compr&#233;hension&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'entendu, le lu et le compris&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de l'enqu&#234;te souligne que les &#233;l&#232;ves passent beaucoup de temps &#171; &#224; traiter des t&#226;ches de lecture-compr&#233;hension de mani&#232;re individuelle et souvent hors de la pr&#233;sence de l'enseignant &#187;, alors que &#171; les moments o&#249; ils sont incit&#233;s &#224; expliquer/reformuler le sens, &#224; &#233;voquer une repr&#233;sentation mentale ou &#224; produire un rappel de r&#233;cit n'occupent que 19 minutes par semaine en moyenne. &#187; (p.400) Or les performances de tr&#232;s nombreux &#233;l&#232;ves sont insuffisantes, comme le sont les activit&#233;s de compr&#233;hension explicites auxquelles peu de temps est consacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mesures de l'enqu&#234;te ELE diff&#233;rencient la compr&#233;hension en lecture autonome des &#233;l&#232;ves et la compr&#233;hension en lecture entendue. Bien que globalement les scores en compr&#233;hension soient faibles, &#171; mieux les &#233;l&#232;ves comprennent les textes qu'on leur lit, mieux ils comprennent les textes qu'ils lisent seuls. &#187; (p. 398) Que la compr&#233;hension de l'entendu ait un effet positif sur la compr&#233;hension du lu n'est pas surprenant : la compr&#233;hension se forge dans le langage, des mots entendus ou lus et finit par s'&#233;manciper de ses origines, la parole d'autrui et/ou la lecture personnelle, pour s'actualiser, fonctionner dans l'&#233;coute des paroles, la r&#233;flexion personnelle ou la lecture de textes, sans que nous sachions le plus souvent &#224; quelles origines plus ou moins lointaines raccrocher cette compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre les textes qu'ils lisent, les &#233;l&#232;ves mettent &#224; profit tout ce qu'ils apprennent dans l'ensemble des activit&#233;s de la classe (y compris bien s&#251;r dans les lectures entendues) et par ailleurs dans la vie hors de l'&#233;cole : l'ensemble de ces apprentissages d&#233;finissent leurs connaissances, leur culture. Lorsqu'il s'agit de lire, le rapport de l'enqu&#234;te le confirme : &#171; l'&#233;preuve de compr&#233;hension autonome est tr&#232;s sensible aux comp&#233;tences acquises dans le domaine du d&#233;codage. &#187; Et il ajoute : &#171; Pour les &#233;l&#232;ves dont le niveau en compr&#233;hension est faible ou interm&#233;diaire en d&#233;but d'ann&#233;e, la ma&#238;trise du code pourrait, en partie, compenser leurs faiblesses en compr&#233;hension. &#187; (p.354)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette relation de d&#233;pendance entre la ma&#238;trise du code et la compr&#233;hension se trouve par ailleurs r&#233;affirm&#233;e par Roland Goigoux dans son intervention aux Controverses de Descartes de mars 2016 lorsqu'il dit : &#171; le d&#233;codage p&#232;se tr&#232;s lourd dans la compr&#233;hension &#187;. Et pourtant en novembre 2014, dans ses r&#233;ponses aux questions pos&#233;es par le &lt;i&gt;Conseil Sup&#233;rieur des Programmes&lt;/i&gt; en vue de contribuer &#224; l'&#233;laboration des projets de programmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il d&#233;veloppe une conception du travail de la compr&#233;hension qui ne conclut pas &#224; un tel poids du d&#233;codage dans la compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La compr&#233;hension de l'&#233;crit ind&#233;pendante du d&#233;chiffrage ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses r&#233;ponses au CSP Roland Goigoux consid&#232;re que les t&#226;ches et les supports des programmes de 2008 sont contestables pour les raisons suivantes : &#171; Elles laissaient entendre qu'au CP les &#233;l&#232;ves devaient &#171; s'entra&#238;ner &#224; lire des mots connus &#187;, c'est-&#224;-dire enti&#232;rement d&#233;chiffrables, autrement dit encore, dont l'ensemble des correspondances graphophonologiques requises avaient &#233;t&#233; pr&#233;alablement &#233;tudi&#233;es (ce qui est la d&#233;finition d'une approche exclusivement &#171; syllabique &#187;) et &#171; &#224; &#233;crire seuls des mots d&#233;j&#224; connus &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils excluaient aussi les t&#226;tonnements en &#233;criture. &#187; Cette pr&#233;sentation des programmes de 2008 se termine par ces mots : &#171; Je proposerai plus bas de supprimer ces deux id&#233;es n&#233;fastes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons que s'entra&#238;ner &#224; lire des mots connus ne signifie pas n&#233;cessairement qu'ils sont enti&#232;rement d&#233;chiffrables, ils peuvent &#234;tre reconnus globalement, mais quoi qu'il en soit, le caract&#232;re n&#233;faste de la lecture et de l'&#233;criture de mots enti&#232;rement d&#233;chiffrables est affirm&#233; ce qui semble indiquer une nette pr&#233;f&#233;rence pour une approche qui ne confie pas la compr&#233;hension &#224; la d&#233;chiffrabilit&#233; compl&#232;te des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, toujours dans cette contribution de 2014, Roland Goigoux fait r&#233;f&#233;rence &#224; la conf&#233;rence de consensus de 2003 o&#249; le jury s'&#233;tait accord&#233; &#171; pour penser que les &#233;l&#232;ves en phase d'apprentissage du code ou qui &#233;prouvent des difficult&#233;s s&#233;rieuses &#224; identifier les mots ne sont pas &#224; m&#234;me de conduire une activit&#233; de compr&#233;hension au cours m&#234;me de la lecture. &#187; (p.6) La cons&#233;quence qui semble s'imposer devant un tel consensus devrait nous conduire &#224; renforcer le travail d'identification efficace des mots. Ce n'est pas ce qu'envisage Roland Goigoux qui en tire la cons&#233;quence concr&#232;te suivante : &#171; dissocier [soulign&#233; par nous] l'enseignement de la compr&#233;hension, de la lecture autonome r&#233;alis&#233;e par les &#233;l&#232;ves au CP et en d&#233;but de CE1 &#187;, car &#171; si le travail d'automatisation des processus d'identification des mots est n&#233;cessaire, il n'est pas suffisant &#187; (p.6). Que la technique du d&#233;chiffrage pleinement acquise, automatis&#233;e, ne soit jamais une garantie absolue de compr&#233;hension, doit-il conduire &#224; s&#233;parer l'enseignement des comp&#233;tences de d&#233;codage de l'enseignement des comp&#233;tences de compr&#233;hension ? Il le semble bien puisque quelques pages plus loin nous pouvons lire : &#171; les comp&#233;tences de d&#233;codage et de compr&#233;hension contribuent de mani&#232;re significative, mais ind&#233;pendante [soulign&#233; par nous], &#224; la performance en lecture. &#187; (p.18)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ind&#233;pendance affirm&#233;e entre la compr&#233;hension et le d&#233;codage trouve une de ses justifications majeures dans la position suivante : &#171; L'enrichissement lexical, indispensable pour une &#233;cole qui veut compenser les in&#233;galit&#233;s sociales, doit donc se faire &#224; partir de l'&#233;tude de textes choisis en fonction de leur int&#233;r&#234;t symbolique, affectif, culturel et linguistique, pas en fonction de l'&#233;tude du code graphophonologique. &#187; (p.12) Comme les &#233;l&#232;ves de milieux populaires sont d&#233;clar&#233;s par ailleurs payer cher une centration trop forte sur le d&#233;codage au d&#233;triment de tout l'apport culturel scolaire dont ils ont besoin, ils devraient donc b&#233;n&#233;ficier tout particuli&#232;rement de l'apport de textes entendus et non pas lus de fa&#231;on autonome. Les faibles scores en fluence d'un fort pourcentage d'&#233;l&#232;ves de l'enqu&#234;te ELE, la faible d&#233;chiffrabilit&#233; des supports de lecture et les faibles scores en compr&#233;hension devraient plut&#244;t nous inciter &#224; proposer aux enseignants une tout autre d&#233;marche que celle du travail de la compr&#233;hension en dehors du d&#233;chiffrage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le test de fluence de la fin du CP en juin 2014 montre que 10% des &#233;l&#232;ves (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas du tout ce que pr&#233;conise Roland Goigoux qui, dans sa contribution aux travaux du CSP &#233;crit page 10 : &#171; Au cours pr&#233;paratoire, voire parfois au d&#233;but du CE1, un enseignement de la compr&#233;hension pourrait &#234;tre construit sur le mod&#232;le de celui de l'&#233;cole maternelle &#224; base de lectures r&#233;alis&#233;es &#224; haute voix par l'enseignant. Il ne faut plus faire d&#233;pendre cet enseignement de la capacit&#233; de d&#233;chiffrage des &#233;l&#232;ves : cela conduit syst&#233;matiquement les enseignants &#224; le diff&#233;rer au CE2. Bref, il faut inciter les enseignants de CP &#224; ne pas utiliser les m&#234;mes supports pour, d'une part, l'enseignement du code graphophonologique et du d&#233;chiffrage collectif de textes nouveaux et, d'autre part, pour l'enseignement explicite de la compr&#233;hension, en lien avec l'acquisition de nouvelles connaissances lexicales et encyclop&#233;diques. &#187; Cet enseignement explicite de la compr&#233;hension pourrait reposer sur des supports destin&#233;s &#224; la lecture &#224; haute voix de l'enseignant &#171; de r&#233;cits psychologiquement et culturellement pertinents &#187;.(p.11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comprendre en d&#233;chiffrant des textes ambitieux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Goigoux et Sylvie C&#232;be proposent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les cahiers p&#233;dagogiques, n&#176;516, novembre 2014.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des pistes pour travailler la compr&#233;hension telles que la recherche du r&#244;le des inf&#233;rences, des raisons d'agir des personnages, de leurs connaissances, sentiments, croyances, raisonnements, pertinentes pour interroger les textes, mais, on l'aura compris, cette pertinence n'a de sens v&#233;ritable selon nous que lorsque les &#233;l&#232;ves sont &#224; m&#234;me de conduire cette recherche en &#233;tant en possession des moyens de la lecture autonome. La compr&#233;hension en lecture ne peut que profiter amplement de tout ce qui par ailleurs est lu par l'enseignant, appris dans l'ensemble des activit&#233;s de la classe et ailleurs, mais cela n'implique pas de distinguer comme Roland Goigoux le faisait en 2014 et le repr&#233;cise lors de la Conf&#233;rence de Consensus de mars 2016, trois types d'approches : 1/ l'enseignement des correspondances graphophon&#233;miques dans des supports ad-hoc ; 2/ le travail sur les interactions d&#233;codage/ acc&#232;s au sens sur des textes simples, en grande partie d&#233;chiffrables [seulement en grande partie] ; 3/ l'enseignement de la compr&#233;hension sur des textes complexes lus &#224; haute voix par l'enseignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture &#224; haute voix entendue par les &#233;l&#232;ves mobilise forc&#233;ment la m&#233;moire. Lorsque l'&#233;l&#232;ve a oubli&#233; un aspect du texte, m&#234;me tr&#232;s factuel, qui joue un r&#244;le important dans la compr&#233;hension, il a besoin d'une r&#233;p&#233;tition de la lecture. &#192; l'&#233;chelle d'une classe qui ne concentre pas les inattentions ou les oublis sur un m&#234;me moment du texte, savoir ce qui explique les r&#233;ponses sur lesquelles il va falloir travailler pour avancer dans la compr&#233;hension devient d&#233;licat. Sommes-nous &#224; chaque fois confront&#233;s &#224; un probl&#232;me d'attention, de m&#233;morisation, de compr&#233;hension proprement dite, et dans quelles proportions ? Quand tous ont le texte sous les yeux, tous peuvent se prononcer en s'appuyant sur une m&#234;me litt&#233;ralit&#233; &#224; partir de laquelle il est possible de faire le partage entre l'inattention, l'oubli et l'incompr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE ne semble pas encourager la lecture &#224; haute voix de l'enseignant puisque &#171; De mani&#232;re paradoxale, on observe qu'un temps important allou&#233; &#224; l'&#233;coute de textes lus par le maitre produit un effet n&#233;gatif sur les performances des &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;preuve de &#171; compr&#233;hension autonome &#187; et n'a aucun effet sur la compr&#233;hension d'un texte entendu. &#187;(p.355) Ce r&#233;sultat est-il vraiment paradoxal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit nous ne pouvons que souhaiter qu'il alimente la r&#233;flexion sur le pilotage du syst&#232;me scolaire et les contenus de la formation des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un manuel qui ne donne &#224; lire que des textes enti&#232;rement d&#233;chiffrables prend au s&#233;rieux le fait que lire c'est chercher du sens aux textes lus de fa&#231;on autonome. Cette autonomie est d&#233;cisive car elle signe le statut du jeune lecteur fier de s'approprier les comp&#233;tences de la lecture. Sans elle il est condamn&#233; &#224; des bricolages couteux et st&#233;riles qui ne peuvent que d&#233;courager son d&#233;sir et son plaisir de s'emparer de la culture de l'&#233;crit. Avec des textes ambitieux effectivement lus, les &#233;l&#232;ves d&#233;veloppent leurs &#171; connaissances lexicales et encyclop&#233;diques &#187; et entrent dans des &#171; r&#233;cits psychologiquement et culturellement pertinents &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est texte en main que les &#233;l&#232;ves peuvent participer &#224; des d&#233;bats sur ce qu'ils comprennent et interpr&#232;tent d'&#233;crits exigeants. Dissocier le travail de d&#233;codage sur des textes simples de l'enseignement de la compr&#233;hension sur des textes complexes entendus n'a aucune l&#233;gitimit&#233;, car c'est priver les &#233;l&#232;ves de la d&#233;couverte par eux-m&#234;mes de la richesse lexicale, syntaxique, intellectuelle, affective, d'&#233;crits dont la lecture autonome leur est accessible. Tous les &#233;l&#232;ves ont besoin que de telles ambitions soient respect&#233;es y compris donc les &#233;l&#232;ves d'origine populaire dont on craint trop souvent qu'ils pourraient ne pas &#234;tre &#224; la hauteur. La r&#233;flexion sur leurs ressources en tant qu'&#234;tres de langage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Terrail, Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ? La Dispute, 2013.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'exp&#233;rience montrent qu'ils sont capables de s'approprier de telles ambitions &#224; condition toutefois que l'&#233;cole se soucie de travailler l'intelligibilit&#233; de ses contenus d'apprentissages, sans rien d&#233;l&#233;guer aux familles. L'apprentissage de la lecture s'inscrit pleinement dans cette recherche g&#233;n&#233;rale de l'intelligibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie dans l'acc&#232;s au sens se construit pas &#224; pas, dans la progression des le&#231;ons. L'enseignant peut bien commencer par lire le texte que les &#233;l&#232;ves suivent des yeux, mais c'est leur lecture autonome qui va guider le travail sur la compr&#233;hension. Les apprentis lecteurs devront bien s&#251;r s'entrainer &#224; ma&#238;triser le d&#233;chiffrage du texte en respectant scrupuleusement la ponctuation dont le sens leur aura &#233;t&#233; enseign&#233; de fa&#231;on explicite. Ils devront &#233;galement &#234;tre &#224; l'aise pour poser toutes les questions relatives &#224; la signification des mots qu'ils ignorent. Pourra alors commencer tout un travail sur la compr&#233;hension du texte et les interpr&#233;tations qui rel&#232;vent d'un v&#233;ritable d&#233;bat litt&#233;raire tout &#224; fait possible avec des &#233;l&#232;ves de CP. L'exp&#233;rience montre qu'ils en sont tr&#232;s friands dans tous les milieux socio-culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Goigoux lui-m&#234;me le dit &#224; la Conf&#233;rence de Consensus de mars 2016 : &#171; Les &#233;l&#232;ves sont curieux de comprendre comment &#231;a marche (&#8230;) Les gamins, le d&#233;chiffrage &#231;a les passionne quand on arr&#234;te d'en faire une t&#226;che ennuyeuse. C'est une aventure, c'est une aventure intellectuelle, c'est une vraie curiosit&#233;. &#187; Effectivement, mais &#231;a n'est une vraie curiosit&#233;, une aventure intellectuelle, que si pr&#233;cis&#233;ment on intellectualise l'aventure en travaillant sans biais, sans d&#233;tours, les tr&#233;sors de sens que rec&#232;le le d&#233;chiffrage. En proc&#233;dant ainsi il n'est jamais une t&#226;che ennuyeuse, il mobilise l'int&#233;r&#234;t, le plaisir des &#233;coliers devenant lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te ELE se signale par la pr&#233;cision et la richesse de la description des pratiques d'enseignement de la lecture qui peuvent lui permettre de faire autorit&#233; sur un ensemble de recommandations destin&#233;es &#224; la formation initiale et continue des enseignants. Sa &#171; philosophie g&#233;n&#233;rale &#187; de l'importance de l'enseignement du d&#233;chiffrage dans l'acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension de l'&#233;crit, offre &#224; cet &#233;gard des perspectives qui peuvent nous permettre d'envisager &#224; la suite de Jean-Pierre Terrail que nous serions &#224; la fin d'un cycle historique qui a plomb&#233; cet enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faudrait toutefois pas que l'on en tire des recommandations h&#226;tives qui confieraient l'essentiel du travail de la compr&#233;hension &#224; de la lecture &#224; haute voix de l'enseignant, ou que l'on cesse de s'interroger sur les modalit&#233;s du travail de d&#233;codage, en consid&#233;rant que le nombre de correspondances graphophon&#233;miques &#233;tudi&#233;s puisse &#234;tre un crit&#232;re suffisant pour permettre aux &#233;l&#232;ves de devenir des lecteurs habiles, heureux de pouvoir comprendre ce qu'ils lisent. Tous les ma&#238;tres &#171; font du d&#233;codage &#187;, cela ne fait pas de doute, mais les r&#233;sultats alarmants en fluence montrent que nous ne pourrons pas faire l'&#233;conomie d'une r&#233;flexion approfondie sur l'in&#233;gale efficacit&#233; des mani&#232;res de conduire cet apprentissage, y compris avec les enseignants exp&#233;riment&#233;s que sont ceux de l'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier ouvrage Jos&#233; Morais &#233;crit : &#171; En fin de CP, l'&#233;l&#232;ve doit &#234;tre lecteur et scripteur autonome. C'est le premier niveau de la litt&#233;ratie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Morais, op.cit. (p.123).&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et de la d&#233;mocratie ajoute-t-il dans des d&#233;veloppements particuli&#232;rement f&#233;conds o&#249; il explique les raisons profondes pour lesquelles il a fait le choix de la d&#233;mocratie, et comment la litt&#233;ratie (appropriation et utilisation de l'&#233;crit dans l'exercice de la pens&#233;e) s'inscrit dans ce choix. C'est que le processus de d&#233;mocratisation a besoin de la pens&#233;e libre, critique, d'un haut niveau d'exigence intellectuelle dans tous les domaines de la connaissance et de la r&#233;flexion, une pens&#233;e qui &#224; son tour peut devenir garante de l'exercice de la d&#233;mocratie lorsque celle-ci a r&#233;ussi &#224; s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris, cela signifie que les exigences de la d&#233;mocratie s'appuient fondamentalement sur un peuple lettr&#233; ma&#238;trisant parfaitement les conditions premi&#232;res de l'exercice de la litt&#233;ratie, &#224; savoir le lire-&#233;crire. Il est possible aujourd'hui d'envisager sereinement une r&#233;flexion collective sur les moyens de faire en sorte que cesse l'aberration des &#233;checs d'un nombre beaucoup trop important d'&#233;coliers d&#232;s les premiers apprentissages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.uvp5.univ-paris5.fr/TFL/TFL.asp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.uvp5.univ-paris5.fr/TFL/TFL.asp&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui a &#224; voir avec l'id&#233;al constructiviste que je critique dans cet article :&lt;a href=&#034;http://leslettresbleues.fr/spip.php?article110&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://leslettresbleues.fr/spip.php?article110&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jos&#233; Morais, &lt;i&gt;Lire, &#233;crire et &#234;tre libre. De l'alphab&#233;tisation &#224; la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/csp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.education.gouv.fr/csp&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le test de fluence de la fin du CP en juin 2014 montre que 10% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent en moyenne 4 mots en une minute (8 mots maximum), 20% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent 11 mots en moyenne (15 mots maximum), 30% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent 18 mots en moyenne (21 mots maximum). Le rapport prend la pr&#233;caution de pr&#233;ciser qu'il ne s'autorise pas de dire que les &#233;l&#232;ves qui ont les plus mauvais scores sont en difficult&#233;s, puisque l'institution n'a pas d&#233;fini les comp&#233;tences minimales attendues en fin de CP. Peut-on malgr&#233; tout consid&#233;rer que des &#233;l&#232;ves qui ne lisent en moyenne que 4, 11 ou18 mots sont en mesure de conduire correctement les apprentissages de l'&#233;cole dont toute la culture repose sur l'&#233;crit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de l'ann&#233;e 2013-2014, l'&#233;cole a scolaris&#233; 845.000 enfants au CP. Dans une projection qui n'est pas absurde compte tenu de l'ampleur de l'&#233;chantillon qui lui offre une significativit&#233; nationale, l'enqu&#234;te ELE nous autorise &#224; envisager une simulation consistant &#224; rapprocher ses r&#233;sultats en fluence du nombre d'&#233;l&#232;ves potentiellement concern&#233;s &#224; chaque fois. Ainsi peut-on se repr&#233;senter qu'en juin 2014, c'&#233;tait 84.500 &#233;l&#232;ves qui ne lisaient que 4 mots en moyenne &#224; l'issue du CP, 169.000 &#233;l&#232;ves qui ne lisaient que 11 mots, et 253.000, 18 mots. De tels chiffres se passent de commentaires et exigent de la part de l'institution qu'elle se hisse &#224; la hauteur des n&#233;cessit&#233;s de la d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les cahiers p&#233;dagogiques&lt;/i&gt;, n&#176;516, novembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt; La Dispute, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jos&#233; Morais, op.cit. (p.123).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.uvp5.univ-paris5.fr/TFL/TFL.asp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.uvp5.univ-paris5.fr/TFL/TFL.asp&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui a &#224; voir avec l'id&#233;al constructiviste que je critique dans cet article :&lt;a href=&#034;http://leslettresbleues.fr/spip.php?article110&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://leslettresbleues.fr/spip.php?article110&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jos&#233; Morais, &lt;i&gt;Lire, &#233;crire et &#234;tre libre. De l'alphab&#233;tisation &#224; la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/csp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.education.gouv.fr/csp&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le test de fluence de la fin du CP en juin 2014 montre que 10% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent en moyenne 4 mots en une minute (8 mots maximum), 20% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent 11 mots en moyenne (15 mots maximum), 30% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent 18 mots en moyenne (21 mots maximum). Le rapport prend la pr&#233;caution de pr&#233;ciser qu'il ne s'autorise pas de dire que les &#233;l&#232;ves qui ont les plus mauvais scores sont en difficult&#233;s, puisque l'institution n'a pas d&#233;fini les comp&#233;tences minimales attendues en fin de CP. Peut-on malgr&#233; tout consid&#233;rer que des &#233;l&#232;ves qui ne lisent en moyenne que 4, 11 ou18 mots sont en mesure de conduire correctement les apprentissages de l'&#233;cole dont toute la culture repose sur l'&#233;crit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de l'ann&#233;e 2013-2014, l'&#233;cole a scolaris&#233; 845.000 enfants au CP. Dans une projection qui n'est pas absurde compte tenu de l'ampleur de l'&#233;chantillon qui lui offre une significativit&#233; nationale, l'enqu&#234;te ELE nous autorise &#224; envisager une simulation consistant &#224; rapprocher ses r&#233;sultats en fluence du nombre d'&#233;l&#232;ves potentiellement concern&#233;s &#224; chaque fois. Ainsi peut-on se repr&#233;senter qu'en juin 2014, c'&#233;tait 84.500 &#233;l&#232;ves qui ne lisaient que 4 mots en moyenne &#224; l'issue du CP, 169.000 &#233;l&#232;ves qui ne lisaient que 11 mots, et 253.000, 18 mots. De tels chiffres se passent de commentaires et exigent de la part de l'institution qu'elle se hisse &#224; la hauteur des n&#233;cessit&#233;s de la d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les cahiers p&#233;dagogiques&lt;/i&gt;, n&#176;516, novembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt; La Dispute, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jos&#233; Morais, op.cit. (p.123).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article226&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.uvp5.univ-paris5.fr/TFL/TFL.asp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.uvp5.univ-paris5.fr/TFL/TFL.asp&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui a &#224; voir avec l'id&#233;al constructiviste que je critique dans cet article :&lt;a href=&#034;http://leslettresbleues.fr/spip.php?article110&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://leslettresbleues.fr/spip.php?article110&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jos&#233; Morais, &lt;i&gt;Lire, &#233;crire et &#234;tre libre. De l'alphab&#233;tisation &#224; la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.education.gouv.fr/csp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.education.gouv.fr/csp&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le test de fluence de la fin du CP en juin 2014 montre que 10% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent en moyenne 4 mots en une minute (8 mots maximum), 20% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent 11 mots en moyenne (15 mots maximum), 30% des &#233;l&#232;ves les plus faibles lisent 18 mots en moyenne (21 mots maximum). Le rapport prend la pr&#233;caution de pr&#233;ciser qu'il ne s'autorise pas de dire que les &#233;l&#232;ves qui ont les plus mauvais scores sont en difficult&#233;s, puisque l'institution n'a pas d&#233;fini les comp&#233;tences minimales attendues en fin de CP. Peut-on malgr&#233; tout consid&#233;rer que des &#233;l&#232;ves qui ne lisent en moyenne que 4, 11 ou18 mots sont en mesure de conduire correctement les apprentissages de l'&#233;cole dont toute la culture repose sur l'&#233;crit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de l'ann&#233;e 2013-2014, l'&#233;cole a scolaris&#233; 845.000 enfants au CP. Dans une projection qui n'est pas absurde compte tenu de l'ampleur de l'&#233;chantillon qui lui offre une significativit&#233; nationale, l'enqu&#234;te ELE nous autorise &#224; envisager une simulation consistant &#224; rapprocher ses r&#233;sultats en fluence du nombre d'&#233;l&#232;ves potentiellement concern&#233;s &#224; chaque fois. Ainsi peut-on se repr&#233;senter qu'en juin 2014, c'&#233;tait 84.500 &#233;l&#232;ves qui ne lisaient que 4 mots en moyenne &#224; l'issue du CP, 169.000 &#233;l&#232;ves qui ne lisaient que 11 mots, et 253.000, 18 mots. De tels chiffres se passent de commentaires et exigent de la part de l'institution qu'elle se hisse &#224; la hauteur des n&#233;cessit&#233;s de la d&#233;mocratisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les cahiers p&#233;dagogiques&lt;/i&gt;, n&#176;516, novembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Entrer dans l'&#233;crit. Tous capables ?&lt;/i&gt; La Dispute, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jos&#233; Morais, op.cit. (p.123).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Critique de l'id&#233;al constructiviste dans l'enseignement de la lecture</title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article110</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article110</guid>
		<dc:date>2015-09-18T17:09:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'importance de l'&#233;chec de l'apprentissage de la lecture est patente, et pourtant on ne voit gu&#232;re se dessiner une franche dynamique de changement au niveau de l'enseignement. En 2004 un tiers des &#233;l&#232;ves de fin de CM2 sont capables d'exploiter correctement les informations d'un texte, et un peu plus de la moiti&#233; ont des comp&#233;tences &#171; mal assur&#233;es et donc fragiles : ils ont du mal &#224; percevoir et exploiter tous les aspects d'un texte, et sont mis en difficult&#233; par des textes qui exigent une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/arton110-cdd8f.png?1790432582' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'importance de l'&#233;chec de l'apprentissage de la lecture est patente, et pourtant on ne voit gu&#232;re se dessiner une franche dynamique de changement au niveau de l'enseignement. En 2004 un tiers des &#233;l&#232;ves de fin de CM2 sont capables d'exploiter correctement les informations d'un texte, et un peu plus de la moiti&#233; ont des comp&#233;tences &#171; mal assur&#233;es et donc fragiles : ils ont du mal &#224; percevoir et exploiter tous les aspects d'un texte, et sont mis en difficult&#233; par des textes qui exigent une lecture suivie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note &#233;valuation 04-10, MEN&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Entre 1987 et 2007, on observe une baisse significative du score moyen en lecture en CM2, plus prononc&#233;e pour les &#233;l&#232;ves les plus faibles. &#171; Deux fois plus d'&#233;l&#232;ves (21%) se situent en 2007 au niveau de comp&#233;tence des 10% d'&#233;l&#232;ves les plus faibles de 1987. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note &#233;valuation 08-38, MEN.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les enseignants du coll&#232;ge se sont plaints des difficult&#233;s de compr&#233;hension de l'&#233;crit des &#233;l&#232;ves qu'ils recevaient beaucoup plus nombreux apr&#232;s la r&#233;forme de 1959, la syllabique fut accus&#233;e de tous les maux au profit du mot d'ordre port&#233; par la r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1970, &#171; lire, c'est comprendre &#187;. Quarante ann&#233;es plus tard, 20% des jeunes de 15 ans sont en grande difficult&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;crit, et les autres ne sont pas tous dans une situation satisfaisante &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la publication de l'enqu&#234;te de J&#233;r&#244;me Deauvieau fin 2013 montrant la sup&#233;riorit&#233; de l'efficacit&#233; des manuels de la m&#233;thode syllabique sur ceux de la m&#233;thode mixte , Stanislas Dehaene s'est insurg&#233; dans Le Monde sur le fait que le minist&#232;re de l'Education nationale ne s'empare pas de cette question de l'efficacit&#233; des supports au travers d'&#233;valuations que ses moyens lui permettraient de r&#233;aliser &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; cette intervention qui situe pertinemment l'enjeu du probl&#232;me, Roland Goigoux a souhait&#233; r&#233;pondre pour d&#233;noncer &#171; les typologies archa&#239;ques (&#171; mixte &#187; versus &#171; syllabique &#187;) &#187;, car &#171; si aucune &#233;tude comparative des &#171; m&#233;thodes &#187; de lecture n'a permis d'&#233;tablir la sup&#233;riorit&#233; de tel ou tel dispositif sur tel autre, ce n'est pas parce que toutes les pratiques se valent mais parce que la variable &#171; m&#233;thode &#187;, trop grossi&#232;re et mal d&#233;finie, n'est pas une variable pertinente pour une telle recherche. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf sur ce site du GRDS le dossier : Pol&#233;mique et honn&#234;tet&#233; intellectuelle.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; selon lui d'observer dans le d&#233;tail les pratiques concr&#232;tes et rejeter les &#171; d&#233;clarations de principe &#187; s'appuyant sur l'importance de la m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rejet de l'importance de la m&#233;thode en la mati&#232;re, m'a amen&#233;e &#224; publier sur ce site du GRDS un article destin&#233; &#224; montrer en quoi, au contraire, cette notion est parfaitement valide pour penser les pratiques enseignantes et appr&#233;hender leur efficacit&#233; dans les apprentissages, sous le titre Enseigner la lecture : une question de m&#233;thode ou &#224; chacun sa pratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, J&#233;r&#244;me Deauvieau, Jean-Pierre Terrail et moi-m&#234;me avons publi&#233; un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Enseigner efficacement la lecture&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Deauvieau, Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, Enseigner (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;dans lequel nous d&#233;veloppons les r&#233;sultats d'enqu&#234;tes et les raisons qui montrent que le choix de la m&#233;thode syllabique est le seul qui garantisse la possibilit&#233; d'atteindre la pleine r&#233;ussite de l'apprentissage de la lecture compr&#233;hensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout milite pour que se poursuive l'interrogation sur les traits m&#233;thodologiques des manuels et des dispositifs d'enseignement, afin de mieux comprendre le sens de la perp&#233;tuation de certaines pratiques sources de difficult&#233;s pour les &#233;l&#232;ves, ainsi que les ressorts possibles sur lesquels s'appuyer pour envisager des perspectives de changements.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un id&#233;al structurant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du commun transmissible&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Goigoux semble avoir vari&#233; quant &#224; l'usage qu'il pense pouvoir faire de la notion de m&#233;thode dans ce cadre de l'enseignement de la lecture. Si en 2013 il la bannit, quelques ann&#233;es plus t&#244;t il ne la remet pas du tout en cause. Dans un ouvrage qu'il a sign&#233; avec Sylvie C&#232;be, il s'attache &#224; poser la question &#171; Qu'est-ce qu'une m&#233;thode de lecture ? &#187;, question &#224; laquelle nous lisons la r&#233;ponse suivante : &#171; C'est l'ensemble des principes qui sous-tendent l'enseignement de la lecture. Les divers outils p&#233;dagogiques choisis par les enseignants, tels que les manuels et les cahiers d'&#233;l&#232;ves, concr&#233;tisent ces principes. Une m&#233;thode ne peut se r&#233;duire &#224; un (seul) manuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment contredire une telle d&#233;finition ? J'y souscris d'autant plus volontiers que j'&#233;crivais moi-m&#234;me dans l'article pr&#233;c&#233;demment cit&#233; : &#171; l'observation de pratiques diff&#233;rentes construites &#224; partir de supports vari&#233;s, n'invalide en aucune fa&#231;on la possibilit&#233; de mettre au jour des lignes de force, des logiques pouvant &#234;tre pens&#233;es dans la cat&#233;gorie de m&#233;thode. &#187; Ces notions de &#171; lignes de force &#187;, de &#171; logiques &#187; m'amenaient &#224; ajouter : &#171; La m&#233;thode appartient &#224; du commun, &#224; ce qui pr&#233;side &#224; la d&#233;finition du processus d'une activit&#233; dans ce qui la sp&#233;cifie et la rend transmissible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la m&#233;thode convoque du commun transmissible cela signifie qu'elle peut &#234;tre largement enseign&#233;e, pr&#233;conis&#233;e &#224; l'ensemble des ma&#238;tres qui, devant l'autorit&#233; p&#233;dagogique et institutionnelle des formateurs, des p&#233;dagogues, des chercheurs et des prescripteurs, peuvent &#234;tre amen&#233;s &#224; reconnaitre la l&#233;gitimit&#233; de sa mise en &#339;uvre dans les classes, comme c'est le cas aujourd'hui de la mixte. Marc Daguzon et Roland Goigoux ont montr&#233; comment l'id&#233;al p&#233;dagogique constructiviste se trouve en position d'organiser en profondeur l'ensemble de la formation initiale des professeurs des &#233;coles.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marc Daguzon, Roland Goigoux, &#034;L'influence de la prescription adress&#233;e aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Leur recherche n'explicite pas les implications de cet id&#233;al dans ce qui a trait plus particuli&#232;rement &#224; l'enseignement de la lecture, mais nous verrons comment la m&#233;thode mixte, tr&#232;s majoritairement utilis&#233;e, puise dans cet id&#233;al les sources de son organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'id&#233;al constructiviste&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 / La formation d'une identit&#233; professionnelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Daguzon et Roland Goigoux partent des questions : &#171; Comment s'apprend le m&#233;tier de professeur des &#233;coles ? Et comment les d&#233;butants construisent-ils leurs premi&#232;res comp&#233;tences et leur identit&#233; professionnelle ? Plus pr&#233;cis&#233;ment, comment con&#231;oivent-ils leur action p&#233;dagogique en r&#233;ponse aux injonctions et aux attentes de l'institution &#233;ducative telles qu'ils les per&#231;oivent et les interpr&#232;tent ? &#187; Les r&#233;ponses &#224; ces questions ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es aupr&#232;s de professeurs stagiaires (PE2) en cours de formation professionnelle en IUFM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats de cette recherche montrent la port&#233;e de la formation en IUFM qui parvient &#224; produire chez les futurs ma&#238;tres un mod&#232;le p&#233;dagogique affirm&#233; et pleinement partag&#233; qui se constitue en id&#233;al p&#233;dagogique en mesure de devenir la matrice m&#234;me des apprentissages relatifs au m&#233;tier, encore &#224; venir. Unanimement, les stagiaires sont convaincus de la valeur du mod&#232;le constructiviste devant les guider afin de faire vivre une classe &#171; active o&#249; les &#233;l&#232;ves construisent leurs savoirs &#187;. Dans cette optique, comme le pr&#233;cisent les chercheurs, &#171; La qualit&#233; du travail du ma&#238;tre d&#233;pend moins de l'exactitude de ses explications en classe que de la pertinence de ses choix pr&#233;alables des situations didactiques &#187;, des situations qui doivent permettre aux &#233;l&#232;ves de construire leurs savoirs en recourant &#224; des phases pr&#233;alables d'&#233;mergence des repr&#233;sentations. Ces situations sont &#171; majoritairement des situations de r&#233;solution de probl&#232;mes, suivies par des d&#233;bats entre &#233;l&#232;ves et par des phases d'institutionnalisation des savoirs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un passage intitul&#233; &#171; Une doxa pu&#233;rocentriste &#187;, nous pouvons lire les postures p&#233;dagogiques suivantes que les stagiaires reprennent &#224; leur compte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Les &#233;l&#232;ves doivent &#234;tre actifs. &#187; Il s'agit de faire en sorte que les &#233;l&#232;ves entrent dans une action visible, qu'ils participent.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Les &#233;l&#232;ves doivent &#234;tre motiv&#233;s. &#187; Il convient de leur proposer des t&#226;ches attractives et ludiques.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Les &#233;l&#232;ves doivent prendre la parole. &#187; Mettre en place des situations d'&#233;changes, de travail de groupe, de d&#233;bats, est cens&#233; permettre aux apprentissages de se d&#233;velopper par interactions entre pairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette doxa qui caract&#233;rise l'homog&#233;n&#233;it&#233; de la posture des stagiaires rencontre un principe lourd de cons&#233;quences qui fait de l'enseignant un m&#233;diateur, et non pas quelqu'un dont le r&#244;le est fondamentalement d'enseigner, c'est-&#224;-dire de permettre aux &#233;l&#232;ves de comprendre, de s'approprier des connaissances clairement identifi&#233;es. &#171; Il [le m&#233;diateur] doit &#233;viter d'exposer les savoirs de mani&#232;re trop magistrale ou de montrer des proc&#233;dures, un peu comme si les explications du professeur &#233;taient suspect&#233;es de g&#234;ner les apprentissages des &#233;l&#232;ves. &#187; Cela confirme la pr&#233;sentation de la qualit&#233; du maitre qui doit rel&#233;guer l'exactitude de ses explications au second plan, &#224; cela pr&#232;s qu'elle s'ajuste au glissement s&#233;mantique qui passe du ma&#238;tre au m&#233;diateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette recherche montre &#233;galement que l'ann&#233;e de pr&#233;paration du concours (PRCE) a commenc&#233; &#224; pr&#233;senter aux futurs ma&#238;tres de fa&#231;on tr&#232;s efficace les repr&#233;sentations convergentes des principes p&#233;dagogiques qu'ils partagent et qu'ils ont bien l'intention de mettre en &#339;uvre lorsqu'ils auront la charge d'une classe. &#171; Ils pensent qu'ils ont bien compris ce qu'on attend d'eux et ils jugent cette attente l&#233;gitime (&#8230;) m&#234;me s'ils ont le sentiment de &#171; toujours entendre la m&#234;me chose &#187; car, si les contenus didactiques sont diff&#233;rents, les orientations et le vocabulaire des formateurs sont similaires. &#187; Cette similarit&#233; des orientations et du vocabulaire des formateurs identifi&#233;e par les stagiaires montre bien, nous disent les chercheurs, la coh&#233;rence des mod&#232;les p&#233;dagogiques &#224; l'&#339;uvre dans la formation, une coh&#233;rence qui repose fondamentalement sur les principes du socioconstructivisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 / Des mouvements p&#233;dagogiques mobilis&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mi-parcours temporel de la r&#233;novation des ann&#233;es 1970 &#233;cartant la syllabique, et de l'ann&#233;e de la recherche de Marc Daguzon et de Roland Goigoux, huit mouvements p&#233;dagogiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association Fran&#231;aise pour la Lecture, (AFL) Centre d'Entra&#238;nement aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se sont mobilis&#233;s pour r&#233;&#233;diter une plate-forme commune sur les principes de l'apprentissage de la lecture, afin de contrecarrer &#171; le retour aux bonnes vieilles m&#233;thodes [qui] appara&#238;t comme la solution &#224; tous les maux de la soci&#233;t&#233;. &#187; Explicitement contre &#171; les valeurs conservatrices, voire r&#233;actionnaires &#187;, cette plate-forme se voulant progressiste s'inscrit pleinement dans ce qu'a repr&#233;sent&#233; &#171; la construction d'une gauche p&#233;dagogique &#187; telle que l'a analys&#233;e de fa&#231;on fort convaincante Sandrine Garcia pour caract&#233;riser le mouvement de la r&#233;novation p&#233;dagogique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sandrine Garcia, &#192; l'&#233;cole des dyslexiques. Naturaliser ou combattre l'&#233;chec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intention ne souffre aucune ambigu&#239;t&#233;, l'entr&#233;e dans l'&#233;crit &#171; est une aventure qui n'a que peu de rapport avec ce &#224; quoi on la r&#233;duit en la confondant avec la pratique d'un syst&#232;me de codage. &#187; C'est que l'&#233;crit n'&#233;tant qu'un langage pour l'&#339;il la lecture s'identifie &#224; des comportements id&#233;ovisuels qui seuls permettent d'entrer de fa&#231;on fructueuse dans le sens d'&#233;crits abondants et diversifi&#233;s, alors que les correspondances grapho-phon&#233;miques ne permettent, elles, que de transformer toute cha&#238;ne &#233;crite en cha&#238;ne orale, ce qui n&#233;cessite &#171; des activit&#233;s de traduction et une soumission de l'&#233;crit aux contraintes propres &#224; l'oral &#187;. M&#234;me oralis&#233;s, les textes de Proust et de tant d'autres &#233;crivains nous laissent dubitatifs devant cette id&#233;e que la lecture des correspondances grapho-phon&#233;miques pourraient soumettre l'&#233;crit aux contraintes propres &#224; l'oral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'ils n'offrent qu'un apprentissage &#171; passif &#187; et ruineux pour le sens, il est d&#233;cisif de substituer aux comportements alphab&#233;tiques des &#171; strat&#233;gies directes d'attribution de sens qui supposent le d&#233;veloppement d'hypoth&#232;ses, les conduites d'anticipation, la familiarit&#233; visuelle des mots et des structures, le d&#233;veloppement de r&#233;seaux d'indices pertinents pour l'&#339;il &#187;. Nous sommes &#224; l'&#233;vidence bien loin de tout &#171; m&#233;canisme de transcodage &#187; b&#234;tement inculqu&#233;. Arm&#233; de l'intuition du contexte, la construction par l'enfant de ses savoirs est &#224; son apog&#233;e : &#171; On ne transmet pas des techniques pr&#233;alables mais on aide le d&#233;veloppement de celles que l'enfant invente pour r&#233;gler, dans l'&#233;crit, les probl&#232;mes qui le concernent. &#187; C'est &#224; l'enfant de dominer les strat&#233;gies qu'il met en &#339;uvre. Il pourra ainsi r&#233;duire l'inconnu de l'&#233;crit pour lui gr&#226;ce au jeu de recherches de sens par anticipations, prises d'indices, &#233;missions d'hypoth&#232;ses, accompagn&#233;es de certaines formes de v&#233;rification pouvant &#233;ventuellement passer par la syllabe. &#171; Ainsi voit-on fr&#233;quemment des enfants &#171; prouver &#187;, par exemple, qu'il s'agit bien de &#171; chameau &#187; puisqu'on voit &#171; cha &#187; au d&#233;but du mot. &#187; Le contexte probablement r&#233;aliste permet peut-&#234;tre de ne pas songer &#224; &#171; chamois &#187; ou &#224; &#171; chaperon &#187;, mais il est des histoires qu'appr&#233;cient les enfants qui prennent quelques libert&#233;s avec la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s les auteurs de la plate-forme ce n'est donc pas dans les correspondances grapho-phon&#233;miques que l'&#233;crit peut d&#233;voiler son sens. La pr&#233;cision est claire : &#171; il importe de montrer que ce n'est jamais par de tels proc&#233;d&#233;s [ceux des correspondances grapho-phon&#233;miques] qu'on attribue une signification &#224; un texte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferdinand de Saussure serait certainement tr&#232;s &#233;tonn&#233; devant de telles convictions, lui qui mit au jour cette r&#233;alit&#233; linguistique si f&#233;conde pour penser le langage, qu'il a nomm&#233;e l'union du signifiant et du signifi&#233;, une union dont il est possible de se repr&#233;senter la nature par l'image de la feuille de papier dont il n'est pas possible de d&#233;couper du recto sans d&#233;couper du verso. Cette d&#233;couverte d&#233;cisive explique pourquoi lorsqu'un enfant parvient &#224; d&#233;chiffrer un mot qu'il connait, il en entend et comprend spontan&#233;ment, imm&#233;diatement la signification. Elle explique aussi pourquoi le d&#233;chiffrage le renseigne sur ses m&#233;connaissances lexicales en lui offrant les moyens d'interroger autrui sur le sens des mots : il entend le signifiant sans pouvoir en identifier le signifi&#233;, ce qui lib&#232;re chez lui une tension vers un nouvel apprentissage. Les enfants sont friands de ces tensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve &#233;tant faite selon les mouvements p&#233;dagogiques de la plate-forme, de l'inefficacit&#233; des pratiques traditionnelles telles que les m&#233;thodes syllabiques, l'id&#233;al constructiviste toujours tr&#232;s fortement pr&#233;sent dans la formation des ma&#238;tres trouve dans cette plate-forme des encouragements certains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principes rappel&#233;s par cette plate-forme se retrouvent sur le fond dans la r&#233;action de trois associations p&#233;dagogiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AFL (Association fran&#231;aise pour la lecture), GFEN (Groupe fran&#231;ais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rendue publique lorsque le ministre de Robien a voulu imposer la syllabique. Que disaient ces trois associations d&#233;j&#224; signataires de la plate-forme en question ? &#171; Des m&#233;thodes d'apprentissage o&#249; l'enfant est chercheur &#224; celle o&#249; l'enfant est dress&#233;, le choix id&#233;ologique est limpide : lui refuser d&#232;s le plus jeune &#226;ge de penser, lui &#244;ter le d&#233;sir de questionner, de comprendre, de conna&#238;tre, lui imposer une ob&#233;issance passive en l'enfermant d'abord dans des exercices r&#233;p&#233;titifs et mim&#233;tiques&#8230; Au-del&#224; de l'apprentissage de la lecture, c'est bien la volont&#233; d'agir sur les capacit&#233;s r&#233;flexives et complexes de la compr&#233;hension du monde de toute une jeunesse ! Une jeunesse qui d&#233;chiffre et une jeunesse qui lit&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de caract&#233;riser les effets de la m&#233;thode syllabique n'a pas disparu, des p&#233;dagogues continuent d'en faire une entreprise de dressage, de formatage &#224; des automatismes d&#233;l&#233;t&#232;res emp&#234;chant les &#233;l&#232;ves de penser, de r&#233;fl&#233;chir, de comprendre, &#224; l'oppos&#233; des m&#233;thodes qui, parce qu'elles n'ont pas les m&#234;mes exigences vis-&#224;-vis du d&#233;chiffrage leur permettraient de forger des capacit&#233;s complexes de compr&#233;hension du monde. Lire ou d&#233;chiffrer ? Cens&#233;e imposer une ligne de partage, comme si l'acc&#232;s &#224; la lecture compr&#233;hensive n'&#233;tait pas n&#233;cessairement compris dans le d&#233;chiffrage, cette question est toujours pos&#233;e par les m&#234;mes pourfendeurs de la syllabique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Entre tradition et innovation &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une enqu&#234;te publi&#233;e en 2003, Eliane Fijalkow cherche &#224; faire le point sur les pratiques d'enseignement de la lecture pour saisir dans quelle mesure les enseignants se reconnaissent dans des pratiques cat&#233;goris&#233;es en pratiques traditionnelles et pratiques innovantes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;liane Fijalkow, L'enseignement de la lecture-&#233;criture au cours (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Un premier tableau propose un classement de ces pratiques, &#224; partir duquel les enseignants vont &#234;tre invit&#233;s &#224; inscrire leurs r&#233;ponses en fonction de la centration qu'ils adoptent, soit sur l'apprentissage, soit sur l'apprenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la liste des pratiques dites traditionnelles l'auteure inscrit notamment la reproduction de mod&#232;les, la r&#233;p&#233;tition, la reconnaissance perceptive, le d&#233;chiffrage, la lecture &#224; haute voix, la technique, la m&#233;morisation, la reproduction, la recherche de la r&#233;ponse exacte, le code&#8230; Pour chacune de ces pratiques nous trouvons, c&#244;t&#233; pratiques dites innovantes les oppositions suivantes : la cr&#233;ativit&#233;, l'imagination, la compr&#233;hension, la recherche d'indices, la lecture silencieuse, la connaissance, la r&#233;flexion, la d&#233;couverte, la recherche des solutions possibles, le sens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ici ce qui motive le rejet de la syllabique d&#233;clar&#233;e incapable d'aller au-del&#224; de savoirs de bas niveau, peu &#224; m&#234;me d'entrainer les &#233;l&#232;ves du c&#244;t&#233; de la recherche, de l'imagination, de la r&#233;flexion, de la compr&#233;hension. On remarquera au passage la facilit&#233; avec laquelle on met en opposition la recherche de la r&#233;ponse exacte avec la recherche des solutions possibles pour caract&#233;riser d'un c&#244;t&#233; la tradition et de l'autre l'innovation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le caract&#232;re contestable de cette dichotomie qui sert de grille d'analyse et de classement des r&#233;ponses des enseignants, celles-ci conservent l'avantage de nous renseigner sur ce que quelques d&#233;cennies de r&#233;novation p&#233;dagogique ont pu construire dans les pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi 91% des enseignants estiment qu'il est important ou tr&#232;s important que les &#233;l&#232;ves ma&#238;trisent les correspondances entre les lettres et les sons, tout en &#233;tant 81,6% &#224; accorder la m&#234;me importance &#224; la reconnaissance globale des mots et 84,8% &#224; l'apprentissage de l'anticipation des mots dans une phrase. Cela peut sembler contradictoire mais la contradiction n'est qu'apparente car tous les ma&#238;tres revendiquent l'enseignement du code, mais tous ne l'enseignent pas de fa&#231;on pr&#233;coce et syst&#233;matique comme le fait la syllabique qui insiste sur son r&#244;le d&#233;terminant dans la compr&#233;hension. D'ailleurs lorsque les &#233;l&#232;ves ont &#224; d&#233;couvrir un mot dans un texte ou dans une phrase les enseignants ne sont plus que 4,6% &#224; faire appel &#224; la pratique dite traditionnelle du code, souvent ou tr&#232;s souvent. &#171; Le type d'aide qui domine consiste &#224; trouver dans les ressources de l'environnement (banque de mots, pancartes, cahiers, livres) un mot qui lui ressemble ou des parties de mots identiques (71%). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que fait-on lorsqu'un &#233;l&#232;ve a mal identifi&#233; un mot ? &#171; Les possibilit&#233;s de recours au sens sont tr&#232;s largement choisies par les enseignants, qu'il s'agisse de dire &#224; l'enfant s'il trouve que son mot va bien avec le contexte (79,4%) , de relire ce qui pr&#233;c&#232;de (74,3%),ou, un peu moins fr&#233;quemment, de lire ce qui suit (67,7%). &#187; Cette fa&#231;on de proc&#233;der qui pense pouvoir faire l'&#233;conomie de la confrontation directe au mot lui-m&#234;me pour en saisir le sens dans ce que nous livre son d&#233;chiffrage, est, nous le voyons tr&#232;s largement majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants ont pu &#233;galement situer leurs pratiques par rapport &#224; quatre d&#233;marches m&#233;thodologiques existantes : synth&#233;tique (d&#233;marche qui va des lettres aux son) ; analytique (d&#233;marche qui va de la phrase aux mots puis aux lettres) ; mixte (synth&#233;tique et analytique) ; d&#233;marche centr&#233;e prioritairement sur le sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la question de savoir s'il est important ou tr&#232;s important que les &#233;l&#232;ves apprennent &#224; anticiper des mots dans une phrase, faire des hypoth&#232;ses, nous avons pour chaque m&#233;thode d&#233;clar&#233;e utilis&#233;e, les pourcentages suivants : synth&#233;tique : 58% ; analytique : 91% ; mixte : 85% ; sens du texte : 96%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rappel de ces quelques donn&#233;es me parait particuli&#232;rement instructif pour voir combien l'entreprise de r&#233;novation par disqualification des ressources inh&#233;rentes et propres &#224; la syllabique a pu p&#233;n&#233;trer le monde enseignant, au nom bien s&#251;r de la mise en activit&#233; de recherche des &#233;l&#232;ves, de la construction par eux-m&#234;mes de leur savoir-lire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des divergences et leurs enjeux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les principes constructivistes dans les manuels de lecture&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode mixte trouve un de ses fondements majeurs dans le principe de la mise en activit&#233; des &#233;l&#232;ves autour de la construction par eux-m&#234;mes des rep&#232;res textuels et non textuels cens&#233;s leur permettre d'atteindre l'identification des mots, &#224; partir de recherches qu'ils ont la charge de conduire. Bien que pr&#233;sents dans cette m&#233;thode, les &#233;l&#233;ments de d&#233;codage ne sont jamais pris en charge dans une &#233;tude syst&#233;matique de leur organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le guide p&#233;dagogique du manuel A l'&#233;cole des albums (Retz) pr&#233;conise &#171; quatre strat&#233;gies de d&#233;codage (sic) que l'enfant apprend &#224; utiliser simultan&#233;ment ou s&#233;par&#233;ment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; reconnaissance d'un mot d&#233;j&#224; rencontr&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;chiffrage total ou partiel (soulign&#233; par moi) du mot en recherchant des syllabes connues ou en associant les sons et les graphies ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; compr&#233;hension du mot gr&#226;ce au contexte et v&#233;rification par t&#226;tonnement en recherchant des indices (&#224; partir de syllabes connues dans un autre contexte de correspondances graphophonologiques) pour v&#233;rifier les hypoth&#232;ses &#233;mises ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; reconnaissance d'un mot dit &#171; masqu&#233; &#187; (mot d&#233;riv&#233; ou mot ayant subi une variation morphologique : dit/redit-parle/parlent). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apprentissage global de mots occupe une place importante dans ce manuel. Alors que seules les syllabes &#171; ra &#187; et &#171; ri &#187; sont enseign&#233;es lors des deux premi&#232;res semaines de classe, les &#233;l&#232;ves doivent s'entrainer &#224; lire des mots nouveaux d&#233;couverts sans la maitrise de leur d&#233;codage : &#171; dans &#187;, &#171; du &#187;, &#171; de &#187;, &#171; avec &#187;, &#171; une classe &#187;, &#171; un rat &#187;, &#171; du riz &#187;, &#171; c'est &#187;, &#171; il y a &#187;. Ils doivent &#233;galement lire de nouvelles phrases telles que &#171; C'est le rat de Marie. &#187;, &#171; Dans la classe, un gar&#231;on rit avec une fille. &#187;, &#171; Un rari est un rat avec du riz. &#187; sans la connaissance de toutes les combinaisons graph&#233;miques impliqu&#233;s dans les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'ils ne parviennent pas &#224; tout &#171; lire &#187;, ils pourront toujours utiliser le contexte connu gr&#226;ce &#224; un d&#233;bat oral de compr&#233;hension &#224; partir de la lecture faite par l'enseignant. Ils pourront &#233;galement utiliser la relation entre le texte et l'illustration cens&#233;e guider l'identification de mots. Les &#233;l&#232;ves peuvent ainsi se montrer tr&#232;s actifs dans la recherche des hypoth&#232;ses qu'ils doivent &#233;mettre pour deviner les mots qu'ils ne peuvent pas d&#233;chiffrer totalement ou partiellement. La validation de leurs hypoth&#232;ses pourra ensuite se faire &#224; partir des indices qu'ils vont tenter de rep&#233;rer : une syllabe, un graph&#232;me &#224; l'attaque, une finale, des analogies phonologies ou graphiques&#8230; sur le mode du &#171; c'est comme dans&#8230; &#187; ou &#171; &#231;a commence ou &#231;a finit comme&#8230; &#187;. Ils se font ainsi constructeurs de leurs savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agn&#232;s Perrin-Doucey qui a assur&#233; la direction de ce manuel et de son guide p&#233;dagogique, pr&#233;cise bien dans Les cahiers p&#233;dagogiques de novembre 2014, l'importance de la place qu'elle accorde au travail sur le contexte dans l'apprentissage de la lecture. &#171; Lorsque l'&#233;l&#232;ve connait d&#233;j&#224; le texte parce qu'il l'a travaill&#233; en classe, il va deviner une partie des mots qui sont soumis &#224; sa lecture, en situant ce qu'il lit dans un contexte connu. &#187; Un exemple suit cette pr&#233;sentation : &#171; &#224; la fin du mois de janvier, les &#233;l&#232;ves de deux classes de CP doivent lire la phrase extraite de l'album C'est pas moi : &#171; Maman est entr&#233;e dans ma chambre avec les joues toutes rouges en disant que j'allais regretter ce que j'avais fait. &#187; Si, dans ce contexte sp&#233;cifique, le d&#233;but de la phrase est assez facile &#224; d&#233;chiffrer, parce que les &#233;l&#232;ves savent en identifier les mots, les termes &#171; joues &#187;, &#171; rouges &#187;, &#171; regretter &#187;, &#171; disant &#187; constituent, quant &#224; eux, les v&#233;ritables obstacles &#224; franchir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une classe l'enseignante &#171; a le temps d'isoler ce qui a fait l'objet d'une devinette (parce que compris, devin&#233; en s'appuyant sur le contexte). Elle demande alors aux &#233;l&#232;ves de prouver que ces mots se lisent bien comme ils l'ont suppos&#233;, gr&#226;ce &#224; leur connaissance de l'album. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une connaissance, soulignons-le, qui aura forc&#233;ment &#233;t&#233; travaill&#233;e &#224; partir de la lecture faite par l'enseignante (les &#233;l&#232;ves sont parfaitement incapables d'une r&#233;elle lecture autonome), ou bien par la mise en correspondance des mots et de l'image cens&#233;e d&#233;livrer les cl&#233;s de la lecture, comme le demande le guide p&#233;dagogique du manuel A l'&#233;cole des albums.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mise en activit&#233; de recherche des &#233;l&#232;ves, construction par eux-m&#234;mes de leurs savoirs &#224; partir de devinettes, de suppositions, d'hypoth&#232;ses, de recherches d'indices, des ingr&#233;dients essentiels des principes constructivistes enseign&#233;s en IUFM se retrouvent dans les nombreux manuels et guides p&#233;dagogiques de la m&#233;thode mixte. Il n'est donc pas &#233;tonnant que dans leur grande majorit&#233;, les ma&#238;tres form&#233;s &#224; ces principes entretenus depuis la r&#233;novation p&#233;dagogique des ann&#233;es 1970, aient beaucoup de mal &#224; abandonner les manuels de cette m&#233;thode. On ne peut de ce fait que comprendre la conviction de bonne foi qu'ils ont de la l&#233;gitimit&#233; de ces dispositifs et la r&#233;sistance qu'ils &#233;prouvent vis-&#224;-vis de la syllabique qui les contredit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les effets d'une &#171; attitude active de recherche &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eloign&#233; lui aussi de toute intention de culpabilisation des enseignants, Jacques Bernardin entend relever le d&#233;fi &#233;ducatif actuel. Dans &lt;i&gt;Le rapport &#224; l'&#233;cole des &#233;l&#232;ves de milieux populaires&lt;/i&gt;, il indique que ce d&#233;fi &#171; appelle &#224; un d&#233;capage lucide et exigeant des &#233;l&#233;ments faisant obstacle &#224; la d&#233;mocratisation scolaire et &#224; l'&#233;mancipation des &#233;l&#232;ves. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Bernardin, Le rapport &#224; l'&#233;cole des &#233;l&#232;ves de milieux populaires, De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Nous ne pouvons que souscrire &#224; l'objectif de d&#233;mocratisation, par contre la nature des &#233;l&#233;ments qui lui font obstacle, et notamment la place consid&#233;rable que prennent les rapports aux savoirs de l'&#233;cole des milieux populaires source majeure des difficult&#233;s de leurs enfants, m&#233;ritent d'&#234;tre s&#233;rieusement interrog&#233;e. Nous ne nous attacherons ici qu'&#224; la question de l'apprentissage de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Bernardin reprend l'id&#233;e que &#171; les lecteurs fragiles sont des d&#233;chiffreurs excessifs &#187; manifestant une tendance forte, celle d' &#171; une attention quasi exclusive au code graphophonologique lors de la lecture, aux normes orthographiques lors de la production &#233;crite. Focalisation sur des op&#233;rations de &#171; bas niveau &#187; les aveuglant &#224; l'&#233;gard des op&#233;rations de &#171; haut niveau &#187; (mises en relation signifiantes, inf&#233;rences, gestion des id&#233;es, etc.) qui les justifient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Reconstruire le syst&#232;me de l'&#233;crit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans un autre ouvrage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Bernardin, Comment les enfants entrent dans la culture &#233;crite, Retz, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que sont expos&#233;s plus pr&#233;cis&#233;ment des moments significatifs de conduites de lecture, &#224; partir de l'enregistrement de s&#233;quences qui montrent pr&#233;cis&#233;ment comment les enfants sont amen&#233;s &#224; s'y prendre pour lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit par exemple de d&#233;couvrir d&#233;but octobre un texte s'intitulant &#171; Dinomir va &#224; la ville &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Dinomir est un g&#233;ant, mais il n'est pas m&#233;chant. Il est tr&#232;s grand, et sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . La reproduction des phases du travail avec les &#233;l&#232;ves est suivie d'une analyse de la s&#233;quence. Nous retiendrons ici quelques-uns des tr&#232;s nombreux points significatifs de l'id&#233;al constructiviste qui anime cette p&#233;dagogie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait majeur de cette d&#233;marche r&#233;side dans la reconstruction par les &#233;l&#232;ves du syst&#232;me &#233;crit, en s'appuyant sur l'&#233;laboration d'hypoth&#232;ses construites &#224; partir de diverses strat&#233;gies. L'identification globale des mots ne manque pas d'&#234;tre tr&#232;s pr&#233;sente : un fichier-mots qui rassemble des mots accompagn&#233;s d'illustrations destin&#233;es &#224; aider &#224; la m&#233;morisation, sert &#224; v&#233;rifier des hypoth&#232;ses de lecture. Par exemple, pensant pouvoir lire &#171; f&#234;te &#187; en ayant &#171; t&#234;te &#187; sous les yeux, on v&#233;rifie l'hypoth&#232;se en comparant ce dernier avec le mot &#171; f&#234;te &#187; du fichier-mots, pour conclure que ce n'est pas la m&#234;me premi&#232;re lettre et donc pas le bon mot. &#171; T&#234;te &#187; est alors retenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves peuvent se r&#233;f&#233;rer &#224; des textes d&#233;j&#224; connus pour deviner qu'apr&#232;s &#171; Il est tr&#232;s&#8230; &#187; il pourrait s'agir du mot &#171; grand &#187;, &#171; parce que dans un autre livre, on pouvait lire &#171; un grand fr&#232;re &#187; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question : Vous connaissez d'autres mots ? [du texte], une &#233;l&#232;ve r&#233;pond : &#171; Regarder &#187;&#8230; parce qu'on a d&#233;j&#224; vu la phrase : &#171; M&#233;lodie a regard&#233; la t&#233;l&#233; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves devinent &#224; partir d'indices graphiques partiels : &#171; chasse &#187; est lu &#224; la place de &#171; m&#233;chant &#187; &#224; cause de &#171; cha &#187;. Ils utilisent leur m&#233;moire lexicale de mots consign&#233;s dans le fichier ou dans le corpus de phrases affich&#233;es : ainsi &#171; maison &#187;, &#171; &#224; &#187;, &#171; va &#187;, &#171; il &#187;, peuvent &#234;tre reconnus. Ils comparent des mots : &#171; ville &#187; est reconnu car &#171; la fin, &#231;a commence comme &#171; fille &#187; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils font des hypoth&#232;ses s&#233;mantiques. &#171; Il regarde les voitures dans les rues. &#187; est la phrase qu'il faut lire. Le mot &#171; voitures &#187; est devin&#233; parce que dans une comptine on trouve &#171; Il passe une voiture &#187;. Quant au mot &#171; rues &#187;, il fait l'objet d'une hypoth&#232;se, celle du mot &#171; garages &#187;, car &#171; les voitures, c'est dans les garages ! &#187;. Mais il est &#233;galement lu parce que l'on a &#171; r &#187;-&#171; u &#187;... Pour s'assurer du mot juste, puisque le d&#233;codage correct du mot ne semble pas suffire, on posera la question de savoir si en ville il y a des rues ou des routes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en jeu du principe alphab&#233;tique n'est pas &#233;cart&#233;e. Pour pouvoir lire &#171; Dinomir &#187; on le compare &#224; &#171; dimanche &#187;. Au d&#233;but &#231;a fait pareillement &#171; di &#187;, mais dans &#171; dimanche &#187; on a un &#171; m &#187;, alors que dans &#171; Dinomir &#187; c'est un &#171; n &#187; avec deux ponts. (&#171; n &#187;-&#171; o &#187;&#8230; [no], &#171; m &#187;-&#171; i &#187; [mi], &#171; Dinomir &#187; !). La valeur de cl&#233; universelle de la syllabe &#171; di &#187; permettant progressivement de lire tous les mots qui la contiennent sans en apprendre aucun, n'est pas retenue : la cons&#233;quence en est que les &#233;l&#232;ves sont prisonniers de la connaissance d'un mot pour en lire un autre par comparaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conduites de lecture sont d&#233;clar&#233;es manifester une &#171; attitude active de recherche &#187; qui &#171; ouvre &#224; l'exploration &#233;conome et f&#233;conde des &#233;crits &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a quelque peine &#224; &#234;tre convaincu du caract&#232;re &#233;conome et f&#233;cond de cette exploration, quand &#224; la fin du CP des &#233;l&#232;ves caract&#233;risent ainsi ce qu'ils font pour lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Faut couper les mots, il faut lire la phrase. [Fait attention aux] : Points, virgules, points d'exclamation, points d'interrogation ; aux lettres, accents, dessins. &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je regarde les phrases&#8230;Je lis dans ma t&#234;te. On peut s'aider avec les dessins, des lettres (dans l'ordre), les mots. Je d&#233;coupe les mots, je regarde les autres mots. &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je me sers des mots. Je regarde les lettres, je v&#233;rifie parfois, sinon je fais des erreurs. Je lis jusqu'&#224; un point, apr&#232;s tout d'un coup. Je peux regarder les images. &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Si je connais les mots, je les lis. Si je bute sur les mots, je regarde les lettres, les dessins, une autre phrase. Je prends les deux lettres devant, je les mets ensemble. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche mise en &#339;uvre ici refuse de transmettre, de donner les cl&#233;s du code : les &#233;l&#232;ves doivent chercher la fa&#231;on dont il s'organise, retrouver sa construction par comparaisons, rapprochements, recoupements, hypoth&#232;ses s&#233;mantiques, recherches de coh&#233;rences li&#233;es aux pratiques habituelles de la vie courante. Plut&#244;t que d'apprendre &#224; d&#233;coder &#171; grand &#187;, &#171; m&#233;chant &#187; ou &#171; rue &#187; on va essayer de deviner de quels mots il pourrait s'agir, en supputant les constructions que l'on imagine possibles. Le propos est clair : &#171; l'enfant doit reconstruire le principe alphab&#233;tique qui fonde l'&#233;crit, sans entrer d'abord ni essentiellement par la combinatoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les enfants puissent &#234;tre amen&#233;s &#224; s'imaginer que les trois lettres &#171; cha &#187; sont susceptibles de devenir le s&#233;same de la lecture de &#171; m&#233;chant &#187; en passant par &#171; chasse &#187; est pour le moins curieux. Chercher o&#249; peuvent se trouver les voitures pour essayer de deviner le mot concern&#233; l'est tout autant : c'est le texte qui d&#233;cide de ses propres mots, pas l'organisation de la vie quotidienne ou un mode de pens&#233;e courant, habituel. Comment acc&#233;der par un tel biais &#224; l'imaginaire contenu dans le meilleur de la litt&#233;rature de jeunesse si pris&#233; des enfants, ou aux textes &#224; vis&#233;e scientifique ? Identifier des mots d'un nouveau texte parce qu'on les a d&#233;j&#224; rencontr&#233;s dans un livre ou une comptine ouvre la voie &#224; des b&#233;vues o&#249; &#171; regarder &#187; devient &#171; regard&#233; &#187;, et restreint consid&#233;rablement la libert&#233; de tout lire en rendant prisonnier des mots, en nombre forc&#233;ment tr&#232;s limit&#233;, que l'on peut reconnaitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les activit&#233;s m&#233;talinguistiques (comparaison de mots, &#233;tude de leur morphologie, de leur histoire&#8230;) pr&#233;sentent un int&#233;r&#234;t majeur. On peut bien s&#251;r s'arr&#234;ter sur le fait que &#171; Dinomir &#187; et &#171; dimanche &#187; commencent de la m&#234;me fa&#231;on. On peut s'interroger sur l'accent circonflexe de &#171; f&#234;te &#187;, &#171; b&#226;ton &#187;, &#171; h&#244;pital &#187; d&#251; &#224; la disparition du &#171; s &#187; qui demeure dans &#171; festif &#187;, &#171; bastonner &#187;, &#171; hospitaliser &#187;. On peut s'arr&#234;ter sur ce qu'ont en commun &#224; l'&#233;crit &#171; fille &#187; et &#171; ville &#187; qui se prononcent diff&#233;remment. On peut aussi &#233;prouver les effets s&#233;mantiques que peuvent induire des hypoth&#232;ses de mots diff&#233;rents de ceux de l'&#233;crit examin&#233;. Mais ce travail ne d&#233;veloppe sa pertinence que lorsque l'on poss&#232;de les cl&#233;s de l'identification parfaitement assur&#233;e de tous les mots sur lesquels on r&#233;fl&#233;chit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait de la morphologie, de la lexicographie, de la stylistique et de la recherche de sens d'un texte quand on sait lire ; il faut savoir les lire pour s'interroger valablement sur les constructions conventionnelles de l'&#233;crit d&#233;pos&#233;es par l'histoire. Elles ont &#224; faire l'objet d'un apprentissage, pas de recherches de reconstructions/r&#233;inventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ La question du signe linguistique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lire ou d&#233;chiffrer ? &#187; demande Jacques Bernardin. Il faudrait donc choisir, au nom semble- t-il d'un &#233;cart entre l'intelligence du texte et le d&#233;chiffrage. Et il ajoute : &#171; Lib&#233;r&#233; de la mat&#233;rialit&#233; des mots, le lecteur peut plus facilement g&#233;rer les processus de compr&#233;hension (&#8230;). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se lib&#233;rer de la mat&#233;rialit&#233; des mots pour mieux comprendre ? Mais comprendre quoi ? On est bien l&#224; dans cette tension r&#233;currente vers un sens fantasm&#233; qui croit pouvoir se lib&#233;rer de la confrontation directe &#224; la mat&#233;rialit&#233; de l'&#233;crit, comme si cette confrontation pouvait &#234;tre source d'ali&#233;nation du sens. L'apprentissage des conventions forg&#233;es par l'histoire et fix&#233;es aujourd'hui dans cette mat&#233;rialit&#233;, porterait atteinte &#224; la recherche de compr&#233;hension intelligente du lecteur ? Passant par la reconstruction du syst&#232;me de la langue, la qu&#234;te de sens devrait transiter par des strat&#233;gies autres que celle du d&#233;chiffrage, pr&#233;sent&#233;es pompeusement comme &#171; des strat&#233;gies de conceptualisation de l'&#233;crit &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette id&#233;e d'une s&#233;paration possible entre lire et d&#233;chiffrer pose la question de la nature du signe linguistique car in fine cette id&#233;e en vient &#224; contredire la d&#233;finition que Saussure donne du signe, une d&#233;finition sur laquelle il n'est plus possible de revenir aujourd'hui. Nous l'avons repris plus haut, l'union du signifiant et du signifi&#233; qui d&#233;finit le signe linguistique est un acquis universellement reconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Jacques Bernardin &#233;crit : &#171; Entre les premiers signes sum&#233;riens et le ph&#233;nicien, il aura fallu environ vingt-deux si&#232;cles pour que soit mis au point le principe alphab&#233;tique, d&#233;collant de fa&#231;on radicale signifiant et signifi&#233;. &#187; Cette affirmation n'est pas tenable, car comme aucune parole, aucune &#233;criture ne d&#233;colle le signifiant et le signifi&#233;. Les signifiants invent&#233;s (les non-mots), ne sont, pr&#233;cis&#233;ment, pas des mots de la langue. Quant aux inventions de mots li&#233;es &#224; de nouvelles d&#233;couvertes, la d&#233;finition du nouveau signifi&#233; fait corps avec le nouveau signifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin nous pouvons lire la confirmation de cette fa&#231;on d'appr&#233;hender le signe linguistique : &#171; Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que cette rupture entre signifiant et signifi&#233; (qui s'est &#233;tal&#233;e sur des si&#232;cles) s'av&#232;re &#234;tre un probl&#232;me conceptuellement redoutable pour l'apprenti lecteur. (&#8230;) Il faut &#171; arracher &#187; le signifiant au signifi&#233; pour acc&#233;der &#224; l'arbitraire du signe, au principe de repr&#233;sentation graphique : telle est la premi&#232;re difficult&#233;, d'ordre instrumental. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'union du signifiant et du signifi&#233; est ind&#233;collable, on ne peut pas rompre cette union ; arracher le signifiant au signifi&#233; n'a pas de sens. Tout mot, parl&#233; ou &#233;crit est une entit&#233; &#224; deux faces, la face sonore ou scripturale et la face conceptuelle, l'id&#233;e. C'est l'ensemble du signe, avec ses deux faces qui nous permet, quand nous l'employons de faire r&#233;f&#233;rence au monde extra-linguistique. Le signe est ind&#233;pendant du r&#233;f&#233;rent hors de la langue, les mots ne sont ni les choses, ni des &#233;tiquettes sur les choses, ils forment un syst&#232;me autonome en se d&#233;finissant les uns par rapport aux autres. Envisager un d&#233;collement du signifiant et du signifi&#233;, c'est tout bonnement confondre le signifi&#233; et le r&#233;f&#233;rent. Si je dis &#171; ce livre est bleu &#187;, &#171; bleu &#187; n'est pas la couleur du livre, mais le mot qui parle, pense sa couleur. Au 17e si&#232;cle, Spinoza &#233;crivait que le concept de chien n'aboie pas et que celui de cercle n'est pas circulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout le signe qui est arbitraire au sens o&#249; il est purement conventionnel, ainsi que le lien entre le signifiant et le signifi&#233;, injustifiable par une quelconque n&#233;cessit&#233; &#171; naturelle &#187;, ce dont t&#233;moigne la diversit&#233; des langues. Vouloir arracher le signifiant au signifi&#233; pour acc&#233;der &#224; l'arbitraire du signe est une entreprise vaine, &#224; laquelle il importe grandement de renoncer devant les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison de la r&#233;alit&#233; linguistique du signe, le d&#233;chiffrage qui n'a pas d'autre fonction que d'acc&#233;der au signifi&#233; intrins&#232;quement li&#233; au signifiant est l'incontournable absolu de l'acc&#232;s au sens. Reprendre ces quelques consid&#233;rations a des implications p&#233;dagogiques essentielles qu'il est n&#233;cessaire de d&#233;rouler de fa&#231;on rigoureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S'approprier la mat&#233;rialit&#233; de l'&#233;crit pour le comprendre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves savent ce qu'ils font quand ils apprennent les combinaisons syllabiques des graph&#232;mes, on le leur a appris. Ils savent que ces combinaisons n'ont pas de sens en elles-m&#234;mes mais qu'ils en ont besoin pour lire les mots qui les contiennent, sans avoir &#224; deviner quoi que &#231;a soit. De la sorte, quand ils entrent dans la lecture des mots et des textes de la le&#231;on, ils savent, l&#224; aussi parce que cela leur a &#233;t&#233; enseign&#233; explicitement, que la pr&#233;cision de leur lecture est n&#233;cessaire &#224; leur acc&#232;s au sens, mais aussi qu'elle rel&#232;ve de l'&#233;thique intellectuelle pour laquelle il n'est pas pensable de &#171; jouer &#187; avec des mots simplement possibles, probables ou pr&#233;dictibles. Chercher &#224; comprendre un texte, l'interpr&#233;ter, n'est pas en bousculer la lettre ; le travail de compr&#233;hension et d'interpr&#233;tation qui se fait en classe ne peut pas s'abstraire de cette r&#232;gle primaire qui en est la condition. La formation intellectuelle des &#233;l&#232;ves repose sur ces principes, et ne peut pas s'accommoder de la qu&#234;te de &#171; trouvailles &#187; d'identification des mots, sous pr&#233;texte de rendre ces m&#234;mes &#233;l&#232;ves actifs, chercheurs, constructeurs de leurs savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Les cl&#233;s du 100% d&#233;chiffrable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des Controverses de Descartes de novembre 2014, Roland Goigoux a &#233;t&#233; applaudi lorsqu'il a prononc&#233; cette phrase dans son expos&#233; : &#171; la syllabique n'a pas le monopole de la syllabe &#187;. Dans la mesure o&#249; l'enqu&#234;te d'Eliane Fijalkow indique que la ma&#238;trise des lettres et des sons est reconnue comme importante par les ma&#238;tres, on peut &#234;tre tent&#233; de donner raison &#224; Roland Goigoux. Or tous les traitements de la syllabe ne se valent pas ; celui de la syllabique &#224; des sp&#233;cificit&#233;s qui la distinguent clairement des autres : l&#224; se situe un des enjeux majeurs du d&#233;bat avec les ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enseigner efficacement la lecture d&#233;veloppe clairement les raisons essentielles de ces sp&#233;cificit&#233;s. Nous voudrions ici en pr&#233;ciser une plus particuli&#232;rement. Au nom du principe selon lequel les enfants doivent construire leurs apprentissages, la m&#233;thode mixte se refuse &#224; donner explicitement et progressivement toutes les cl&#233;s du code, ce qui contredit l'acc&#232;s &#224; la ma&#238;trise de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le code de l'&#233;crit tel qu'il existe aujourd'hui est le r&#233;sultat d'une longue histoire dont on peut suivre ce qui en a produit les transformations. Il comporte des r&#232;gles destin&#233;es &#224; rendre possible son usage commun, mais n'a en lui-m&#234;me aucune rationalit&#233; propre, intrins&#232;que, comme c'est le cas pour un th&#233;or&#232;me de math&#233;matiques ins&#233;parable de sa d&#233;monstration. Comme les mots parl&#233;s, il repose sur l'arbitraire au sens saussurien : les signes de l'&#233;criture sont des produits de la convention, tout enti&#232;re historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un petit ouvrage passionnant Marina Yaguello nous invite &#224; suivre l'histoire des lettres de l'alphabet faite de bricolages, de rapi&#233;&#231;ages au coup par coup, au gr&#233; d'erreurs ou de d&#233;cisions de clercs, de copistes ou d'imprimeurs. &#171; La norme que nous connaissons depuis cent cinquante ans a mis environ dix si&#232;cles &#224; se constituer par ajustements successifs sous l'action des copistes, des &#233;crivains, de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, mais aussi et surtout des imprimeurs. &#187; (&#8230;) &#171; Ainsi dans le mot pied, qui s'&#233;crivait pie au Moyen Age, le D muet a &#233;t&#233; rajout&#233; par un scribe soucieux de distinguer le pied de la pie, l'accent aigu n'existant pas &#224; l'&#233;poque (il ne sera introduit qu'au seizi&#232;me si&#232;cle). Pourquoi avoir mis justement un D pour jouer le r&#244;le de l'accent ? C'est que ce D r&#233;tablit le lien &#233;tymologique avec p&#233;destre, form&#233; directement sur le latin. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marina Yaguello, Histoire de lettres. Des sons et des lettres, Seuil, 1990.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Nourri de culture latine comme les autres ce scribe a cherch&#233; &#224; rapprocher par l'&#233;criture le fran&#231;ais et le latin qui se s&#233;paraient de plus en plus dans l'usage parl&#233;. Bien que ce scribe ait fait un choix, celui de s'appuyer sur le latin, il n'en reste pas moins que l'&#233;criture du mot demeure conventionnelle. De simples inattentions, des erreurs sont aussi &#224; l'origine de nombreux changements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cl&#233;s du code &#233;crit comme celles de tout code doivent &#234;tre connues pour qu'il soit possible de comprendre le message qu'elles recouvrent. Dans le cadre d'une p&#233;dagogie explicite de la lecture on ne demande pas aux &#233;l&#232;ves de retrouver par eux-m&#234;mes les cl&#233;s du code de l'&#233;crit, on les introduit progressivement dans la connaissance et la ma&#238;trise de ces cl&#233;s. Cette p&#233;dagogie a pour ambition d'offrir aux &#233;l&#232;ves la possibilit&#233; de s'approprier ce qu'il convient d'appeler les techniques intellectuelles n&#233;cessaires pour parvenir &#224; comprendre ce qu'ils lisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons &#224; Bernard Lahire de situer judicieusement les enjeux de cette p&#233;dagogie : &#171; Les discours qui condamnent l'aust&#233;rit&#233; des r&#232;gles, la s&#233;cheresse des techniques, l'aridit&#233; des proc&#233;d&#233;s m&#233;caniques, la rigidit&#233; des principes et des consignes clairement &#233;nonc&#233;s et enseign&#233;s&#8230; ont des pr&#233;suppos&#233;s et des cons&#233;quences &#233;litistes. Car, au programme d'aust&#233;rit&#233;, on substitue la libert&#233; de l'&#233;l&#232;ve, qui est, pour une grande partie d'entre eux, la libert&#233; de perdre pied et de couler. (&#8230;) Il y a des fondements sociaux &#233;litistes et naturalistes &#224; ces critiques de l'enseignement explicite de techniques intellectuelles et de leur maniement r&#233;gulier. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Lahire, &#034;Savoirs et techniques intellectuelles &#224; l'&#233;cole primaire&#034; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ces quelques lignes contiennent ce qu'abhorrent les p&#233;dagogues qui font du rejet de ce qu'ils nomment du &#171; dressage &#187; l'enjeu de l'&#233;mancipation des enfants des classes populaires ; il n'en reste pas moins qu'elles int&#233;ressent un des aspects essentiels de l'apprentissage de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technique du d&#233;chiffrage ma&#238;tris&#233;e est un formidable propulseur intellectuel et culturel qui satisfait au but de l'apprentissage de la lecture : s'emparer de l'&#233;crit pour imaginer, chercher, d&#233;couvrir, r&#233;fl&#233;chir, s'interroger, connaitre, comprendre&#8230;Demander aux enfants de trouver par eux-m&#234;mes les voies de l'identification des mots c'est les condamner &#224; b&#233;gayer devant l'&#233;crit, dans la confusion et l'incompr&#233;hension. A combien de &#171; b&#233;gaiements &#187; correspondent tr&#232;s t&#244;t les &#233;checs en math&#233;matiques, histoire, g&#233;ographie, sciences exp&#233;rimentales et technologies&#8230; ? Les cons&#233;quences &#233;litistes de cette situation peuvent d'ailleurs s'appr&#233;hender dans les quelques 80.000 &#224; 100.000 exemplaires du vieux manuel Boscher achet&#233;s chaque ann&#233;e par les parents qui ont la possibilit&#233; de prendre en charge les difficult&#233;s constat&#233;es chez leurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Goigoux et Sylvie C&#232;be font remarquer que &#171; les proportions de mots totalement d&#233;chiffrables varient d'un manuel &#224; l'autre (de 20 &#224; 80%) et dans un m&#234;me manuel, d'un texte &#224; l'autre &#187; et m&#234;me que des enseignants &#171; choisissent (&#8230;) de dissocier totalement l'&#233;tude du code de la d&#233;couverte de texte. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Goigoux et Sylvie C&#232;be, Apprendre &#224; lire &#224; l'&#233;cole. Tout ce qu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette situation ne semble pas inqui&#233;ter outre mesure les auteurs de l'ouvrage qui, parlant des ma&#238;tres, &#233;crivent : &#171; Ils savent aussi qu'en voulant &#233;viter l'inanit&#233; des r&#233;cits &#171; 100% &#187; d&#233;chiffrables, on arrive parfois &#224; des textes que les &#233;l&#232;ves sont incapables de d&#233;chiffrer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'&#233;tait point&#233;e de la sorte &#171; l'inanit&#233; des r&#233;cits &#171; 100% &#187; d&#233;chiffrables &#187;, le manuel &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; qui fait la d&#233;monstration de la possibilit&#233; de conjuguer ambition culturelle et 100% d&#233;chiffrable n'&#233;tait pas encore publi&#233;. Sa publication introduit un d&#233;menti s&#233;v&#232;re &#224; l'id&#233;e que l'apprentissage global de mots serait n&#233;cessaire pour fournir aux &#233;l&#232;ves des textes qui ne soient pas dans le registre du simplisme, de la niaiserie. Chacun jugera de la qualit&#233; des textes de ce manuel, mais il serait pour le moins d&#233;licat de parler de l'inanit&#233; de ses r&#233;cits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que 100% d&#233;chiffrable, chacune des 52 le&#231;ons de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; introduit un vocabulaire riche que les enfants de CP sont peu susceptibles de conna&#238;tre, mais dont ils peuvent demander la signification, capables qu'ils sont de les d&#233;chiffrer. Cette ambition leur offre la possibilit&#233; d'&#233;largir consid&#233;rablement leur lexique et de lire tr&#232;s t&#244;t des textes qui sont loin de l'inanit&#233; d&#233;nonc&#233;e plus haut. Avant la fin du CP ils peuvent m&#234;me commencer &#224; lire des po&#232;tes tels que Desnos, Pr&#233;vert, Rodari, Hugo, Cummings, Rimbaud, Neruda&#8230;100% d&#233;chiffrables &#224; chacune de leurs apparitions dans les le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de la syllabique n'est pas de tout investir sur une seule dimension, le code, comme on a pu le lui reprocher. &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; fait la d&#233;monstration qu'il est possible de ne travailler qu'avec des textes totalement d&#233;codables, sans pour autant r&#233;duire ni leur complexit&#233; ni la place de la p&#233;dagogie de la compr&#233;hension qui en accompagne la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 100% d&#233;chiffrable, condition de l'acc&#232;s au sens de textes ambitieux, sp&#233;cifie la d&#233;marche de la syllabique dont il est possible de dire qu'elle n'a pas de concurrents &#224; ce niveau de traitement de la syllabe. Nous touchons l&#224; un point sensible et d&#233;cisif du d&#233;bat sur les m&#233;thodes d'enseignement de la lecture. Persuad&#233;s de traiter les syllabes comme il convient, beaucoup de ma&#238;tres continuent encore &#224; &#233;prouver des difficult&#233;s &#224; reconna&#238;tre le r&#244;le incontournable de la syst&#233;maticit&#233; dans leur &#233;tude progressive, d&#233;pouill&#233;e de toutes les pistes qui s'en &#233;loignent et/ou la contredisent. Les r&#233;actions positives &#224; l'id&#233;e que la syllabique n'a pas le monopole de la syllabe sont le signe de ces difficult&#233;s et l'indice de la nature du d&#233;bat que nous pouvons continuer &#224; avoir avec les ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Orthographe et &#233;criture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le notions plus haut, d'apr&#232;s Jacques Bernardin les &#233;l&#232;ves les plus fragiles sont prisonniers des op&#233;rations de &#171; bas niveau &#187; telles que le code et les normes orthographiques. Cette opposition entre un &#171; bas &#187; et un &#171; haut &#187; niveau n'a pas de sens : la transmission des cl&#233;s du code est n&#233;cessaire pour que les &#233;l&#232;ves puissent entrer dans l'intelligence des textes, ind&#233;pendamment d'un quelconque niveau &#224; la hauteur modulable. Quant aux normes orthographiques elles se travaillent dans une m&#234;me le&#231;on d'apprentissage, afin de les m&#233;moriser et commencer &#224; se familiariser avec les diff&#233;rences de sens dont elles sont porteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque le&#231;on du manuel &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; propose une dict&#233;e, et le livre du ma&#238;tre que l'on trouve sur le site &lt;a href=&#034;http://www.leslettresbleues.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.leslettresbleues.fr&lt;/a&gt;, donne des indications pr&#233;cises concernant ce travail de la dict&#233;e. La dict&#233;e ne peut pas avoir pour fonction de d&#233;tecter des fautes destin&#233;es &#224; produire une note. C'est pourquoi nous recommandons un travail de copie v&#233;rifi&#233;e par les &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes, un travail de dict&#233;e de mots, puis de la phrase qui peut &#234;tre r&#233;it&#233;r&#233; puis r&#233;vis&#233;. Ce qui compte c'est que tous les &#233;l&#232;ves finissent par s'approprier l'orthographe des mots, parviennent &#224; un sans-faute, et l'exp&#233;rience montre que c'est possible. Nous reproduisons sur le site ce qu'ont r&#233;alis&#233; les &#233;l&#232;ves d'une classe avec une dict&#233;e difficile de fin de CP. Ce qu'ils font n'a rien &#224; voir avec les &#233;critures phon&#233;tiques dont on pense beaucoup trop souvent qu'elles sont normales &#224; ce niveau de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette d&#233;marche nous ne lib&#233;rons pas les &#233;l&#232;ves de la mat&#233;rialit&#233; de l'&#233;crit, au contraire nous l'inscrivons dans ce qu'il faut ma&#238;triser pour comprendre l'&#233;crit. Le &lt;i&gt;Cahier d'exercices&lt;/i&gt; du manuel &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; travaille cette dimension. Il demande aux &#233;l&#232;ves de copier des lettres, des syllabes, des mots, des phrases pour chaque le&#231;on, et il leur demande &#233;galement de les compter, ainsi que les espaces entre les mots, les signes de ponctuation. Le regard attentif que ces activit&#233;s requi&#232;rent permet de bien prendre conscience des c&#233;sures entre les mots, et de tenir compte de la ponctuation qui prend place dans la construction du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &lt;i&gt;Cahier d'exercices&lt;/i&gt; propose &#233;galement aux &#233;l&#232;ves d'&#233;crire des phrases au d&#233;but puis de courts textes, en veillant l&#224; aussi &#224; l'orthographe. On peut m&#234;me leur demander d'imaginer leur &#233;crit en s'appuyant sur des mots de la le&#231;on du jour et des le&#231;ons pr&#233;c&#233;dentes. Conjuguer la lecture et l'&#233;criture est particuli&#232;rement f&#233;cond : les deux activit&#233;s se renforcent mutuellement pour offrir aux &#233;l&#232;ves les moyens de la compr&#233;hension. Le rapport de l'Inspection g&#233;n&#233;rale de 2005 et celui de 2006 d&#233;non&#231;aient des carences importantes dans le travail de l'&#233;criture. L'&#233;criture &#233;tant comme la lecture au fondement m&#234;me de la culture scolaire, il n'est pas pensable de laisser cette activit&#233; en d&#233;sh&#233;rence. Le &lt;i&gt;Cahier&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; entend s'inscrire dans cette dimension des apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessin trouve sa place dans ce &lt;i&gt;Cahier&lt;/i&gt;, mais jamais dans le cadre d'exercices d'&#233;valuation de l'apprentissage de la lecture, de la compr&#233;hension, comme c'est toujours le cas dans les manuels et cahiers d'exercices de la m&#233;thode mixte. Avec la syllabique l'image n'a aucune place dans le processus d'apprentissage, car la lettre et le dessin renvoient &#224; des symbolismes radicalement diff&#233;rents &#224; propos desquels il est important d'&#234;tre clair avec les &#233;l&#232;ves. Le &lt;i&gt;Cahier&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; demande aux &#233;l&#232;ves de dessiner, d'illustrer ce qu'ils ont &#233;crit, mais cela ne s'appuie sur aucun objectif de v&#233;rification du sens de mots ou de textes. Le but est de leur permettre d'exercer leur imagination par d'autres voies que celles de l'&#233;criture et de les comparer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;***&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'effet-ma&#238;tre a du poids : les divers emprunts &#224; diff&#233;rents manuels et/ou cahiers d'exercices, d&#233;cid&#233;s par les ma&#238;tres, sont nombreux. C'est pourquoi les pratiques d'enseignement de la lecture peuvent sembler ne pas se r&#233;duire au choix clair d'une m&#233;thode bien identifi&#233;e. Est-ce &#224; dire pour autant que l'effet-maitre est plus fort que l'effet-m&#233;thode ? Je ne le pense pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le ma&#238;tre qui choisit le manuel ou les supports qu'il entend utiliser, par rapport auxquels il peut prendre des libert&#233;s. Le choix de la m&#233;thode syllabique l'oblige &#224; utiliser un manuel, car s'il ne le fait pas il doit alors &#233;crire lui-m&#234;me toute la progression de l'ann&#233;e tant au niveau des graph&#232;mes que des mots et des textes qui ne peuvent jamais, dans chaque le&#231;on, contenir un graph&#232;me non encore &#233;tudi&#233;, ce qui n'est pas une mince affaire : avec un manuel de la syllabique on ne peut pas &#171; picorer &#187; dans les le&#231;ons, en sauter ou en intervertir. Choisir ce manuel c'est faire le choix de l'apprentissage rigoureusement conduit du d&#233;chiffrage et cela rend obsol&#232;te toute forme de mise en &#339;uvre de l'id&#233;al constructiviste. A moins de changer d'avis en cours de route, ce qui arrive, l'enqu&#234;te de J&#233;r&#244;me Deauvieau le montre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on choisit un manuel de la mixte on peut plus facilement s'en &#233;carter au profit d'autres supports car le choix des modalit&#233;s de la mise en activit&#233; de recherche des &#233;l&#232;ves pour tenter d'identifier les mots est assez vaste. Sans aller jusqu'&#224; s'appuyer sur la syst&#233;maticit&#233; incontournable de la syllabique, on peut augmenter la part de travail sur le code, et obtenir de meilleurs r&#233;sultats. Mais sans la reconnaissance et la mise en &#339;uvre inflexible de la validit&#233; de ce crit&#232;re de la syst&#233;maticit&#233;, on ne pratique pas la syllabique. Autrement dit l'effet-ma&#238;tre est bien r&#233;el puisque c'est le ma&#238;tre qui choisit et met en &#339;uvre, mais c'est l'effet-m&#233;thode qui se lit dans la pratique de l'enseignant, quelles que soient les modalit&#233;s d'apprentissage qu'il adopte. C'est donc sur lui, l'effet-m&#233;thode, que doit se concentrer le d&#233;bat comme nous y invite l'enqu&#234;te de J&#233;r&#244;me Deauvieau, reprise dans &lt;i&gt;Enseigner efficacement la lecture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note &#233;valuation 04-10, MEN&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note &#233;valuation 08-38, MEN.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf sur ce site du GRDS le dossier : &lt;i&gt;Pol&#233;mique et honn&#234;tet&#233; intellectuelle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Deauvieau, Janine Reichstadt, Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Enseigner efficacement la lecture. Une enqu&#234;te et ses implications&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marc Daguzon, Roland Goigoux, &#034;L'influence de la prescription adress&#233;e aux professeurs des &#233;coles en formation initiale : la construction d'un id&#233;al p&#233;dagogique&#034;, &lt;i&gt;Actualit&#233; de la Recherche en Education et en Formation&lt;/i&gt;, Strasbourg, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Association Fran&#231;aise pour la Lecture, (AFL) Centre d'Entra&#238;nement aux M&#233;thodes d'Education Active (CEMEA), Centre de Recherche et d'Actions P&#233;dagogiques (CRAP), F&#233;d&#233;ration des &#338;uvres Educatives et de Vacances de l'Education Nationale (FOEVEN), F&#233;d&#233;ration Nationale des Francas (FRANCAS), Groupe Fran&#231;ais d'Education Nouvelle (GFEN), Institut Coop&#233;ratif de l'Ecole Moderne (ICEM), Office Central de Coop&#233;ration &#224; l'Ecole (OCCE), Apprendre &#224; lire du cycle 1 au Cycle 3, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sandrine Garcia, &lt;i&gt;&#192; l'&#233;cole des dyslexiques. Naturaliser ou combattre l'&#233;chec scolaire&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;AFL (Association fran&#231;aise pour la lecture), GFEN (Groupe fran&#231;ais d'&#233;ducation nouvelle), ICEM (Institut coop&#233;ratif de l'&#233;cole moderne, P&#233;dagogie Freinet), Janvier 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://education.devenir.free.fr/Lecture.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://education.devenir.free.fr/Lecture.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;liane Fijalkow, &lt;i&gt;L'enseignement de la lecture-&#233;criture au cours pr&#233;paratoire. Entre tradition et innovation&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Bernardin, &lt;i&gt;Le rapport &#224; l'&#233;cole des &#233;l&#232;ves de milieux populaires&lt;/i&gt;, De Boeck &#201;ducation, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Bernardin, &lt;i&gt;Comment les enfants entrent dans la culture &#233;crite&lt;/i&gt;, Retz, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Dinomir est un g&#233;ant, mais il n'est pas m&#233;chant. Il est tr&#232;s grand, et sa t&#234;te est toute petite. Dinomir visite la ville. Il regarde la rivi&#232;re et les maisons. Il regarde les voitures dans les rues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marina Yaguello, &lt;i&gt;Histoire de lettres. Des sons et des lettres&lt;/i&gt;, Seuil, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Lahire, &#034;Savoirs et techniques intellectuelles &#224; l'&#233;cole primaire&#034; in J&#233;r&#244;me Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;Les sociologues, l'&#233;cole et la transmission des savoirs&lt;/i&gt;, La Dispute, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Goigoux et Sylvie C&#232;be, &lt;i&gt;Apprendre &#224; lire &#224; l'&#233;cole. Tout ce qu'il faut savoir pour accompagner l'enfant&lt;/i&gt;, Retz, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Enseigner la lecture : une question de m&#233;thode ou &#224; chacun sa pratique ?</title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article108</link>
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		<dc:date>2014-02-05T09:15:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Janine Reichstadt &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Monde du 20/12/2013 a publi&#233; une tribune offensive et percutante de Stanislas Dehaene qui d&#233;nonce l'inertie de l'&#233;ducation nationale devant l'in&#233;galit&#233; profonde des acquis des &#233;l&#232;ves en lecture. Et pour d&#233;velopper son argumentation il s'appuie sur l'enqu&#234;te de J&#233;r&#244;me Deauvieau dont on peut lire le rapport sur ce site du GRDS, ainsi que sur les r&#233;sultats des recherches qu'il m&#232;ne sur l'imagerie c&#233;r&#233;brale. Ces recherches lui permettent d'affirmer que &#171; tous les enfants (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L116xH150/arton108-cffba.png?1790576477' class='spip_logo spip_logo_right' width='116' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Janine Reichstadt&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 20/12/2013 a publi&#233; une tribune offensive et percutante de Stanislas Dehaene qui d&#233;nonce l'inertie de l'&#233;ducation nationale devant l'in&#233;galit&#233; profonde des acquis des &#233;l&#232;ves en lecture. Et pour d&#233;velopper son argumentation il s'appuie sur l'enqu&#234;te de J&#233;r&#244;me Deauvieau dont on peut lire &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article174&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le rapport&lt;/a&gt; sur ce site du GRDS, ainsi que sur les r&#233;sultats des recherches qu'il m&#232;ne sur l'imagerie c&#233;r&#233;brale. Ces recherches lui permettent d'affirmer que &#171; tous les enfants apprennent &#224; lire avec le m&#234;me r&#233;seau d'aires c&#233;r&#233;brales, qui met en liaison l'analyse visuelle de la cha&#238;ne de lettres avec le code phonologique &#187; et donc &#171; qu'entra&#238;ner le d&#233;codage graph&#232;me-phon&#232;me est la mani&#232;re la plus rapide de d&#233;velopper ce r&#233;seau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; la tribune de Stanislas Dehaene, et pour fustiger l'enqu&#234;te de J&#233;r&#244;me Deauvieau qui montre que la m&#233;thode syllabique a une efficacit&#233; nettement sup&#233;rieure &#224; la m&#233;thode mixte, Roland Goigoux consid&#232;re qu' &#171; opposer m&#233;thode syllabique et m&#233;thode globale est archa&#239;que &#187;. Faut-il relever le fait qu'il n'est pas question dans l'&#233;tude de m&#233;thode globale mais de m&#233;thode mixte ? Quoi qu'il en soit, l'essentiel porte sur le refus de consid&#233;rer que la notion de m&#233;thode puisse avoir quelque valeur heuristique en la mati&#232;re. La critique de ce refus n&#233;cessite quelques &#233;claircissements car les enjeux sont d'une importance toute particuli&#232;re (voir &lt;a href=&#034;http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; les &#233;changes Dehaene/Goigoux/Leli&#232;vre/Deauvieau).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rejet ou convocation de la notion de m&#233;thode ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les termes du rejet&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser d'envisager l'apprentissage de la lecture sous l'angle des m&#233;thodes n'est pas nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le glossaire de leur ouvrage &lt;i&gt;La lecture&lt;/i&gt; (Le Cavalier Bleu, 2010), &#224; &#171; M&#233;thodes de lecture &#187;, Jacques et Eliane Fijalkov &#233;crivent : &#171; il n'existe plus aujourd'hui &#224; proprement parler de m&#233;thodes de lecture, mais des mat&#233;riels diff&#233;rents pour enseigner la lecture. En effet, les r&#233;f&#233;rences classiques en la mati&#232;re (m&#233;thode analytique, synth&#233;tique&#8230;), de l'avis de tous les observateurs de la sc&#232;ne p&#233;dagogique, sont aujourd'hui d&#233;pass&#233;es. L'expression &#171; m&#233;thodes de lecture &#187;, devenue d&#233;su&#232;te, gagnerait &#224; &#234;tre remplac&#233;e par celle de &#171; mat&#233;riel p&#233;dagogique &#187;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2008 Fran&#231;ois Dubet d&#233;clarait : &#171; &#8230;la querelle sur les m&#233;thodes est une faute majeure. La recherche nous apprend que la qualit&#233; d'un ma&#238;tre, c'est le ma&#238;tre, quand il se sent &#224; l'aise dans sa m&#233;thode &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SNUIPP, (fen&#234;tres sur.cours), n&#176;319, octobre 2008.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il aurait donc quand m&#234;me une m&#233;thode !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ouvrage collectif coordonn&#233; par Roland Goigoux, &lt;i&gt;Enseigner la lecture au cycle 2&lt;/i&gt; (Nathan, 2002), nous pouvons lire ceci : &#171; Ce ne sont pas des &#171; m&#233;thodes &#187; qui sont &#224; l'&#339;uvre dans les classes mais des pratiques p&#233;dagogiques, influenc&#233;es par divers mod&#232;les didactiques et par de nombreux autres param&#232;tres : la valeur &#233;ducative des enseignants, leur capacit&#233; &#224; ajuster leur p&#233;dagogie aux comp&#233;tences effectives et aux rythmes d'apprentissage des &#233;l&#232;ves, leur d&#233;sir de permettre &#224; chacun d'apprendre, leur croyance que c'est possible, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de ces consid&#233;rations, un texte qui leur est post&#233;rieur jette le trouble puisque Roland Goigoux avance : &#171; Les m&#233;thodes int&#233;gratives se distinguent donc &#224; la fois des m&#233;thodes syllabique et mixte, qui se consacrent exclusivement au d&#233;chiffrage des mots (B+A=BA) et de la m&#233;thode globale qui retarde ou rend al&#233;atoire l'&#233;tude des relations entre lettres et sons. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Les m&#233;thodes int&#233;gratives : une alternative &#224; la syllabiqu&#034;, Le nouvel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Int&#233;gratives, syllabique, mixte, globale, les m&#233;thodes semblent ici reconnues dans leur existence et leurs effets&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans la critique de l'enqu&#234;te de J&#233;r&#244;me Deauvieau &#224; laquelle il se livre, s'il reconnait que les pratiques enseignantes peuvent avoir des caract&#233;ristiques communes plus ou moins efficaces, Roland Goigoux refuse de les observer en utilisant la variable &#171; m&#233;thode &#187; qu'il juge &#171; trop grossi&#232;re et mal d&#233;finie &#187;. Il entend substituer la pluralit&#233; des indicateurs des pratiques concr&#232;tes aux &#171; d&#233;clarations de principe &#187;. S'il ne s'agissait que de simples d&#233;clarations de principe on ne pourrait que le suivre. Mais s'agit-il de cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La m&#233;thode convoqu&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du grec methodos, de meta, la recherche, la poursuite et de odos, le chemin, la voie, le mot &#171; m&#233;thode &#187; indique l'id&#233;e d'un ensemble de fa&#231;ons de proc&#233;der, de d&#233;marches qui s'inscrivent dans une logique, une coh&#233;rence que l'on suit dans un domaine donn&#233; afin d'obtenir un r&#233;sultat d&#233;termin&#233;. Ces d&#233;marches ne sont donc pas hasardeuses, elles poursuivent une finalit&#233; identifi&#233;e, elles anticipent un r&#233;sultat, ce qui suppose une r&#233;flexion pr&#233;alable sur le contenu auquel elles s'appliquent. La m&#233;thode n'est donc pas ind&#233;pendante des objets sur lesquels elle porte et de la finalit&#233; qu'elle se donne : l'ordonnancement des diff&#233;rents moments par lesquels elle passe est intrins&#232;quement li&#233; &#224; la connaissance approfondie de ces objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce sujet Bernard Rey pr&#233;cise : &#171; Ce qui est trompeur, c'est que le terme de m&#233;thode est souvent utilis&#233; dans le sens de &#171; technique &#187; ou &#171; recette &#187;. Nous appellerons &#171; recette &#187; ou &#171; technique empirique &#187; un ensemble de d&#233;marches qui conduisent &#224; un but, mais que le sujet applique sans avoir compris pourquoi elles sont ad&#233;quates &#224; ce but. (&#8230;) Agir m&#233;thodiquement, c'est non seulement ob&#233;ir &#224; une r&#232;gle, mais &#234;tre capable d'en rendre raison, c'est-&#224;-dire de comprendre en quoi cette succession d'op&#233;rations, dans cet ordre, conduit n&#233;cessairement au but poursuivi. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les comp&#233;tences transversales en question, ESF, 1998.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas s'emparer de ces &#233;l&#233;ments de d&#233;finition dans le cadre de l'apprentissage de la lecture et de la formation des ma&#238;tres ? Cette formation n'a-t-elle pas pour fonction de permettre aux ma&#238;tres d'&#234;tre en capacit&#233; de &#171; rendre raison &#187; le mieux possible des dispositifs sur lesquels ils se fondent, de la construction de leurs pratiques d'enseignement ? Faute de prise en compte de cette dimension essentielle du m&#233;tier, on ne peut que demeurer prisonnier de &#171; recettes &#187;, de &#171; techniques empiriques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode appartient &#224; du commun, &#224; ce qui pr&#233;side &#224; la d&#233;finition du processus d'une activit&#233; dans ce qui la sp&#233;cifie et la rend transmissible. Elle diff&#232;re donc de ce qui s'exprime dans les particularit&#233;s, les diff&#233;rences, la diversit&#233; des pratiques et des personnes, sans pour autant nous inviter &#224; ignorer cette diversit&#233;, &#224; ne pas l'observer, ne pas en tenir compte. Mais l'observation de pratiques diff&#233;rentes construites &#224; partir de supports vari&#233;s, n'invalide en aucune fa&#231;on la possibilit&#233; de mettre au jour des lignes de force, des logiques pouvant &#234;tre pens&#233;es dans la cat&#233;gorie de m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ces lignes de force, ces logiques qu'appartient la fa&#231;on dont on se d&#233;termine par rapport au d&#233;chiffrage dans l'apprentissage de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le sens et l'enjeu du d&#233;chiffrage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une union d&#233;cisive&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture compr&#233;hensive repr&#233;sente la finalit&#233; de l'apprentissage de la lecture. Pour parvenir &#224; cette fin, la m&#233;thode doit donc s'interroger sur la nature m&#234;me du savoir-lire, objet de la m&#233;thode, afin d'&#233;laborer les d&#233;marches susceptibles de garantir la construction de ce savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune lecture ne s'&#233;mancipe du d&#233;chiffrage parfaitement n&#233;cessaire &#224; toute entr&#233;e dans le sens. Fait remarquable, c'est ce statut incontournable du d&#233;chiffrage qui est au c&#339;ur de la dispute et cristallise les oppositions sur l'apprentissage de la lecture. En quoi plus pr&#233;cis&#233;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus haut, nous avons d&#233;j&#224; pu lire que Roland Goigoux consid&#233;rait que les m&#233;thodes syllabique et mixte &#171; se consacrent exclusivement au d&#233;chiffrage des mots (B+A=BA) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me article il repoussait &#171; la m&#233;thode syllabique, symbole des &#034;bonnes vieilles valeurs&#034; &#187;, en raison de la conception d'un enseignement par &#233;tapes qu'elle repr&#233;sente selon lui. Apprendre &#171; &#224; identifier les mots &#233;crits avant d'&#234;tre mis face &#224; des probl&#232;mes de compr&#233;hension de textes, ma&#238;triser les m&#233;canismes de bases avant d'acc&#233;der &#224; la culture &#233;crite &#187;, d&#233;finirait selon lui la d&#233;marche des partisans de la syllabique. Et il poursuit : &#171; Ceux qui r&#233;clament aujourd'hui le retour des m&#233;thodes syllabiques (&#8230;) veulent r&#233;duire l'enseignement de la lecture au seul d&#233;chiffrage &#187;, en ajoutant, non sans perfidie : &#171; car ils savent que les familles de ces &#233;l&#232;ves [de milieux sociaux favoris&#233;s] peuvent transmettre elles-m&#234;mes toutes les autres connaissances. &#187; Autrement dit, par d&#233;finition, la syllabique abandonnerait ses autres publics &#224; l'indigence intellectuelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de concevoir la possibilit&#233; de r&#233;duire l'enseignement de la lecture au seul d&#233;chiffrage, d'en faire une &#233;tape, un avant, un enseignement exclusif du B+A=BA, rel&#232;ve d'une pure b&#233;vue linguistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;chiffrer correctement tous les graph&#232;mes du mot &#171; cheval &#187; donne spontan&#233;ment, imm&#233;diatement la signification du mot, sauf si &#224; l'oral on n'en connait pas le sens. Il n'est donc pas pensable de dire qu'il serait possible de proc&#233;der en deux temps et que l'enseignement de la lecture pourrait se r&#233;duire au seul d&#233;chiffrage. Il n'y a pas un premier temps, un &#171; avant &#187; comme le postule Roland Goigoux, o&#249; l'on apprendrait exclusivement &#224; d&#233;chiffrer, &#224; articuler les correspondances entre les graph&#232;mes de &#171; cheval &#187; et les phon&#232;mes qu'ils transcrivent, qui ne seraient que de simples bruits sans signification. L'instantan&#233;it&#233; de la saisie du rapport entre le son d&#233;cod&#233; et le sens, qui s'op&#232;re ici, est due &#224; l'union absolue, infrangible entre le signifiant et le signifi&#233; des mots, analys&#233;e par Ferdinand de Saussure il y a un si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour en savoir plus sur le signifiant, le signifi&#233; et leur union, on pourra (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la signification du mot d&#233;chiffr&#233; est connue, il n'y a pas un deuxi&#232;me temps sur lequel faire porter l'enseignement de sa signification. Lire, c'est dans un m&#234;me mouvement acc&#233;der au signifi&#233; par et dans le d&#233;chiffrage du signifiant : l'acc&#232;s au sens s'inscrit inexorablement dans le d&#233;chiffrage, &#224; condition, faut-il le souligner, que celui-ci soit parfaitement ma&#238;tris&#233;. S'il est &#226;nonn&#233;, mal ma&#238;tris&#233;, trop lent, le sens s'&#233;chappe. La ma&#238;trise du d&#233;chiffrage prend alors une place strat&#233;gique dans l'&#233;laboration de la m&#233;thode d'apprentissage guid&#233;e par sa finalit&#233; : la lecture compr&#233;hensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Lire, c'est comprendre &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, ne voit-on pas des &#233;l&#232;ves qui d&#233;chiffrent sans comprendre ? Ne devrions-nous pas en conclure, comme le font certains, que le travail de la syllabique sur le d&#233;chiffrage n'aboutit somme toute qu'&#224; produire chez les &#233;l&#232;ves des automatismes st&#233;riles, des m&#233;canismes qui tournent le dos &#224; la compr&#233;hension ? N'auraient-ils pas raison ceux qui r&#233;p&#232;tent &#224; l'envi que &#171; lire, c'est comprendre &#187; pour fustiger la syllabique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simplicit&#233; de la r&#233;ponse a de quoi &#233;tonner quant &#224; l'insistance de la question. En soi, d&#233;chiffrer parfaitement, de fa&#231;on courante, habile, rapide et pr&#233;cise ne garantit jamais la compr&#233;hension. Tout adulte en fait l'exp&#233;rience face &#224; des textes &#233;trangers &#224; ses champs de connaissances, de culture. Mais il n'en reste pas moins qu'il ne peut comprendre ce qu'il lit, ou prendre conscience de ses incompr&#233;hensions, que s'il d&#233;chiffre parfaitement ! C'est la m&#234;me chose au CP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les enfants apprennent &#224; lire ils savent bien que c'est de significations qu'il s'agit dans l'entreprise. Ils ont bien s&#251;r besoin de pouvoir d&#233;chiffrer des mots dont ils connaissent d&#233;j&#224; la signification, mais il est n&#233;cessaire aussi qu'ils puissent d&#233;chiffrer des mots inconnus. Que gr&#226;ce &#224; ce d&#233;chiffrage ils prennent conscience de leur m&#233;connaissance est de la plus haute importance, car elle leur permet d'interroger leur enseignant ou leur entourage : ce mouvement devient une ouverture fabuleuse &#224; bien des apprentissages. Ce sont pour eux des moments particuli&#232;rement forts d'enrichissement de leur lexique et de d&#233;veloppement de leurs capacit&#233;s de compr&#233;hension, s'il est bien vrai que c'est dans les mots que nous pensons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard il est remarquable que le manuel Syllabique-2 de l'enqu&#234;te de J&#233;r&#244;me Deauvieau, qui s'attache &#224; proposer un vocabulaire d&#233;passant les connaissances suppos&#233;es des &#233;l&#232;ves de cet &#226;ge, et des textes ambitieux s'&#233;mancipant du quotidien familier et trop souvent plat de nombreux manuels, s'av&#232;re &#234;tre le manuel o&#249; les &#233;l&#232;ves obtiennent les meilleures performances en compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que Roland Goigoux qui insiste beaucoup sur la compr&#233;hension se rassure sur ce terrain du lexique. Le sens d'une phrase n'est jamais une somme de mots d&#233;chiffr&#233;s dont il faudrait mettre les significations bout &#224; bout. Il est donc clair qu'un travail sur le sens est &#224; faire avec les &#233;l&#232;ves, un travail qui ne s'arr&#234;te pas au simple d&#233;chiffrage de chaque mot mais va bien au-del&#224;. Il n'en reste pas moins que l'acc&#232;s &#224; ce sens ne peut jamais faire l'&#233;conomie de ce d&#233;chiffrage pr&#233;cis de tous les mots, accompagn&#233;, pr&#233;cisons-le, de l'attention tout aussi pr&#233;cise &#224; la ponctuation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Syllabique versus mixte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Partir du graph&#232;me pour tout lire&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du moment o&#249; l'on a identifi&#233; le sens et l'enjeu du d&#233;chiffrage dans l'acte de lire, la mani&#232;re de l'enseigner d&#233;finissant une m&#233;thode devient vite d&#233;cisive, et une question centrale se pose : faut-il le faire de fa&#231;on pr&#233;coce et syst&#233;matique ou non ? Roland Goigoux semble r&#233;pondre positivement &#224; cette question, puisqu'il &#233;crit dans sa r&#233;ponse &#224; Stanislas Dehaene : &#171; Contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, dans la majorit&#233; des classes, les &#233;l&#232;ves b&#233;n&#233;ficient d'un enseignement pr&#233;coce et syst&#233;matique des correspondances entre les lettres et les sons : la m&#233;thode syllabique n'a pas le monopole de la lecture de syllabes. &#187; Or cela n'est pas exact. Dans la majorit&#233; des classes cet enseignement n'est ni pr&#233;coce ni syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout &#224; fait juste par contre de dire que la syllabique n'a pas le monopole de la lecture &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; syllabes. Elle a bien toutefois celui de la lecture &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; syllabes. La nuance est d'importance. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La syllabique se trouve fond&#233;e sur un principe essentiel : les &#233;l&#232;ves doivent pouvoir lire tout ce qu'ils ont sous les yeux dans chaque le&#231;on, de fa&#231;on autonome. Dans un manuel de la syllabique chaque le&#231;on part du ou des graph&#232;me(s) du jour pour apprendre les nouvelles combinaisons introduites, en int&#233;grant celles des le&#231;ons pr&#233;c&#233;dentes. Ainsi chaque le&#231;on ne propose jamais que des mots et des phrases enti&#232;rement lisibles, ce qui suppose qu'ils ne contiennent aucun graph&#232;me non encore &#233;tudi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre des graph&#232;mes peut varier d'un manuel &#224; un autre, et tous n'en retiennent pas le m&#234;me nombre, mais ce qui ne varie pas c'est la n&#233;cessit&#233; de respecter l'ordre adopt&#233; : cela interdit de sauter une le&#231;on, de &#171; naviguer &#187; dans le manuel de fa&#231;on al&#233;atoire, de &#171; picorer &#187; dans les le&#231;ons ou d'introduire des graph&#232;mes d'une autre progression. Le faire conduit forc&#233;ment les &#233;l&#232;ves &#224; &#234;tre confront&#233;s &#224; des mots qu'ils ne peuvent pas lire et &#224; tenter de les deviner, faute d'avoir appris la lecture de toutes les syllabes qui les composent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces caract&#233;ristiques fondamentales de la m&#233;thode expliquent pourquoi il est difficile de se passer du suivi d'un manuel dans lequel un travail de progression ordonn&#233;e des graph&#232;mes a &#233;t&#233; fait, commandant le choix des mots permis pour chaque le&#231;on, &#224; moins d'en &#233;crire un soi-m&#234;me. Elles expliquent a fortiori pourquoi l'usage de fiches qui piochent dans les &#171; sons &#187; sans construire une progression rigoureuse, syst&#233;matiquement suivie, rendent impossible un apprentissage s&#251;r, en mesure de permettre aux &#233;l&#232;ves d'exercer une authentique activit&#233; de lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ou partir des sons pour devoir deviner ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manuels qu'il est possible de nommer &#171; manuels de la m&#233;thode mixte &#187;, ne proc&#232;dent pas du tout de cette fa&#231;on. Ils partent des &#171; sons &#187;, les phon&#232;mes, pour chercher leur(s) correspondances au(x) graph&#232;me(s) dans des mots que les enfants ne peuvent pas d&#233;chiffrer compl&#232;tement. Quand le premier son de l'ann&#233;e est /a/ par exemple, on doit en rep&#233;rer la graphie dans &#171; cartable &#187;, &#171; sac &#187;, &#171; gar&#231;on &#187;&#8230; alors que tous les autres graph&#232;mes de ces mots sont parfaitement inconnus, et cela dure tout au long de trop nombreuses semaines. La m&#233;morisation globale de mots est alors largement utilis&#233;e, seule &#171; solution &#187; pour pouvoir se prononcer sur le vrai ou le faux de phrases compos&#233;es de mots non d&#233;chiffrables, comme c'est tr&#232;s souvent le cas dans les exercices. Cette m&#233;morisation globale ne concerne donc pas que les mots-outils, cens&#233;s &#234;tre appris par c&#339;ur en raison de leur fr&#233;quence dans les textes &#171; lus &#187;. D&#232;s les premiers jours de l'ann&#233;e, les &#233;l&#232;ves sont invit&#233;s &#224; lire des phrases qu'ils ne peuvent pas d&#233;chiffrer. Ils en viennent m&#234;me &#224; &#234;tre capables de &#171; lire &#187; une page du manuel, et incapables de le faire d&#232;s que l'on en sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, les dessins jouent un r&#244;le important pour chercher si, quand on regarde ce qu'ils repr&#233;sentent, on entend le son du jour. L'illustration de la le&#231;on devient une aide pour chercher &#224; deviner des mots que l'on ne peut pas lire. L'illustration, l'anticipation sur le sens, les hypoth&#232;ses sur les mots possibles en fonction du contexte, des dessins, l'exp&#233;rience de la vie, deviennent autant de &#171; ressources &#187; pour essayer d'identifier des mots que l'on ne peut pas lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, confront&#233; au mot &#171; route &#187; que l'on ne peut pas d&#233;chiffrer, on devra remarquer que l'illustration nous montre que l'on est &#224; la campagne et pas en ville : nous n'avons donc pas affaire au mot &#171; rue &#187; : l'hypoth&#232;se du mot &#171; route &#187; est alors possible. Quelles que soient leurs modalit&#233;s, la m&#233;morisation globale de mots, de phrases, et la devinette sous diverses formes sont des caract&#233;ristiques majeures de d&#233;marches unificatrices de pratiques auxquelles s'applique la notion de m&#233;thode li&#233;e &#224; la logique commune qui est &#224; l'&#339;uvre. Et pourtant le d&#233;codage n'est pas absent de ces d&#233;marches, d'o&#249; l'usage du mot &#171; mixte &#187; pour les nommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela finirait-il par donner raison &#224; Roland Goigoux lorsqu'il &#233;crit que &#171; la m&#233;thode syllabique n'a pas le monopole de la lecture de syllabes &#187; ? Je ne le pense toujours pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manuels construits sur la logique de la mixte proposent effectivement l'apprentissage de la lecture de syllabes. On finira par apprendre la lecture de &#171; la &#187;, &#171; li &#187;, &#171; lu &#187;, &#171; chu &#187;, &#171; cha &#187;, &#171; cho &#187;&#8230; mais ces syllabes vont se retrouver dans des mots qui ne sont pas compl&#232;tement lisibles. Apr&#232;s l'apprentissage de &#171; ta &#187;, &#171; ti &#187;, &#171; to &#187;, les &#233;l&#232;ves pourront ainsi &#234;tre invit&#233;s &#224; d&#233;chiffrer les mots &#171; tapis &#187;, &#171; timide &#187;, &#171; auto &#187;, mais sans conna&#238;tre les graph&#232;mes &#171; p &#187;, &#171; au &#187;, &#171; d &#187;. Et, d&#232;s les toutes premi&#232;res le&#231;ons de l'ann&#233;e, la consigne &#171; Je lis ce texte &#187; ou &#171; Je m'entraine &#224; lire &#187; pr&#233;c&#232;de un &#233;crit truff&#233; de mots ind&#233;chiffrables&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de proc&#233;der s'inscrit dans une m&#233;thodologie de l'apprentissage de la lecture que l'on retrouve dans un ensemble de manuels dominants sur le march&#233; et tr&#232;s majoritairement utilis&#233;s dans les classes. Nous sommes tr&#232;s loin de la syst&#233;maticit&#233; dans le respect de la progression de l'&#233;tude des graph&#232;mes, une syst&#233;maticit&#233; &#233;trang&#232;re &#224; tout l'al&#233;atoire des tentatives de devinettes, et qui, seule, permet de dire que la syllabique a le monopole de la lecture des syllabes&#8230; de toutes les syllabes qui composent les mots que l'on a sous les yeux, quel que soit le moment de l'ann&#233;e scolaire. Un monopole qui s'attache aussi au fait qu'&#224; la fin de l'ann&#233;e les &#233;l&#232;ves ont le pouvoir de lire tout ce qui s'&#233;crit en fran&#231;ais, et de montrer de plus des capacit&#233;s d'&#233;criture et d'orthographe incomparables, tant l'exigence d'&#234;tre soucieux des mots tels qu'ils apparaissent dans les textes, sans m&#233;langes, sans d&#233;tours, sans devinettes, leur permet d'entrer vraiment dans le monde de l'&#233;crit, de lui &#234;tre pleinement attentif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une mixit&#233; m&#233;thodologique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ouvrage que Roland Goigoux a publi&#233; avec Sylvie C&#232;be, &lt;i&gt;Apprendre &#224; lire &#224; l'&#233;cole. Tout ce qu'il faut savoir pour accompagner l'enfant&lt;/i&gt; (Retz, 2007), on peut lire ceci : &#171; Les proportions de mots totalement d&#233;chiffrables varient d'un manuel &#224; l'autre (de 20 &#224; 80%) et, dans un m&#234;me manuel, d'un texte &#224; l'autre. &#187; La r&#233;f&#233;rence &#224; cette donn&#233;e a-t-elle pour fonction de reconnaitre l'importance du d&#233;chiffrage ? Il ne le semble pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils [les ma&#238;tres] savent aussi qu'en voulant &#233;viter l'inanit&#233; des r&#233;cits &#171; 100% d&#233;chiffrables &#187;, on arrive parfois &#224; des textes que les &#233;l&#232;ves sont incapables de d&#233;chiffrer seuls. &#187; L'inanit&#233; en question est d&#233;busqu&#233;e dans L&#233;o et L&#233;a, un manuel qui propose du 100% d&#233;chiffrable et qui ose inventer une histoire de p&#234;che &#224; la loche assimil&#233;e par nos auteurs &#224; de la &#171; maltraitance &#187;. A contrario, un tr&#232;s court passage de Ribambelle qui pose de &#171; nombreux probl&#232;mes d'identification de mots &#187; pourra b&#233;n&#233;ficier de quatre d&#233;marches diff&#233;rentes pour &#234;tre &#171; lu &#187;, &#233;tant entendu qu'il constitue &#171; un excellent support pour une p&#233;dagogie de la compr&#233;hension &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le passage en question : &#171; Cette semaine dans ma maison, il s'est pass&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est bien loin dans ce texte du 100% d&#233;chiffrable, mais qu'&#224; cela ne tienne, on parviendra quand m&#234;me &#224; &#171; comprendre &#187;, et les parents qui se demandent comment faire pour aider leur enfant &#224; le relire, pourront se rassurer en lisant ceci. &#171; Habituellement l'enseignant propose de distinguer les mots dont le d&#233;chiffrage est possible car les relations graph&#232;mes-phon&#232;mes ont &#233;t&#233; enseign&#233;es (par exemple pass&#233;, tas, chose), ceux qui peuvent &#234;tre trait&#233;s par analogie (bazar, bizarre), ceux qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; m&#233;moris&#233;s orthographiquement (maison, c'est, des), et ceux qu'on doit lire aux enfants car ils ne sont pas encore &#224; leur port&#233;e (quel, semaine, extraordinaire&#8230;). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre pistes&#8230; qui nous mettent en pr&#233;sence des caract&#233;ristiques clairement identifiables de la mixte enseign&#233;e dans la majorit&#233; des classes au travers de nombreux manuels qui s'attachent &#224; faire varier la forme sans toucher au fond m&#233;thodologique. Quatre pistes loin &#171; d'un enseignement pr&#233;coce et syst&#233;matique des correspondances entre les lettres et les sons &#187;, un enseignement qui signe exclusivement ce qui sp&#233;cifie la m&#233;thode syllabique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire pour autant qu'une c&#233;sure nette entre les deux m&#233;thodes soit toujours identifiable dans les pratiques effectives des ma&#238;tres ? Le pr&#233;tendre serait absurde. Nous ne sommes jamais dans &#171; une opposition binaire entre noir et blanc &#187; comme Roland Goigoux pense pouvoir le faire dire &#224; l'enqu&#234;te de J&#233;r&#244;me Deauvieau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des &#171; d&#233;viances &#187; instructives&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette enqu&#234;te, chacun des quatre manuels obtient des scores moyens pour l'ensemble des classes qui le pratiquent, mais &#224; chaque fois une classe s'&#233;carte significativement de cette moyenne. A quoi pouvaient correspondre ces &#233;carts dans ces classes appel&#233;es &#171; d&#233;viantes &#187; ? En interrogeant les enseignants sur leur pratique du manuel qu'ils avaient adopt&#233;, les chercheurs ont constat&#233; que la fa&#231;on dont ils avaient trait&#233; le d&#233;chiffrage avait jou&#233; un r&#244;le d&#233;terminant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, lorsque les ma&#238;tres s'&#233;cartent de fa&#231;on significative de la logique du manuel syllabique qui s'appuie sur la syst&#233;maticit&#233; du d&#233;chiffrage, cela induit des effets n&#233;gatifs sur les performances des &#233;l&#232;ves. Par contre, lorsque l'usage d'un manuel r&#233;pondant aux crit&#232;res de la mixte se trouve plus ou moins abandonn&#233; au profit d'un enseignement plus syst&#233;matique du d&#233;chiffrage, les performances des &#233;l&#232;ves s'am&#233;liorent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect du rapport de J&#233;r&#244;me Deauvieau, qui n'exclut pas les classes &#171; d&#233;viantes &#187; de l'analyse de l'ensemble de l'&#233;chantillon de l'enqu&#234;te, souligne d'une fa&#231;on particuli&#232;rement instructive le r&#244;le de la m&#233;thode qui ne souffre pas de voir ses principes structurants abandonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La variable &#171; m&#233;thode &#187; n'est donc pas &#171; trop grossi&#232;re et mal d&#233;finie &#187;. Elle conserve une valeur heuristique majeure pour analyser les pratiques des enseignants m&#234;me si ceux-ci introduisent dans leurs dispositifs, des &#233;l&#233;ments qui diff&#232;rent de ce qui sp&#233;cifie chaque m&#233;thode et par l&#224; chaque manuel. Cet effet-m&#233;thode ne r&#233;sume pas l'ensemble de l'activit&#233; enseignante dans la classe, mais il ne saurait disparaitre sous tout ce qui appartient &#224; l'effet-ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terminons par une question : faudrait-il opposer les m&#233;thodes, lieu du commun transmissible et partageable &#224; la libert&#233; p&#233;dagogique ? En aucun cas. Cette libert&#233; peut parfaitement laisser toute sa place &#224; l'initiative personnelle et au charisme individuel, mais elle n'implique pas pour autant qu'il faille renoncer &#224; organiser ses pratiques &#224; partir de l'intelligence des didactiques, du m&#233;tier, que la formation initiale et continue a pour mission de construire avec les enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le crucial que joue l'apprentissage de la lecture dans l'histoire scolaire des &#233;l&#232;ves n&#233;cessite que le d&#233;bat sur l'existence et la consistance des m&#233;thodes soit men&#233; avec rationalit&#233;. On ne peut donc que souhaiter, pour conclure, qu'on en finisse avec les anath&#232;mes identifiant syllabique, droite et extr&#234;me droite, proc&#233;d&#233; qu'a cru encore pouvoir s'autoriser Claude Leli&#232;vre, dans la pol&#233;mique n&#233;e autour de l'enqu&#234;te de Deauvieau, et qui ne peut avoir d'autre vis&#233;e que d'&#233;touffer toute r&#233;flexion sur le fond de la question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SNUIPP, (fen&#234;tres sur.cours), n&#176;319, octobre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;Les m&#233;thodes int&#233;gratives : une alternative &#224; la syllabiqu&#034;, &lt;i&gt;Le nouvel &#233;ducateur&lt;/i&gt;, avril-mai 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les comp&#233;tences transversales en question&lt;/i&gt;, ESF, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour en savoir plus sur le signifiant, le signifi&#233; et leur union, on pourra se reporter au livre dans lequel je d&#233;veloppe les cons&#233;quences que cette donn&#233;e linguistique a sur l'apprentissage de la lecture : &lt;i&gt;Apprendre &#224; lire : l'enjeu de la syllabique&lt;/i&gt; (L'Harmattan, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le passage en question : &#171; Cette semaine dans ma maison, il s'est pass&#233; des tas de choses &#233;tranges, extraordinaires. C'est &#233;trange, c'est bizarre, quel bazar ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lecture : un coup de pouce ou un co&#251;t pour rien ?</title>
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		<dc:date>2012-06-28T08:03:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



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&lt;p&gt;Janine Reichstadt &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Fonds d'Exp&#233;rimentation pour la Jeunesse (FEJ) vient de publier une enqu&#234;te approfondie sur l'efficacit&#233; des &#034;clubs Coup de Pouce Cl&#233;&#034; qui, pour l'ann&#233;e 2010-2011, ont touch&#233; 9800 &#233;l&#232;ves du cours pr&#233;paratoire dans 270 villes. Ces clubs sont organis&#233;s par l'Apf&#233;e (Association pour favoriser l'&#233;galit&#233; des chances &#224; l'&#233;cole), en vue d'un appui &#224; l'apprentissage de la lecture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le rapport du FEJ pr&#233;cise qu'il s'agit d'un &#171; dispositif tr&#232;s intensif qui concerne cinq (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Apprendre &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L150xH109/arton101-97491.png?1790364705' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Janine Reichstadt&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Fonds d'Exp&#233;rimentation pour la Jeunesse (FEJ) vient de publier une enqu&#234;te approfondie sur l'efficacit&#233; des &#034;clubs Coup de Pouce Cl&#233;&#034; qui, pour l'ann&#233;e 2010-2011, ont touch&#233; 9800 &#233;l&#232;ves du cours pr&#233;paratoire dans 270 villes. Ces clubs sont organis&#233;s par l'Apf&#233;e (Association pour favoriser l'&#233;galit&#233; des chances &#224; l'&#233;cole), en vue d'un appui &#224; l'apprentissage de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport du FEJ pr&#233;cise qu'il s'agit d'un &#171; dispositif tr&#232;s intensif qui concerne cinq enfants de cours pr&#233;paratoire (CP) pendant toute l'ann&#233;e scolaire, choisis dans chaque classe parmi ceux pr&#233;sentant le plus de risques d'&#234;tre en difficult&#233; et pris en charge pendant 1h30 tous les soirs apr&#232;s l'&#233;cole. Les enfants sont amen&#233;s &#224; manipuler les mots de fa&#231;on ludique et &#224; appr&#233;cier la lecture d'histoires, activit&#233;s qui sont, probablement, peu r&#233;alis&#233;es ou valoris&#233;es &#224; la maison pour beaucoup d'&#233;l&#232;ves en difficult&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif revendiqu&#233; n'est pas de s'occuper des difficult&#233;s mais de d&#233;velopper chez les &#233;l&#232;ves la confiance en soi, la motivation, la sensibilit&#233; &#224; la lecture, au travers de contacts avec l'&#233;crit approch&#233; de fa&#231;on ludique. Il n'est pas en lien avec le travail de la classe : Coup de Pouce Cl&#233; n'est pas de la rem&#233;diation ; l'examen du mat&#233;riel qu'il utilise le montre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on en juge par le rapport du FEJ, l'action atteint ses objectifs. Elle d&#233;veloppe chez les &#233;l&#232;ves la confiance en soi, le go&#251;t de l'&#233;crit, un meilleur rapport &#224; l'&#233;cole, mais elle n'a aucun effet sur les comp&#233;tences en lecture, et c'est pr&#233;cis&#233;ment par l&#224; que le b&#226;t blesse. Si l'objectif est atteint, son co&#251;t &#233;tant de 1200 euros par enfant (soit 20% environ du co&#251;t moyen d'une scolarit&#233; en CP), il semble d'un &#171; rendement &#187; bien faible, mesur&#233; aux enjeux majeurs des difficult&#233;s de lecture qu'il convient de rappeler : tout enfant qui ne parvient pas &#224; bien lire voit son avenir scolaire compromis car le fondement m&#234;me de l'&#233;cole repose sur la culture de l'&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confiance en soi et la motivation jouent certainement un r&#244;le efficace dans les apprentissages, mais si la r&#233;ussite n'est pas au rendez-vous, elles ont vite fait de s'&#233;tioler. L'envie d'apprendre &#224; lire ne suffit pas pour apprendre &#224; lire : un travail sp&#233;cifique est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'ambigu&#239;t&#233; du dispositif Coup de Pouce r&#233;side dans la diff&#233;rence des missions qu'il assigne &#224; l'aide &#224; la maison et &#224; l'apprentissage scolaire. Conseiller scientifique de l'Apf&#233;e, G&#233;rard Chauveau pr&#233;cise &#224; son propos : &#171; Il n'agit que sur un seul facteur de la (non) r&#233;ussite en lecture-&#233;criture au CP : le fait d'&#234;tre ou non aid&#233; &#224; la maison dans l'apprentissage de la lecture-&#233;criture, le fait d'avoir ou non un environnement familial &#171; porteur &#187; dans le domaine de la culture &#233;crite (le lire-&#233;crire). Ce facteur est social et culturel donc extrascolaire. Il ne &#171; combat &#187; qu'un seul type d'in&#233;galit&#233; : certains enfants de six/sept ans ont des aides quotidiennes et adapt&#233;es dans leur famille pour apprendre &#224; lire et &#224; &#233;crire, d'autres non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'in&#233;galit&#233; des aides dans les familles est reconnue. Mais nous savons bien que dans celles qui le peuvent, &#171; les aides quotidiennes et adapt&#233;es &#187; ne s'arr&#234;tent pas &#224; l'environnement &#171; porteur &#187;. Ces familles entrent dans l'apprentissage proprement dit en faisant vraiment lire leurs enfants, voire en allant, comme c'est souvent le cas, vers l'achat d'un manuel qu'elles jugent plus efficace que celui de l'&#233;cole. Autrement dit ces aides ne se contentent pas de d&#233;velopper la confiance en soi, la motivation, un meilleur rapport &#224; l'&#233;cole. Elles s'appuient bien sur un environnement &#171; porteur &#187; mais ne s'y r&#233;duisent pas : l'extrascolaire ici introduit en r&#233;alit&#233; beaucoup de scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc dans ces familles, les aides, quotidiennes et adapt&#233;es, le sont pour &lt;i&gt;apprendre &#224; lire et &#224; &#233;crire&lt;/i&gt; comme le pr&#233;cise G&#233;rard Chauveau, ce ne sont pas les clubs Coup de Pouce qui peuvent r&#233;tablir de l'&#233;galit&#233; entre les &#233;l&#232;ves, car leur dispositif n'est pas con&#231;u pour cette mission. Et c'est bien le probl&#232;me. Comment accepter qu'une entreprise dans laquelle les municipalit&#233;s s'investissent, y compris financi&#232;rement, renonce &#224; d&#233;velopper chez les &#233;l&#232;ves de CP qui en ont besoin, les comp&#233;tences d&#233;cisives n&#233;cessaires &#224; leur entr&#233;e dans la culture &#233;crite et &#224; leur r&#233;ussite scolaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;trait plus pertinent et l&#233;gitime que le Minist&#232;re de l'&#201;ducation Nationale cherche &#224; mobiliser la r&#233;flexion collective des ma&#238;tres sur les dispositifs d'enseignement de la lecture, sources de graves difficult&#233;s qui touchent principalement les &#233;l&#232;ves des classes populaires. Cela serait autrement efficace pour assurer l'&#233;galit&#233; scolaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>De la v&#233;rit&#233; de la lecture </title>
		<link>https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article77</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.leslettresbleues.fr/spip.php?article77</guid>
		<dc:date>2009-11-13T16:08:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Janine Reichstadt</dc:creator>



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&lt;p&gt;Janine Reichstadt &lt;br class='autobr' /&gt;
La question de la d&#233;mocratisation de la r&#233;ussite scolaire occupe aujourd'hui une place centrale dans les probl&#232;mes de l'&#233;cole, et plus largement dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. L'in&#233;galit&#233; scolaire sur fond de difficult&#233;s, d'&#233;checs des &#233;l&#232;ves d'origine populaire repr&#233;sente un co&#251;t subjectif pour ceux-ci et professionnel pour les enseignants, particuli&#232;rement &#233;lev&#233;. Quant aux parents, au rebours de ce que l'on croit souvent, ils sont fort loin d'adopter une attitude (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.leslettresbleues.fr/local/cache-vignettes/L150xH109/arton77-743d4.png?1790432631' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Janine Reichstadt&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la d&#233;mocratisation de la r&#233;ussite scolaire occupe aujourd'hui une place centrale dans les probl&#232;mes de l'&#233;cole, et plus largement dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. L'in&#233;galit&#233; scolaire sur fond de difficult&#233;s, d'&#233;checs des &#233;l&#232;ves d'origine populaire repr&#233;sente un co&#251;t subjectif pour ceux-ci et professionnel pour les enseignants, particuli&#232;rement &#233;lev&#233;. Quant aux parents, au rebours de ce que l'on croit souvent, ils sont fort loin d'adopter une attitude d&#233;missionnaire. Massivement conscients des implications de la scolarit&#233; de leurs enfants sur leur avenir, cette r&#233;alit&#233; est pour eux source de pr&#233;occupations, d'inqui&#233;tudes majeures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes bien loin aujourd'hui de ce que pouvait repr&#233;senter le certificat d'&#233;tudes primaires il y a encore quelques d&#233;cennies. Les crit&#232;res sociaux de la r&#233;ussite scolaire sont boulevers&#233;s et le baccalaur&#233;at est devenu le dipl&#244;me que tous souhaitent atteindre. Gr&#226;ce &#224; l'allongement consid&#233;rable des parcours les enfants des classes populaires ont pu acc&#233;der &#224; des formations dipl&#244;mantes impensables pour leurs parents. Mais 40% des &#233;l&#232;ves sont orient&#233;s &#224; la fin du coll&#232;ge vers la pr&#233;paration d'un dipl&#244;me professionnel court, et 150.000 jeunes sortent chaque ann&#233;e de l'&#233;cole en &#233;chec lourd (plus de 20% d'une g&#233;n&#233;ration), c'est-&#224;-dire sans dipl&#244;me et ils sont tr&#232;s massivement issus des milieux populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; une certaine vision du coll&#232;ge consid&#233;r&#233; comme &#171; le maillon faible &#187; du syst&#232;me &#233;ducatif sur lequel devrait se concentrer toute l'attention, c'est &#224; l'&#233;cole primaire que se construisent les difficult&#233;s majeures concernant les fondamentaux sans lesquels la scolarit&#233; ne peut se d&#233;rouler normalement, des fondamentaux auxquels appartient le lire-&#233;crire au centre du travail dans toutes les disciplines. Or d&#232;s les tout premiers apprentissages le poids de la notion de handicaps socioculturels p&#232;se lourd : tous les &#233;l&#232;ves ne seraient pas dot&#233;s de r&#233;elles possibilit&#233;s, notamment langagi&#232;res, pour atteindre les r&#233;ussites &#233;l&#233;mentaires porteuses d'un avenir scolaire promis aux meilleures formations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier ouvrage (1) Jean-Pierre Terrail d&#233;veloppe une remise en question d&#233;cisive de la notion de handicaps socioculturels conduisant &#224; la recherche de ce qui manque aux &#233;l&#232;ves des classes populaires pour r&#233;ussir pleinement leur scolarit&#233;. Il inverse la probl&#233;matique en proc&#233;dant &#224; l'examen fouill&#233; des ressources langagi&#232;res dont les enfants disposent leur permettant de se confronter aux exigences de la culture de l'&#233;crit. Il en vient ainsi &#224; d&#233;montrer que tous les enfants en tant qu'&#234;tres de langage acc&#232;dent aux ressources inh&#233;rentes &#224; l'oralit&#233; qui leur permettent de disposer du m&#234;me outillage intellectuel, des m&#234;mes grandes fonctions de la pens&#233;e, des m&#234;mes capacit&#233;s d'entrer dans la compr&#233;hension des objets de connaissances propres &#224; l'&#233;cole. Autrement dit en mettant au jour les raisons fondamentales pour lesquelles nous pouvons nous convaincre d'une r&#233;elle &#233;galit&#233; des intelligences chez les sujets parlants, il invite le syst&#232;me &#233;ducatif qui transforme des diff&#233;rences socioculturelles en in&#233;galit&#233;s scolaires &#224; revenir sur la fa&#231;on dont il pense pouvoir expliquer bien souvent l'origine des ces in&#233;galit&#233;s. Si face aux in&#233;galit&#233;s scolaires nous ne pouvons plus mettre en avant l'origine sociale des &#233;l&#232;ves en raison de l'universalit&#233; des capacit&#233;s que leur offre le langage, il devient difficile de surseoir &#224; une r&#233;flexion collective de grande ampleur sur les conduites d'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre travail sur l'apprentissage de la lecture s'inscrit dans cette probl&#233;matique. Avec &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; nous avons voulu sp&#233;cifier les pratiques intellectuelles n&#233;cessairement &#224; l'oeuvre dans cet apprentissage, des pratiques qui ne sauraient s'&#233;carter des principes essentiels de la m&#233;thode syllabique dont les preuves d'efficacit&#233; sont particuli&#232;rement visibles chez les enfants d'origine populaire. D&#233;passer consid&#233;rablement les 33% d'&#233;l&#232;ves qui parviennent &#224; l'entr&#233;e en 6e &#224; avoir r&#233;ussi un apprentissage de la lecture leur permettant de bien comprendre ce qu'ils lisent est un objectif parfaitement r&#233;aliste dont on ne saurait repousser la r&#233;alisation. C'est la d&#233;mocratisation de la r&#233;ussite scolaire qui est en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sens du bien lire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invit&#233;s &#224; s'appuyer sur l'histoire lue par l'adulte ou par les illustrations du manuel les &#233;l&#232;ves peuvent &#234;tre amen&#233;s &#224; chercher la &#171; lecture &#187; du mot qu'ils ont sous les yeux en fonction du contexte. Ils sont alors convi&#233;s &#224; faire des hypoth&#232;ses de sens. Ils prennent des indices, essaient de deviner, d'interpr&#233;ter. Ils peuvent alors &#171; lire &#187; copain &#224; la place d'ami, salade &#224; la place de laitue, grenouille &#224; la place de crapaud, bateau &#224; la place de barque...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils peuvent confondre &#171; blaguer &#187; et &#171; braquer &#187;, &#171; ch&#226;teau &#187; et &#171; chapeau &#187;, &#171; casser &#187; et &#171; caser &#187;...., des mots qui se distinguent par peu des graph&#232;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des d&#233;buts de mots tels que &#171; pir &#187; et &#171; pri &#187;, &#171; bur &#187; et &#171; bru &#187;, &#171; tar &#187; et &#171; tra &#187; ne sont pas parfaitement distingu&#233;s, ils sont lus l'un pour l'autre. Le soup&#231;on tout &#224; fait inappropri&#233; de dyslexie risque alors de devenir un diagnostic lourd de menaces pour la r&#233;ussite des apprentissages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des &#233;l&#232;ves se contentent de s'appuyer sur les premi&#232;res lettres du mot pour tenter la suite : ils en viennent alors &#224; &#171; lire &#187; &#171; parapluie &#187; quand le mot qu'ils ont sous les yeux est &#171; paratonnerre &#187;, &#171; parasol &#187; ou &#171; paravent &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;moire prodigieuse des enfants peut leur permettre d'essayer de faire croire &#224; un entourage qu'ils souhaitent cr&#233;dule qu'ils lisent bien tout un texte appris par coeur. Mais quand on leur demande d'essayer de lire autre chose et de changer de livre notamment on peut se voir r&#233;torquer : &#171; Je ne peux pas lire car j'ai pas appris dans ce livre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;checs dans un apprentissage qui ne souffre pas l'&#224;-peu-pr&#232;s s'accompagnent le plus souvent de beaucoup de lenteur, d'arr&#234;ts sur des mots que l'on ne sait pas d&#233;chiffrer ou que l'on d&#233;chiffre avec difficult&#233; (on dit que l'&#233;l&#232;ve &#226;nonne), de regards hors du texte comme pour chercher l'inspiration en dehors de la lettre. M&#234;me lorsque l'&#233;l&#232;ve parvient &#224; d&#233;chiffrer de fa&#231;on quelque peu habile il n'est pas toujours scrupuleusement attentif &#224; toutes les flexions de la voix qu'impose la ponctuation. Il conduit une lecture que n'arr&#234;te aucune respiration : la lecture monocorde essouffle alors le sens prisonnier d'une prosodie qui l'enferme dans l'incompr&#233;hensible d'une suite de mots jamais s&#233;par&#233;s, un ton de la voix jamais descendu ou mont&#233;, refl&#233;tant l'exclamation, l'interrogation ou toute autre signifiance. Le sens d'une phrase g&#238;t aussi dans la ponctuation et la pr&#233;cision du d&#233;tail de la lettre, de l'accent. L'&#233;cart de sens soutenu entre &#171; l'augmentation des retraites &#187; et &#171; l'augmentation des retrait&#233;s &#187; ne se joue que dans la pr&#233;sence ou l'absence d'un &#171; simple &#187; accent...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les enfants ne peuvent pas apprendre &#224; lire si on ne les sensibilise pas, d&#232;s les toutes premi&#232;res le&#231;ons &#224; la port&#233;e fondamentale de l'attention scrupuleuse &#224; toutes ces marques essentielles qui construisent l'&#233;criture et les sens qu'elle donne &#224; lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; un d&#233;chiffrage parfait, celui de la lecture normale de l'adulte sachant lire, qui traite donc toutes les lettres et tous les signes, qu'il convient de conduire les &#233;l&#232;ves, car c'est la v&#233;rit&#233; m&#234;me de l'activit&#233; de lecture qui se doit de guider la conduite de l'apprentissage et non l'&#226;ge des apprenants. En Finlande les enfants apprennent &#224; lire &#224; 7 ans, en France &#224; 6 ans. On peut discuter de la pertinence derni&#232;re de ces choix, mais l'exp&#233;rience montre que l'apprentissage commenc&#233; &#224; 6 ans ne contredit pas de fa&#231;on av&#233;r&#233;e les possibilit&#233;s des enfants de cet &#226;ge, capables d'entrer dans cette activit&#233; intellectuelle saisie dans sa v&#233;rit&#233; propre. Les adultes &#224; qui il faut apprendre &#224; lire ont d'ailleurs &#224; faire le m&#234;me chemin fondamentalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact des impossibilit&#233;s de lire de fa&#231;on suffisamment fluide sur la grande difficult&#233; qu'&#233;prouvent bon nombre d'&#233;l&#232;ves &#224; fr&#233;quenter les livres est certainement consid&#233;rable. Comment go&#251;ter le plaisir de la lecture si on n'est pas capable d'une lecture vraiment courante qui lib&#232;re de tout effort de d&#233;codage afin de pouvoir concentrer son attention sur le sens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous rejoignons ici Jos&#233; Morais lorsqu'il &#233;crit : &#171; Les bons lecteurs lisent non seulement mieux, mais aussi beaucoup plus que les lecteurs m&#233;diocres. (&#8230;) L'exercice intensif de la lecture cr&#233;e donc un nombre extraordinaire d'opportunit&#233;s pour apprendre de nouveaux mots, jusque-l&#224; inconnus. Ceux qui lisent mieux lisent plus, augmentent plus vite leur vocabulaire, et par cons&#233;quent lisent encore mieux et encore plus, suivant un effet de boule de neige qui contribue &#224; creuser l'&#233;cart entre les bons et les mauvais lecteurs. &#187; (2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que ce sont les id&#233;alit&#233;s math&#233;matiques que sont les nombres qui guident le travail sur la num&#233;ration, ce sont les principes linguistiques de l'&#233;criture qui guident l'apprentissage de la lecture. Certaines repr&#233;sentations de l'enfance finissent par l'assigner &#224; r&#233;sidence dans des activit&#233;s cens&#233;es lui &#234;tre &#171; adapt&#233;es &#187;. Ces activit&#233;s sont &#224; interroger (nous le ferons plus loin), car s'&#233;cartant des logiques intellectuelles au principe des contenus d'apprentissages elles en viennent &#224; contrarier les r&#233;ussites scolaires escompt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Progressivit&#233; et syst&#233;maticit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; est reproduit un po&#232;me de Gianni Rodari intitul&#233; &lt;i&gt;Pour faire une table&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour faire une table/ il faut du bois,/ pour faire du bois/ il faut un arbre,/ pour faire un arbre / il faut une graine,/ pour faire une graine/ il faut un fruit,/ pour faire un fruit/ il faut une fleur :/ pour faire une table il faut une fleur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La subtilit&#233; po&#233;tique de ce rapprochement final inattendu entre la table et la fleur &#224; l'issue de ces engendrements successifs ne se retrouve pas dans la s&#233;rie des n&#233;cessit&#233;s que d&#233;ploie l'&#233;criture alphab&#233;tique : il n'est toutefois pas inint&#233;ressant de voler &#224; Gianni Rodari le mouvement qu'il initie pour marquer le point de d&#233;part absolu de tout acc&#232;s au texte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour faire un texte il faut des phrases, pour faire des phrases il faut des mots, pour faire des mots il faut des syllabes, pour faire des syllabes il faut des graph&#232;mes : pour faire un texte il faut des graph&#232;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
On souhaiterait ne voir l&#224; qu'un truisme. Et pourtant la rupture avec le texte dans la conduite des premiers moments de l'apprentissage parait impossible &#224; la m&#233;thode mixte qui commence les le&#231;ons par des textes que les &#233;l&#232;ves sont dans l'incapacit&#233; de lire, et dont ils devront le plus souvent apprendre &#224; m&#233;moriser globalement les mots, au lieu de partir des &#233;l&#233;ments premiers de l'&#233;crit (la notion d'&#233;l&#233;ments premiers n'&#233;voquant nullement la simplicit&#233; comme cela est d&#233;velopp&#233; par ailleurs dans cette rubrique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'ils ne sont pas capables de lire eux-m&#234;mes des po&#232;mes, des contes, des textes litt&#233;raires de toutes natures la lecture faite &#224; haute voix par l'adulte a toute sa place. Cette lecture se fait dans une optique de confrontation &#224; la complexit&#233;, la beaut&#233; de l'&#233;criture qui fait r&#234;ver, s'&#233;mouvoir, imaginer, trembler, r&#233;fl&#233;chir... Elle aiguise le d&#233;sir de pouvoir entrer de fa&#231;on autonome dans les promesses d'aventures de la litt&#233;rature, dans l'intimit&#233; du rapport solitaire aux merveilles du livre. Mais dans ces moments de lecture faite par l'adulte, qui ont commenc&#233; &#224; l'&#233;cole maternelle et se poursuivent au cours pr&#233;paratoire, le texte n'est pas au service de l'apprentissage proprement dit du lire. Celui-ci passe par des voies sp&#233;cifiques qui s'appuient sur le respect de principes linguistiques dont la fonction est de guider la construction de la progressivit&#233; et de la syst&#233;maticit&#233; dans la conduite de l'apprentissage, en mesure d'atteindre sa finalit&#233; : une lecture effective et autonome de tous les textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; suit d'une fa&#231;on tr&#232;s scrupuleuse la progressivit&#233; cumulative et la syst&#233;maticit&#233; qui caract&#233;rise la m&#233;thode syllabique. Les premi&#232;res le&#231;ons portent n&#233;cessairement sur les voyelles et d&#232;s la quatri&#232;me l'introduction du graph&#232;me consonantique &lt;strong&gt;l&lt;/strong&gt; rend possible ses premi&#232;res combinaisons syllabiques avec les voyelles pr&#233;c&#233;demment &#233;tudi&#233;es. Des mots peuvent d&#233;j&#224; &#234;tre propos&#233;s &#224; la lecture de l'apprenti lecteur, ainsi que des phrases qu'il est en mesure de d&#233;chiffrer, on lui en a donn&#233; les moyens. D&#232;s cette le&#231;on il apprend les caract&#233;ristiques de la phrase commen&#231;ant par une majuscule et se terminant par un point et &#224; la 17e le&#231;on il conna&#238;tra l'essentiel des signes de la ponctuation.&lt;br class='autobr' /&gt;
La 5e le&#231;on introduit le graph&#232;me &lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;, et poursuit l'apprentissage des combinaisons de graph&#232;mes en articulant le nouveau graph&#232;me &#224; ceux des le&#231;ons pr&#233;c&#233;dentes, &#224; l'exclusion de tout autre non encore &#233;tudi&#233;. Le m&#234;me principe guide le choix des mots ainsi que des textes qui ne peuvent contenir que les graph&#232;mes connus, ce qui limite forc&#233;ment &#224; ce niveau l'extension lexicale permise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche qui se poursuit rigoureusement jusqu'&#224; la fin du manuel, est progressive et cumulative : sur 52 le&#231;ons elle introduit pas &#224; pas les graph&#232;mes qui permettent de quasiment tout lire en fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir appris la prononciation des nouvelles combinaisons apparaissant avec le(s) nouveau(x) graph&#232;me(s) de la le&#231;on du jour, les &#233;l&#232;ves peuvent lire effectivement &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; ce qu'ils ont sous les yeux dans la page, &#224; condition il va de soi, qu'aucune le&#231;on n'ait &#233;t&#233; escamot&#233;e car cela ne pourrait que compromettre la lecture de tous les mots contenant le(s) graph&#232;me(s) de la le&#231;on demeur&#233;e ainsi muette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette syst&#233;maticit&#233; dans la mise en oeuvre de la d&#233;marche est la clef de la s&#251;ret&#233; de la m&#233;thode syllabique pouvant permettre aux &#233;l&#232;ves d'exercer une authentique activit&#233; intellectuelle de lecteurs, et &#224; cet &#233;gard on ne peut qu'&#234;tre impressionn&#233; par la quantit&#233; de mots qu'ils sont tr&#232;s vite capables de lire : &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; en retient dans chaque le&#231;on un nombre limit&#233; mais l'extension du vocabulaire qui leur est objectivement accessible est beaucoup plus importante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la rubrique du site intitul&#233;e &#171; Exercices de lecture &#187; d'autres mots sont propos&#233;s pour chaque le&#231;on, et l&#224; aussi nous pouvons nous apercevoir que leur nombre est loin d'&#233;puiser la quantit&#233; de mots que les &#233;l&#232;ves sont susceptibles de lire &#224; chaque fois, d&#232;s que l'on a d&#233;pass&#233; les toutes premi&#232;res le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discr&#233;dit de la syllabique s'est beaucoup appuy&#233; sur la n&#233;cessit&#233; suppos&#233;e de demeurer au niveau de l'ineptie et de l'indignit&#233; culturelle qui seraient inh&#233;rentes au b-a ba. Et pourtant un examen quelque peu s&#233;rieux ne permet en aucun cas de justifier un tel discr&#233;dit. Au contraire a-t-on envie d'ajouter. C'est le principe m&#234;me de la d&#233;marche syllabique qui offre la possibilit&#233; de ne pas attendre, pour offrir &#224; la lecture &lt;i&gt;effective&lt;/i&gt; des apprentis lecteurs, des textes exigeants qui puissent leur permettre d'entrer dans de multiples univers de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun jugera de la qualit&#233; des textes propos&#233;s dans &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; , mais on remarquera qu'il est possible d'introduire tr&#232;s t&#244;t dans l'histoire scolaire des enfants, gr&#226;ce aux r&#233;elles capacit&#233;s de lecture qu'ils acqui&#232;rent, des textes longs et des po&#232;mes sign&#233;s par des auteurs tels que Jean Tardieu, Robert Desnos, Arthur Rimbaud, Victor Hugo ou Pablo Neruda. Et l&#224; aussi, comme pour les mots, la liste des propositions po&#233;tiques faites dans &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; , est loin d'&#233;puiser toutes les possibilit&#233;s qui peuvent s'offrir objectivement au jeune lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Comparer des longueurs ou ranger des poissons ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il ne s'agisse pas d'apprentissages de m&#234;me nature, le d&#233;tour par un exemple de fiches utilis&#233;es dans une classe de moyenne section de maternelle, analys&#233; dans un ouvrage publi&#233; (3) sous la direction d'Elisabeth Bautier, peut ais&#233;ment nous convaincre du sens que prend la prise en compte de la logique d'une activit&#233; intellectuelle faisant l'objet d'un enseignement comme c'est le cas de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re fiche est distribu&#233;e aux &#233;l&#232;ves : elle contient le dessin de quatre poissons de tailles diff&#233;rentes, contenus dans des rectangles. Les &#233;l&#232;ves doivent tout d'abord colorier chacun des poissons, puis d&#233;couper les vignettes et les conserver dans une barquette personnelle. La semaine suivante ils retrouvent les vignettes qu'ils ont d&#233;coup&#233;es et une autre fiche sur laquelle figure quatre cases o&#249; ils auront &#224; coller les poissons du plus petit au plus grand apr&#232;s les avoir ordonn&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Interrog&#233;e sur l' objectif d'apprentissages de cette activit&#233;, l'enseignante indique qu'il s'agissait de &#171; comparer des longueurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons dans cet exemple repr&#233;sentatif des pratiques de l'&#233;cole maternelle, l'importance de la place que prennent le coloriage, le d&#233;coupage et le collage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que ces activit&#233;s ont &#224; faire l'objet d'un r&#233;el apprentissage, mais en elles -m&#234;mes elles n'ont gu&#232;re de finalit&#233; propre. Elles n'ont de sens v&#233;ritable que si elles s'inscrivent dans un travail de nature esth&#233;tique ou technique : r&#233;aliser des frises, des compositions picturales, d&#233;corer, fabriquer un objet, une maquette&#8230;, car ce sont des activit&#233;s o&#249; le soin &#224; accorder &#224; l'effectuation de chacune des t&#226;ches se justifie par la qualit&#233; plastique ou technique vis&#233;e dans la r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus souvent colorier des dessins, les d&#233;couper, les coller sont consid&#233;r&#233;s comme des t&#226;ches tout particuli&#232;rement adapt&#233;es aux enfants et par l&#224; en mesure de mobiliser leur attention et leur compr&#233;hension des contenus d'apprentissage au service desquels elles sont requises. Or cette fa&#231;on de proc&#233;der qui entend s'appuyer sur le concret des objets dessin&#233;s ainsi que sur l'activit&#233; manuelle et esth&#233;tique court le risque de faire obstacle &#224; la compr&#233;hension recherch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savoir comparer des longueurs est une capacit&#233; &#233;mancip&#233;e des longueurs particuli&#232;res, qui permet de comparer toutes les longueurs. Il s'agit d'une activit&#233; intellectuelle qui a appris &#224; se saisir d'une logique conceptuelle qui en elle-m&#234;me fait abstraction des objets particuliers pour pouvoir mieux y retourner. Or dans l'exemple des poissons les &#233;l&#232;ves peuvent difficilement comprendre cette logique d&#233;tourn&#233;e de fait par des t&#226;ches et des objets qui ne peuvent que parasiter la saisie de l'essentiel, l'opacifier, pris qu'ils sont dans une confrontation &#224; des objets particuliers ne livrant pas par eux-m&#234;mes la g&#233;n&#233;ralit&#233; de la notion de comparaison de longueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas interdit de discuter de la possibilit&#233; pour des enfants de moyenne section de maternelle de comprendre cet objet d'apprentissage, mais si la conclusion de la discussion penche pour le maintien de celui-ci dans cette classe, il n'est pas envisageable de biaiser avec les exigences intellectuelles dont il est porteur pour que les &#233;l&#232;ves puissent se l'approprier v&#233;ritablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur du texte le pr&#233;cise : &#171; Sp&#233;cifier le champ de savoir revenait ici &#224; mesurer pour comparer. Mesurer n&#233;cessitait de trouver un rep&#232;re commun (une unit&#233; par exemple ou bien un point de d&#233;part commun &#224; la mesure). La mesure permettait ensuite la comparaison de bandes, de traits. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Assur&#233;ment, la mesure et la repr&#233;sentation de longueurs sous la forme de bandes ou de traits qui se d&#233;tachent des particularit&#233;s concr&#232;tes de choses ou d'animaux, peut devenir un outil intellectuel efficace pour qu'il soit possible aux &#233;l&#232;ves de comparer tout ce qui rel&#232;ve de la longueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comparer des longueurs ou ranger des poissons ? &#187; est le titre sous lequel l'analyse de la fiche &#171; aux poissons &#187; est &#233;crite. On ne saurait mieux sp&#233;cifier la nature et l'enjeu du choix p&#233;dagogique qu'il est n&#233;cessaire d'appr&#233;hender ici. L'auteur conclut d'ailleurs : &#171; Laisser cela au hasard n'est pas satisfaisant dans un objectif de pr&#233;paration des &#233;l&#232;ves &#224; la scolarit&#233; primaire et au-del&#224;. Si certains &#233;l&#232;ves y parviennent, d'autres non, &lt;strong&gt;les sources d'in&#233;galit&#233;s futures se construisent l&#224; peu &#224; peu.&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des d&#233;tours &#224; interroger&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer par la r&#233;flexion d'un exercice de classe de maternelle qui ne concerne pas la lecture peut sembler nous en &#233;loigner &#224; premi&#232;re vue. En v&#233;rit&#233; il nous en rapproche pour diverses raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attachement exclusif aux graph&#232;mes, &#224; leurs combinaisons et &#224; leur pr&#233;sence dans les mots et les textes de chaque le&#231;on &#224; l'exclusion de tous ceux qui n'ont pas encore &#233;t&#233; appris a n&#233;cessairement des cons&#233;quences sur la conduite de l'apprentissage et la nature des exercices qu'il est possible de proposer aux &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;marche tr&#232;s r&#233;pandue consiste &#224; utiliser le dessin pour apprendre &#224; lire aux &#233;l&#232;ves. Cette d&#233;marche a sans doute pour motivation de chercher &#224; faciliter l'apprentissage en cherchant &#224; s'appuyer sur la familiarit&#233; que les enfants entretiennent avec ce qu'ils ont d&#233;j&#224; largement pratiqu&#233; en maternelle. Elle n'est certainement pas &#233;trang&#232;re non plus au souci de leur permettre de conserver le contact avec le concret dont on pense qu'il ne faudrait surtout pas en d&#233;tourner les enfants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or contrairement &#224; ce qui semble s'imposer, cette recherche d'interm&#233;diaires entre le texte et l'&#233;l&#232;ve complique la t&#226;che, obscurcit le mouvement propre de la lecture qui ne peut, sous peine de ne pas conduire aux finalit&#233;s recherch&#233;es, &#234;tre d&#233;natur&#233; dans sa v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des manuels s'appuient sur des illustrations pour demander aux &#233;l&#232;ves de raconter l'histoire ou de d&#233;signer les objets repr&#233;sent&#233;s et expliciter les actions afin de faire &#233;merger les mots sur lesquels on va travailler sous forme d'&#233;tiquettes qu'il sera possible de coller sur les dessins. Dans la m&#234;me logique d'un travail sur les mots &#224; partir de dessins on devra trouver le mot qui correspond &#224; l'objet dessin&#233; pour chercher s'il contient le &#171; son &#187; &#233;tudi&#233;. On pourra r&#233;aliser l'exercice en coloriant, en entourant, en mettant une croix dans la bonne case...On peut proc&#233;der de la m&#234;me fa&#231;on avec des syllabes, entourer le mot ou la phrase qui va avec le dessin, ou bien les relier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour articuler sans doute l'apprentissage de la lecture et les nombres, dans l'ouvrage dirig&#233; par Elisabeth Bautier cit&#233; plus haut nous trouvons l'exemple d'une fiche couverte de dessins o&#249; les &#233;l&#232;ves doivent colorier les cases qui renferment les choses dont le mot qui les d&#233;signent contient le son /a/. Cet exercice termin&#233; et si il est correctement r&#233;alis&#233; on doit voir appara&#238;tre le nombre 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ces m&#234;mes types d'exercices les variations peuvent &#234;tre nombreuses mais elles pr&#233;sentent toutes la caract&#233;ristique d'introduire le dessin dans l'apprentissage de la lecture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on lit on ne colorie pas, on ne coche pas, on n'entoure pas. Demander que l'on s'appuie sur des dessins pour deviner des mots est contraire au n&#233;cessaire respect des fondamentaux du langage. Saussure le pr&#233;cise : &#171; Le signe linguistique unit non une chose et un nom, mais un concept et une image acoustique. &#187;, autrement dit un signifi&#233; et un signifiant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas plus que le mot le dessin n'est le nom de la chose, et le mot &#233;crit, tout aussi parfaitement conventionnel que le mot parl&#233;, est &#233;tranger &#224; la repr&#233;sentation dessin&#233;e. Rien ne peut se deviner de l'un &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage r&#233;pandu du dessin pose une question insistante : comment faire avec tous les mots, fort nombreux au demeurant, sans lesquels il est impossible d'acc&#233;der au sens de la moindre phrase et qui n'ont aucun r&#233;f&#233;rent mat&#233;riel ? Comment dessiner &#171; car &#187;, &#171; mais &#187;, &#171; o&#249; &#187;, &#171; inutile &#187;, &#171; malin &#187;, &#171; un r&#244;le &#187;, &#171; une demande &#187;, &#171; parvenir &#187;, &#171; r&#233;ussir &#187; ... autant de mots qui apparaissent d&#232;s les premi&#232;res le&#231;ons de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
N'oublions pas qu'&#224; l'&#226;ge de l'apprentissage de la lecture les enfants utilisent d&#233;j&#224; avec succ&#232;s quantit&#233; de mots dont la nature abstraite qui les caract&#233;rise ne leur pose aucun probl&#232;me, quelle que soit leur origine socioculturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture des mots &#171; parasol &#187;, &#171; canard &#187;, &#171; t&#233;l&#233;phone &#187;, &#171; loup &#187; est totalement &#233;trang&#232;re &#224; celle des dessins par lesquels on souhaite concr&#233;tiser la s&#233;ance, aussi laisser les &#233;l&#232;ves penser que le dessin puisse s'inscrire dans le processus d'apprentissage de la lecture dans lequel ils sont convaincus d'&#234;tre engag&#233;s depuis le premier jour de leur entr&#233;e &#224; la &#171; grande &#233;cole &#187;, ne peut que brouiller la nature et le sens de l'apprentissage en jeu, comme l'id&#233;e que lire un mot peut s'apparenter &#224; la reconnaissance de sa forme id&#233;ographique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce qui s'interpose entre l'apprenti lecteur et le texte, le met &#224; distance, l'&#233;carte de la confrontation &lt;i&gt;directe&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;exclusive&lt;/i&gt; aux graphies de la langue, lui complique la t&#226;che en l'&#233;loignant de la compr&#233;hension du principe alphab&#233;tique, garante de la lecture autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question des d&#233;tours cens&#233;s faciliter l'apprentissage concerne &#233;galement les textes &#224; trous qui demandent de chercher le(s) mot(s) manquants, en essayant de les trouver &#224; partir de sens d&#233;duits ou devin&#233;s en fonction du contexte. Or l&#224; aussi on s'&#233;carte de la seule activit&#233; de lecture l&#233;gitime, celle qui s'accroche &#224; la lettre de l'&#233;criture et qui ne saurait en distraire le regard. La lecture adulte normale n'est jamais confront&#233;e &#224; des trous dans les textes qu'il faudrait combler pour parvenir &#224; en saisir le sens.(4)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une d&#233;marche qui pense pouvoir biaiser avec la litt&#233;ralit&#233; de l'&#233;criture en en supprimant une partie, les textes &#224; trous ne peuvent qu'induire chez les &#233;l&#232;ves l'id&#233;e que la lecture peut s'autoriser l'incertain, l'impr&#233;cis, sans trop de dommage pour le sens et la compr&#233;hension. Cela ne peut qu'avoir des cons&#233;quences n&#233;gatives dans les autres disciplines scolaires qui exigent des pr&#233;cisions de lecture affirm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'iconographie de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; se situe toujours dans un rapport de simple &#233;vocation d'un mot, d'une expression, d'une situation, et nous avons veill&#233; &#224; ce que les &#233;l&#232;ves ne puissent jamais s'appuyer sur l'image pour tenter de &#034;lire&#034;, autrement dit de reconna&#238;tre, de deviner des mots ou d'essayer de reconstituer une histoire. Les images ne sont jamais des &#233;l&#233;ments de contextes, d'indices, &#224; partir desquels il serait possible de faire des hypoth&#232;ses de lecture : la finalit&#233; fondamentale de l'iconographie dans ce manuel est de confronter les jeunes &#233;l&#232;ves au langage des formes et au patrimoine artistique en leur proposant une grande diversit&#233; de registres de qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quels types d'exercices ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les derni&#232;res pages de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, on peut admirer le tableau de Magritte qui peint une pomme de fa&#231;on tr&#232;s r&#233;aliste avec ces mots &#034;ceci n'est pas une pomme&#034;. La question et la r&#233;ponse qu'appelle ce tableau offre aux &#233;l&#232;ves de pouvoir comprendre la distinction qu'il est essentiel de faire entre l'image, le mot et la chose. La compr&#233;hension de cette distinction qui participe de l'&#233;ducation au symbolique, peut guider la r&#233;flexion sur la nature des exercices ici car pas plus que l'image n'est la chose, le mot n'est l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les seuls exercices l&#233;gitimes qui puissent permettre aux &#233;l&#232;ves d'entrer dans la lecture, sont donc des exercices qui s'attachent aux graphies, aux textes, sans interm&#233;diaires : c'est ce que montre sur ce site la rubrique &#171; Exercices de lecture &#187;. On y trouve une explicitation du travail qui peut &#234;tre fait dans chacun des quatre moments de chaque le&#231;on de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;, en prenant &#224; la lettre le mot &#171; lecture &#187; du titre de la rubrique. C'est pourquoi nous avons commenc&#233; &#224; proposer de nouveaux mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'ils arrivent au quatri&#232;me moment de la le&#231;on, les &#233;l&#232;ves sont invit&#233;s &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; discuter, &#224; d&#233;battre de leurs compr&#233;hensions des aventures narr&#233;es. Ils sont &#233;galement invit&#233;s &#224; imaginer d'autres histoires &#224; partir de celles du manuel, et comme ils ne peuvent pas encore les &#233;crire eux-m&#234;mes, l'enseignant peut les coucher par &#233;crit en &#233;tant vigilant sur la ponctuation que les &#233;l&#232;ves ne devront pas manquer de lui indiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esp&#233;rant &#171; donner &#224; l'imagination la place qui lui revient dans l'&#233;ducation &#187;(5) Gianni Rodari a cr&#233;&#233; ce qu' il a souhait&#233; appeler une &lt;i&gt;Imaginatique&lt;/i&gt; dans laquelle il propose des mani&#232;res d'inventer des histoires pour les enfants et de les aider &#224; en inventer tout seuls. &#171; Un mot jet&#233; au hasard dans l'esprit produit des ondes en surface et en profondeur, provoque une s&#233;rie infinie de r&#233;actions en cha&#238;ne, entra&#238;nant dans sa chute sons et images, analogies et souvenirs, significations et r&#234;ves, dans un mouvement qui concerne &#224; la fois l'exp&#233;rience et la m&#233;moire, l'imagination et l'inconscient, et qui se trouve compliqu&#233; du fait que l'esprit n'assiste point passivement &#224; la repr&#233;sentation, mais y intervient continuellement, pour accepter et refuser, relier et censurer, construire et d&#233;truire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de nous convier &#224; imaginer avec les mots se trouve d&#233;clin&#233;e dans quarante quatre chapitres du livre qui &#224; chaque fois proposent une mani&#232;re d'engager l'aventure du travail de l'imagination. &#171; La pierre dans l'&#233;tang &#187;, &#171; Le bin&#244;me imaginatif &#187;, &#171; Qu'arriverait-il si... &#187;, &#171; Le pr&#233;fixe arbitraire &#187;, &#171; L'erreur cr&#233;atrice &#187;, &#171; Salade de contes &#187;...sont autant de proc&#233;d&#233;s fabuleux pour inventer des histoires qui peuvent offrir des pistes extr&#234;mement f&#233;condes en classe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Que faire avec les mots &#171; chien &#187; et &#171; armoire &#187; quand on les relie par diff&#233;rentes pr&#233;positions ? Qu'arriverait-il si un crocodile frappait &#224; votre porte pour vous demander du romarin ? Quelle histoire inventer sur un poissonnier qui aurait peint sur sa vitrine &#171; poison frais &#187; ? Ces exemples et beaucoup d'autres de la &lt;i&gt;Grammaire de l'imagination&lt;/i&gt; sont tout &#224; fait transf&#233;rables pour lancer l'imagination d'histoires &#224; partir de &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte le dessin peut prendre toute sa place, celle d'engager un autre travail &#224; partir de l'interpr&#233;tation, de l'imagination, diff&#233;rent de celui qui part des textes. Il se diff&#233;rencie de l'usage du dessin dans les activit&#233;s de &#171; lecture &#187; critiqu&#233;es plus haut car ici il s'inscrit dans le prolongement de la lecture pour permettre aux &#233;l&#232;ves d'exercer leur imagination par d'autres voies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien marqu&#233; qu'il est dans sa diff&#233;rence avec le texte il ne s'y substitue pas. Il offre de plus aux &#233;l&#232;ves la possibilit&#233; de commencer &#224; se familiariser avec la distinction qu'il convient de faire entre le mot et l'image, &#233;crire, lire et dessiner, ainsi qu'entre le mot, l'image et la chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi bien pour ce qui concerne les dessins que les d&#233;bats d'interpr&#233;tations et les inventions d'histoires nouvelles, tout part de la lecture effective des textes, y compris les questions qui se rapportent aux probl&#232;mes d'incompr&#233;hension. On ne saurait commencer par faire comprendre le texte oralement pour chercher &#224; en faciliter la lecture. Le principe m&#234;me de celle-ci veut que l'on commence par d&#233;chiffrer pour s'apercevoir, dans l'exercice m&#234;me du d&#233;chiffrage, que l'on comprend ou pas tel mot, telle phrase ou tel texte. Faire pr&#233;c&#233;der l'activit&#233; de lecture d'explications des mots que les &#233;l&#232;ves risquent de ne pas comprendre c'est d&#233;vier le chemin de l'apprentissage qui n'accepte aucun compromis avec le d&#233;chiffrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela conduit peut-&#234;tre aussi &#224; orienter les &#233;l&#232;ves vers ce qui risque d'&#234;tre v&#233;cu comme &#233;tant le seul sens possible. Quel que soit le texte sa litt&#233;ralit&#233; ne peut en aucun cas &#234;tre modifi&#233;e, pervertie. Mais lorsqu'il s'agit d'un texte &#224; vis&#233;e litt&#233;raire, les critiques et d&#233;bats conduits par les adultes nous indiquent &#224; quel point il peut faire l'objet de lectures diff&#233;rentes : cette dimension de la lecture peut d&#233;j&#224; prendre sa place chez les jeunes lecteurs. L'intention n'est pas de laisser les &#233;l&#232;ves se tromper sur le sens habituel des mots ou en ignorer la signification. Dans &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; un certain nombre de mots sont choisis volontairement parce que les &#233;l&#232;ves sont peu susceptibles de les conna&#238;tre. Ils pourront ainsi les apprendre et &#233;tendre leur vocabulaire. L'intention est de leur permettre d'entrer dans cette dimension de la litt&#233;rature qui veut que l'oeuvre est toujours ouverte pour reprendre les mots de Umberto Eco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants sont captiv&#233;s par le monde de la fiction, du jeu, du th&#233;&#226;tre. Nous savons combien la mise en sc&#232;ne d'une m&#234;me pi&#232;ce peut varier d'un metteur en sc&#232;ne &#224; un autre, combien un m&#234;me texte peut faire l'objet de lectures diff&#233;rentes renvoyant &#224; des fa&#231;ons dissemblables de le dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faire entendre aux &#233;l&#232;ves cette port&#233;e de la diction, de l'intonation sur le sens ne peut que les int&#233;resser au plus haut point. Leur proposer des lectures-mises en sc&#232;ne ne peut que leur donner envie de travailler la qualit&#233; de l'articulation, la fluidit&#233; de la lecture, l'attention &#224; la ponctuation et bien s&#251;r le sens qui s'exprime dans ces mouvements de la voix. Les com&#233;diens n'&#226;nonnent pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps qu'ils apprennent &#224; lire les enfants apprennent par ailleurs, &#224; l'&#233;cole ou en dehors d'elle, quantit&#233; de mots nouveaux inconnus jusque l&#224;, comme ils l'ont toujours fait avant ce nouvel apprentissage, dans l'oralit&#233; des &#233;changes. Il n'est donc pas question de se priver, dans tous les &#233;changes oraux, de donner toutes les d&#233;finitions n&#233;cessaires, demand&#233;es ou non par les &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque l'on est &#171; en lecture &#187; ce qui compte c'est de pouvoir passer par le d&#233;chiffrage des mots pour en demander la signification. Si les &#233;l&#232;ves ont des difficult&#233;s par rapport &#224; l'univers &#233;voqu&#233; dans un texte, il est essentiel qu'elles soient abord&#233;es &#224; partir de son acc&#232;s effectif par sa lecture. On ne peut dire qu'on ne comprend pas un texte que si on l'a lu. C'est ce mouvement que la m&#233;thode mixte ne prend pas en compte de fa&#231;on radicale. Elle s'appuie fortement sur l'affirmation que &#171; lire c'est comprendre &#187; mais au fond elle nous renvoie &#224; une d&#233;marche qui aboutit &#224; ce paradoxe : &#171; lire c'est comprendre sans vraiment lire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Je lis, j'&#233;cris&lt;/i&gt; il s'agit de faire vivre une p&#233;dagogie de la v&#233;rit&#233; de la lecture fond&#233;e sur la recherche de la plus grande habilet&#233; possible dans le d&#233;chiffrage, garantie de l'acc&#232;s au sens de l'&#233;crit. Il n'y a pas de s&#233;paration entre lire et comprendre si on ne l&#226;che rien sur la ma&#238;trise du code et sur toutes les activit&#233;s intellectuelles au programme de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1- Jean-Pierre Terrail, &lt;i&gt;De l'oralit&#233;, Essai sur l'&#233;galit&#233; des intelligences&lt;/i&gt;, La Dispute, Paris, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Jos&#233; Morais, &lt;i&gt;L'art de lire&lt;/i&gt;, Odile Jacob, Paris,1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Sous la direction d'Elisabeth Bautier, &lt;i&gt;Apprendre &#224; l'&#233;cole. Apprendre l'&#233;cole. Des risques de construction d'in&#233;galit&#233;s d&#232;s la maternelle.&lt;/i&gt; Chronique sociale, Lyon, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Un exercice destin&#233; &#224; contrebalancer les principes de la syllabique consiste &#224; proposer &#224; des adultes de lire un texte o&#249; il manque de nombreux graph&#232;mes dans les mots afin de montrer que leur forme globale reconnue et le sens aper&#231;u du texte sont en mesure de suppl&#233;er la lecture normale. Cet exercice ne montre pas autre chose en fait que c'est la connaissance bien assise chez les lecteurs de l'organisation graph&#233;mique des mots qui leur permet de combler les manques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 5-Gianni Rodari, &lt;i&gt;Grammaire de l'imagination&lt;/i&gt;, Rue du monde, Paris, 1998.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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